‹ Les commensaux et les parasites dans le règne animalChapitre 9 sur 48 · CS · texte numérisé non relu

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abandonnent souvent leur premier hôte sur lequel ils se sont développés, et vivent librement dans l’eau en attendant leur hôte définitif. On en pêche aussi quelquefois en pleine mer. En 1849,

J. Muller m’écrivit de Marseille qu’il venait de découvrir des cercaires et des distomes vivant librement dans la Méditerranée Depuis, cet illustre savant en a observé encore à Trieste, en poursuivant ses études sur les échinodermes, et il a bien voulu nous communiquer les dessins originaux de ces singuliers parasites.

On rencontre tant à Marseille qu’à Trieste, dit J. Millier, un nouveau cercaire avec queue pinnée, et deux points oculaires noirs dont le corps a de -fa à ~ de ligne de longueur, non compris la queue qui est deux à deux fois et demie aussi longue. Un mamelon est en avant du milieu du corps. Sur les côtés de la queue, il y a de part et d’autre 12 à 20 pinceaux de soies molles sur de petites proéminences en séries transversales qui ne sont pas opposées régulièrement et en une série transverse de 6 soies. Sur un spécimen, la queue, depuis l’origine jusqu’au quart postérieur, est pourvue de ces faisceaux de soies et sur un autre ils manquent dans la moitié antérieure, mais existent au contraire dans la moitié postérieure. Sur un autre encore, les soies ont disparu en partie et se réduisent à six faisceaux à l’extrémité de la queue. Cette queue présente des traces plus ou moins prononcées d’anneaux transverses. J. Müller a vu fréquemment que le distome, provenant de ce cercaire, qui nageait librement dans la mer, après s’ètre débarrassé de sa queue, était parfaitement reconnaissable à ses deux marques noires qui alors étaient plus diffuses.

Ce cercaire de J. Müller rappelle celui observé par Nitzsch sur des coquilles d’eau douce (Cercaria major) avec queue annelée et pinnée.

Claparède a également pêché à Saint-Vaast, des cercaires dont il ne connaît pas l’hôte. Ce naturaliste supposait que ce ver pouvait émigrer volontairement. Il a trouvé là ces mêmes cercaires (Cercaria Haimeana) sur des Sarsia, et des Océanies, mais toujours agames.

La Cercaria setifera de J. Müller a été trouvée libre et attachée à la face inférieure de quelques méduses. Elle existe parfois en nombre considérable à la surface interne de certains

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Acalèphcs de l’Océan et de la Méditerranée. Enfin Claparède a observé encore un autre cercairc libre qui porte le nom de Pachycerca.

Certains cercaires ont la vie assez dure; nous en avons tenu en vie librement dans l’eau douce pendant une huitaine de jours au mois de novembre et le dernier jour elles étaient encore fort alertes [Cercaria armata). On voit aussi quelquefois sauter l’âge cercairien et le jeune distome apparaît en abondance sans queue dans le sporocyste. Nous en avons vu un exemple dans le Buccinum undatum de nos côtes. Cette dernière génération affecte en tout cas une forme toute différente de celle qui l’a précédée.

Logés et nourris sans frais dans le parenchyme succulent de leur victime, les cercaires grandissent rapidement et dès que leur rame caudale est développée , ils déchirent la cloison qui les protège et abandonnent leur hôte pour vivre librement de leur vie de têtard. Un beau jour, fatigués de la vie nomade, ils choisissent un autre hôte, se débarrassent de leur queue, s’enveloppent dans un linceul comme une chrysalide qui va se faire papillon, et, blottis dans un sac, que l’on désigne sous le nom de Kyste, ils attendent patiemment des jours, des semaines, des années, que leur hôte soit avalé par celui qui doit les loger. Le kyste devenu libre dans l’estomac de ce dernier, ses enveloppes se dissolvent dans le suc sécrété par les parois et, avec tout le personnel qui l’accompagne, le ver reprend sa liberté, dans ce nouveau séjour.

Les cercaires enkystés passent ainsi avec armes et bagages dans l’estomac d’un nouvel hôte. Leurs enveloppes, pour ne pas dire leurs langes, sont mises en pièces par le suc gastrique, et au bout de leur stage, ils vont se loger dans des appartements plus vastes et appropriés à leurs nouveaux besoins ; cette dernière demeure est toujours en communication avec l’extérieur. Le temps du célibat est passé et une nombreuse postérité sous forme d’œufs se prépare. Ils accomplissent dans cet état leur dernière mission, et, si leur mère le sporocyste n’a connu que les joies de la maternité agamc, le cercaire de-

venu tout d’un coup distomo apprécie toutes les douceurs de la maternité sexuelle.

