LIVRE PREMIER
Le commensal est celui qui est reçu à la table de son voisin pour partager avec lui le produit de la pêche ; il faudrait créer un nom pour désigner celui qui réclame de son voisin une simple place à son bord, et qui ne demande pas le partage des vivres.
Le commensal ne vit pas aux dépens de son hôte : tout ce qu’il désire, c’est un gîte ou son superflu; le parasite s’installe temporairement ou définitivement chez son voisin; de gré ou de force, il exige de lui le vivre et très-souvent le logement.
Mais la limite précise où le commensalisme commence n’est pas toujours facile à discerner. Il y a des animaux qui ne sont commensaux qu’à une certaine époque de leur vie et qui pour* voient à leur entretien pendant les autres époques; d’autres ne sont commensaux que dans certaines circonstances données
et ne méritent point cette qualification dans les temps ordw naires.
Dans les rangs supérieurs, les rapports des animaux entre eux sont en général bien connus et justement appréciés, mais il n’en est pas de meme dans les rangs inférieurs, et plus d’un animal peut passer pour un commensal ou pour un parasite, pour un voleur ou pour un mendiant, selon les circonstances où on l’observe. Le chevalier d’industrie passe pour honnête, tant qu’il n’a pas été pris en flagrant délit. Aussi, pour être juste, il faut examiner avec soin les actes d’accusation, et ne se prononcer qu’après une sévère instruction.
La plupart de ces animaux qui vivent en bonne intelligence et qui, sans se nuire, sont établis les uns sur les autres, sont regardés à tort par la plupart des naturalistes, comme parasites. Aujourd’hui que les rapports de plusieurs d’entre eux sont mieux appréciés, on connaît de nombreux animaux qui se réunissent entre eux pour se prêter un secours mutuel, à côté d’autres qui vivent , comme les pauvres , des miettes qui tombent de la table des grands. Il y a bien des rapports entre des espèces différentes que l’on 11e pouvait découvrir qu’après un examen minutieux , et que l’on a fini par apprécier avec plus d’impartialité.
Les commensaux sont assez nombreux dans la nature, et ce n’est n’est pas seulement à l’époque actuelle que l’on a reconnu le commensalisme; il existait déjà à l’époque primaire, et Wyvile Thomson m’a signalé, pendant que j’étais moi-même son commensal à Edimbourg (Association britannique, 1871), que les polypes de l’époque silurienne le connaissaient déjà. Nous 11e comptons pas parmi les commensaux les animaux qui, comme les oiseaux que nous tenons en cage, charment l’oreille par leur chant, ou qui, malgré nous , vivent aux dépens du gardemanger ; nous voulons parler seulement des commensaux véritables qui, tantôt par faiblesse de constitution, tantôt par défaut d’activité, ne peuvent se nourrir ou élever leur famille sans demander du secours à leur voisin.
Il y a d’abord des commensaux libres qui ne renoncent jamais à leur indépendance, quels que soient les avantages dont jouit leur amphitryon ; ils rompent pour le moindre motif de
mécontentement et vont chercher fortune ailleurs. C’est la susceptibilité qui les guide, sinon l’attrait du changement. On les reconnaît à leur attirail de pêche et de voyage dont ils ne se dépouillent jamais ; les commensaux libres sont les plus nombreux. — Les autres, les commensaux fixes , s’installent chez un voisin, jettent par-dessus bord tout leur matériel de voyage, se mettent à l’aise en changeant complètement de toilette et renoncent pour toujours à la vie indépendante. Leur sort est à jamais lié à celui qui les porte.
C’est dans ces deux catégories que nous allons citer quelques exemples, et jeter un coup d’œil sur les différences que présentent, sous ce rapport, les diverses classes du règne animal, en commençant par les rangs supérieurs.
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On trouve des commensaux libres dans diverses classes du règne animal. Ils se mettent tantôt en croupe sur le dos d’un voisin, tantôt à l’entrée de la bouche, au passage des vivres, ou bien à la sortie des déchets ; tantôt enfin ils se mettent à l’abri sous le manteau de leur hôte, dont ils reçoivent aide et protection.
Dans les rangs des vertébrés, on ne trouve guère que les poissons qui méritent une place ici ; c’est seulement parmi eux que l’on rencontre des espèces à la merci des autres, et dépendant d’acolytes , qui leur sont inférieurs sous tous les rapports.
Un commensal intéressant de cette première catégorie est un poisson d’une forme gracieuse, nommé donzelle, qui va chercher fortune dans le corps d’une holothurie. Les naturalistes le connaissent depuis longtemps sous le nom de Fieras fer. Il a le corps allongé semblable à celui d’une anguille, tout couvert de petites écailles, et, comme il est tout comprimé, ou l’a comparé à l’épée que les saltimbanques s’enfoncent dans l’œsophage. On en trouve dans différentes mers qui ont exactement les mêmes habitudes. Ce poisson est logé dans le tube digestif fie son compagnon , et, sans égard pour l’hospitalité qu’il re-
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coit, il prélève sa part sur tout ce qui outre. Le Fierasfer a trouvé le moyen de se faire servir par un voisin mieux outillé ■que lui pour la pèche.
Le docteur Grcef , aujourd’hui professeur à Marbourg , a trouvé à Madère une holothurie d’un pied de longueur et dans laquelle habitait paisiblement un vigoureux Fierasfer. Dans le récit de leur voyage autour du monde Quoy et Gaimard ont signalé, depuis fort longtemps, le Fierasfer hornei dans le Stichopus tuberculosus .
Les holothuries paraissent se trouver dans des conditions très-avantageuses sous ce rapport puisque nous voyons parfois des Fierasfer, qui sont déjà passablement gloutons, accompagnés encore de Palémons et de Pinnothères dans le même animal. — Le professeur C. Semper a vu des Holothuries aux îles Philippines , qui ne ressemblaient pas mal, sous ce rapport, à un hôtel avec table d’hôte.
Ce n’est pas d’hier que ces singuliers poissons ont été observés, mais on ne savait comment il fallait expliquer leur présence dans un hôte de si bas étage qu’une holothurie.
Mais si l’on s’accorde sur les rapports qui lient ces poissons aux holothuries, on n’est pas du tout d’accord sur les organes qu’ils habitent dans leur hôtel vivant. — Logent-ils dans la cavité digestive des holothuries ou habitent-ils dans l’arbre respiratoire qui s’ouvre à l’extrémité postérieure du corps ? Jusqu’à présent on croyait que c’était dans leur estomac, mais un doute a surgi : le professeur Semper, qui a étudié avec un soin particulier ces animaux aux lies Philippines , a eu la curiosité d’ouvrir l’estomac de quelques-uns d’entre eux, et y a trouvé, non des bêtes pêchées par l’holothurie, mais des restes de son arbre respiratoire qu’ils étaient en train ■de digérer. Est-ce bien alors un commensal ? Il faudra une nouvelle instruction, et, si le Fierasfer n’a pas accidentellement avalé les parois du compartiment qui le loge, il devra plutôt prendre place parmi les parasites. Tout en logeant dans l’arbre respiratoire, comme le dit notre savant confrère de NVurzbourg, le Fierasfer peut aussi être commensal à la façon
de tant d’autres qui habitent le voisinage du rectum pour mieux happer ceux que l’odeur attire.
Les Fieras fer ne sont pas les seuls poissons qui îéclament du secours à des holothuries : à Zamboanga vit une espèce à laquelle on a donné le nom spécifique de Scabra, et, dans le ventre de laquelle, dit J. Muller, vit communément un poisson myxinoïde, du nom d ’Enchelyophis vermicularis. On ne nous apprend malheureusement pas dans quelle partie du ventre ■ car tout est ventre chez ces animaux.
Ce qui est moins dégradant pour un poisson, c’est de demander du secours à un animal de son rang. La Méditerranée nous en offre un curieux exemple. Risso a vu, vers le commencement de ce siècle, à Nice, le monstrueux poisson connu sous le nom de Beaudroie, loger dans son énorme sac branchial, un poisson de la famille des Murénides, VAplerychte ocellé. Il se trouve là évidemment en qualité de commensal. Quoique les anguilles en général vivent aisément, la beaudroie possède des engins de pèche qui leur manquent et, blottis tous les deux dans la vase, elle fait des pèches assez abondantes pour encore partager avec d’autres. Cette même baudroie vit dans la mer du Nord, et là, elle loge un crustacé amphipode qui a jusqu’à présent échappé à la vigilance des carcinologistes. Nous en parlerons plus loin.
Dans la mer de Chine , le docteur Collingwood a vu une Anémone de mer qui n’a pas moins de deux pieds de diamètre, et dans l’intérieur de laquelle loge également un petit poisson
très-frétillant dont il n’a pu dire le nom.
Le lieutenant de Crispigny a observé une anemone de mer
I Actinia crassicornis) vivant en bonne intelligence axec un poisson malacoptérygien, le Premnas biaculeatus. Ce poisson pénètre dans l’intérieur du corps de l’anémone, les tentacules se resserrent autour de lui et il reste ainsi enfeimé un ceitam temps dans une tombe vivante. — M. de Crispigny a tenu ces animaux en vie pendant plus d’un an pour les observer avec soin. On trouve également dans la mer des Indes un poisson connu sous le nom i’Oxybeles lombricoïdes, qui piend mo-
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{lestement quartier dans une étoile de mer, VAsterias dis coïda. Enfin un autre cas de commensalisme nous a été révélé par le professeur Reinhardt de Copenhague : un Siluroïde du Brésil, du genre Platystome , habile pécheur, grâce à ses nombreux barbillons, loge dans la cavité de la bouche de tout petits poissons, que l’on a pris pendant longtemps pour de jeunes silures ; on supposait que la mère couvait sa progéniture dans la cavité de la bouche, comme les marsupiaux dans la poche abdominale et comme le font d’autres poissons. Ces commensaux sont parfaitement développés et adultes , mais au lieu de vivre du produit de leur propre travail, ils préfèrent s’installer dans la bouche d’un complaisant voisin et prélever la dîme sur les succulentes bouchées qu’il avale. — Ce petit poisson a reçu le nom de Stegophilus insidiatus. On voit que dans le règne animal, ce ne sont pas toujours les grands qui exploitent les petits. Cependant ne nous y trompons pas, il y a des poissons, dans les parages de l’île de Ceylan, qui couvent réellement leurs œufs dans la cavité de la bouche , et nous en avons vu au musée d’Edimbourg, étiquetés sous le nom de Arius bookei. Louis Agassiz a fait la meme observation sur un poisson de l’Amazone , ce qui a été reconnu également par Jeffrey s Wiman. Un poisson enveloppe scs œufs dans les franges de ses branchies et les protège jusqu’à leur éclosion, un autre dépose scs œufs dans des trous creusés par lui-même dans les berges de la rivière et protège les jeunes après l’éclosion.
Couver les œufs dans la bouche n’est du reste pas plus extraordinaire que de les couver dans une autre région du corps. — Les syngnathes les couvent bien dans une poche derrière l’anus , et chose plus curieuse , ce ne sont pas les femelles qui sont chargées de ce soin. Les mâles seuls portent cette jeune progéniture avec eux. — Cela rappelle cet exemple curieux des oiseaux, connus sous le nom de Phalaropes , et chez lesquels les mâles seuls couvent. La femelle des coucous abandonne ses œufs et les confie à une femelle étrangère.
Le coucou nous conduit au Mégapode tumulairc et au
Télégamme de Latham , qui habitent l’un et l’autre l’Australie : ces oiseaux déposent leurs œufs dans un énorme tas d’herbes ou de feuilles qui s’échauffe par la décomposition et dont la température est suffisante pour les couver. Au sortir des œufs, les petits sont assez développés pour pourvoir à leurs besoins et se passer des soins maternels.
Pour en revenir à nos commensaux, signalons le résultat des observations d’un savant et habile naturaliste qui a rendu de très-grands services à l’ichthyologie. Le docteur Bleeker nous a fait connaître une association plus remarquable encore dans la mer des Indes ; c’est celle d’un crustacé, le Cymothoa, exploitant un poisson connu sous le nom de Stegophilus ; mal organisé pour pécher au large , mais plus habile à happer au passage tout ce qui passe à sa portée , il installe son domicile dans la cavité buccale du Stegophilus.
Mais de tous les crustacés le plus cruel est cet isopode, nommé Ichtyoxène, qui se creuse pour lui et pour sa femelle une vaste demeure dans les parois du ventre d’un poisson cyprinoïde. Nous reviendrons sur ces exemples.
Les Phy salies, ces charmants bouquets vivants des régions tropicales, logent également dans leurs cavités, ou au milieu de leurs longs cirrhes, de petits poissons adultes et complets,, qui appartiennent à la famille des Scombéroïdes , famille à laquelle se rattachent le thon et le maquereau. Ces papillons de la mer balancent ainsi, au gré de leur hôte, leur indolente individualité. Des voyageurs rapportent que l’on en voit par douzaines blottis dans ces festons animés. M. Al. Agassiz a
signalé, dans son catalogue illustré, un autre fait tout aussi extraordinaire, observé dans la baie de Nantucket, aux États- Unis : c’est une Pélagie nocturne ( Dactylometra quinquecirra, Ag.) toujours accompagnée, pour ne pas dire escortée,, par une espèce de hareng. Les deux voisins constituent entre eux une association qui tourne probablement à l’avantage de l’un et de l’autre.
