‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 94 sur 409 · QUEL GENRE DE PÉCHÉ EST LA DIVINATION · texte numérisé non relu

QUEL GENRE DE PÉCHÉ EST LA DIVINATION

(i) La divination formelle est toujours, et de sa nature, un péché mortel, et n'admet pas de légèreté de matière. Elle constitue un mépris direct de Dieu, et des rapports familiers avec le plus grand ennemi de Dieu. On peut le prouver par différents passages des Saintes Ecritures : « Et qu'il ne se trouve personne parmi vous qui prétende purifier son fils ou sa fille en les faisant passer par le feu, ou qui consulte les devins, ou qui observe les songes et les augures, ou qui use de maléfices, de sortilèges et d'enchantements, ou qui consulte ceux qui ont l'esprit de Python et qui se mêlent de deviner, ou qui interrogent les morts pour apprendre la vérité : car le Seigneur a en abomination toutes ces choses, et il exterminera tous ces peuples à votre entrée. » ' Et Dieu

I Deut. xviii. 10 et seq.

avait déclaré : «Si un homme se détourne de moi pour aller chercher les magiciens et les devins, et s'abandonne à eux par une espèce de fornication, il attirera sur lui Tœil de ma colère, et je l'exterminerai du milieu de son peuple. » ^ On peut à peine invoquer l'ignorance pour atténuer la gravité de la divination formelle, parce que chacun peut parfaitement saisir la malice d'un tel crime.

(2) La divination tacite est aussi de sa nature un péché mortel. Il est tout-à-fait inutile de dire, pour s'excuser, que, dans ces sortes de divinations, on n'a aucunement l'intention de se mettre en communication avec le démon : ce serait mettre la main dans le feu et vouloir ne pas se brûler. La raison de l'illégitimité et de la culpabilité de toute espèce de divination n'est pas difficile à comprendre. « Par sa nature même, la divination implique la défiance envers la providence de Dieu, et le désir d'obtenir une connaissance qui n'est point proportionnée aux circonstances. La science qui pourrait nous mettre en état^ soit d'obtenir sur les autres des avantages illicites, soit de détourner l'action de la Providence de son cours ordinaire, — cette science nous est sagement refusée ; elle ne peut s'obtenir par des moyens légitimes. Et, conséquence rigoureuse, chercher à se la procurer ne peut jamais provenir que de fausses raisons : c'est une prétention qui ne repose que sur l'hypocrisie et la tromperie. Devineurs n'est donc pas autre chose que décevetirs, et tous ceux qui prêtent l'oreille à leurs divinations sont justement les dupes de la fraude et de l'imposture. C'est pour cela que cet art s'alliait si promptement à l'idolâtrie. Rejeté par la vraie religion, il devint le compagnon et le

I Lev. XX. 6,

serviteur naturel des faux cultes, et il a toujours montré à s'attacher aux progrès d'un christianisme corrompu, la même tendance qu'il avait mise à s'unir aux corruptions du

Judaïsme. » ^

(3) Est-on coupable de divination quand on conjecture une tempête prochaine d'après le cri où le vol des oiseaux, ou d'après l'aspect du ciel et des astres? Non, sans contredit, puisqu'il y a là une influence et une cause naturelles. Pas plus que ne sont coupables de ce péché ceux qui devinent les dispositions ou l'état d'âme d'une personne, d'après des marques ou des apparences extérieures de la figure, des yeux, des mains, etc. Il est bon cependant de s'abstenir de semblables pratiques, crainte de se rendre coupable d'un •autre péché, le jugement téméraire.

(4) Péche-t-on gravement quand on consulte les diseurs de bonne fortune ? Généralement parlant, non ; parce qu'on n'a pas foi, ou du moins pas une foi solide dans ces sortes de prédictions. De plus, les bohémiens ambulants et les autres charlatans de cette trempe, ne croient pas eux-mêmes en leurs pouvoirs et ne les regardent point comme des dons surnaturels. Parfois ils sont habiles: ils s'engagent dans cette profession pour gagner de l'argent. Ceux qui les consultent n'ont pas d'autre but que de satisfaire leur curiosité ; ou, ils le font pour rire et s'amuser, et n'ont dans leurs dires aucune confiance. Mais si on croyait réellement à cet art, si on prêtait attention et consentement à leur communication avec le démon, soit directement, soit indirectement, on se rendrait gravement coupable du péché de divination. Et si les diseurs de bonne fortune croyaient eux-mêmes à leur

I Diction. Imp. de la Bible: Divination.

puissance, comme surnaturelle, ils seraient aussi gravement coupables, et il serait difficile d'excuser ceux qui les consulteraient, de coopérer à la malice de leur péché.

Une chose qu'il est bon de ne pas oublier sur ce point, et dans toutes les questions de ce genre, c'est qu'il faut être très attentif à ne jamais jouer ou plaisanter avec le diable: il est trop rusé pour nous, et finirait toujours par nous soutirer autre chose que notre argent.

(5,) On demande s'il est permis de tirer au sort, — en jetant les dés ou par d'autres moyens. Tirer les sorts peut s'entendre en différents sens. Jeter les sorts de partage, que les latins appelaient divisorice^ par lesquels on décide, dans les contestations et la distribution des choses, la part qui revient à chacune des parties, est incontestablement permis, lorsque tous les intéressés sont d'accord de recourir à ce moyen. Tirer les sorts de consultation, consiiltoriœ^ c'est-à-dire, pour connaître la volonté de Dieu sur certains points, n'est pas permis; à moins que ce ne soit par l'inspiration divine, ou dans une question grave, lorsqu'il n'y a aucun autre moyen suffisant pour la décider. C'est le cas de l'élection de saint Mathieu parles Apôtres, avec saint Pierre à leur tête. La raison pour laquelle ce n'est pas toujours permis, c'est que, selon la providence ordinaire de Dieu, tel n'est pas le moyen décidé pour découvrir sa volonté. C'est la folie du jeune homme qui jouait à pile ou face pour connaître sa vocation. Pour savoir quelle est la volonté de Dieu, nous devons prendre conseil d'hommes prudents, des supérieurs ecclésiastiques et de nos confesseurs, dans tous les cas de doute sérieux. Enfin, le sort de divination, divinatoriœ^ par exemple, jeter les dés pour découvrir une chose cachée, ou connaître un événement futur contingent, — n'est point permis. C'est

une espèce de divination, et qui renferme au moins une invocation indirecte du démon. Ce genre de divination est celui que la théologie désigne sous le nom de sortilège^ bien que ce titre s'applique également à d'autres procédés.

(6) Est-il permis de conjecturer l'avenir d'après les songes? Il n'est pas permis de juger, d'après ce moyen, des choses futures libres et contingentes, ou des choses qui dépendent de la libre volonté des hommes. Quant à ce que nous dit la Sainte Ecriture, que les songes viennent quelquefois de Dieu, — par exemple, les songes de Joseph et de Samuel, — nous devons sans contredit croire à ces songes. Mais lorsque Dieu les envoie, ils sont accompagnés de signes tellement manifestes, qu'il est facile de les distinguer des songes purement naturels ou diaboliques.

Le Premier Commandement

(suite)

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