Le distome arrive ainsi au terme de son voyage et de son évolution ; il évacue ses œufs au milieu des fèces do son hôte, et des milliers d’animalcules guettent la nouvelle génération, pendant que d’autres attendent la visite des générations ciliées. La fille distomo diffère ainsi complètement de sa mère sporocyste , mais elle ressemble à sa grand’mère qui a vécu comme elle ; nous avons donc des animaux libres et vagabonds au sortir de l’œuf, et qui nagent vigoureusement comme des infusoires sans dépendre de personne. Mais le terme de leur vie approche rapidement, ils se dépouillent de leur manteau cilié et avant de mourir, tout en étant encore emmaillottés, ils réclament l’hospitalité d’un mollusque et mettent bas une nombreuse progéniture. Nous avons alors affaire à des animaux dont les petits en maillots vivent d’abord librement, puis demandent du secours quand le moment de songer à la famille approche. Les descendants débutent comme les parents par une vie vagabonde, et comme leur mère a jeté son manteau cilié, eux abandonnent leur queue nageoire, pour songer à leur tour à la famille. En résumé il y a dans le cercle de la vie d’un distomien deux formes distinctes qui débutent et finissent de la meme manière, la première poussant une progéniture par gemme, la seconde une progéniture par œufs. Il y a alternance de forme à cause de la double multiplication (digénèse) et transmigration par plusieurs individus. C’est-à-dire que pour arriver à sa destination le jeune distomien a besoin de changer plusieurs fois de convoi, et il prend dans chaque wagon un costume particulier. On comprend avec quelle peine on est parvenu à reconnaître ce distome voyageur, changeant constamment de chemin et de toilette, et quelle sagacité il a fallu de la part des naturalistes pour ne pas perdre sa piste.

On peut interpréter diversement l’embryon de distomien sortant de son sporocyste. Est-ce une mère et une fille emboîtée comme dans les pucerons ou l’enveloppe ciliée, est-elle simplement un manteau? c’est ce que nous croyons. Le man-

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teau cilié dont l’embryon sc dépouille est une mue, un simple effet de l’âge.

De manière qu’il y a pour nous dans l’évolution complète d’un distomo, un âge agamc et un âge sexué, une véritable alternance : l’âge agame subit une mue véritable, l’âge sexué une métamorphose.

Nous avons antérieurement considéré l’embryon comme mère et fille, venant au monde ensemble, ainsi que nous le voyons chez les pucerons, où, mère, fille et petite-fille naissent comme des jumeaux; de sorte que si la mère ou la fille éprouvent un accident pendant la parturition, la petite-fille peut naître avant sa mère et meme avant sa grand-mère.

Nous allons maintenant étudier quelques-uns de ces mystérieux voyageurs qui ont donné tant de peine aux naturalistes, pour découvrir leur séjour et constater leur identité. En considérant le nombre des observateurs qui ont fait mention des distomes, il est évident que ces parasites doivent être fort communs. Ainsi nous trouvons déjà les noms de Ruysch, de Leeuwenhoek, de Swammordam, de Camper, de ITouttuyn, de Mulder, de Ifcide, de Biddloo, de Snellen, etc., etc., parmi les naturalistes qui se sont occupés d’eux. De nos jours, les auteurs qui ont exploré ce terrain sont si nombreux, qu’il faudrait plus d’une page pour inscrire simplement leurs noms.

Les distomes fréquentent, à quelques exceptions près, toutes les classes du règne animal, et si leur nombre est grand dans les poissons, il n’est pas moins élevé dans les mammifères et les oiseaux. C’est par les mollusques, les vers et les crustacés que la plupart des animaux supérieurs s’infestent, et c’est dans leurs rangs que nous devons chercher leur premier séjour. Sans admettre que leur taille soit en rapport avec l’hôte qui les héberge, c’est cependant dans le foie d’une Balénoptère, que se trouve la plus grande espèce, le Distoma, goliath. Ce distome a la grandeur d’une forte sangsue et son hôte ne mesure pas moins de vingt mètres.

M. AVillemoes-Suhm fait mention d’un distome qui , à la fin de son évolution cercariennc, vit librement dans l’eau et

s’attache par sa ventouse, à des larves de vers ou à des crustacés copépodcs , puis se loge dans leur dépouille sans s'enkyster. D’après le professeur Moebius, c’est le Distomum ocreatum des harengs. M. Ulialnin a trouvé dans la baie de Sébastopol un autre distome libre qui s’attache également par sa ventouse ventrale à des copépodes, et qui devient le Distomum ventricosum de plusieurs poissons.

Celui qui veut observer des distomes à l’état de cercaires n’a qu’à visiter quelques mollusques d’eau douce, soit des limnées, soit des planorbcs des étangs et, en lacérant ranimai sur le porte-objet du microscope simple, il ne manquera pas d’apercevoir une multitude de têtards qui se débattent et s’agitent. Les queues se tortillent, se recourbent, s’étendent, décrivent des arcs de cercles, comme si on avait un nid de serpents sous les yeux.