Sans quitter notre littoral, nous voyons une association du môme genre entre de jeunes poissons (Car aux trachurus) et
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une charmante méduse (Chrysaora isocela) . Cet acalèphe renferme souvent plusieurs jeunes Caranx que l’on est tout surpris de voir sortir pleins de vie du corps transparent de ces polypes. Il n’est pas rare du reste de trouver d’autres poissons dans les méduses; le docteur Günther qui a fait avec tant de succès le relevé de la riche collection de poissons du British Muséum, nous a montré des Labrax lupus et des Gasterosteus , qui avaient été recueillis dans l’intérieur de différentes méduses, et ces rapports ont été également remarqués par plusieurs observateurs distingués, parmi lesquels nous citerons MM. Sars, Rud. Leuckart et Peach. Le capitaine de frégate Jouan a vu dans la mer des Indes, le 26 octobre 1871, par 13° 20' de latitude N. et 60° 30' de longitude E., c’est-à-dire, à environ 200 lieues à l’ouest des îles Laqucdives, par un très-beau temps, la mer en ce moment très-calme, couverte de méduses et la plupart de ces dernières escortées par un ou plusieurs petits poissons, du genre Ostracion, dont il n’a pu connaître l’espèce. Il est probable que le banc de méduses met en mouvement certains animaux qui sont l’objet de la convoitise des Ostracions.
Un poisson qui a fait beaucoup parler de lui c’est le Pilote; sa pèche fait un des principaux délassements des matelots pendant les longues traversées. Les uns prétendent qu’il vient happer l’appât, sans toucher au fer meurtrier qui menace le requin, et comme il ne quitte jamais son acolyte, d’autres en avaient conclu qu’il se nourrissait des restes abandonnés par lui. Aucune de ces deux suppositions n’est exacte, et comme le requin n’a évidemment pas besoin qu’on lui indique les écueils, nous nous bornerons, quant à nous, à constater cette association curieuse sans essayer d’en apprécier le but.
En effet, nous avons eu occasion de visiter plusieurs spécimens bien conservés, dont l’estomac renfermait des pelures de pomme de terre, des carapaces de crustacés, des débris de poisson, des plantes marines (fucus) et un morceau de poisson coupé qui avait évidemment servi d’amorce. Le Pilote ne vit donc pas des restes de son compagnon, mais bien de sa propre
industrie et trouve sans doute un avantage quelconque à piloter son voisin C’est grâce à l’extrême obligeance du docteur Günther que nous avons pu faire cette visite intéressante dans les riches galeries du British Muséum. Qu’il nous soit permis de témoigner ici notre reconnaissance à ce savant et à ses illustres collègues qui ont la direction de ce vaste établissement toujours ouvert à ceux qui travaillent à l’avancement de la science.
On a quelquefois confondu , avec le pilote, un poisson bien différent , qui se tient , non dans le voisinage du requin, mais qui s’établit sur lui et s’amarre à ses flancs à l’aide d’un appareil particulier, pour un temps plus ou moins long, on pourrait même dire pour la durée d’un voyage. C’est le Rémora.
Ce poisson est-il commensal du squale sur lequel il s’établit ? Comme pour le pilote une visite pouvait seule décider cette question. Nous avons ouvert au British Muséum l’estomac de plusieurs rémoras de diverses grandeurs, et nous avons pu nous assurer qu’eux aussi pêchent pour leur compte; leurs aliments se composent de morceaux de poisson, qui avaient servi d’amorce, de jeunes poissons avalés en entier et de quelques débris de crustacés. Le rémora est amarré simplement à son hôte et ne lui demande que le passage. Il se borne comme le pilote à pêcher dans les mêmes eaux que le requin qui le transporte. Les matelots aujourd’hui encore sont convaincus que, si l’un de ces rémoras s’attache au navire, il n’y a pas de puissance humaine capable de faire avancer celui-ci et qu’il doit nécessairement s’arrêter. — Ce qui n’est pas douteux, c’est que les pêcheurs du canal de Mozambique mettent à profit cette faculté, pour pêcher des Tortues marines et certains grands poissons. Ils passent dans la queue du rémora un anneau auquel est attaché une corde, et le lancent à la poursuite du premier passant jugé digne d’être saisi. Cette pêche est en quelque sorte le pendant de la chasse au faucon.
Aux yeux des anciens un être aussi extraordinaire ne pouvait manquer d’attirer l’attention des curieux de la nature. Pline
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prétend que le rémora sert à composer des philtres capables d’éteindre le feu de l’amour!
Parmi les insectes il doit y avoir un grand nombre de commensaux libres ; c’est aux entomologistes à les faire connaître ; par exemple, plusieurs vivent avec les fourmis , les Psélaphides et les Staphylinidcs. Certains poils de ces insectes sécrètent, paraît-il, un liquide sucré dont les fourmis sont fort avides. A en croire un habile observateur, M. Lespès, il y en a parmi eux, les Claviger , qui en échange du service qu’ils rendent, sont nourris par les fourmis elles-mêmes. Nous citeterons encore les larves de Méloë qui semblent vivre en parasites et dont on a si longtemps ignoré la nature véritable.
Les méloë femelles déposent leurs œufs près des renoncules et des autres plantes dont les fleurs sont régulièrement visitées par les abeilles. Après l’éclosion, les larves remontent jusqu’aux fleurs et attendent patiemment le moment qu’une abeille les prenne en croupe et les porte dans l’intérieur de la ruche. Dn connaissait autrefois cet insecte sous le nom de pou d’abeille, mais cette dénomination est impropre, car l’abeille n’est pas l’hôte du méloë mais seulement sa monture. D’après des observations récentes, des mouches jouent le même rôle pour des Chélifer et certains coléoptères aquatiques et terrestres pour plusieurs acaridcs.
Dans la classe des commensaux nous trouvons encore un coléoptère qui se loge d’une façon assez analogue à celle des pagures dont nous parlerons plus loin. La femelle du Drile (. Drilus ), genre voisin des vers luisants, attaque le limaçon et quand elle l’a dévoré, elle s’installe dans sa coquille pour y subir ses métamorphoses; au besoin même, elle change plusieurs lois de coquille et choisit successivement un logis plus spacieux. En véritable sybarite, le Drile tapisse l’entrée de sa demeure et reste paisiblement entouré du manteau de son jeune âge.
C est surtout parmi les crustacés que se rencontrent de remarquables exemples de commensalisme libre. On sait que
cette classe comprend les homards, les crabes, les crevettes et ces légions de petits animaux faisant la police des rivages maritimes en purifiant les eaux de l’Océan de toutes les matières organiques qui sans eux les corrompraient. Ils 11e sont point comme les insectes, étincelants de couleurs diaprées; leurs formes sont robustes et variées et ils plaisent souvent par la singularité de leurs allures. Le professeur Verrill a dernièrement étudié quelques-uns de ces êtres et a montré combien ils offrent d’intérêt, non-seulement aux naturalistes, mais encore aux gens du monde.
Les crustacés et les vers fournissent le plus de pauvres et d’infirmes; et un grand nombre d’entre eux ont besoin pour vivre, du secours continuel de leurs voisins. Tandis que les autres animaux se perfectionnent avec l’âge, chez plusieurs crustacés il est loin d’en être ainsi et on serait tenté d’en reléguer plus d’un aux confins du règne végétal précisément à l’époque où il s’approche de l’état adulte. Cuvier rangeait toute la classe des Cirrhipèdes parmi les mollusques, les Lernéens parmi les vers. Le grand naturaliste ne les connaissait pas sous leur forme de jeune âge. Plusieurs de ces animaux trop mal outillés pour vivre sans secours, s’adressent à des voisins bienveillants; à l’un ils demandent un gîte, à l’autre une part du butin, au troisième un abri et une protection. Réduits souvent à leur peau, tout a pour ainsi dire disparu et il ne leur reste aucun organe propre si ce n’est celui qui doit conserver l’espèce. Obèses, aveugles, impotents, véritables culs-de-jatte, leur existence est plus précaire encore que celle des derniers misérables de nos cités, ils ne vivent que par le sang du voisin qui leur donne asile. Cependant au sortir dç l’œuf tous sont libres, ils gambadent, ils nagent avec la rapidité de l’éclair, et au terme de leur vie, on les trouve accroupis et informes dans quelque refuge vivant, comme si une lèpre immonde avait atrophié en eux tous les organes de relation. Munis d’abord des mêmes engins et des mêmes habits, parasites et commensaux 11’ont été connus que le jour où on a pu les observer dans leurs premiers langes. L’enfant a trahi le vieillard.
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Nous n’examinerons pas ces animaux dans tous les détails de leur vie privée et pourtant nous avons grande envie de faire part à nos lecteurs des indiscrétions que nous avons commises en assistant au changement de leur toilette. Malgré leur susceptibilité et leur désir de se dérober aux regards pendant la mue, plus d’une fois nous les avons observés quittant leur vêtement devenu trop étroit. — La vieille tunique se fend ordinairement au milieu du dos et tombe tout d’une pièce en livrant passage à l’animal. Le crustacé est étendu mou et souple à côté de sa carapace rigide.
De tous les crustacés commensaux libres, un des plus intéressants, quoique des plus petits, est ce crabe mignon, gros comme une jeune araignée, qui vit dans les moules et qui a souvent été accusé, à tort évidemment, des indispositions si connues de tous les amateurs de ce mollusque. On en a vu un grand nombre depuis quelques années, et les accidents n’ont pas été plus nombreux. Les coupables sont les moules ellesmêmes ; elles produisent sur certaines personnes un effet nuisible , — par idiosyncrasie. En guise d’explication nous avons au moins un mot, et jusqu’à présent nous sommes bien forcés de nous en contenter.
A quel titre ces petits crabes, que les naturalistes désignent sous le nom de Pinnothères, et que l’on ne trouve pas ailleurs, habitent-ils les moules? Sont-ils parasites, pseudo-parasites ou commensaux ? Ce n’est pas le goût du voyage qui les pousse, mais le désir d’avoir une retraite assurée en tout temps et en tout lieu. C’est le brigand qui se fait suivre par la caverne qu’il habite et qui ne s’ouvre que sur un mot d’ordre connu. L’association tourne à l’avantage de tous les deux : les restes que le pinnothère abandonne sont repris par le mollusque. C’est le riche qui s’est installé dans la demeure de l’aveugle et le fait participer à tous les avantages de sa position. Les pinnothères sont, à notre avis, de vrais commensaux. Ils prennent leur repas dans les mêmes eaux que leur co-locataire, et les miettes des crabes rapaces ne sont sans doute pas perdues pour la bouche des paisibles moules. Ce qui n’est pas douteux, c’est
que ces petits larrons sont bons locataires et, si les moules leur fournissent un gîte commode et un logement sûr, elles profitent largement, de leur côté, des reliefs du festin qui tombent de leurs pinces. Tout petits qu’ils sont, ces crabes sont bien outillés et avantageusement placés pour faire bonne pêche en toute saison. Blottis au fond de leur demeure vivante, vrai repaire que la moule transporte à volonté, ils choisissent à merveille le moment et le lieu pour la sortie comme pour l’attaque, et toujours, ils tombent à l’improviste sur leur ennemi. Il existe de ces pinnothères vivant dans toutes les mers et habitant un grand nombre de mollusques bivalves. La mer du Nord nourrit une grande espèce de modiole, la Modiola papuana , que l’on trouve surtout dans les lieux profonds, peu accessibles et qui renferme toujours un couple de pinnothères de la grosseur d’une noisette. Nous avons ouvert des centaines de ces modioles et nous n’en avons jamais rencontrées qui fussent veuves de leurs crabes. Nous avons, depuis longtemps , déposé quelques exemplaires de ces pinnothères dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle à Paris.
La grande moule [Avicula 7nargaritifera), qui fournit les perles fines, loge aussi des pinnothères d’une espèce particulière, à côté d’un autre commensal plus voisin des homards que des crabes. Il n’est même pas impossible que ces crustacés, avec d’autres commensaux ou parasites, contribuent à la formation des perles, puisque ces objets, si hautement prisés par la coquetterie, ne sont que le résultat de sécrétions viciées et résultent ordinairement de blessures.
On rencontre également un petit crabe, VOstracotheres tridacnæ de Ruppel, dans le mollusque acéphale dont l’immense coquille peut servir de bénitier et sans doute dans beaucoup d’autres bivalves que l’on n’a pas eu l’occasion d’examiner.
Le docteur Léon Vaillant a écrit un fort intéressant mémoire sur les Tridacnes et nous apprend que ce crabe s’abrite dans leur chambre branchiale. Or, comme les mollusques ne se nourrissent que de substances végétales, tandis que l’Ostracothêres ne recherche que les matières animales, M. Vaillant
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suppose que celui-ci fait un triage des aliments à leur entrée et s’empare au passage de ce qui lui convient le mieux. M. Peters, pendant son séjour sur la côte du Mozambique, a étudié un grand nombre de ces acéphales et des moules à perles, et il a trouvé l’intérieur habité par trois crustacés décapodes , une pinnothôre et deux macroures voisins du Pontonia, auxquels il a donné le nom de Conchodytes ; la Conchodytes tridacnæ hante la Tridacna squammosa ; la Conchodytes meleagrinæ , comme son nom spécifique l’indique, habite la moule à perle.
Enfin, dans ces derniers temps le professeur Semper a signalé des Pinnothères dans des holothuries aux îles Philippines et M. Alphonse M. Edwards en a fait connaître de la Nouvelle-Calédonie (P. Fischerii). De sorte que ces petits crabes, amis des mollusques , sont connus dans les deux hémisphères.
Ces conditions ne semblent-elles pas nous autoriser à conclure qu’une meme pensée a présidé à l’apparition de tous les êtres ; que tous ont paru , non d’après le hasard des milieux ambiants , mais d’après des lois établies dès l’origine des choses ?
