LÉGITIMITÉ DE L'ASTROLOGIE NATURELLE
Ce mot est formé de à(TTï]p, astre, et 10^(0^^ parole, — science des astres. Par cette astrologie judiciaire, on entend l'art de prédire l'avenir des hommes et leurs destinées d'après l'inspection des astres. Elle prétend annoncer le sort des nations
et des individus, même les changements des éléments, par l'aspect des corps célestes, surtout des étoiles. De là les expressions: né sous une bonne étoile; bénie soit mon étoile!... etc.
A côté de ce genre d'astrologie qui est condamnable, il en est un autre, qu'on appelle l'astrologie naturelle, ou la science des astres. C'est une science par laquelle, d'après la disposition des astres, on peut deviner certains effets naturels, ou qui doivent nécessairement arriver, tels que les éclipses, les changements dans les planètes,... etc ; ou des choses seulement contingentes, et qui peuvent être empêchées par des causes naturelles, comme les tempêtes et autres événements de ce genre. Cette science, en elle-même, est absolument irréprochable. Et si un astrologue, dans certaines occasions, dépasse ses raisons de confiance et de certitude, on ne doit pas, pour ce motif, le regarder comme superstitieux, mais simplement comme coupable de dire un mensonge, de commettre une légèreté ou une imprudence.
Mais r astrologie judiciaire est bien différente, en ce sens, qu'elle prétend, par l'inspection des astres, prédire des événements fortuits et qui dépendent de la libre volonté de l'homme. Cette sorte d'astrologie est absolument condamnable, elle est hérétique, en tant qu'elle nie, blesse ou détruit par ses théories la liberté humaine.
En somme, on attache peu de foi à ces prédictions. Elles sont généralement reconnues comme absurdes, et plus souvent fausses que véritables, comme le démontrent chaque années les annonces de r«Almanach du Vieux Moore». Il n'est pas facile, toutefois, de changer la manière de voir de certains hommes, même savants et expérimentés dans cette
science. Ils peuvent trouver intéressante la lecture des exemples suivants, que je tire du Rév. Fr. Mûller, C. SS. R. ^
3. EXEMPLES TIRÉS DE RÉV. Fr. MÛLLER PROUVANT COMBIEN FAUSSES ET ERRONEES PEUVENT ÊTRE LES OBSERVATIONS DES ASTROLOGUES.
Le premier exemple est une circonstance qui se présenta à un ami de Saint Augustin nommé Fimensis, et qui la rapporta au Saint en ces termes : « Mon père était tellement superstitieux que, quelques temps avant ma naissance, il consulta les astres pour y découvrir mon avenir. Il avait un ami qui n'était pas moins que lui adonné à l'astrologie. Cet ami consulta pareillement les astres au sujet d'une de ses domestiques qui était sur le point de donner le jour à un enfant. Ils convinrent de s'envoyer mutuellement un messager pour s'informer du jour et de l'heure de ces deux naissances. Far un effet singulier du hasard, les messagers partirent en même temps de chacune des deux maisons, et se rencontrèrent à mi-chemin: ce qui prouve que les deux enfants étaient nés à peu près au même moment. Eh bien! voyez la folie des diseurs de bonne fortune. Mon père prétendait avoir lu dans les astres que je devais être un grand génie, et que, toute ma vie, je serais un favori de la fortune. Son ami, qui avait observé les cieux en même temps que lui, et qui, par conséquent, aurait dû y voir la même chose, l'assura qu'il y avait lu tout le contraire — preuve manifeste qu'il n'y a rien de pliis ridicule et de plus absurde que des observations de ce genre. » ^
1 Sur le premier Commandement.
2 D. Genbvansi : « Histoires choisies », p. 436. Apud Mûller in loco.
LE PREMIER COMMANDEMENT 12'y
L'autre exemple cité est également digne d'attention^ et ne prouve pas moins la folie d'une telle pratique. « Lorsque l'empereur grec Comnène était très-malade, le Patriarche Théodose l'exhortait vivement à ne pas perdre de temps pour mettre ordre à ses affaires, et prendre des arrangements au sujet de son plus jeune fils, Alexis. L'empereur répondit qu'on lui avait assuré qu'il vivrait encore quatorze ans, et qu'on ne pouvait mettre en doute la parole de celui qui l'en avait informé, puisque c'était un astrologue. Comme sa maladie semblait, non pas se calmer, mais plutôt augmenter de jour en jour, il abandonna tout espoir de vivre plus longtemps, mit ordre à ses affaires, autant qu'il put, regretta très-amèrement sa superstition, et mourut peu de temps après, »
4. AUTRES MOYENS DÉFENDUS ET SUPERSTITIEUX DE PRÉDIRE l'avenir AU SUJET DES CHOSES CONTINGENTES
Ce que nous disons de l'illicite et de l'absurdité de Vastroïogie judiciaire^ s'applique à toutes les autres espèces de divinations, quel que soit le nom qu'on leur donne. De ce nombre, nous mentionnerons les moyens superstitieux de prédire les choses futures contingentes, qu'on désigne par les différents termes suivants: (1) Les augures, d'après le cri des oiseaux. (2) Les auspices, signes ou gages de succès, d'après le vol des oiseaux. (3) Les aruspices, d'après les entrailles, et surtout le foie des animaux. (4) La chiromancie, qui consulte les lignes de la main. {^) L'observation du temps, comme dire, par exemple: aujourd'hui est un jour favorable pour sortir, demain, pour faire certains marchés. Ainsi font encore ceux qui présagent le temps et désignent les saisons.
