‹ Les commensaux et les parasites dans le règne animalChapitre 3 sur 48 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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INTRODUCTION

L’édifice du monde n’est soutenu que par les ressorts de la faim et de l’amour.

Schiller.

Dans ce grand spectacle qu’on appelle la nature, chaque animal joue un rôle à part, et Celui qui a tout peso et tout réglé avec ordre et mesure veille avec autant de soin à la conservation du plus repoussant insecte qu’à la propagation du plus brillant oiseau. En venant au monde, chacun d’eux connaît son rôle et le remplit d’autant mieux qu’il est plus libre d’obéir aux conseils de son instinct. A ce grand drame de la vie préside une loi aussi harmonieuse que celle qui règle le mouvement des astres; et, si à chaque heure la mort enlève de cette scène des myriades d’êtres, à chaque heure aussi la vie fait surgir de nouvelles légions pour les remplacer. C’est un tourbillon, une chaîne sans fin.

On le démontre aujourd’hui : l’animal, quel qu’il soit, celui qui occupe le haut de l’échelle aussi bien que celui qui touche aux derniers échelons, consomme de l’eau et du charbon, l’ albumine suffit à tous les besoins de sa vie. Or, la même main qui a fait sortir le monde du chaos, a varié la nature de

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cette consommation : elle a proportionné cette nourriture universelle aux besoins et à l’organisme particulier des espèces qui doivent y puiser le principe du mouvement et l’entretien de la vie.

L’étude qui a pour but de connaître la pâture de chaque animal constitue une branché intéressante de l’histoire naturelle. Le menu de chaque animal est écrit d’avance en caractères indélébiles dans tout type spécifique, et ces caractères sont moins difficiles à déchiffrer pour le naturaliste que les palimpsestes pour les archéologues. G’est sous forme d’os ou d’écailles, de plumes ou de coquilles, qu’ils figurent dans les voies digestives. G’est par des visites non domiciliaires,, mais stomachales, qu’il faut s’initier à ces détails de ménage. Le menu des animaux fossiles, tout en étant écrit en caractères moins nets et moins complets, peut cependant se lire encore fort souvent dans l’épaisseur de leurs coprolithes. Nous ne désespérons même pas de découvrir un jour les poissons et les crustacés que chassaient les Plésiosaures et les Ichthyosaures, et de retrouver quelques Vers parasites entrés avec eux dans leur intestin spiral.

Les naturalistes n’ont pas toujours étudié avec un soin suffisant les rapports qui existent entre l’animal et sa pâture, et fournissent cependant à l’observateur des enseignements d’une haute portée. En effet, tout corps organique, conferve ou mousse, insecte ou mammifère, devient la proie d’un animal quelconque ; toute substance organique liquide ou solide, sève ou sang, corne ou plume, chair ou os, disparaît sous la dent de l’un ou de l’autre; et à chaque débris correspondent les instruments propres à leur assimilation. Ces rapports primitifs entre les êtres et leur régime d’alimentation entretiennent l’industrie de chaque espèce.

On trouve, en y regardant de près, plus d’une analogie entre le monde animal et la société humaine, et, sans chercher bien

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loin, on pont dire qu’il n’y a guère de position sociale qui u ait, si j’ose le dire, son pendant, parmi les animaux.

La plupart d’entre eux vivent paisiblement du fruit de leur travail et exercent un métier qui les fait vivre; mais, à côté de ces honnêtes industriels, on voit aussi des misérables qui ne sauraient se passer de l’assistance de leurs voisins et qui s’établissent les uns comme parasites dans leurs organes, les autres comme commensaux à côté de leur butin.