La coquille qui loge communément ces pinnothères, dans la Méditerranée comme dans l’Adriatique, est un grand mollusque acéphale, connu sous le nom de Jambonneau, et qui, d’après Aristote, héberge meme deux différentes sortes de commensaux. L’illustre philosophe naturaliste a, en effet, signalé également une Pontonia ( Pontonia custos , Guérin. — P. Pyrrhena , M. Edw.), longue de près d’un pouce et demi, d’un rose pâle, plus ou moins transparente, et qui vit avec son compagnon, la pinnothère, dans la cavité des Pinna marina. C’est le meme animal qu’un naturaliste du siècle dernier a désigné sous le nom de Cancer custos.
Nous avons voulu savoir aussi si Pline n’avait pas connu ces crustacés. Il en a parlé dans les termes suivants : « La Chama est une lourde bote sans yeux, dit-il, ouvrant ses valves et attirant les petits poissons qui entrent sans défiance
et se mettent à prendre leurs ébats dans leur nouveau gîte. La pinnothère voyant la demeure envahie par des étrangers, pince son hôte : celui-ci ferme les valves et tue les uns après les autres ses confiants visiteurs, pour s’en repaître à loisir. »
Cuvier ne croyait pas que la pinnothère apportât quelque pâture à la moule , puisque celle-ci d’après lui se nourrit exclusivement d’eau de mer.
D’autres zoologistes regardent la pinnothère comme un intrus que le hasard a poussé dans ce mystérieux milieu. D’autres prennent les moules pour des commères d’un naturel trèscurieux, et qui , n’ayant pas d’yeux, auraient intéressé à leur sort ce petit crabe, parfaitement doué sous le rapport de la vue. En effet, comme les autres crustacés de son rang, il porte, de chaque côté de sa carapace, au bout d’un support mobile, un charmant petit globe,- armé de plusieurs centaines d’yeux, et qu’il peut diriger sur la proie , comme l’astronome braque son télescope sur un point du firmament. Ces derniers naturalistes considéraient, en un mot, leur crabe comme un journal vivant qui tenait son hôte au courant des nouvelles. Un Hollandais, Rumphius, le premier qui ait fait mention de l’animal des nautiles, a connu également les mœurs de pinnothères. Dans son « Amboinche Rariteit Kamer, » publié en 1741, il dit que ces crustacés se tiennent toujours dans deux sortes de coquillages, les Pinna et les Charria squararaata. Selon lui quand ces mollusques ont atteint leur croissance, une pinnothère, une seule, dans les Chama au moins, habite leur intérieur et elle n’abandonne son logement qu’après la mort de son hôte. Rumphius regarde donc le crustacé comme un gardien fidèle remplissant les fonctions de portier. En 1638 il a trouvé même deux sortes de gardes ; à côté d’un Brachyure, portant un bouclier en bosse, effilé en avant, il a vu un Macroure delà longueur de l’ongle, d’un jaune orange, demitransparent, avec des pattes blanches et fort minces. C’est sans doute le même animal que M. Peters, de Berlin, a retrouvé sur la côte de Mozambique , et dont il est question plus haut.
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On connaît un petit crabe sur la côte du Pérou [Fabia chi lensis, Dana), qui vit dans des conditions un peu différentes; il choisit, non un mollusque bivalve, mais un oursin (Euri echinus imbecilus , Vcrrill) et se loge près de l’anus dans l’intestin, de manière à saisir au passage tous ceux que l’odeur attire dans ces parages. Sans doute, la délicatesse de notre odorat s’effarouche d’un pareil mode d’alimentation ; mais cette prédilection doit avoir une raison qui nous échappe. Il y a du reste un bon nombre d’espèces qui vivent dans des conditions analogues. '
Sur les côtes du Brésil, mon fils a trouvé deux couples de crabes dans un tube d’annélide fort long, étroit aux deux bouts, et large au milieu. — Le tube était trop étroit au bout pour les laisser sortir. — Sans doute ces crustacés y avaient pénétré avant d’avoir atteint leur volume complet.
Un crabe de la famille des Maïa se blottit dans l’épaisseur d’un polypier, fort commun aux îles Viti, à côté d’un mollusque gastéropode, et tous les deux prennent exactement la couleur du polypier. C’est un nouvel exemple de mimétisme. Ce crabe est connu sous le nom de Pisa Styx , le gastéropode est une Cyprœ a, le polype est le Melithea ochracea. Un crustacé décapode,la Galathea spinirostris, recherche une Comatule dont il prend exactement la couleur, et avec laquelle il vit dans les meilleurs termes.
Les holothuries dont nous avons déjà parlé, paraissent être un séjour recherché pour plusieurs animaux; indépendamment des Fierasfer, V Iiolothuria scabra des îles Philippines loge régulièrement dans son intérieur un couple, rarement plusieurs pinnothères, se rapportant à deux espèces distinctes. Ils élisent ce domicile de bonne heure, et doivent se plaire beaucoup dans ce séjour obscur, puisqu’on ne les voit plus, une fois qu’ils sont entrés, quitter cette caverne vivante. — Cette observation est due au professeur Semper qui nous a fait connaître tant de faits curieux de la mer de Chine et de l’Océan Pacifique. Dans l’épaisseur des branches ténues d’un corail des îles Sandwich, le Pœcilopora c æspitosa de Dana, vit également un
petit crabe (Hopalocarcinus marsupialis , Simpson), qui finit par être enfermé complètement par des végétations du corail. Il ne conserve avec l’extérieur que tout juste les communications indispensables pour la réception de ses vivres. Le corail d’ailleurs ne lui fournit qu’un gîte dans l’épaisseur de ses tissus. Aux îles Philippines vit également un crustacé brachyure dans la cavité branchiale d’une Haliotide, et un second sur le corps d’une holothurie. Sur les côtes du Brésil, F. Muller a vu, pendant son séjour à Desterro, des Porcellanes habiter des étoiles de mer, non en parasites comme on l’a supposé, mais, comme les autres , en vrais commensaux. Un crustacé peu généreux est le Lithoscaptus de M. Milne Edwards. Avec bec et ongles pour attaquer, il s’installe piteusement dans l’office d’une méduse, et, au lieu de faire usage de ses propres armes, met à profit les perfides nématocystes de son acolyte, pour vivre tranquillement à ses dépens.
Sous le nom d'Asellus medusæ Sir J. -G. Dalyell a fait connaître un autre commensal des méduses qui ressemble beaucoup à une Idothea.
Un autre genre de commensalisme est celui des Dromies. Çes crabes d’une taille ordinaire, se logent, dès leur première jeunesse, sous une colonie naissante de polypes, qui croît avec eux. Cette colonie a pour fond principal un Alcyon vivant , qui couvre la carapace , se développe et s’adapte parfaitement à toutes les inégalités du céphalothorax; on dirait une partie intégrante du crabe. Des Sertulaires , des Corynes, des Algues, se développent sur cet alcyon, et la Dromie, masquée par ce rocher vivant, qu’elle porte sur ses épaules comme l’Atlas de la fable, marche gravement à la conquête de sa proie. Elle ne doit pas craindre d’éveiller l’attention de ses ennemis. La plus grande vigilance ne peut prévenir les surprises de ces dangereux voisins. Il y en a une espèce dans la Méditerranée, et qui vient parfois sur nos côtes. On en connaît également dans la mer des Indes et au nord du Pacifique; Rumphius a nommé la Dromie Cancer lanosus ; c’est, dit-il, un crabe qui porte de l’herbe ou de la mousse. — Renard en
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fait également mention. Dana a observé une Anémone de mer recouvrant un crabe comme l’alcyon la Dromie, et qui n’est pas moins dangereuse qu’elle. Le genre de vie de l’anémone lui a valu le nom de Cancrisocia expansa. Au nord de la Californie, un crabe, Cryptolithodes typicus , se couvre de la même manière d’un manteau vivant qui le dérobe à la vue, et grâce auquel il surprend tous ceux qu’il attaque. 11 a déjà balayé le sol que l’éveil n’est pas encore donné dans le voisinage.
C’est peut-être ici le lieu de parler d’une association d’un autre genre et dont il est difficile d’apprécier la nature : je veux parlé du petit crabe, Turtle-crabe de Brown, que l’on rencontre en pleine mer sur la carapace des tortues marines et quelquefois sur des fucus. Il est à supposer qu’il profite de la carapace de son voisin pour se transporter à peu de frais dans divers parages, et on prétend que la vue de ce crustacé a donné confiance à Christophe Colomb, dix-huit jours avant la découverte du Nouveau Monde. Il y a du reste toute une société qui choisit ce séjour mobile ; indépendamment des cirrhipèdes, nous trouvons aussi des Tanaïs, qui ne se sont pas condamnés à y vivre toujours.
Les décapodes macroures sont plus rarement commensaux ; mais cependant on trouve un Palémon sur le corps d’une Actinie , d’après Sempcr ; un autre, dans la cavité branchiale d’un Pagure. Mais ce qui est plus connu, c’est la présence dans YEupleclella aspergillum , du Palémon qui loge dans ce palais féerique. Il est probable que l’Euplectella de l’Atlantique, signalé récemment près des lies du Cap Vert, par les naturalistes qui sont à bord du Challenger, cache également ce crustacé dans son intérieur. Citons encore YHyponconcha tubulosa , crabe dont la carapace est trop tendre pour lui- permettre de sortir nu, et qui se couvre de la coquille d’un mollusque bivalve.
Parmi les diverses associations aucune n’est plus remarquable que celle des Pagures, si abondants sur nos côtes, et appelés communément Bernards-V Hermite et Kakerlots par les pêcheurs d’Ostende. On sait que ces Pagures sont des
crustacés décapodes , assez semblables à des homards en miniature, qui se logent dans des coquilles abandonnées et qui, à mesure qu’ils grandissent, changent de demeure. Les jeunes se contentent de toutes petites habitations. Les coquillages qui les abritent sont des épaves, qu’ils trouvent au fond de la mer, et dans lesquelles ils cachent leur faiblesse et leur misère. Ces animaux ont l’abdomen trop mou pour affronter les dangers qu’ils courent sans cesse en guerroyant, et pour être moins exposés à la dent de leurs nombreux ennemis, ils se réfugient dans une coquille qui leur sert à la fois de loge et de bouclier. Armés de pied en cap, les Pagures marchent fièrement à l’ennemi et ne connaissent point de dangers car ils ont toujours leur retraite assurée.
Mais cet animal ne loge pas seul sous cet abri. Il n’est pas aussi anachorète qu’il en a l’air! En effet, à côté de lui s’installe communément un annélide, à titre de commensal, et qui forme, avec le Pagure, une des associations les plus redoutables que l’on connaisse. Cet annélide est un ver allongé comme toutes les Néréides, et dont le corps, souple et ondulé, est armé, le long des flancs, de faisceaux, de lances, de piques et de poignards dont les blessures sont toutes dangereuses. C’est une panoplie vivante qui se glisse furtivement dans le camp ennemi sans éveiller l’attention.
Quand un Pagure se met en marche , il représente une nichée de pirates, qui ne cesse ses exploits qu’au moment où tout est ravagé autour d’elle. Cette coquille est d’apparence tellement innocente qu’elle s’introduit partout sans provoquer le moindre soupçon. Elle est ordinairement recouverte d’une colonie d’Hydractinies et, dans l’intérieur, s’établissent très-souvent des Peltogaster, des Lyriopes et d’autres crustacés. Les Pagures ne sont pas des commensaux ordinaires , car ils n’habitent qu’une coquille abandonnée. Ils sont répandus dans toutes les mers. On en trouve dans la Méditerranée, dans la mer du Nord, sur la côte du Pacifique , à la Nouvelle-Zélande et aux Indes orientales ; trente espèces et même davantage sont inscrites au catalogue des crustacés.
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Les naturalistes ont donné le nom de Cénobites à des Paguriens des mers des pays chauds, qui ont un abdomen comme les Pagures, des antennes comme les Birgus , et habitent également des coquilles. Le Cénobite Diogène est une espèce des Antilles.
D’autres Paguricns, les Birgus , deviennent fort grands et cachent leur abdomen, non plus dans une coquille, mais dans des anfractuosités des rochers, comme font les homards, à l’époque de la mue, pour mettre à couvert leur corps privé de ses armes défensives. Aux Indes orientales ils se tiennent à terre et montent même sur les arbres; ils ont tant de force dans les pinces, que Rumphius cite l’exemple d’un de ces crustacés, étendu sur une branche d’arbre , qui souleva une chèvre par les oreilles.
A côté des Pagures qui s’installent dans une coquille aux parois épaisses et complètement opaques, on connaît des crustacés de l’ordre des amphipodes, les Phronimes , qui se choisissent, non plus une bicoque abandonnée, mais un vrai palais de cristal et en prennent possession sans s’inquiéter qu’il soit habité ou non. Le jour pénètre partout à travers les parois de leur demeure, et c’est à peine si l’on s’aperçoit dans l’eau que leur corps est protégé par un étui. Ils prennent ordinairement la demeure d’un Salpa, d’un Beroë ou d’un Pyrosome, et de l’intérieur de cette loge ils se livrent aux plaisirs de la pèche.
La Phronime sédentaire qui se loge dans les Salpa, est, paraît-il, répandue dans les mers chaudes des deux hémisphères. Pour l’honneur de l’espèce, les femelles seules réclament le secours de leurs voisins, sans toutefois abandonner leur robe caractéristique. Les sexes ne diffèrent guère entre eux que par la taille, par l’abdomen et par les antennes. Maury a fait connaître certains crustacés amphipodes qui habitent aussi les Salpa.
Une autre Phronyme observée par le professeur Claus, la Phronime allongée , a le meme genre de vie; mais, au lieu d’occuper une maison vivante, elle cherche généralement une loge vide dans laquelle elle s’installe comme un Pagure.
Le Bernard-THermite des pécheurs marseillais, le Pyade, devient le commensal d’une Anémone, que Dugès a désignée sous le nom d 'Actinie parasite .- D’après les observations du savant professeur de Montpellier, la bouche de cette Anémone est toujours située vis-à-vis de celle du crustacé, pour profiter sans doute des débris qu’il laisse échapper de ses pinces. Tous les deux profitent de cette association, et l’embouchure de la coquille est prolongée par une expansion cornée fournie par le pied de l’actinie.