Chaque espèce de distome a ses cercaires propres qui sont

d’animaux inférieurs différents. C’est en mangeant ces animaux que les oiseaux et les poissons s’en infestent.

Nous pouvons citer comme exemple de cette catégorie de parasites, le Distomum hepaticum ou la Douve hépatique ; c’est l’espèce de ce genre qui nous intéresse le plus ; il atteint la taille d’une petite sangsue de longueur moyenne, et a pour séjour habituel le foie du mouton. Pour l’apercevoir on n’a qu’à visiter un foie frais. On en trouve communément

dans les canaux biliaires où ils se remuent comme des planaires. Sa couleur

est toujours foncée et il est introduit sans doute à l’état de cercaire par la boisson. M. Willemœs-Suhm suppose que le Distomum hepaticum a pour véhicule une petite limace , la Limax agrestis , que le mouton avale avec l’herbe qu’il broute. Son séjour principal est dans les ruminants, et accidentellement dans l’homme. On prétend qu’il est inconnu en Islande.

répandus sur autant

Fig. 42. — Douve hépatique, double de grandeur naturelle :

a, bouche; 6, pénis; c, tube digestif; d , ventouse abdominale.

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Le Distome lancéolé a été également observé sur l’homme.

Le docteur Bilharz , élève de Siebold, a découvert en 1851 sur l’homme, un parasite remarquable sous tous les rapports. Il appartient à la famille des distomiens et, à cause de ses particularités, on l’a érigé en genre sous le nom de Bilharzia. Il vit dans la veine-porte et dans scs ramifications chez l’homme en Egypte. D’après Bilharz ce distomicn est dioïque, le mâle serait assez gros, la femelle mince et délicate , ce qui ne s’accorde pas avec les caractères propres aux animaux dioïques. La moitié des Fellahs et des Coptes souffrent de ces parasites; ces vers se rendent, à l’époque de la ponte des œufs, de la veine cave dans les veines du bassin, et, après avoir produit des accidents souvent fort graves, ils finissent par être évacués par l’urine.

Un autre distome a été trouvé également par Bilharz dans l’intestin d’un jeune garçon en Egypte.

Le plus grand distome connu habite le foie de la Balenoptera rostrata , la petite baleine de trente pieds qui est de passage régulier sur la côte de Norvège. Les intestins du phoque ordinaire hébergent souvent un distonie fort curieux qui a été observé en premier lieu par Rudolphie, le D. acanthoïdes. Le phoque est également visité par le Distoma cornus , que l’on a voulu à tort placer dans le genre amphistomc.

En dehors des distomes qui habitent le foie, on n’en trouve guère d’autres chez les mammifères, si ce n’est chez les Chéiroptères; ces mammifères insectivores ont leur intestin toujours littéralement plein de ces parasites. Nous avons signalé les espèces qui hantent régulièrement nos chauves-souris et il reste à découvrir les insectes par le secours desquels ils s’introduisent. Car ce sont probablement des insectes qui s’infestent de cercaires, pendant leur séjour dans l’eau. Il faudrait faire une étude suivie des larves et de leurs parasites, dans les localités où abondent les chauves-souris. Il y a peu d’oiseaux, surtout parmi les échassiers et les palmipèdes, qui ne renferment un certain nombre de distomes dans leurs intestins. On peut en dire presque autant des reptiles et des batraciens ,

mais c’est particulièrement dans les poissons que le nombre s’accroît particulièrement. Il n’y a pour ainsi dire pas de poisson qui ne nourrisse quelques-uns de ces Trématodes. Chez quelques-uns le cycle d’évolution et la transmigration sont parfaitement connus; nous citerons parmi eux le Disto mum nodulosum. Ce ver habite l’intestin de la perche. Le scolex comme le cercaire ont des caractères particuliers, et depuis longtemps nous avons trouvé ce dernier sur un mollusque de nos eaux douces, la Paludina impura. Le cercaire est surtout reconnaissable par la présence de deux replis particuliers à la base du bulbe buccal, et par la transparence et la forme de l’extrémité de l’appareil urinaire. Chez le distome adulte, cette même partie de l’appareil urinaire renferme de grandes vésicules à parois fortement accusées.

Nous citerons encore parmi les distomes une espèce d’un poisson qui a une grande affinité avec le singulier distome observé par Bilharz, et dont nous avons parlé plus haut. Ce distome habite la castagnole ou Brama raii. Sous les opercules de ce poisson la peau se replie et forme une ou plusieurs poches dans chacune desquelles vit un distome par couple, c’est-àdire, à côté de chaque individu gros et large , rempli d’œufs, se trouve un individu grêle. C’est le distome filicolle auquel on avait donné d’abord le nom de monostome. On serait en droit de supposer que de ces deux vers hermaphrodites , l’un agit plutôt comme femelle, l’autre comme mâle. C’est dans ce sens sans doute que Steenstrup avait soutenu la thèse qu’il n’y a pas d’hermaphrodite dans la nature.