Il y a quelques années, un de nos savants et spirituels confrères de l’Université d’Utrecht, le professeur Harting, a écrit un livre charmant sur l’industrie des animaux, et il nous a fait voir que la plupart des métiers sont parfaitement connus dans le règne animal. On trouve en effet, parmi eux, des mi* neurs, des maçons, des charpentiers, des fabricants de papie , des tisserands et l’on pourrait même dire des dentellières, qui tous travaillent pour eux d’abord, pour leur progéniture ensuite. Il y en a qui creusent le sol, étançonnent les voûtes, déblayent les terrains inutiles et consolident les travaux, comme des mineurs; d’autres bâtissent des huttes ou des palais selon toutes les règles de l’architecture; d’autres encore connaissent d’emhlée tous les secrets du fabricant de papier, de carton, de toiles ou de dentelles, et leurs produits n’ont généralement rien à craindre de la comparaison avec le point de Malines ou de Bruxelles. Qui n’a pas admiré l’ingénieuseconstruction des ruches d’abeille et des nids de fourmi, la délicate et merveilleuse structure des toiles d’araignée! La perfection de quelques-unes de ces œuvres est même si grande et si généralement appréciée, que lorsque, pour son télescope, l’astronome a besoin d’un fil mince et délicat, c’est à une fabrique vivante, à une chétive araignée qu’il s’adresse! Quand le naturaliste a besoin de comparer le degré de perfection de son microscope ou d’une mesure micrométrique pour les infiniment petits, il consulte, non pas un millimètre taillé et divisé

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en cent ou en mille parties, mais une simple carapace de diatomée, tellement petite et si peu distincte, qu’il en faudrait plusieurs millions réunies pour être visibles à l’œil nu. Bien plus encore, les meilleurs microscopes ne révèlent pas toujours toute la délicatesse des dessins qui ornent ces admirables organismes ; c’est à peine si les instruments des premières maisons suffisent pour faire ressortir les fantaisies infinitésimales qui décorent ces carapaces lilliputiennes. M. H.-Ph. Adan a fait connaître dernièrement, avec un talent d’artiste, les beautés infinies que le microscope révèle dans ce monde invisible.

Du reste, à qui les fabricants de Verviers ou de Lyon, de Gand ou de Manchester s’adressent-ils pour leur matière première? A une bête ou à une plante, et jusqu’à présent nous avons été assez modestes pour ne pas avoir cherché à imiter la laine ou le coton. Ces ateliers fonctionnent cependant tous les jours sous nos yeux, les portes largement ouvertes à tout le monde, et aucune d’elles n’est marquée de l’inscription si banale : défense d'entrer.

L’idéal des arts humains dans le filage et le tissage, disait un méridional à Michelet, l’idéal que nous poursuivons, c’est un beau cheveu de femme, les plus douces laines, le coton le plus fin sont bien loin de l’atteindre ! Le méridional semble oublier que cette douce laine comme ce fin coton ne sortent pas plus de nos ateliers que le cheveu de la femme.

Que ces machines entrent en grève, qu’elles chôment seulement pendant un certain temps et nous sommes exposés à ne plus trouver de quoi couvrir nos épaules; la grande dame n’aura plus ni cachemire, ni soie, ni velours dans sa toilette; nous, nous n’aurons plus ni flanelle, ni drap pour la confection de nos habits; le pâtre même n’aura plus sa peau de chèvre pour se garantir contre les intempéries de l’air. Grâce à cet animal qui nous donne sa chair et sa toison, nous pouvons déserter les régions méridionales , braver la rigueur des

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climats et nous établir à côté du renne et du narval, au milieu des glaces perpétuelles. Nous avons la science et la vapeur dont nous sommes fiers à juste titre; pour fabriquer leurs merveilleux tissus, les bétes n’ont que leur simple instinct et font encore mieux que nous. Les prétendues forces aveugles de la nature produisent des fils que le génie de l’homme chercherait en vain à remplacer, et nous ne songeons meme pas à lutter avec ces machines vivantes que nous écrasons tous les jours du pied.

Toutes les industries s’exercent sous le soleil, et s’il y en a d’honnêtes, on peut dire qu’il y en a aussi qui méritent une autre qualification. Dans l’ancien comme dans le nouveau monde, plus d’un animal tient du chevalier d’industrie menant la vie de grand seigneur, et il n’est pas rare de trouver, à côté de l’humble pick-pocket, l’audacieux brigand de grand chemin qui ne vit que de sang et de carnage. Le nombre est grand de ces êtres qui échappent toujours, ou par la ruse ou par l’audace, ou par une supériorité de scélératesse, à la vindicte sociale.