Sur la côte d’Angleterre vit une autre espèce de Pagure ( Pagurus Prideauxii) qui a pour commensal principal une
Anémone de mer appelée Adamsia et que M. Greeff a trouvée à l’île de Madère. Ce Pagure est surtout remarquable paq la bonne entente qui règne entre lui et son acolyte : c’est un modèle d’amphitryon. Le lieutenant colonel Stuart Wartly s’est fait le spectateur indiscret de sa vie intime et raconte ainsi le résultat de ses observations : cet animal ne manque jamais d’offrir après la pêche les meilleurs morceaux à sa voisine, et s’assure très-souvent dans la journée, si elle n’a pas faim. Mais c’est surtout quand il s’agit de changer de demeure,' qu’il redouble de soins et d’attentions. 11 manœuvre avec toute la délicatesse dont il est capable pour faire changer l’anémone de coquille ; il vient à son aide pour la détacher, et si par hasard la nouvelle demeure n’est pas goûtée, il en cherche une autre, jusqu’à ce que Y Adamsia soit complètement satisfaite. Cette association ne se borne pas à la réunion d’un décapode à une néréide et à une actinie ; sur le corps du Pagure s’établit souvent un cirrhipède singulier, et à l’extérieur de la coquille on voit ordinairement une colonie de polypes , de couleur rose ou . jaune, qui s’étend comme un tapis vivant autour de cette habitation. Nous avons donné, il y a trente-cinq ans , le nom d’Hydractinie à ces polypes qui étaient alors complètement inconnus aux naturalistes , et qui forment habituellement un double paletot aux Pagures , pour me servir de l’expression de mon savant confrère M. Ch. Desmoulins.
Dans la Méditerranée vit le Perella di mare des pêcheurs
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italiens, le Reclus marin des pécheurs marseillais; cet Alcyon doit prendre place à côté des Ilydractinies par son genre de vie et a été l’objet d’une étude suivie de la part de M. Ch. Desmoulins. C’est VAlcy onium ( Suberites ) clomuncula de Lamarck et de Lamouroux.
L’abdomen de ces Pagures, tout en étant abrité dans une coquille, est visité habituellement par des crustacés Isopodes, décrits sous le nom de Athelque , Prosthete et Phryxus et qui ont perdu complètement la livrée de leur ordre.
Enfin nous trouvons encore, dans la meme association, le Liriope, petit crustacé décapode qui a déjà fait beaucoup parler de lui, et qui s’est longtemps montré revêche à toute observation. Le dernier personnage est un crustacé Isopode, de taille médiocre, qui choisit le Peltogaster pour demeure , après avoir subi une métamorphose régressive très-curieuse. En effet , le jeune Lyriope a d’abord ses petites pattes comme les autres Isopodes, mais, à l’état adulte, la femelle perd ses antennes et change ses lames buccales comme ses lames branchiales, de manière à affecter une nouvelle physionomie. Plusieurs naturalistes ont déjà essayé de faire la biologie de ce singulier Bobyride. L’illustre Rathke de Kœnigsberg l’a découvert, le professeur Lilljeborg, de l’Université d’Upsal, a complété les premiers renseignements, et enfin le professeur Stecnstrup, de Copenhague, a fait connaître sa vraie origine En somme, les Lyriopes sont des Isopodes Bopyriens, vivant sur des cirrhipèdes (Sacculinidées) en véritables commensaux, sinon en parasites; le mâle conserve sa dignité et son prestige; mais la femelle se dépouille de tous les attributs de son sexe, et descend jusqu’au dernier degré de la servitude.
Faujas de Saint-Fond a parlé d’un Bernard-lHermite fossile de la montagne Saint-Pierre de Maastricht; mais il a désigné sous ce nom un crustacé du genre Callianasse et non
un Pagure. Ces Callianasses sont toujours complètement isolés dans la craie et il est probable qu’ils n’ont d’autre domicile que le sable ou la boue du fond de la mer, dans lequel ils se
creusent des galeries. Les homards en agissent de même après la mue. Les Gebia vivent comme les Callianasses, cachées dans la vase. Les Limnaria lignorum et les Chelura terebrans se taillent au contraire une retraite dans lehois à la façon
des Tarets.
Nous venons de voir que les crustacés supérieurs, avec leurs yeux bien montés, avec leurs énormes antennes et leurs formidables pinces, ne sont pas tous aussi grands seigneurs qu’ils en ont l’air ; plus d’un parmi eux va jusqu’à tendre la patte et accepte humblement le secours de ses voisins.
Dans le groupe des crustacés Isopodes nous trouvons plusieurs nécessiteux qui, trop fiers pour demander des aliments, se contentent de prendre place sur quelque poisson bon nageur, qu’ils abandonnent quand leur intérêt le demande ; si leur hôte les conduit dans des régions qui ne leur conviennent pas ou qu’ils aient à se plaindre de lui, ils l’abandonnent et recommencent avec un nouveau collègue leurs pérégrinations maritimes. Ils conservent toujours tout leur attirail de voyage et do pêche, et la femelle ne change pas plus de robe que le mâle. Nous avons à faire remarquer que souvent même ces Crustacés s’identifient si complètement avec leur hôte qu’ils semblent en être une dépendance et prennent jusqu’à sa coloration. Ce n’est pas un signe de servilité, c’est un moyen dépasser inaperçu et de se dérober à la vue de l’ennemi qui les guette. Les naturalistes ont donné le nom d 'Anïlocres à quelques-uns de ces commensaux libres.
Celui qui fait un certain séjour sur la côte de Bretagne, à Concarneau surtout, et qui ne regarde pas avec indifférence les nombreux et superbes poissons que les pêcheurs prennent tous les jours, ne peut manquer d’être frappé de la présence d’un crustacé assez grand, qui est collé aux flancs de plusieurs Labres , surtout de la petite espèce. Ce crustacé est un anilocre,. si commun que l’on ne peut se figurer qu’il ait échappé à un seul naturaliste. Cependant, aucun ouvrage ne fait mention de la fréquentation régulière du labre par l’ Anilocre qui porte, nous ne savons pourquoi, le nom spécifique de méditerranéen. R011-
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delet en a probablement eu connaissance quand il a parlé de poux de poissons, qui ne naissent pas de ces poissons, mais du limon de la mer. Souvent on voit des mâles à côté des femelles sur le meme individu.
Il y a quelques années une bande de grands cétacés connus sous le nom de Grindewhalls ou Globicéphales, a été poursuivie dans la Méditerranée, et ceux qui ont été capturés renfermaient dans la cavité des narines, des Isopodes bien voisins, sinon identiques, à la Cirolana spinipes. Jusqu’ici on ne connaissait ces Isopodes que sur les poissons marins; les poissons d’eau douce n’en sont cependant pas complètement exempts : en effet on vient de signaler une espèce d’Œga, Œg a inter rupta de Martens, sur le couvercle d’un poisson d’eau douce à Bornéo, le Notopterus hypselonotus. Ce meme genre comprend une espèce (ŒV/a spong iophila) qui vit dans la magnifique éponge d'Enplectella. On connaît aussi un certain nombre d’Isopodes qui préfèrent l’intérieur de leur voisin et s’installent dans la cavité de la bouche, soit pour pécher en meme temps que leur hôte, soit pour appréhender les aliments au passage; d’autres sont d’une cruauté rare, et ne se font aucun scrupule de s’établir dans le ventre d’un paisible poisson blanc ; sans blesser un organe important, ils pénètrent par couples entre les intestins, et, blottis dans ce repaire, ils saisissent, par l’étroite porte d’entrée qu’ils tiennent entr’ouverte, toutes les bestioles assez hardies pour passer dans le voisinage. La cruauté de ces êtres ne connaît pas do bornes. Pour s’installer convenablement, ils percent le corps de leur hôte, lui ouvrent habilement le ventre, et s’installent en vrais sybarites; leur logis est dès lors assuré et leur sort est lié à celui de leur hôte. A l’Académie des Pays-Bas, le docteur Herklots, que la Science vient malheureusement de perdre, a communiqué, en 18G9, une notice fort intéressante sur deux crustacés d’un genre nouveau, YEpichtys giganteus qui vit sur un jK)isson de l’archipel des Indes, et VIchthyoxenus Jellinghausii , qui loge sur un poisson d’eau douce cle l’île de Java. C’est du dernier dont il est question ici, et nous n’oserions assurer que, avec cette espèce, nous ne nous
trouvions pas sur les limites où le parasitisme commence.
Les Cimothoe constituent une autre catégorie d’Isopodes fort intéressante : ils se logent avec leur femelle dans la cavité de la bouche d’un poisson. Le docteur Blecker, qui a exploré avec tant de succès la mer des Indes, en a obtenu plus de vingt espèces ; mais il n’a malheureusement pas tenu note des poissons qui les hébergent. Il a fait cependant une exception pour un poisson de la rade de Pondichéry, de deux pieds de long et qui porte le nom de Chauve-souris. Les naturalistes le désignent sous le nom de Stromatee noir ; sa chair est fort estimée et il porte communément dans la bouche un cymothoa appelé par M. Bleeker le Cymothoa, Stromatei. On a signalé également un Cymothoe dans la bouche d’un Chétodon des Indes. Dekay en a reconnu un chez un Rhombus des États- Unis, de Saussure en a Vu un autre à Cuba, et dernièrement, M. Lafont en a aperçu dans la baie d’Arcachon sur le Bogue et sur la Trachine vipère. Ces Cymothoe ont jusqu’à quinze millimètres de longueur, et remplissent souvent toute la cavité de la bouche. Le plus curieux de tous est celui qui se loge dans la bouche du poisson-volant, espèce de hareng à nageoires allongées, dont il se sert en guise d’ailes pour s’élever dans l’air quand il est poursuivi de trop près dans l’eau. Mon fils, en examinant ces poissons, pendant la traversée des îles du Cap Vert à Rio de Janeiro, a trouvé dans leur cavité buccale une énorme femelle, solidement cramponnée aux arcs branchiaux, avec la tête penchée au dehors et son mâle un peu plus petit installé à côté d’elle. Cette installation par couple, ainsi que la conformation entière de l’animal, montre bien que ces crustacés sont lâchez eux, et vivent en vrais commensaux. Cunningham leur a donné le nom de Ceratothoa exoceti. Il y a peu de temps, on ne connaissait ces Cymothoa que sur les poissons marins, mais il résulte d’observations récentes que les poissons fluviatiles sont loin d’en être exempts. M. Gerstfeld vient d’en signaler sur le Cyprinus lacustris , du fleuve Amour, et un autre au Brésil dans le Rio Cadea, sur un Chromide. D’autres Isopodes hantent également des poissons et des animaux do
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leur classe, mais ils vivent en vrais parasites et se déforment complètement aussitôt qu’ils ont choisi un gîte; nous en parlerons plus loin. On en connaît sous le nom de Bopyre, qui sont fort communs sur les Salicoqucs.
Une intéressante division d’amphipodes a reçu le nom d’JIppérines. Ces crustacés nagent en général avec facilité, mais marchent difficilement. Aussi s’adressent-ils la plupart du temps à des poissons ou meme à des méduses pour réclamer un appui. Nous trouvons sur nos côtes des HyperinaLatreillii , logés dans le superbe Rhizostome qui apparaît régulièrement dans l’arrière-saison sur les côtes d’Ostendc, et depuis longtemps O. F. Muller (1776) a donné à une espèce de ce genre le nom de Hyperina medusarum. M. Alexandre Agassiz a eu l’occasion de voir une Hypérine sur le disque d’une Aurélie. La méduse déployée constitue pour eux un véritable b^lon . avec parachute qui les soutient et les conduit avec plus ou moins de rapidité. Le professeur Mobius a signalé naguère la présence àe Y Hyperina galba , Mont., dans le Stomobra chium octocostatum , Sars, petite espèce de méduse qui fait son apparition dans la baie de Kiel en octobre et novembre. Ce savant suppose que ces commensaux ont Habité d’abord la Médusa aurita puis transmigre dans cette espèce.
Il y a enfin des Gammams qui, d’après Semper, vivent dans YAvicula meleagrina (moule à perles), et sont peut-être les principaux ouvriers de la fabrication des perles fines. L’immense cavité buccale de la Baudroie pécheresse est le séjour dans la Méditerranée d’un Aplerychte , et dans la mer du Nord d’un curieux amphipode de la taille ordinaire des Gammarus et qui voyage sans frais et sans crainte de manquer de nourriture. Mon fils l’a découvert à Os tende et propose le nom de Lophiocole pour le désigner. Les Gammarus logent eux-mêmes une grande quantité de parasites qu’ils doivent introduire chez ceux auxquels ils servent de pâture. Depuis longtemps on sait que les baleines ont des poux auxquels les naturalistes ont donné le nom deCyames. On les trouve sur les baleines des deux hémisphères et sur quelques autres cétacés 11 est fort remarquable
d’en trouver sur les vraies baleines du nord et des régions tempérées, sur les Megaptera et sur plusieurs Cétodontes, et de ne pas en voir sur les Balénoptères. M. Dali vient d’en signaler sur la singulière Gray Whale de la Californie. En général on peut dire que chaque cétacé qui en nourrit, porte son espèce propre ; sont-ils parasites ou commensaux ? À en croire Roussel de Vauzème, ils vivraient de la peau meme des baleines, dont on trouve des restes, dit-il, dans leur estomac. D’après ce naturaliste, les pièces de la bouche ne sont pas disposées pour la succion, et l’estomac porte un appareil de rumination. Nous croyons un nouvel examen nécessaire pour décider cette question. Les Cyames nous semblent vivre sur les Baleines comme les Argules et les Caliges sur les poissons ; et si ces animaux se nourrissent seulement des mucosités sécrétées par la peau, nous nous demandons si on ne doit pas les réunir dans une catégorie à part car ils ne doivent pas figurer sur la liste des pauvres. Nous avons trouvé l’orifice de Tubicinelle couvert de Cyames de tout âge, et leur abondance, à cette place, nous fait supposer que leur pâture ne leur était pas fournie par la peau de leur hôte. M. Ch. Lutken a publié récemment une monographie fort intéressante de ces curieux animaux ; d’après lui, le Cyamus rhytinæ, qui était censé provenir d’un morceau de peau de Stellère, paraît avoir été trouvé sur une peau de baleine.