(6) La nécromancie, ou consultation des morts. (7) Les pronostics. (8) L'observation des songes et la. croyance à leur signification. (9) La consultation des oracles. (10) La cartomancie. (11) Le recours aux faux prophètes et aux diseurs de bonne-aventure. ^
Sous les noms de sorciers, magiciens, devins, le Pentateuque fait mention de différentes classes de personnes, qui, d'après le sens de leur nom, se sont occupées de divination. Mais il ne parle que de leur profession, sans indiquer la méthode particulière par laquelle on l'exerçait.
5. NOMBREUSES FORMES DE DIVINATION MENTIONNÉES DANS l'ancien testament, et dont QUELQUES-UNES ÉTAIENT ENCORE EN USAGE DU TEMPS DE NOTRE-SEIGNEUR.
La divination a été en usage dans tous les temps, chez tous les peuples, chez les nations civilisées comme chez les sauvages. On en trouve de nombreuses formes citées dans l'Ancien Testament, telles que la divination par les verges, la divination par les coupes, 3 la consultation des idoles, 4 les présages par le feu, 5 l'interprétation des songes. ^ Moïse défendit toute espèce de divination, parce que le désir excessif de pénétrer les nuages de l'avenir remplit l'âme de superstition, et parce qu'elle aurait été une excitation à l'idolâtrie. Défait, les fréquentes dénonciations de ce péché
1 Voy. S. Alphonse, n"' 5 et 6.
2 Jos. IV. 12
3 Gen. xliv. 3.
4 Zach. X. 2 ; Ez. XXI. 21.
5 Ez. XXI. 21,
6 Deut. XIII. 2, 3 ; JuG. VIT. 13 ; Jér. xxm. 32.
parles prophètes tendent à prouver que ces arts défendus offraient des tentations toutes spéciales à Israël infidèle. Mais Dieu avait pourvu son peuple de moyens de connaître l'avenir, qui auraient rendu la divination bien inutile, et ne lui auraient laissé aucun doute sur sa volonté dans les circonstances critiques, s'il avait continué à rester fidèle. C'est seulement lorsque le peuple était infidèle que cessaient les révélations.
Assez souvent la superstition marche la main dans la main avec le scepticisme. Aussi voyons-nous, au milieu de l'infidélité générale qui régnait dans l'empire romain, au temps àe Notre-Seigneur, l'imposture dominer partout. Il suffit, pour s'en convaincre, d'un coup d'œil à travers les pages de Tacite. De là, aussi le commerce si lucratif de certains hommes, tels que Simon le Magicien, ^ Barjésu, ^ l'esclave agissant par les inspirations de la Pythonisse, 3 les Juifs errants, les exorcistes, 4 aussi bien que ceux qui se servaient de livres magiques, 5 à Ephèse.
Joséphe nous raconte un trait qui montre combien l'esprit ■de la partie la plus saine du peuple juif était contraire à la divination. C'est le cas de cet homme qui couvrit un imposteur de confusion, en tuant d'une flèche l'oiseau par l'intermédiaire duquel ce devin commençait à annoncer au Juif la bonne ou mauvaise issue du voyage que faisait le Juif suivi de sa troupe. Comment, dit-il avec perspicacité, cette pauvre malheureuse créature pourrait-elle nous prédire notre sort,
1 Act. VIII. 9.
2 Ibid. xiii. 6.
3 Ibid. xvi. i6,
4 S. Luc. XI. 19; Act. xix, 13.
5 Act. xix, 19. Voy. Smith, Diction, de la Bible.
dès lors, qu'elle ne connaît pas la sien ? Si elle avait été capable de prédire le bien ou le mal à venir, elle ne serait point venue en cet endroit, de crainte que le Juif Mosallam ne lui tire une flèche et ne la tue.
Toutes ces sortes de divination dont nous venons de parler, ne diffèrent que matériellement^ et ne constituent pas des espèces de péchés différentes les unes des autres. Il n'est donc pas nécessaire de spécifier, en confession, le genre de divination. Toutefois, l'invocation directe du démon doit être avouée d'une manière explicite. Elle implique forcément d'autres espèces de péchés, comme l'idolâtrie, l'hérésie ou l'apostasie de la foi. Il nous reste à résoudre diverses questions, touchant à cette sorte de fautes.