Mais à côté de ces existences indépendantes, il y en a un certain nombre qui, sans être parasites, ne sauraient vivre sans secours, et qui réclament de leurs voisins, tantôt un simple gîte pour pêcher à côté d’eux, tantôt une place à la même table pour partager le repas du jour : on en découvre journellement qui passaient pour des parasites et qui cependant ne vivent en aucune manière aux dépens de leur hôte.

Qu’un crustacé copépode s’installe dans l’office d’une ascidie et lui dérobe au passage quelques bons morceaux; qu’un animal bienveillant rende un service à son voisin, soit en entretenant la propreté de son râtelier, soit en enlevant des dé-

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tritus qui encombrent certains organes, ce crustacé ou cet animal ne sont pas plus des parasites que celui qui se blottit à côté d’un voisin vigilant et habile, fait paisiblement sa sieste et se contente des restes qui tombent des mâchoires de son acolyte. Nous en dirons autant du poisson qui, par paresse, sîamarre à un voisin bon nageur comme le Rémora, et pèche à côté de lui, sans fatigue pour ses nageoires.

Chez plusieurs d’entre eux, des services se payent même par de bons procédés ou en nature, et le mutualisme pourrait bien s’exercer au même titre que le commensalisme.

Ceux qui méritent le nom de parasites se nourrissent aux dépens d’un voisin, soit en s’établissant volontairement dans ses organes, soit en l’abandonnant, après chaque repas, comme le fait la sangsue ou la puce.

Mais, quand la larve d’Ichneumon dévore, organe par organe, la chenille qui lui sert de nourrice et finit par la manger complètement, peut-on dire qu’elle est parasite? D’après Lepelletier de Saint-Fargeau, qui s’est occupé avec beaucoup de succès de ces questions, le parasite est celui qui vit aux dépens d’autrui, en mangeant son bien et non pas en mangeant sa nourrice même. La larve d’Ichneumon n’est pas non plus un carnassier puisque le vrai carnassier ne ménage la vie de sa proie à aucune époque de son évolution.

Les parasites véritables sont fort nombreux dans la nature, •et l’on aurait tort de croire que tous mènent une vie triste et monotone. Il y en a parmi eux d’alertes et de vigilants qui se sustentent pendant une partie de leur vie et ne réclament des secours qu’à des époques déterminées. Ce ne sont pas, comme on l’a cru, des êtres exceptionnels et bizarres sans autres

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organes que ceux de la conservation. Il n’y a pas, ainsi qu’on l’a prétendu, une classe de parasites, mais toutes les classes du règne animal en renferment dans leurs rangs inférieurs.

Nous pouvons les répartir en diverses catégories :

Dans la première, nous réunirons tous ceux qui sont libres au début de la vie, nagent et prennent leurs ébats sans demander de secours à personne, jusqu’à ce que les infirmités de l’âge les obligent à se retirer dans un refuge : ils vivent d’abord en vrais bohèmes et sont assurés de prendre leurs invalides dans quelque hospice bien approprié. Parfois c’est le mâle et la femelle qui réclament ce secours au retour de l’âge, d’autres fois c’est la femelle seule et le mâle continue sa vie vagabonde. Il arrive aussi que la femelle entraîne son époux et l’entretient •complètement pendant sa captivité ; son hôte la nourrit et elle, à son tour, nourrit son mari. On ne découvre guère de femelle de Lernéen qui ne traîne avec elle son mâle lilliputien, lequel ne la quitte pas plus que son ombre. Mais on trouve également des mâles, parasites de leurs femelles, parmi les curieux crustacés connus sous le nom de Cirrhipèdes. Tous les crustacés parasites prennent place dans cette première catégorie.

Nous en trouvons d’autres, les Ichneumons, par exemple, qui sont parfaitement libres dans leurs vieux jours, mais ont besoin de protection pendant le jeune âge. Il y en a meme beaucoup qui, au sortir de l’œuf, sont littéralement mis en nourrice; mais le jour où ils se dépouillent de leur robe de larve, ils ne connaissent plus aucun frein, et, armés de pied en cap, ils courent hardiment Taventurc et meurent comme tous les autres sur le grand chemin. Dans cette catégorie se trouvent généralement les insectes parasites hyménoptères et diptères.