Les Picnogonons dont la nature aussi bien que le genre de vie ont été si longtemps problématiques, méritent d’être comptés parmi les commensaux, au moins pendant leur jeune âge; en effet, ils vivent, après leur éclosion, sur les Corynes, les Hydractinies et d’autres polypes tandis que, plus tard, ils hantent des mollusques ou des classes plus élevées : Allman nous cite le cas d’un Phoxichilidium coccineum logé dans une Syncoryne.
Il ya peut-être bien quelques autres crustacés encore qui, placés parmi les commensaux, comme les Pandarus et d’autres, seraient en droit de réclamer une nouvelle enquête. Il est de fait qu’on ne les voit jamais que sur la peau de leur hôte, où ils
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sont toujours en évidence, conservent intégralement leurs couleurs, et n’échangent jamais leur costume élégant contre une défroque de parasite. Les Pandarus vivent particulièrement sur les Squales. On en trouve dans nos mers qui sont d’une rare élégance de formes. C’est peut-être aussi parmi les commensaux qu’il faut placer le crustacé que Siebold a trouvé dans l’Adriatique, à Pola, sur le ventre du ver Sabella ventilabrum , et il n’est pas impossible que le Staurosoma observé par Will sur une Actinie, ait plutôt sa place ici que parmi les parasites.
Un rotateur sans cils vibratiles, le Balatro calvus de Claparède, vit en Epizoaire sur les mêmes annélides qui logent les Albertia dans leur intérieur. Les Darwinistes ne manqueront pas de signaler, observe Claparède, cette présence de rotateurs du genre Albertia dans l’intérieur de l’animal et du genre Bain tro à l’extérieur. Le parasite Balatrone quitte pas plus Mécufao que son ombre, dit le savant naturaliste de Genève, qui l’a observé sur des Oligochètes limicoles de la Seime (Canton de Genève).
Uncrustacé intéressant est la Nobalio de Geoffroy, qui abonde sur la côte de Bretagne. Ce charmant animal loge habituellement un commensal queM. liesse a pris pour un animal voisin des Histriobdelles et qui n’est autre chose qu’un rotateur mal observé. Nous croyons que c’est le même animal auquel le professeur Grube a donné le nom de Seison nebalie. Il paraît affecter la physionomie des Histriobdelles, et pourrait être donné comme exemple de mimétisme.
Les Mollusques, quoi qu’en dise leur nom, sont do tous les rangs inférieurs ceux qui montrent le plus d’indépendance ; non-seulement ils se contentent de la lenteur de leur marche, comme de la pauvreté de leur nourriture, mais ils ne demandent que bien rarement du secours à leurs voisins. Tl n’est pas rare cependant d’en trouver vivant dans des coraux, et que l’on a même désignés sous le nom de Mollusques coralligènes. TI existe tout un groupe de Gastéropodes, les EAilimes, qui logent dans certains Echinodermes et méritent sous tous les rapports
d’être compris parmi les commensaux ; on a etc longtemps avant d’apprécier au juste les rapports qu’ils ont avec les animaux qui les hébergent. Le docteur Grâffe en a trouvé une espèce, VEulima brevicula, sur l’ Archaster typicus des îles Uvea dans la mer Pacifique. Les mollusques connus sous le nom de Stylifer ont le même genre de vie : on les a observés dans des Astéries, des Ophiures, des Comatules, et même des Holothuries ; et comme ils habitent la cavité digestive de ces animaux, on a cru qu’ils les fréquentaient comme parasites. C’est du reste l’opinion exprimée d’abord par d’Orbigny et adoptée par la plupart des naturalistes. Le professeur Semper en a trouvé dans la peau d’une Holothurie (Stichopus variegatus) qu’il croit incapables de se nourrir autrement qu’aux dépens de leur hôte. Quoi qu’il en soit, ces mollusques, tour à tour rangés parmi les Phasianelles , les Turritelles , les Cerithes, les Py ramidelles , les Scalaires, les Rissoaires , ou en famille distincte, semblent plus tenir aux commensaux qu’aux parasites. On voit des Stylifer à l’entrée de la bouche (Montacuta) ; le plus souvent toutefois ils préfèrent, comme les Fierasfer, se loger plus profondément dans la cavité digestive au milieu du produit de la pêche. LaMélanie (Melania cambessedesii, Risso) que Belle Chiaie a trouvée dans la baie de Naples sur le pied des Comatules, appartient probablement à ce groupe de mollusques.
Parmi les mollusques gastéropodes qui ne peuvent se suffire, nous pouvons citer encore un parasite curieux qui s’installe dans un des rayons d’une petite étoile de mer, et dont la présence est révélée par une tuméfaction qui ne se reproduit pas dans les autres rayons. Ce mollusque a reçu le nom de Stylina.
Les mollusques les plus remarquables sous le rapport qui nous occupe, sont les Entoconcha ; ils vivent dans des Echinodermes et on a cru voir un instant en eux un exemple de transformation d’une classe dans une autre. Il y a quelques années J. Muller trouva dans un Synapta de l’Adriatique des tubes à organes sexuels mâles et femelles, sans autre
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appareil, et dans ces tubes apparurent des œufs, d’où le grand physiologiste vit sortir des mollusques gastéropodes, avec une coquille héliçoïde semblable à une petite natice; il leur donna le nom cVEntoconcha mirabilis. Le professeur Scmper en a découvert depuis une seconde espèce qu’il a dédiée à l’illustre physiologiste de Berlin et qu’il a trouvée attachée au cloaque de YHolothuria eclulis.
Il reste à découvrir les vrais rapports de ces mollusques avec les Holothuries et comment les Entoconcha deviennent à la fin de simples tubes sexués. Jusqu’à présent il faut admettre que c’est à la suite d’un développement récurrent, semblable à celui des Peltogaster , qui perdent comme eux tous les attributs de leur classe. Ils trouvent peut-être mieux leur place plus loin parmi les parasites. /
Depuis quelques années on a observé plusieurs mollusques qui ont compromis plus ou moins la dignité de leur classe. Gràffe cite une espèce du genre Cypræa , que l’on ne s’attendrait certes pas à trouver dans cette catégorie, qui vit aux îles Viti dans les parois des Melithæa ochracea. Nous en avons parlé plus haut. Les naturalistes ont donné ce nom de Melithæa à un fort beau polype qui forme des colonies de deux à trois mètres de hauteur. M. Stcenstrup, avec ce coup d’œil sûr qui discerne les phénomènes les plus complexes, a fait connaître de son côté des Purpura qui vivent également en commensaux sur des Antipathcs et des Madrépores. Enfin tout récemment M. Stimpson a signalé dans le port de Charleston, un mollusque gastéropode , semblable à un Planorbe ( Cochliœlepsis parasitus) qui habite en commensal le corps d’un annélide, Ocœtes lupina.
Il n’en est pas de même d’un mollusque appelé M agile, et que les naturalistes ont pris fort longtemps pour un tube calcaire d’annélide. Tous les conchyliologistes connaissent les coquilles des Magiles, si recherchées encore dans les collections. Ce gastéropode se loge de bonne heure dans l’épaisseur d’un madrépore qui croît plus vite que lui, et pour ne pas mourir étouffé dans ce mur vivant, il fabrique un tube calcaire comme
la coquille, dont il semble être la communication, et qui lui permet de puiser dans l’eau, l’air et la nourriture. L’animal, protégé au milieu du madrépore, peut se passer de son manteau calcaire et ne montre plus à l’extérieur que le bout du tube. C’est cet organe qui doit soutenir la lutte contre le développement exubérant du polype puisque c’est par lui que le mollusque reçoit ses aliments. Le Magile est comme une huître qui est en concurrence vitale dans un banc de moules, avec cette différence, que l’huître succombe presque toujours, tandis que le Magile sort toujours victorieux de la lutte. On pourrait citer encore à côté des magiles, quelques Vermets, certaines Crepiclules et Hipponyx qui luttent avec le même succès à côté de ceux qui les pilotent ou qui les reçoivent.
De même qu’il existe des parasites qui ne dépendent des autres que pendant le jeune âge, il y a des commensaux qui sont complètement indépendants à l’âge adulte. Vers 1830, Jacobson, de Copenhague, écrivit un mémoire pour démontrer que les jeunes bivalves que l’on trouve dans les branchies externes des anodontes sont des parasites et il proposait pour eux le nom de Glochidium. Blainville et Duméril furent chargés de faire un rapport sur ce mémoire que l’auteur avait envoyé à l’Académie des sciences de Paris. Mais son opinion n’eut guère de partisans et l’on sait parfaitement aujourd’hui que les jeunes anodontes diffèrent considérablement dans le jeune âge et à l’âge adulte. Pendant leur séjour dans les branchies , chaque jeune animal porte une longue amarre qui descend du milieu du pied et servant à rattacher l’anodonte au corps d’un poisson, ce qui lui permet de se disséminer au loin1. En effet les jeunes anodontes n’ont pas comme les autres acéphales , des roues vibratiles pour se mouvoir elles-mêmes. Elles sont ainsi voiturées par un voisin. Il y a aussi quelques acéphales commensaux comme la Modiolaria marmorata qui se logent dans le manteau des ascidies. Le professeur Sernper
1. Je dois cette observation au docteur W.-S. Kent, qui m’a fait voir à Londres des anodontes attachés ainsi à des épinoches.
COMMENSAUX LIBRES
a trouvé sur la peau d’une Synapta similis , un mollusque qui présente en outre cette particularité bien rare parmi ces animaux, de porter sa coquille à l’intérieur et non pas à l’extérieur.
Il y a peu d’animaux aussi infestés de parasites et de commensaux que les Ascidies en général. Non-seulement leur surface devient parfois un microcosme , comme l’indique le nom d’une espèce de la Méditerranée, mais encore dans l’épaisseur de leur test logent des Crenella , et d’autres mollusques et polypes qui en font leur demeure de prédilection ; on y trouve aussi des annélides qui se creusent des galeries dans leur intérieur, des Lernéens qui s’établissent dans leur cavité respiratoire, des Nématodes, des Pycnogonides, des Ophiures et plusieurs autres encore. M. Alfred Giard a fait connaître plusieurs Amphipodes et des Isopodes qui sont établis sur ces Tuniciers. On ne peut pas dire que l’entente soit toujours complète parmi ces animaux si divers et si différents, car M. Alfred Giard cite des exemples de désordres graves qu’il a vu éclater et qui ont entraîné la mort de plusieurs d’entre eux.
Une autre association est celle d’un gastéropodc avec un acéphale. Aux environs de Caracas vit une Ampullaria (Crocostoma ) qui loge dans l’ombilic de sa coquille un autre mollusque, le seul fluviatile de ces contrées, et appelé le Splt aérium modioliforme. Tout fait supposer que ces Sphacrium vivent en bonne intelligence avec l’ Ampullaria , puisqu’on les trouve communément associés.
Les Bryozoaires, c’est-à-dire les animaux-mousses, s’établissent sur tous les corps solides du fond de la mer comme les mousses véritables sur les pierres ou sur les arbres. On en trouve communément une espèce sur la moule ordinaire : une Membranipora. Ces animaux sont de petite taille, se groupent en colonies sur la surface des coquilles, des polypiers ou môme des crustacés, et forment, par leur réunion, une line dentelle dont la blancheur éclatante se détache souvent avec netteté sur la nuance colorée et luisante des coquilles. C’est que chaque animal loge dans une cellule qui n’est guère plus grande qu’une
tête d’épingle et toutes les cellules d’une colonie se groupent avec la régularité symétrique d’une façade gothique.
Plusieurs Bryozoaires vivent de manière à ne pas pouvoir dire s’ils sont commensaux, ou s’ils sont installés au hasard dans un gîte pour lequel ils n’ont aucune prédilection. Un charmant bryozoaire se développe en abondance sur la carapace ou sur les pattes de VArcturus Baffini , de la côte de Groenland, et s’y propage avec une rapidité extrême. — Sur un seul Arcturus nous avons trouvé, étalés sur les pattes les uns à côté des autres, des Balanes, des Spirorbes, des Sertulaires et de vastes colonies de Membranipores. On peut voir par ce seul exemple, la grande richesse zoologique des mers polaires. Certains annélides des côtes de Normandie et de Bretagne deviennent le siège d’un Bryozoaire connu sous le nom de Pedicellina ou de Loxosomà ; cet intéressant animal, que mon collaborateur M. Hesse avait pris pour un Trématode et dont les dessins m’avaient induit en erreur, vit comme les autres en liberté dans le jeune âge, et se fixe de bonne heure sur un Clyménien, pour parcourir en commensal les autres époques de la vie. Nous l’avions nommé Cyclatella annelidicola à cause de son séjour sur un annélide clyménien. Claparède et Keferstein en ont observé une espèce, le Loxosomà singulare , sur un annélide capitellien , du genre Notomastus , à Saint- Vaastla-Hougue, côte de Normandie. Plus tard Claparède a trouvé une autre espèce, le Loxosomà Kefersteinii , dans la baie de Naples, sur un Acamarchis, mollusque bryozoaire. M. Kowalewsky a signalé dans la baie de Naples le Loxosomà napolitanum.