Ainsi voilà deux espèces de distomes ; l’une vit par couple dans un kyste, l’autre par couple accolé mais librement, et dans les deux cas un seul individu porte des œufs. Ce sont des distomes qui agissent réellement comme des vers dioïques. Nous voyons cependant un cas plus remarquable encore dans le Mo nostomum bijugnm de Miescher. Dans des tumeurs qui se forment dans la peau des gros-bec ( Fringilla ) , il a vu constamment deux individus ; et plusieurs d’entre eux, il les a surpris, pendant qu’ils avaient leurs pénis engagés dans les organes sexuels

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de leur compagnon. Ces vers tout en vivant par couples sont cependant semblables entre eux comme les Limaces et les Sangsues; ils se fécondent mutuellement et tous les deux pondent des œufs.

Lcuckart a reconnu des distomes sexués dans leur kyste chez des larves d’éphémères, et Linstow a signalé un distomc également sexué et enkysté dans le Gammarus pulex.

On a donné à quelques-uns de ces Trématodes, qui n’ont pas de ventouse abdominale, le nom de Monostome.

Un des vers les plus curieux de ce groupe est le Monostoma mutabile. Il vit dans les sinus sous-orbitaires de plusieurs oiseaux aquatiques, c’est-à-dire dans les fosses nasales, surtout des râles d’eau ou des poules d’eau. Nous le représentons ici légèrement agrandi. C’est un ver semblable à une feuille allongée. En le comprimant légèrement sur le porte-objet du microscope , on découvre aisément l’ovaire et la matrice ovi-

Fig. 43. — Monostomum Fig. 44. — Monos tomum mutabile. Embryon cilié mutabile adulte. avec sporocyste, et jeunes Cercaires, vus à un

fort grossissement.

ducte qui est pleine d’œufs. En isolant quelques œufs et en les écrasant avec modération, pour briser la coque, on met à nu un ver (fig. 44), tout différent de la mère (fig. 43), qui porte deux yeux enchâssés dans un manteau cilié et, grâce à cette enveloppe ciliée, le monostome nage librement dans l'eau. Si on le comprime un peu, on voit que dans l’intérieur du manteau cilié, se trouve

déjà un autre animal sans yeux, sans cils et tout différent de forme qui renferme à son tour toute une progéniture. 'On peut voir sur la Fig. 44 l’embryon portant de longs cils en avant, et dans son intérieur un sporocystc déjà rempli de jeunes cercaires.

C’est cette dernière que l’embryon cilié doit confier à des soins étrangers ; c’est elle qui va se mettre en nourrice chez l’un ou l’autre mollusque jusqu’à ce qu’elle soit apte à son tour à se suffire. Il reste à découvrir le convoi par lequel ce parasite doit passer pour arriver de nouveau aux fosses nasales qui sont le premier berceau de cette famille.

Dans quelques oiseaux on trouve parfois entre les plumes des tubercules de la grosseur d’un petit pois et quand on les ouvre, on remarque dans chacun deux deux veis semblables placés l’un contre l’autre par le ventre ; c’est le monostome dont nous parlons plus haut. Ces vers sont longs de o à 4 millimètres et se trouvent sur la mésange, le tarin, le moineau, le

canari, et quelques autres oiseaux.

Un ver fort commun dans l’intestin de la grenouille verte est connu sous le nom d 'Amphistoma sub-cla.va.tum. D’un autre côté l’on trouve communément des cercaires dans un mollusque acéphale connu sous le nom de Cyclas cornea. Ce qui distingue les scolex de cette espèce , c’est la grande contractilité des parois des jeunes individus; ils s’allongent, se raccourcissent et se balancent à droite et à gauche décrivant un demi cercle par la moitié antérieure du corps (Fig. 46). Nous reproduisons en même temps la cercaire de cet amphistome et fanaphistome adulte et sexué, tel qu’on le trouve dans 1 intestin de

la grenouille.

Constantin Blumberg a publié récemment un mémoire intéressant sur la structure de V Amphistoma conicum.

Sous le nom de Hemistomum alatum , on désigne un beau ver trématode, dont on ne connaît pas les antécédents et qui vit communément dans l’intestin du renard. Il est long du quatre à cinq millimètres. Plusieurs oiseaux logent des holostonies qui appartiennent à ce même groupe et dont on ne connaît pas non plus le premier âge. L 'Holostomum macroce -

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phcdum est commun dans l’intestin des oiseaux rapaces; il est long de cinq à sept millimètres.