D’autres encore sont à peu près colloqués à vie, tout en changeant d’hôte, pour ne pas dire d’établissement, selon leur âge et leur constitution. Dès leur sortie de l’œuf, ils sollicitent des

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faveurs et tout leur itinéraire leur est rigoureusement tracé d’avance. On connaît heureusement aujourd’hui les étapes d’un grand nombre d’entre eux appartenant à l’ordre des vers cestodes et trématodes. Ces vers plats et mous débutent ordinairement par le vagabondage, grâce à une robe ciliée qui leur sert d’appareil de locomotion ; mais à peine ont-ils essayé leurs rames délicates, qu’ils réclament du secours, se logent dans le corps d’un premier hôte qu’ils abandonnent bientôt pour un autre gîte vivant et se condamnent ensuite eux-mêmes à une réclusion perpétuelle.

Ce qui ajoute à l’intérêt que ces êtres faibles et peu courageux inspirent, c’est qu’à chaque changement de domicile ils changent aussi de costume et que, arrivés au terme de leurs pérégrinations, ils portent une robe virile pour ne pas dire une robe de noce. Les sexes apparaissent seulement sous cette dernière enveloppe ; jusqu’alors ils n’ont guère songé aux soins de la famille. Il n’a pas toujours été facile de constater l’identité de ces personnages qui visitent un jour les salons, le lendemain, en costume de mendiants, les bouges les plus obscurs. La plupart des vers qui ont la forme d’une feuille ou d’un ruban se livrent à ces pérégrinations et ceux qui n’arrivent pas à leur dernière étape meurent généralement sans postérité.

Il est intéressant de remarquer que ces vers parasites n’habitent pas indifféremment tel ou tel organe de leur voisin; tous commencent modestement par la mansarde presque inaccessible, et Finissent par les appartements larges et spacieux. Au début ils ne songent qu’à eux-mêmes et se contentent, sous le nom de scolex ou de ver vésiculaire, de se loger dans le tissu connectif des muscles, du cœur, des ventricules du cerveau ou même du globe de l’œil ; plus tard ils pensent aux soins de la famille et occupent les vastes organes comme les voies digestives et respiratoires, toujours librement en communication avec

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l’extérieur; ils ont horreur d’être enfermés et leur progéniture réclame le grand air.

Dans une dernière catégorie se trouvent ceux qui ont besoin de secours pendant toute leur vie; dès qu’ils ont pénétré dans le corps de leur hôte, ils ne bougent plus et la loge qu’ils se sont choisie peut leur servir à la fois de berceau et de tombe.

Il y a quelques années on ne soupçonnait pas qu’un parasite pût vivre dans un animal autre que celui où on le découvre. Tous les helminthologistes, à peu d’exceptions près, regardaient les vers de l’intérieur du corps comme formés sans parents dans les organes memes qu’ils occupent. On avait bien vu, et meme depuis longtemps, des vers parasites de poisson dans l’intestin de certains oiseaux; on avait môme expérimenté pour s’assurer de la possibilité de ces passages, mais toutes les expériences n’avaient donné qu’un résultat négatif et l’idée de transmigration obligée était si complètement inconnue, que Bremser, le premier helminthologiste de son époque, criait à l’hérésie, quand Rudolphi parlait de ligules de poissons qui auraient pu continuer à vivre dans des oiseaux.

A une époque plus rapprochée de nous, notre savant ami von Siebold, appelé, avec raison, le prince de l’helmintholcgie, partageait encore complètement cet avis, en rapprochant le cysticerque de la souris, du ténia du chat, et en prenant ce jeune ver pour un être égaré, malade et hydropique. A ses yeux, le ver avait fait fausse route dans la souris; le ténia du chat ne pouvait vivre que dans le chat. Flourens parlait de roman, quand moi-même j’annonçai à l’Institut de France que les vers cestodes doivent passer d’un animal à un autre, pour parcourir les phases de leur évolution.