Nous avons trouvé il y a quelques années la Pedicellina en si grande abondance, dans les parcs aux huîtres à Ostende, que les paniers et tous les objets qui flottaient sur l’eau en étaient littéralement couverts. — Nous avons cherché depuis, à diverses reprises, à nous en procurer de nouveau, mais nous avons eu beau chercher dans les mêmes endroits où ils étaient si abondants autrefois , nous n’avons pu en découvrir un seul.
COMMENSAUX LIBRES
La classe clés vers ne renferme pas seulement des parasites ; elle possède aussi, comme nous allons voir, de vrais commensaux : nous en trouvons sur des crustacés, sur des mollusques, sur des animaux de leur propre classe, sur des Échinodermes et sur des Polypes.
Un des vers les plus curieux est le Myzostome, dont la nature véritable vient d’étre révélée par les beaux travaux de AL Mecznikow. Ces myzostomes ressemblent à des vers trématocles, mais ils portent des appendices symétriques et sont couverts de cils vibra tilcs. Ils vivent sur les Comatules et courent
sur ces Echinodermes avec une vitesse remarquable. On ne les a pas encore trouvés ailleurs, ils ne sont évidemment pas plus parasites que les précédents , et leur place est à côté des commensaux libres. Deux grands annélides vivent, fun la Nereis bilineata à côté des Pagures dans la meme coquille, l’autre la Nereis succinea , d’après Grube, dans' les tubes ou les galeries desTarets; ces dangereux acolytes s’introduisent furtivement dans la retraite de leur hôte, et toujours en éveil, ils profitent, en tout temps et en tout lieu, d’un butin assuré et d’un gîte d’emprunt. Une autre Nereis , observée par Delle Chiaie, Nereis tethycola , vit dans les cavités d’une éponge , la Tethya pyrifera, qui est visitée par tant de commensaux et de parasites qu’elle devient une vraie hôtellerie où tout ce monde s’installe à sa guise. Enfin Risso mentionne une Lysidice erythrocephala qui vit également dans les éponges.
Dans cette meme classe se trouve un Amphinome, beau ver à sang rouge, qui porte fièrement un panache de branchies rouges sur la tête et que Fritz Muller a observé sur la côte du Brésil, mendiant le secours d’un pauvre Lepas anatifera. Plusieurs Polynoe vivent sur d’autres annélides : Vllarmothoë Malmgreni sur la gaine du Chœtopterus insignis , VAntinoe nobilis sur l’étui de Terebella nebulosa. M. Ray Lancaster a communiqué dernièrement des observations sur ce sujet à la société Linnéenne de Londres et AI. Alac Intosh cite de nouvelles espèces menant le meme genre de vie sur la côte d’Ecosse.
VAX BEXEDEN.
Dans une Étoile de mer, Astropecten aurantiaens , Grube a trouvé, à Trieste, entre les rangées des suçoirs, un Polynoë malleata, le ventre collé contre l’animal, et c’est dans une position semblable que Delle Chiaie a observé également sur une Astérie, une Nereis squamosa à côté d’une Nereis fiexuosa. M. Grube pense que cette Nereis de Delle Chiaie n’est autre chose que la Polynoë malleata. Les homards sont souvent couverts de vers tubicules fort petits, qui envahissent toute la carapace, et qui , en véritables commensaux , s’abandonnent à tous les caprices de leur hôte. Ce sont des Spirorbis qui, sous la forme de petits tubes en spirale, s’établissent de préférence sur les appendices, les antennes ou les pattes.
Sur la côte des Etats-Unis d’Amérique, Al. Agassiz a vu un Bcroe ( Mnemiopsis Leidyi ) qui loge dans son intérieur des vers qui ne sont pas sans ressemblance avec une hirudinée, et qui, sans aucun doute, vivent là en commensaux. M. Al. Agassiz m’a fait part d’un autre exemple de commensalisme : sur la côte du territoire de Washington jusqu’en Californie , se trouve un ver du genre Lepidonote , qui habite toujours près
de la bouche d’une Etoile de mer, l’ Aster acanthion ochraceus de Brandt ; on en voit quelquefois jusqu’à cinq réunis sur un seul individu, et qui se placent sur différentes parties des rayons ambulacraires. MM. de Pourtalès et Verril ont observé des annélides logés dans des polypiers de Stylaster.
h y a peu de poissons sur lesquels on ne découvre des Cahges, charmants crustacés qui plaisent à l’œil par leur taille élancée et leurs allures gracieuses. Sur ces Caliges, qui couvrent parfois littéralement la peau des cabillauds venant du Nord, on trouve souvent un curieux Trématode, VU donella, qui ressemble à une petite hirudinée. Ce ver doit-il être placé parmi les commensaux ? Quel est son rôle ? Nous sommes persuadé qu’il remplit là, comme nous l’avons déjà dit, le meme rôle que les Histriobdelles sous la queue des homards , c’est-àdire, qu’il fait disparaître les œufs des caliges qui n’arrivent pas à leur maturité et périssent dans le cours de leur évolution.
Roussel de Vauzème a fait mention d’un autre ver, un néma-
COMMENSAUX LIBRES
todc, auquel il a donné le nom d ’Odontobius, et qui vit sur les fanons de la Baleine australe. C’est évidemment un commensal. Il ne peut rien tirer des fanons mais il happe au passage, dans l’intervalle des cloisons, les animalcules de tout genre qui fourmillent dans ces eaux. En ouvrant le Pylidium girans , on trouve souvent, dans l’intérieur de sa cavité digestive, une larve, que l’on avait meme cru provenir de lui par filiation ; mais au lieu de descendre du Pylidium, cette larve provient d’un némertien connu sous le nom de Alardus caudalus. Le jeune némertien n’abandonne son hôte que quand celui-ci approche de l’époque de la puberté et tous les individus vivant dans les memes conditions s’émancipent à la fois pour passer le restant de leurs jours vagabonds et libres comme leur meuxy
Les vers les moins libres comme les Distomiens sont parfoiscommensaux et parasites à la fois. Nous en trouvons un exemple remarquable dans le Distomum ocreatum de la Baltique; d’après les observations de Willcmoes-Suhm, ce trématode passe sa vie de cercaire librement dans la mer, et au lieu de s’enkyster dans le corps d’un voisin, il s’attache à un crustacé copépode , dont il dévore tout l’intérieur, pour endosser ensuite la carapace de sa victime. — C’est sous le couvert de sa proie qu’il passe dans le hareng où il complète son évolution sexuelle.
M. Ulianin a signalé dans ces derniers temps un autre Distome ( Distomum ventricosum ) qui vit librement à l’état de cercaire dans la baie de Sébastopol, et achève son évolution dans des poissons de la Mer Noire. J. Muller a depuis longtemps trouvé des cercaircs vivant librement dans la Méditerranée.
Nous-mêmes, il y a quelques années , en faisant nos recherches sur les Turbellariés , nous avons trouvé , entre les œufs des crabes ordinaires de nos côtes (Carcinus mœnas), un intéressant ver que nous avons nommé Polia involuta , mais que M. Kôlliker parait avoir connu avant nous et désigné sous le nom de Nemertes carcinophilus. On ne sait s’il ne remplit pas encore le même rôle que les Histriobdelles et les Udonclles.
Delle Chiaie ainsi que MM. Frey et Leuckart font mention
d’un autre Némertien qui habite VAscidia mamillata. Parmi les Némertiens, nous pouvons citer encore VAnoplodium parasita, qui vit dans VHolothuria tubulosa et YAnoplodium Schneiderii qui habite l’intestin du Stichopus variegatus.
D’après M. Al. Agassiz, une espèce de Planaire ( Planaria angulata, Mull.) vit en commensal libre sur la surface inférieure de la Limule , et s’établit de préférence près de la base de la queue. M. Max. Schultze a reconnu l’année dernière ce meme commensal sur une Limule morte à Cologne dans le grand aquarium et qui lui a été envoyée à Bonn pour ses études anatomiques. Il a montré au congrès des naturalistes allemands, à Wiesbaden, en 1873, le dessin qu’il avait fait de cet animal qu’il croyait nouveau. Nous remarquerons en passant, qu’il est arrivé par ses observations anatomiques sur les Limules, au meme résultat que mon fils par ses observations embryogéniques, pour regarder ces prétendus crustacés comme des scorpions aquatiques. M. Leidy fait également mention de Planaires parasites ( Bdellura ) avec ventouse à l’extrémité du corps, et M. Giard en signale une bleue sur le corps d’un Botrylle.
Mais de tous les Turbellariés, le genre qui nous paraît le plus intéressant est le Temnophila , que Gay a signalé d’abord sur des écrevisses au Chili, et que le professeur Semper a observé depuis sur des crabes aux Iles Philippines. Gay et Philippi ont trouvé des colonies de cet animal sur le corps, les pattes et surtout sous l’abdomen des Œglea. Ce commensal ressemble par la forme et surtout par sa ventouse postérieure, à un Trématode, mais par son ensemble et surtout par ses organes sexuels, il appartient aux Turbellariés. M. Blanchard l’a appelé Temnophila chilensis. Le professeur Semper a vu, aux îles Luçon et Mindanao, ces Temnophila sur des crabes fluviatiles , à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
Les Cydippe (densa), charmants polypes du golfe de Naples, logeât dans leur appareil gastro-vasculaire des larves d’annélides, qui peuvent être considérées aussi bien comme parasites que comme commensaux. On doit à Panceri les premières
COMMENSAUX LIBRES
observations sur ces vers, et on en cite deux genres différents, Alciopinaet Rhynconerulla, qui semblent présenter le meme genre de vie dans le jeune âge. Un naturaliste dont le monde scientifique déplore profondément la perte , Claparède , s’est occupé aussi de ces annélides pendant les dernières années de sa vie. Il paraît que ces vers sont si communs chez ces polypes que l’on en trouve jusqu’à quatre à la fois dans le meme animal.
Le Siponcle nommé par Œrstcdt Siponculus concharum doit sans doute trouver sa place ici. Un ver oligochètc, Ilemidasys agaso, du golfe de Naples, vit sur le Nereilepas caudata et Claparède ne l’a pas jugé indigne de son attention. Le moyen le plus sûr de le trouver, dit ce savant, est de le chercher sur cet annélide, et le regretté confrère de Genève n’a pas abandonné ce commensal avant de l’avoir complètement étudié. Remarquons en passant que le professeur Grube a publié en 1831, à Kœnigsberg, un travail spécial, sur le séjour des annélides en général.
Les cas de commensalisme parmi les Echinodermes sont encore fort rares. Ces animaux sont assez bien partagés du côté de la bouche et de la peau pour ne pas réclamer de secours de leurs voisins. Nous ne pouvons voir un phénomène de commensalisme dans la conduite des jeunes Comatules, qui s’attachent volontiers, m’écrit M. Al. Agassiz, aux cirres basales des adultes et s’v développent en formant une petite colonie de jeunes Pentacrines. Nous ne connaissons qu’un Ophiure (Ophiocnemis obscur a) qui vit en commensal sur une comatule, et demande par conséquent du secours à un animal de son rang. Un autre genre d’Ophiuride (Asteromorpha lævis , Lym .) est fixé sur un Gorgonella guadelupensis de la Barbade. Tout fait supposer que l’on trouvera plus d’une espèce d’Echinoderme, qui devra prendre place ici quand on aura étudié leur genre de vie avec quelque soin. — Le professeur Lütkcn vient d’en fournir un exemple en faisant connaître tout récemment une Ophiothela, originaire du canal de Formose et qui
■semble être le commensal d’un polype Isidien connu sous le nom de Parisis lox a. Une autre espèce (Oph. mirabilis ) de Panama , liante certaines Gorgones et certaines Eponges , une troisième se trouve aux Iles Fidji sur le Melitodes virgata , une quatrième à l’Ile de France sur des Gorgones et une cinquième au Japon sur le Mopsella Japonica. Il y en a encore une de l’Océan Pacifique mais dont l’acolyte n’est x>as connu.
Le professeur Môbius a signalé comme le docteur V. Martens une Hemieuvijale pustulata sur un polype de la Jamaïque connu sous le nom de Verrucella guadelupensis. C’est un curieux exemple de mimétisme.
La classe des Polypes renferme plusieurs espèces qui réclament du secours et se rangent parmi les commensaux. Une des plus remarquables est la gigantesque Méduse qui peut descendre ses bras jusqu’à cent vingt pieds de profondeur, et porte le nom de Cyanea arctica ; le disque a jusqu’à sept pieds et demi de diamètre, et quand l’animal est à la surface de l’eau, les franges, qui entourent l’orifice buccal, logent parfois au milieu d’elles une espèce d’actinie qui vit avec elle en commensal. On en voit parfois jusqu’à trois, même quatre ou cinq sur une seule Cyanée. C’est encore une observation qui est due à M. Al. Agassiz et qu’il a consignée dans son intéressant ouvrage Sea-Side Studies. M. Hacckel a prétendu que les Geryonies engendrent par gemmes des Œginides ; mais il paraît que le savant professeur d’Iéna s’est trompé sur la nature de ces gemmes ; au lieu d’être engendrées les unes par les autres, elles auraient, d’après Steenstrup, une généalogie complètement différente , et ne seraient unies que par de bons rapports de voisinage. On pourrait les qualifier du titre de vrais commensaux.
M. Lacaze-Duthiers, qui est allé étudier le corail sur la côte d’Afrique, a rencontré un jeune polype qui a besoin d’un autre polype pour parcourir les premiers temps de sa jeunesse. L’animal auquel il a donné le nom de Gerardia Lamarckii , vit sur des Gorgones qu’il envahit et étouffe comme les lianes
COMMENSAUX LIBRES
étranglent l’arbre sur lequel elles s’étalent. Mais ces mêmes Gerardia peuvent aussi se développer sur les filaments des œufs de Plagiostomes et sont donc capables do vivre séparément. Dans l’épaisseur de ce polype vit un crustacé que M. Lacaze-Duthiers n’a pas fait connaître jusqu’à présent.