Nous terminons l’histoire des vers trématodes en reproduisant le dessin d’un beau ver co i nu sous le nom de Polystomc

Fig. 46. — Sporocyste d’i4»n- Fig. 47. — Amphisloma sub- Fig. 48. — Polystomum phistoma sub-clavalum de clavatum de la grenouille. integerrimum.

Cyclas cornca.

et qui vit à l’état adulte dans la vessie des grenouilles (fig. 48). On a fait récemment des observations intéressantes sur la manière dont ils arrivent à la vessie.

Les vers que les naturalistes appellent Cestoïdcs ou Ces-

todcs, ce qui veut dire en forme de ruban, ont pour type le ver solitaire que tout le monde connaît. Ils sont fort abondants dans plusieurs animaux, respectent à peine quelques classes du règne animal et sont presque aussi répandus que les distomiens, dont nous venons de parler. Ils s’introduisent chez les animaux à régime végétal , par l’eau ou par les plantes , chez ceux à régime animal par la proie. Les vers rubanaires des herbivores pondent des œufs comme les autres , mais les embryons portent en naissant une robe ciliée qui leur permet de vivre et de se diriger dans l’eau. Ceux des carnassiers sont tout différents : c’est par la proie qu’ils font leur entrée chez leur hôte. Chaque carnassier a ses vers propres comme il a sa proiepropre pour les introduire.

Indépendamment de leurs vers, les animaux à régime végétal logent des vers qui ne sont pas à eux.

Nous avons trouvé dans les chauves-souris deux ténia , tous

les deux incomplets tout en occupant le tube digestif. L’un a le rostellum sans crochets comme les ténia de phytophages, l’autre a les crochets de sarcophages. On observe ces parasites vcestodes sous deux formes principales : une première, vésiculeuse, semblable à un doigt de gant invaginé, toujours logé au milieu des chairs, ou dans un organe sans issue au centre d’une géode ; sous cette première forme le ver cestode est hébergé par un hôte, qui doit lui servir de coche et l’introduire dans son hôte définitif. C’est un parasite qui fait son stage; il est toujours agame et porte communément le nom de cysticcrque (fig. 49). Pour la seconde forme, il est rubané, atteint une longueur excessive, occupe toujours l’intestin, atteint son développement complet et sexué et pond une.

Fig. 49. — ' Cysticerque évaginé : a, partie supérieure de la vésicule; b, endroit où la vésicule va se séparer; c, le cou du ver ; d. la tête montrant les ventouses et la couronne de crochets.

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innombrable quantité d’œufs qui vont so disséminer avec les déjections.

Le lapin loge un cysticerque qui est à l’adresse du chien (xénosite) ; mais, indépendamment de cet étranger, il donne encore l’hospitalité à un ténia particulier dans son intestin. C’est son ver propre, le Ténia pectinata , qui est nostositc. Tous les animaux herbivores sont dans le meme cas ; le bœuf comme le mouton possèdent un ténia propre indépendamment de ceux qu’ils logent pour le compte des carnassiers. Ces vers des herbivores ont des caractères particuliers qui les font reconnaître facilement ; ils n’ont pas de couronne de crochets.

Le ténia du loup que l’on a confondu souvent avec le Ténia serrata , vit dans le cerveau de la brebis où il produit une véritable maladie connue sous le nom de tournis. On disait anciennement : chaque animal a son ennemi ; nous dirons plus volontiers : chaque espèce a scs parasites, et chaque parasite a son coche qui doit l’introduire.

On trouve ces vers rubanaires dans toutes les classes de vertébrés. L’herbivore en général sert de coche, mais le plus souvent il porte, outre ses stagiaires, des espèces qui lui sont propres. Le carnassier ne devant point être mangé comme l’herbivore, ne peut servir de coche et, si par hasard ses muscles renferment quelque stagiaire, c’est un enfant perdu et pour toujours égaré.

Les Cétacés sont-ils généralement ichthyophages et deviennent-ils la proie de quelques carnassiers aquatiques? Il faut le croire d’après la présence de certains Cestodes agames, que l’on a trouvés trop souvent et en trop grand nombre pour croire qu’ils soient égarés dans ces mammifères aquatiques. On a vu dans l’épaisseur des muscles de plusieurs espèces ou plutôt dans la couche de lard qui tapisse la peau, des vers cestodes agames du genre Phyllobothrium , qui ne peuvent accomplir leur évolution que dans quelque grand squale. Il doit donc y avoir des luttes entre les Dauphins et les Requins, luttes dans lesquelles les Dauphins doivent succomber malgré leur supériorité. Ces Phyllobothrium ont été trouvés dans le Delphinus

delphis , le Tursio et le Ziphius. Comme l’Orque attaque la baleine et se nourrit de sa chair, il n’y aurait rien d’étonnant si l’on trouvait dans ces grands cétacés quelque Cestode agame destiné à parcourir les dernières’ phases de son évolution dans ce terrible carnivore.