Aujourd’hui, dans les laboratoires de zoologie, on répète tous

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les jours avec le même succès les expériences sur ces transmigrations et naguère, M. R. Leuckart, qui dirige avec tant de talent l’Institut de Leipzig, a découvert, de concert avec son élève Mecznikow, des transmigrations de vers accompagnées de changements de sexe : c’est-à-dire, ils ont vu des nématodes parasites des poumons de grenouille , toujours femelles ou hermaphrodites, engendrer des individus des deux sexes qui ne ressemblent pas à leur mère et dont le séjour habituel est, non dans le poumon de la grenouille, mais dans la terre humide. En d’autres termes, que l’on se figure une mère, née veuve, qui ne peut exister sans secours et qui engendre des garçons et des filles pouvant se suffire à euxmêmes. La mère est parasite et vivipare, ses filles sont pendant toute la vie libres et ovipares.

Cette observation nous conduit à cette autre singularité sexuelle, observée dans ces derniers temps, de mâles et de femelles différents dans une seule et même espèce, et qui donnent naissance à des produits qui ne se ressemblent pas : le même animal, ou plutôt la même espèce, sort de deux œufs différents fécondés par des spermatozoïdes différents.

Aujourd’hui que ces transmigrations sont parfaitement connues et admises, on a si complètement oublié le point de départ, que l’on attribue assez souvent l’honneur de cette découverte à des confrères, qui n’en ont eu connaissance qu’aprèsque la démonstration en était entièrement faite et que la nouvelle interprétation était généralement acceptée. Mais revenons à notre sujet.

Le secours entre les animaux est ainsi tout aussi varié que celui que l’on trouve parmi les hommes : les uns reçoivent le domicile, d’autres la table, et, d’autres le vivre et le couvert ; on trouve un système complet de logement et d’alimentation, à côté des institutions philozoïques les mieux combinées. Mais si, à côté de ces pauvres, on en voit d’autres qui se

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rendent mutuellement des services, il serait peu flatteur de les qualifier tous de parasites ou de commensaux. Nous croyons être plus juste à leur égard en les appelant Mutualistes , et le mutualisme prendra place à côté du commensalisme et du parasitisme.

Il faudrait aussi trouver une qualification pour ceux qui, comme certains crustacés et même des oiseaux, sont plutôt des pique-assiettes que des parasites, et pour d’autres qui payent par une méchanceté les secours qu’ils ont reçus. Et comment nommer ceux qui, comme le pluvier, rendent des services que l’on pourrait comparer à des services médicaux ?

Cet oiseau fait en effet le dentiste auprès du crocodile ; une petite espèce de crapaud se fait l’accoucheur auprès de sa femelle en se servant de ses doigts en guise de forceps, pour mettre les œufs au monde. Enfin le Pique-Bœuf exécute une • opération chirurgicale chaque fois qu’il ouvre, avec son bistouri à lui, la tumeur qui renferme une larve au milieu du dos du buffle. Plus près de nous, nous voyons l’étourneau rendre dans nos prairies le même service que le Pique-Bœuf en Afrique et on pourrait dire qu’il y a parmi ces animaux plus d’une spécialité dans l’art de guérir.

Nous ne devons pas oublier que le rôle de croque-mort est également très-répandu dans la nature, et que ce n’est jamais sans quelque profit pour lui ou pour sa progéniture que ce sombre industriel fait disparaître les cadavres. Certains animaux ont une occupation analogue à celle du décrotteur ou du dégraisseur puisqu’ils entretiennent avec soin et même avec une certaine coquetterie la toilette de leurs voisins.

Et comment faudra-t-il qualifier les oiseaux, connus sous le nom de Stercoraires, qui profitent de la lâcheté des mouettes pour vivre en paresseux? Les mouettes ont beau se fier à la force de leurs ailes, les stercoraires finissent par leur faire rendre gorge pour partager le produit de la pêche. Poursuivis

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de trop près, ces oiseaux craintifs dégorgent leurs jabots pour s’alléger, comme le contrebandier qui ne voit plus de moyen de salut que dans l’abandon de son fardeau.

On ne doit cependant pas toujours en vouloir à toute l’espèce, puisque très-souvent, comme le cousin, ce n’est que l’un des sexes qui cherche une victime.

En général, tous ces animaux vivent au jour le jour; et s’il y en a qui connaissent l’économie, il y en a également qui n’ignorent pas les avantages de la caisse d’épargne et, comme le corbeau et la pie, songent au lendemain et mettent en réserve l’excédant de la journée.