La superbe Eponge Euplectella aspergillum dont on ne peut se lasser d’admirer l’élégante structure, contrairement à l’Alcyon de la Dromie, est implantée dans le sol, mais ne sert pas moins d’abri à trois genres de crustacés, des Pinnothères, des Palémonidcs et des lsopodcs. On connaît depuis plusieurs années ces prétendues plantes sous le nom espagnol de Regadera ou sous le nom anglais do Venus flowerbasket ; elles ont été rapportées d’abord du Japon puis des Moluques, et plus récemment des îles Philippines. Dans presque tous les individus que le professeur Semper a pu étudier sur les lieux, se trouvaient les mêmes crustacés. Ces Euplcctclla viennent d’être rencontrées au sud-ouest du cap Saint- Vincent par Wy ville Thomson , qui en a pêchées à bord du Challenger à 1090 brasses de profondeur. L’habile professeur a découvert une autre éponge au nord-ouest de l’Ecosse à 4G0 brasses de profondeur : elle porte le nom de Iloltenia Carpenteri et je conserve un bel échantillon que je dois à sa générosité et en souvenir de la charmante hospitalité qu’il m’a accordée pendant le congrès d’Edimbourg.
Il y a aussi des éponges qui se construisent une demeure dans la loge de leur voisin. Nous trouvons entre autres une petite éponge connue sous le nom de Clione qui s’établit dans l’épaisseur de la coquille des huîtres et y creuse des galeries comme le Taret dans le bois. M. Albany Hancock a trouvé jusqu’à douze espèces de Clione sur une seule Tridacne. Ce ne sont évidemment pas des parasites et je ne sais si leur place est bien parmi les commensaux. L’huître et surtout VOstrea hippopus en loge trois ou quatre espèces différentes dans l’épaisseur de sa coquille. Ces Cliones ont des spiculés siliceuses au moyen desquelles ils creusent les galeries dans l’épaisseur des ■coquilles. M. Hancock a publié une monographie de ce genre
dans laquelle il fait connaître vingt-quatre espèces recueillies sur différentes coquilles et deux autres espèces qu’il rapporte au genre Thoasa.
Les Oliones sont de véritables locataires qui conduisent aux Saxicaves, aux Pholades et aux Tarets ; ils demandent un logement aux rochers ou aux bois ; ils mènent ensuite aux Oursins, qui se creusent également des logements dans les rochers, mais sans y pénétrer profondément. Le professeur Allman vient d’observer un cas de commensalisme fort remarquable
entre une Eponge et une Tubulaire. La couronne de la Tubulaire s’étale à l’entrée des canaux de l’éponge et l’association est si complète, que le professeur d’Edimbourg croyait avoir sous les yeux une éponge véritable avec des bras de Tubulaire.
Dans les derniers rangs de l’échelle animale il y a un certain nombre d’animalcules qui s’établissent sur le corps de voisins complaisants et profitent de leurs nageoires pour voyager avec économie. C’est ainsi que l’on trouve souvent le corps de certains crustacés couverts d’une foret de Vorticelles et d’autres Infusoires. Ils se font remorquer comme les Cirrhipèdes mais ils ne changent point comme eux de toilette, de sorte qu’on ne peut pas dire qu’ils portent la livrée de la servitude. Le genre de vie de plusieurs de ces animalcules est encore peu connu. * M. Leydig a trouvé dans l’estomac de YHydatina Seiita un commensal qui ressemble beaucoup à un Euglène et plus encore au Distigma tenax , Ehr.
COMMENSAUX FIXES
Les animaux dont nous venons de parler conservent généralement leur pleine et entière indépendance ; depuis la sortie de l’œuf jusqu’à leur épanouissement complet, ils ne subissent d’autres changements extérieurs que ceux qui sont propres à leur classe ; si parfois ils renoncent à leur liberté, ce n’est que pour un temps limité et tous conservent, avec leur physionomie propre, tout leur attirail de voyage et de peche. 11 n’en est pas de meme de ceux dont nous allons nous occuper : ils sont libres dans le jeune âge, mais, à l’approche de la puberté, ils font choix d’un hôte, s’y installent et perdent souvent complètement leur parure propre ; non-seulement ils se débarrassent de leurs rames et do leurs pinces, mais ils cessent parfois tout rapport avec le monde extérieur et abandonnent jusqu’aux organes les plus précieux de la vie animale sans en exclure les organes des sens : ils sont installés pour la vie et leur sort est lié à celui de l’hôte qui les héberge. Le nombre de ces commensaux est assez considérable.
Nous citerons d’abord quelques crustacés nommés Cirrhipedes parLamarck. Les métamorphoses les ont tellement changés après la sortie de l’œuf, que Cuvier et tous les zoologistes de son époque les placèrent dans la classe des mollusques.
Les incrustations de la peau étaient assimilées aux coquilles, que ces animaux portent généralement dans l’épaisseur de leur manteau.
Ces êtres ambigus sont loin d’être microscopiques ; il y a des Bala.nes qui atteignent la grosseur d’une noix et on en cite même qui n’ont pas moins de neuf pouces de hauteur, comme le Balanus psittacus. Nous avons vu il y a quelques années sur un morceau de bois flottant, recueilli dans la mer du Nord par des pêcheurs, des Anatifes au bout de tiges de six à sept pieds de longueur. Les anatifes eux-mêmes avaient la grandeur ordinaire. Ces Cirrhipèdes sont de toutes les époques, on les trouve déjà dans les terrains siluriens, mais contrairement aux Trilobites leurs contemporains, ils traversent tous les âges et loin, de décroître, ils régnent aujourd’hui en maîtres dans les deux hémisphères.
C’est un naturaliste anglais, Thompson, qui le premier a fait connaître la vraie nature de ces singuliers organismes ; on était si loin de comprendre leurs affinités avec les autres classes, que Blainville, même après les belles recherches du naturaliste de Belfast, doutait encore de leur exactitude et prétendait que ces animaux tiennent à la fois des mollusques et des articulés.
Nous voyons par là les immenses progrès que les études embryogéniques ont fait faire dans l’appréciation des affinités naturelles. Il n’est personne aujourd’hui, qui, ayant vu éclore un cirrhipède, puisse conserver encore un doute sur la place qu’il doit occuper. Ces crustacés pris dans leur ensemble mènent une existence dans laquelle nous trouvons plus d’un contraste : tous vivent en vagabonds au sortir de l’œuf et ils éclosent en si grande abondance sur les côtes que l’eau en devient littéralement trouble. A un corps souple et élégant ils joignent, à cette première époque de la vie, des nageoires admirablement découpées et la grâce de leur pose ne le cède en rien à celle du plus brillant insecte Après avoir couru l’aventure, le dégoût de la vie nomade les prend, ils choisissent un gîte, s’y établissent à l’aide d’une amarre, qu’ils abandonnent ensuite, et s’abritent
COMMENSAUX FIXES
dans une géode pour le reste de leurs jours. Plusieurs cirrhipèdes choisissent le dos d’une haleine ou la nageoire d’un requin et font le passage de l’Atlantique ou du Pacifique en moins de temps que les meilleurs paquebots.
Chez eux, le développement récurrent, j’allais dire la dégradation, va quelquefois si loin, que la nature animale en est devenue problématique et plus d’un parmi eux, n’ayant plus meme de bouche pour manger, se réduit à un étui qui abrite la progéniture. Le commensal est bien près de prendre rang parmi les parasites. Il y a aussi des cirrhipèdes qui vivent sur des genres différents de leur propre famille, et des espèces que l’on trouve toujours en société d’autres espèces. On en voit enfin qui sont commensaux les uns des autres, on cite même des Sabelliphiles où l’un des sexes serait parasite de l’autre sexe.
Les crustacés sont généralement dioïques mais à cause de leur genre de vie, les Cirrhipèdes réunissent parfois les deux sexes et assurent par là plus complètement la conservation de l’espèce. Toute la famille des Abclominalia, nom proposé, si je ne me trompe, par Darwin, a encore les sexes séparés et les mâles, comparativement fort petits , sont attachés par deux au corps de chaque femelle. C’est de la polyandrie que l’on voit réalisée chez les Scalpellum. Darwin a fait connaître l’existence de mâles supplémentaires, tellement petits et si peu développés, qu’on les découvre à peine et si mal partagés du côté de l’organisation qu’ils n’ont pas plus d’appendices pour se mouvoir que d’estomac pour digérer. Nous ne sommes pas à bout de bizarreries dans ce groupe particulier ; il y en a qui vivent sans coquilles et sans pattes à l’intérieur d’autres cirrhipèdes et des mâles atrophiés, qui n’existent qu’aux dépens de leur propre femelle.
Il est presque inutile de faire remarquer qu’il existe ici surtout des nuances insensibles entre les parasites, les commensaux et les animaux libres, et nous en trouverons plus d’un exemple dans les crustacés qui nous occupent.
Les commensaux fixes les plus intéressants sont évidemment
ces Cirrhipèdes qui, sous le nom de Tubicinella , Diadema , ou Coronula , couvrent la peau des baleines. Ils sont, comme tous les autres, libres dans leur enfance, mais bientôt ils se casent sur le dos ou sur la tête de l’un de ces grands cétacés, qu’ils ne quittent plus, une fois qu’ils y ont élu domicile. Ce qui leur donne une haute importance, c’est que chaque baleine loge une espèce particulière, de manière que le crustacé commensal est un vrai pavillon, qui en indique en quelque sorte la nationalité, et il ne serait pas sans intérêt, pour les voyageurs naturalistes, de faire une étude de ces pavillons vivants; la grande baleine du Nord, le Mysticetus, que nos voisins du Nord ont découvert en cherchant un passage aux Indes par l’Est, espèce qui ne quitte jamais les glaces, ne porte pas de Cirrhipèdes. Ce fait était déjà connu des pêcheurs islandais du douzième siècle. Les intrépides baleiniers de ces régions distinguaient une baleine du Nord sans plaques calcaires , et une baleine du Sud avec des plaques, c’est-à-dire, avec des Cirrhipèdes. Cette dernière est l’espèce célèbre des régions tempérées, le Nord ka per que les Basques chassaient, dès le sixième siècle, dans la Manche, et que plus tard ils allaient poursuivre jusqu’à Terre-Neuve. Les baleines de l’hémisphère Sud comme celles de l’Océan Pacifique ont toutes leurs espèces de Cirrhipèdes propres. Nous avons trouvé au Musée du Jardin zoologique d’Amsterdam une coronule , rapportée du Japon, par M. Blomhof, sous le nom de Coronula reginæ, qui caractérise sans doute la Baleine de ces parages. Une autre baleine du Nord, le Keporkak des Groenlandais, fort remarquable par ses longues nageoires qui lui ont fait donner le nom de Megaptera , se couvre de trèsbonne heure de ces crustacés, à tel point que, aux yeux des Groenlandais, iis naissent avec eux. — Il y en a même, qui ont prétendu avoir vu des Megaptera couverts de ces coronules avant la naissance. Eschricht a offert en vain une récompense à celui qui lui enverrait des coronules attenant encore au cordon ombilical; il n’a reçu que des morceaux de peau couverts de bulbes à poil. Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’on a vu de jeunes baleines , capturées à la suite de
COMMENSAUX FIXES
leur mère , et qui étaient déjà couvertes de ces crustacés.
Steenstrup a signalé la présence des Platycyamus Thompson!, sur le corps des Hyperoodon, et le Xenobalanus globicipitis , sur le Globiceps des Iles Shetland.
Le Cryptolepas est un nouveau genre de Coronulide qui habite la côte de Californie sur le singulier mysticete signalé tout récemment sous le nom de Rhachianectes glaucus. Le Platylepas bisexlobata a été observé récemment sur un Sirénien, le Manatus latirostris. Les tortues marines sont également envahies par ces singuliers animaux et leur forme particulière, jointe à leur habitat, leur a fait donner le nom de Chelonobia. Il n’est pas rare de trouver à côté de ces Chelonobies et meme sur elles, des Tanaïs, des Serpules et des Bryozoaires, formant ensemble une foret animale sur la cuirasse de la tortue. La Tortue matamata des eaux saumâtres de la Guyane, se couvre d’un cirrhipède plus voisin des Balanes ordinaires que des Chelonobies. D’autres Reptiles vivants ne sont pas plus exempts de cirrhipèdes que les tortues marines; le Dichelaspis pellucida et le Conchoderma Hunteri envahissent divers serpents do mer. Plusieurs Squales hébergent des genres particuliers, parmi lesquels nous pouvons citer : les Alepas du Spinax niger , des côtes de Norvège. On signale ce meme Alepas sur le Squalus glacialis en meme temps que YAnelasma squalicola. On en connaît une demi-douzaine de variétés dont une habite un Echinoderme, une autre un crustacé décapode. Ces Alepas sont tellement réduits quand ils sont adultes et si complètement dépouillés de leurs attributs distinctifs , qu’il a fallu les étudier avec un soin tout particulier dans leur première toilette pour reconnaître leur parenté.
D’autres cirrhipèdes s’établissent sur des voisins de leur propre classe et nous trouvons ainsi des crustacés sur crustacés. Un joli genre vit au Cap-Vert sur la carapace de la langouste et s’étale au milieu du dos comme un bouquet de fleurs. Mon fils en a recueilli de fort beaux échantillons qu’il fera connaître avec les autres matériaux qu’il a recueillis pendant sa traversée
de l’Atlantique. M. John Denis Macdonald en a trouvé en abondance sur les branchies d’un crabe en Australie, le Neptunus pelagicus , et qu’il place entre les Lepas et les Dichelaspis.