C’est à peine si sous la première forme vésiculaire le cestode est parasite. Il lui suffit de subir une première transformation au milieu des tissus , et il restera des semaines , des mois, des années sans subir aucun changement : il ne demande que le toit hospitalier, et cet être mystérieux, venu souvent on ne sait d’où, campé plutôt que logé, toujours sans progéniture, a été longtemps invoqué par les naturalistes d’un autre âge en faveur de la vieille hypothèse de la génération spontanée.

Il n’en est pas de même de la seconde forme ; ici le ver, toujours logé dans les intestins, croit avec une rapidité extraordinaire et remplit toutes les conditions du vrai parasite. Au milieu d’un terrain fertile , il pousse et engendre aussi longtemps qu’il y a de la vie, et, dans aucun groupe du règne animal, la fécondité n’est à comparer à la sienne. Boerhaave a parlé d’un Ténia large, de 300 aunes de longueur. Eschricht estime le nombre de segments de ce ver à dix mille et si l’on considère que chaque segment, ou pour mieux dire que chaque ver complet peut renfermer plusieurs milliers d’œufs, on peut se faire une idée de la profusion des germes qui se répandent par chaque individu.

Pour connaître un animal, il faut l’avoir observé dans toutes les phases de son évolution. Esquissons ces phases. Tous les Cestodes ont des œufs, nombreux généralement, fort bien protégés contre tous les agents extérieurs ; ils supportent le froid et le chaud , la sécheresse comme l’humidité , résistent par leurs enveloppes aux agents chimiques les plus violents et conservent la faculté de germer, nous ne dirons pas pendant des semaines, des mois ou des années, mais pendant des siècles. Au sortir de l’œuf on voit un embryon de forme ovale, transparent , formé en apparence de sarcode, contractile dans

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toute son étendue, et au milieu duquel on aperçoit six stylets placés par couples et qui finissent par entrer dans une grande activité.

Voici ce que nous disions, il y a quelques années, de ces embryons à six crochets provenus d’un Ténia de la grenouille et qui s’agitaient les uns à côté des autres sur le porte-objet du microscope : Les six crochets sont régulièrement disposés dans tous les individus et se meuvent exactement de la meme manière. Ils sont très-grêles et ont à peu près la moitié du diamètre de l’embryon. Deux occupent la ligne médiane et se réunissent comme un stylet unique; ceux-là sont à peu près droits et un peu plus longs que les autres. Ils ne se meuvent que d’avant en arrière et d’arrière en avant. Us agissent comme les pièces de la bouche de certains crustacés parasites, les Argules, pour percer les tissus. Ils sont dans un mouvement continuel de va-et-vient. Les quatre autres crochets sont semblables entre eux et diffèrent des premiers par la pointe qui est recourbée en crochets véritables. Ils sont disposés deux par deux, à droite et à gauche des premiers, de manière que tous se touchent par la base. Leurs mouvements ne sont pas les mêmes que ceux des deux premiers : à leur base ils restent à peu près fixes, tandis qu’au bout ils décrivent un quart de cercle. Que l’on se figure les six crochets placés en avant dans la même direction. Les deux au milieu avancent et les deux paires placées symétriquement à côté d’eux s’abaissent d’avant en arrière et poussent par là le corps en avant. C’est comme le cadran d’une pendule qui aurait trois aiguilles, placées à côté l’une de l’autre; celle du milieu serait poussée directement en avant, tandis que les deux autres s’abaisseraient, jusqu’à ce qu’elles fissent un angle droit avec la première. C’est le mouvement qu’on voit se produire dans tous. Il résulte de ce mouvement qu’on voit distinctement l’embryon pénétrer entre les débris ou dans les tissus écrasés qui l’entourent. Ces embryons font le mouvement d’un homme qui veut passer par une fenêtre un peu élevée et qui, parvenu à faire passer ses coudes, pousse le corps en avant en les appuyant

contre le châssis. On voit ces memes efforts continuer pendant des heures entières, et on comprend aisément qu’aucun tissu vivant, aussi dense qu’il soit, excepté les os, ne soit facilement traversé par ces embryons microscopiques. Telle est la raison qui explique pourquoi on trouve si communément les cysticerques répandus dans des kystes le long des intestins et entre les feuilles du mésentère, et comment ils peuvent, perçant les parois des vaisseaux, se répandre dans les organes les plus éloignés à la faveur du sang qui les charrie. Quand les embryons ont traversé ces parois, ils creusent les tissus dans tous les sens jusqu’à ce qu’ils se trouvent dans les muscles, ou dans l’organe qui est indiqué sur leur itinéraire. Arrivés à leur destination, ils s’arrêtent, s’entourent d’une gaine, leurs stylets devenus inutiles se flétrissent, et à l’un des pôles apparaît une couronne de nouveaux crochets, tout différents des premiers qui devront servir à amarrer la progéniture dans le nouvel hôte où ils seront introduits.