Nous l’avons déjà dit : ce petit monde n’est pas toujours facile à connaître, et dans ces sociétés, où chacun apporte son capital, les uns en activité, les autres en violences ou en ruses, il se trouve plus d’un Robert Macaire qui n’apporte rien du tout et qui les exploite tous. Chaque espèce animale peut avoir ses parasites et ses commensaux, et chaque animal peut en avoir même de différentes sortes et de diverses catégories.

Mais d’où viennent-ils ces êtres malencontreux, dont le nom seul inspire souvent de l’horreur, et qui s’installent sans façon, ^ non dans nos demeures, mais dans nos organes, et dont nou£ pouvons encore moins nous débarrasser que des rats et des souris ? Ils naissent comme tous les autres de parents.

Les temps sont passés où la viciation des humeurs et l’altération des parenchymes étaient des conditions suffisantes pour la formation des parasites, et où leur présence était regardée comme un épiphénomène résultant de dispositions morbides de l’organisme. Nous avons tout lieu d’espérer que ce langage d’une autre époque aura bientôt complètement disparu des livres de physiologie et de pathologie. Ni le tempérament ni les humeurs n’ont rien à faire avec les parasites et ceux-ci ne sont pas plus abondants chez des individus cachcxiques que chez ceux qui jouissent de la santé la plus brillante. Au con-

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traire, tous les animaux sauvages hébergent leurs vers parasites propres, et la plupart d’entre eux ont à peine vécu en captivité, que nématodes comme cestodes disparaissent complètement. Seuls les parasites emprisonnés ne désertent pas.

Tous ces rapports sont réglés d’avance, et, pour notre part, nous ne pouvons nous défendre de l’idée que la terre a été préparée pour recevoir successivement les plantes, les animaux et l’homme ; dès les premières élaborations que Dieu a fait subir à la matière, il avait évidemment en vue celui qui, un jour, devait s’élever jusqu’à Lui et Lui rendre hommage.

C’est ainsi que je répondrai à une question posée dernièrement par L. Agassiz : « Le monde animal, conçu dès le principe, est-il le motif des changements physiques que notre globe a éprouvés, ou les modifications des animaux sont-elles le résultat des changements physiques; en d’autres termes, la terre est-elle faite et préparée pour les êtres vivants ou bien les êtres vivants se sont-ils développés comme ils ont pu, selon les vicissitudes physiques de la planète qu’ils habitent? »

Cette question a été agitée de tout temps et la science qui no veut pas regarder au delà du scalpel, ne parviendra pas à la résoudre. Chacun doit chercher dans sa propre raison la solution du grand problème.

Quand on voit le poulain, à peine né, gambader pour trouver le pis de sa mère, et au sortir de l’œuf, le poussin chercher sa becquée et le canncton sa flaque d’eau, peut-on trouver ailleurs que dans l’instinct, la cause de ces actes, et cet instinct, n’est-ce pas le libretto écrit par Celui qui n’a rien oublié.

Le statuaire en malaxant l’argile, pour en faire sortir une maquette, a conçu la statue qu’il va produire. Il en est ainsi de l Artiste suprême. Son plan de toute éternité est présent à sa pensée, il exécutera l’œuvre en un jour, en mille siècles. Pour

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lui, le temps n’est rien : l’œuvre est conçue, elle est créée, et chacune de ses parties n’est que la réalisation de la pensée créatrice, et son développement réglé dans le temps et dans l’espace.

Plus nous avançons dans la connaissance de la nature, dit Oswald Heer, dans le Monde primitif qu’il vient de publier, plus aussi est profonde notre conviction, que la croyance en un Créateur tout-puissant et en une Sagesse divine, qui a créé le ciel et la terre, selon un plan éternel et préconçu, peut seule résoudre les énigmes de la nature comme celle de la vie humaine. Continuons à élever des statues aux hommes qui ont été utiles à leurs semblables et qui se sont distingués par leur génie ; mais n’oublions pas ce que nous devons à Celui qui a mis des merveilles dans chaque grain de sable, un monde dans chaque goutte d’eau.

Dans un premier livre nous nous occuperons des commensaux, dans un second des mutualistes et dans un troisième des parasites.

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