Les plus singuliers , sinon les plus intéressants de tous ces cirrhipèdes, sont les Galles qui apparaissent sous la queue des crabes ou l’abdomen des Pagures et que les zoologistes désignent sous les noms de Peltogaster ou de Sacculina. On les rencontre dans les deux hémisphères. Le développement récurrent est si complet que l’on ne distingue plus aucun appareil si ce n’est celui de la reproduction et tout le corps est un véritable étui renfermant dans ses parois des œufs et des spermatozoïdes. On en voit très-communément sous l’abdomen des crabes de nos côtes ou sur les segments memes du corps des Pagures. M. A. Giard s’est occupé de ces animaux dans ces derniers temps. C’est pendant l’accouplement , selon lui , que les Peltogaster s’établissent sur les crabes. Le professeur Semper en a rapporté toute une collection de son voyage aux Iles Philippines dont il a confié l’étude à un de ses élèves, le docteur Kussmann. Nous avons entendu avec beaucoup d’intérêt, au dernier congrès de Wiesbaden, ce dernier exposer avec une netteté remarquable le résultat de ses savantes et consciencieuses observations. Nous ne croyons pas nous tromper, en ajoutant que d’ici à longtemps nous ne verrons rien de mieux ni do plus complet sur ce sujet. On désigne maintenant l’ensemble de ces cirrhipèdes qui s’implantent par la tète dans la peau de leur hôte au moyen de filaments, sous le nom de Rhizocéphales.
Une opinion curieuse exprimée tout récemment par un naturaliste, M. Giard, et qui est un signe du temps, c’est que le Peltogaster du Pagure est devenu sacculino sur le crabe ; l’hôte s’étant transformé, son acolyte en a fait autant sous la meme influence. Le professeur Semper a reconnu en outre, aux Iles Philippines, des crustacés Isopodes, commensaux à la façon des Peltogaster. Deux Cirrhipèdes de la famille des Peltogaster, le Sylon hippolytes et le Sylcni panclali , ont été trouvés par M. Sars sous l’abdomen du Panclalus brevirostris.
COMMENSAUX FIXES
Il y a des cirrhipèdcs sur des mollusques gastéropodes. La Concholepas peruviana , cette belle coquille qui a été pendant si longtemps une rareté dans les collections, est hantée par le Cryptophiolus minutus, qui n’a qu’un sixième de pouce. Les Scalpcllum habitent souvent des Sertulaires et d’autres polypes ; des Oxynasps , des Creusia , des Pyryoma et des Lithotrya hantent des Coraux. Certaines éponges sont régulièrement envahies par des Acasta de Lcacli, dont Darwin signale huit espèces. Comme on trouve ailleurs parasites sur parasites, ici nous trouvons également commensal sur commensal : sur des anatifes ordinaires on aperçoit des genres différents et sur des Diadema du nord du Pacifique, on voit presque toujours figurer des Otions et des Cineras. Il y a plus,, le Protolepas bivincta , d’un cinquième de pouce de longueur, vit en commensal dans le manteau de YAlepas cornuta, et les Elminius de Leach habitent également sur d’autres cirrhipèdcs. L ’Hemioniscus balani , que Goodsir avait pris il y a quelques années pour le mâle des Balanes, est commensal de ces cirrhipèdes. On trouve aussi des parasites dans des commensaux : le Pagure bernhardus loge des Eustoma troncata sexués dans son intérieur. Un crustacé macroure que nous croyons devoir citer ici, c’est le Galathea spinirostris de Dana qui hante une comatule, dont il prend les couleurs; il en est de meme sans doute du Pisa Styx qui vit sur un polype connu sous le nom de Melitœ a ochracea.
Si des crustacés nous passons aux mollusques, nous avons à signaler en premier lieu un élégant gastéropode, la Phylliroe bucephale , qui porte sur la tète un appendice singulier, dont la nature n’a été reconnue que dans ces derniers temps : J. Muller l’avait pris d’abord pour une méduse, puis il avait abandonné cette opinion, lorsque enfin M. Krohn l’a renvoyé définitivement parmi les polypes inférieurs ; il ne diffère de ses congénères que par sa forme, ses cirrhcs tentaculaires et son genre de vie; c’est le Mnestra parasites. Il y a un grand nombre de mollusques acéphales que l’on pourrait citer en qualité de commensaux; nous nous bornerons à signaler les Crenella que
l’on trouve régulièrement dans l’épaisseur des éponges. La Philomedusa Vogtii de Fr. Muller, qui vit sur YHaleampa Fultoni , mérite sans doute également d’être mentionnée ici, comme commensal fixe. Plusieurs bryozoaires s’étalent sur des animaux marins et souvent meme engagent une lutte à mort avec leur patron. Mais parmi tous ces bryozoaires nous avons à citer un animal très-commun sur la plage à Ostende et que l’on prendrait pour une feuille desséchée, la F lustra membranacea. Sur la surface de ces prétendues feuilles on trouve habituellement de petits bouquets d’autres bryozoaires, qui sont ou des Crisies ou des Scrupocellaires. Un autre genre qui a passé également pour une plante gélatineuse porte le nom de Halodactyle. Sans une étude microscopique, on ne peut se faire une idée de ces colonies. Un de ces Halodactyles s’étale sur une tige de sertulaire dont il a étouffé tous les habitants et c’est la victime même qui sert de tuteur à l’envahisseur. Ces Halodactyles sont excessivement répandus dans la mer du Nord et s’établissent souvent sur la grande huître pied-de-cheval. Michelin a signalé sous le nom de parasite un cellepore fossile des salines de la Touraine et de l’Anjou, qui enveloppe complètement une coquille de gastéropode ; pour empêcher son patron de mourir de faim, le bryozoaire se développe autour de la bouche en guise de galerie et prolonge le dernier tour de spire. Ce Cellepora parasitica a évidemment sa place ici.
Beaucoup de ces bryozoaires commensaux se trouvent à l’état fossile dans le crag du bassin d’Anvers.
Nous avons encore à citer parmi les commensaux fixes, plusieurs polypes dont quelques-uns sont fort remarquables. Ainsi plusieurs naturalistes parlent de vaste colonies de polypes dans lesquelles se logent divers animaux qui s’y abritent comme les Pagures dans leur épave. De ce nombre sont les colonies dont parle Forster, qui n’ont pas moins de quinze pieds de hauteur et trois pieds de diamètre avec une couronne de dix-huit pieds. Dana fait également mention d'Astrœa de douze pieds de hauteur, de Pontes de vingt pieds et qui comp-
COMMENSAUX FIXES
tent au-delà de cinq millions d’individus, parmi lesquels viennent se réfugier une multitude d’animaux. Le Muséum d’histoire naturelle à Paris est en possession d’un superbe échantillon de Porites conglomerata ; au milieu de la colonie loge un Tridacnc (Trid. corallicola , Val.) comme un Pagure sous une foret d’Hydractinics. Ce remarquable polype a été rapporté des îles Séchelles par M. L. Rousseau. Il n’est pas impossible que dans ce môme Tridacnc habitent des Pinnothères et que nous ayons là un nouvel exemple de commensal dans commensal. Dans la baie de Massachussetts, sur les côtes de New-Jersey, vit à de grandes profondeurs un autre curieux polype commensal : Dana l’a fait connaître dernièrement, sous le nom de Epizoanthus americanus , V. Il s’établit sur la loge de VEupagurus pubescens. La Sertularia parasitica du golfe de Naples, dont j’ai fait le genre Corydendrium , est un commensal à la façon d’une infinité d’autres polypes. Pour terminer, nous citerons un polype, du nom de Halichondria suberea , et V Actinia carcinopodus d’Otto qui habitent un mollusque univalve ainsi que les Ileteropsammia et les Ileterocyathus de la famille des Turbinolides qui sc logent sur une coquille trochoïde.
Les Eponges placées tour à tour par les naturalistes parmi les plantes ou sur les confins du règne animal sont généralement regardées aujourd’hui comme des polypes : c’est l’opinion exprimée par Haeckel qui veut en meme temps remplacer le mot de Cœlentérés par celui de Zoophytes. Le savant naturaliste d’Iéna, en faisant cette proposition, aurait pu se souvenir, que nous avons placé en 1859 les éponges dans le groupe des polypes comme l’échelon le plus bas et que nous avons proposé, depuis le jour où les acalèphes étaient reconnus pour être des polypes adultes, de désigner tous ces animaux sous le nom de Polypes. Plus tard R. Leuckart a proposé le nom de Polypes cœlentérés qui a été généralement reçu. Le professeur Haeckel l’aurait rien perdu en reconnaissant, qu’en 1873, il arrivait à un résultat semblable à celui auquel j’étais arrivé vingt ans auparavant, et que ce n’est pas une innovation bien heureuse
de changer le mot de polypes en celui de zoophytes. Il est d’autant plus étonnant que ce savant ait oublié de me citer, qu’au congrès des naturalistes à Hanovre en» 1866, j’avais mis cette question à l’ordre du jour pour une séance ordinaire. Je soutenais, contrairement à l’opinion des savants les plus autorisés en cette matière, Ose. Schmidt entre autres, qui était présent, que les Éponges sont des polypes inférieurs, qu’on les considère au point de vue de leur développement ou au point de vue de leur organisation.
Ce groupe si remarquable de forme , si varié de couleur et d’aspect, nous montre très-souvent des exemples d’animaux qui vivent avec eux en véritables commensaux, et nous voyons les memes rapports s’établir dans les deux hémisphères. De meme que nous observons les Rhizophales sur les crabes et les pagures, les Pinnothères sur des mollusques bivalves, nous constatons que les éponges de la mer des Indes ou du Japon hébergent les memes commensaux que l’on trouve sur elles dans la mer du Nord ou dans l’Atlantique.
Dans la mer du Japon il existe une éponge fort remarquable, généralement connue sous le nom (PHyalonema. C’est un faisceau de spiculés semblables à du verre filé, qui semblent liés ensemble artificiellement et à la surface duquel on trouve régulièrement un polype du genre Polythoa. Pendant plusieurs années on a discuté sur la nature de cette éponge et de ses rapports avec les polypes qui l’entourent. Ehrenberg avait bien reconnu le polype Polythoa autour des spiculés, mais l’Hyalonema n’était pour lui qu’un produit artificiel. Les Polythoa n’étaient qu’un étui dans lequel on avait placé ce faisceau de spiculés. Le savant micrographe de Berlin avait meme cru trouver la preuve de cette opinion, dans la présence de bouts de laine qui se trouvaient dans un échantillon que M. Barbosa du Bocage lui avait envoyé de Lisbonne. Des fils de laine étaient en effet restés adhérents aux spiculés d’Hyalonema, mais ils provenaient des pécheurs qui, à la sortie de l’eau, mettent soigneusement cette éponge sur leur poitrine sous leur gilet de laine. Aux yeux du docteur Gray du British Muséum,
COMMENSAUX FIXES
l’éponge est parasite du Polythoa , et le faisceau de spiculés dépend, non de l’éponge, mais du polype. Le savant le plus versé dans la connaissance des éponges, M. Bowerbank, exprime une autre opinion : l’éponge et les spiculés ne sont qu’un seul corps et les polypes ne sont qu’une dépendance de ee corps. Les prétendus polypes ne formeraient qu’un système cloacal à l’usage de la colonie spongiairc. Valenciennes, guidé sans doute par les observations de Philippe Poteau, a le premier reconnu la nature de l’éponge et de scs spiculés, mais l’on doit à Max. Schultzc d’avoir distingué la vraie nature de
cette admirable production marine. Il a démontré que le faisceau est formé de spiculés de l’éponge extraordinairement allongés et que le polype s’établit sur elle en formant un étui tout autour du faisceau. Ce fait n’est plus douteux pour personne, les longs spiculés font partie de l’éponge et le polype s’établit sur une partie de la colonie. Mais la science marche rarement d’un seul coup et Max Schultzc a pris, comme ses devanciers, le dessus pour le dessous ; c’est le professeur Lovèn qui a remis l’Hyalonema dans sa situation véritable d’après un Ilyalonema de petite taille de la mer du Nord. Scmpcr a trouvé une Œcjli nouvelle a laquelle il a donné le nom spécifique de hhsuta , dans un canal élargi de la nouvelle Hyalonema des Iles Philippines qu’il a dédiée à M. Schultze. L’Adriatique nourrit également une espèce de ce mémo genre Polythoa qui habite, comme celle de la mer de Chine, une éponge, à laquelle on a donné le nom d’Axinclla. On ne trouve jamais ces Polythoa que sur les Axinella , dit Ose. Schmidt, qui a fait une étude particulière des éponges de cette mer et de la Méditerranée. Le professeur Gill a fait mention, à la dernière réunion du congrès scientifique à Portland (1873), d’un nouvel Hyalonema , trouvé sur la côte de l’Amérique du Nord par la commission de pèche des États-Unis d’Amérique. Au point de vue systématique un mémoire intéressant sur ces éponges est dû à la plume de Herklots et de M. Marshall.
^aimi les commensaux fixes nous croyons devoir placer un organisme bien problématique qui vit sur les sertulaires, sur-
tout la Sertularia abietina et que Strethill Wright a désigne? sous le nom de Corethria Sertularia. Claparède a donné a ce singulier animal 1j nom plus expressif d ’Ophiodendrum a bie~
Fig. 1. — Ophiodendrum abietinum sur Sertularia abietina.
tinum. Nous l’avons trouvé régulièrement sur la Sertularia abietina à Ostende chaque fois que nous avons eu l’occasion d’observer ces polypes fraîchement sortis du fond de la mer. C’est un organisme dont les affinités ne sont aucunement établies.