Voilà le ver vésiculaire (Fig. 50) formé et, sans subir aucun changement, il attend que son hôte ou l’organe qui le loge,

soit mangé pour se réveiller dans son estomac. Chaque cysticerque vivant qui pénètre dans l’estomac, sort à l’instant de son état de torpeur ; il se débarrasse des parties inutiles, abandonne cette première cavité, pénètre dans l’intestin, s’attache avec ses nouveaux crochets et ses ventouses aux parois et croît avec une telle rapidité, qu’en moins de six semaines on voit souvent un ruban de plusieurs mètres de longueur. La vésicule qui 1 a protégé jusqu’alors est abandonnée et la partie qui reste avec crochets et ventouse est la mère qui a engendré par voie agame toute la colonie. C’est cette mère que l’on appelle ordinairement la te te du ténia ou mieux le scolcx. Aussi longtemps que la mère est là, elle engendre et produit des cucumérins, c est-à-

Fig. 50. — Ver vésiculaire.

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dire, des proglottis qui sont l’âge adulte complet et sexué du cestode.

Nous avons vu dans les trématodes un ver d’une forme particulière sortir de l’œuf et engendrer ensuite un essaim de jeunes qui vont vivre séparément. Dans les cestodes tous ces individus sont réunis en chapelet et sont de plus réunis à la mère qui devient la racine de la colonie. Cette racine implantée dans les parois de l’intestin, est la tète. Ainsi chaque segment du ténia est un individu et, à l’époque de la maturité sexuelle, cet individu se détache, sort avec les fèces, se répand sur l’herbe ou ailleurs, et va semer au loin les œufs qu’il renferme.

Généralement on considère les ténia ainsi que les autres vers rubanaircs connue des parasites prisonniers à perpétuité, c’est une erreur ; la dernière phase de la vie des cestoïdes est une phase de liberté. Le cucumérin, ou comme nous avons proposé de le nommer le proglottis, c’est-à-dire l’animal complet et sexué, est évacué avec les fèces et quand on observe un chien faisant ses ordures sur l’herbe, il n’est pas rare de voir des vers qui se meuvent comme des sangsues et dont la couleur blanche se détache nettement de la masse qui les porte. La durée de cette dernière phase est fort courte, il est vrai, mais ce n’est pas moins pendant cette période de la vie, que la mère répand les œufs qui doivent disséminer l’espèce.

Nous le répétons, chaque animal a ses parasites et ceux-ci à leur tour n’en sont pas toujours exempts; nous en avons déjà cité des exemples.

L’homme a le système dentaire d’un frugivore, mais grâce au feu que seul il sait produire et entretenir, il mange la chair. C’est ainsi qu’il nourrit le ver solitaire, qui par sa couronne de crochets est un cestode de sarcophage et le Ténia mediocanellata avec le botriocéphale qui sont des cestodes de phytophage. Il héberge en outre, comme phytophage, des cestodes agames vésiculaires qui ne s’y trouvent que comme stagiaires.

Le Ténia serrata du chien vit d’abord comme stagiaire dans

le péritoine du lièvre et du lapin et tout le monde sait combien le chien est avide de ces viscères.

Le chat nourrit une autre espèce de ténia et c’est, on le devine aisément, dans la souris ou dans le rat que le jeune stagiaire va se loger. Qui donc a tracé cet itinéraire et a indiqué la voie, la seule par laquelle ce parasite peut espérer entrer en possession de son logis ? Ce n’est ni le ténia ni le chat évidemment. Le plan de toutes ces espèces est tracé d’avance et chaque animal, en naissant, le connaît sans l’apprendre.

Un naturalisée danois, M. IL Krabbc, vient de terminer un travail spécial sur les vers ccstodes du genre ténia et il fait remarquer qu’il n’est aucune classe dans laquelle ces vers sont aussi abondants que dans celle des oiseaux. Dans cette classe, c’est chez les rapaces et les carnivores qu’ils sont les moins abondants. Parmi les mammifères, les carnassiers en possèdent le plus. Ce fait, dit M. H. Krabbe avec beaucoup de raison, semble indiquer que les cestodcs des oiseaux ont particulièrement pour coches des animaux inférieurs aquatiques.

Voyons l’histoire du ver solitaire de l’homme ( Ténia solium) ; il nous permettra de comprendre tous les autres. Connu sous le nom de ténia ou ver solitaire, il est comme tous les cestodes, une merveilleuse association de mère et de filles qui se développent et végètent dans une paisible communauté, chaque segment est un être complet qui renferme en lui un appareil entier et très-compliqué pour la fabrication des œufs.

Nous reproduisons (Fig. 51 et 52) la figure d’un ver solitaire de l’homme, de grandeur naturelle et à côté, le scolex, nommé ordinairement tète, vu à un faible grossissement.

Sous sa première forme vésiculaire, le ver solitaire est planté dans un terrain provisoire ; il est repiqué ensuite dans un terrain plus riche où il fleurit et répand de nombreuses semences. Il nous vient delà chair de porc, dans laquelle vivaient des vers vésiculaires, qui ont jusqu’à la grandeur d’une noisette. Les muscles en sont parfois remplis. On dit alors que le cochon est ladre. Les anciens avaient reconnu que le porc à la mamelle n’est jamais atteint de cette maladie et comme Sus scvojuha est

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le nom clu porc, le mot de Scrophules a la même origine que le nom spécifique proposé par Linné.

On a attribué la ladrerie du porc à l’humidité, à l’abus des

glands, à l’hérédité, à la contagion, même aux grains altérés

et au pain moisi. C’est ce que nous trouvons dans des traités de pathologie. La cause unique, c’est l’introduction dans l’intestin d’œufs de Ténia solium.

Si on veut prévenir cette infection, il faut empêcher l’animal de manger les excréments do l’homme, et ne pas faire boire de l’eau qui a séjourné sur des substances pourries dans le fumier. Le cysticerque du cochon introduit chez l’homme, devient ténia avec autant de certitude

Fig. 51. — Ténia solium ou ver solitaire. a. Tète ou mieux Scolex; b, ruban formé d’individus dont les derniers, complètement sexués, se séparent sous le nom de procjlottis et représentent l’animal adulte et complet. Chaque ver solitaire est une colonie.

Fig. 52. — a. Rostellum, b. couronne de crochets, c.c. ventouses. 1. scolex du ténia solium. 2. crochet étalé, a. talon du crochet.

qu’une semence de carotte produira cette plante, quand elle aura été semée dans un terrain convenable. Depuis longtemps

on avait déjà fait l’observation sans pouvoir en donner l’explication, que ce parasite se montre surtout chez les charcutiers et les cuisinières. C’est que ce sont eux qui manient le plus la viande de porc cru. On a fait la meme observation chez les enfants qui ont fait usage de jus de viande. Dans la diarrhée chronique on prescrit avec succès un hachis de viande crue (conserve de Damas). On voit bien souvent, comme on le pense bien, à la suite de ce régime, apparaître le ver solitaire. En Abyssinie, l’hclminthose du ténia est perpétuelle et générale; aussi mange-t-on communément du bœuf cru. Ceux qui no mangent pas de viande, comme les religieux de certains ordres qui ne se nourrissent que de poisson et de farine, n’ont jamais le ténia. Ruppell et tant d’autres ont cité ce fait. M. Küchenmeister dit qu’à Nordhausen, au ITarz, comme dans toute la Thuringe, la ladrerie des cochons est une maladie très-commune, et comme on y a l’habitude de manger du porc cru et cuit haché, sur du pain pour le déjeuner, on peut regarder ce pays comme une Abyssinie du nord.

Le docteur de Zittau a fait prendre à un condamné à mort, 72 heures avant son exécution, des cysticerques cellulaires provenant d’un cochon ladre, et il a trouvé 4 jeunes ténia dans le duodénum et 6 autres dans l’eau dans laquelle on avait lavé les intestins. Les derniers n’avaient plus de crochets, mais ceux des premiers les avaient en tout semblables au Ténia, solium.

Nous avons fait avaler des œufs de ténia à un porc et nous lui avons donné la ladrerie. MM. Küchenmeister et ITaubner, chargés par le gouvernement de Saxe de faire des expériences, ont fait avaler également des œufs de Ténia solium à 3 cochons, dont 2 sont devenus ladres. Un morceau de chair, pesant 4 1/2 drachmes, contenait 133 cysticerques, ce qui fait pour 22 livres allemandes 88,000 cysticerques.

L’usage du porc cru donnera plus facilement le ténia que l’usage du bœuf cru. Le docteur Mesbach nous cite le fait suivant à l’appui. A Dresde, un père avec ses enfants mangeait régulièrement au second déjeuner, du bœuf cru, mais un jour le bœuf est remplacé par du porc, et huit semaines

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apres, un des enfants étant au bain, rendait deux aunes de Ténia solium.

L’étiologie et la prophylaxie du ver solitaire, c’est-à-dire son mode d’introduction et le moyen de s’en préserver, sont nettement indiquées. Il suffit d’introduire une de ces vésicules dans l’estomac pour avoir le ver solitaire. O11 en a fait l’expérience ; des jeunes gens n’ont pas craint d’en avaler dans l’intérêt de la science, et ont pu s’assurer en combien de jours le parasite était assez complet pour livrer des segments avec les fèces.

Ces vésicules dans la chair du porc proviennent des œufs que le ténia a semés sur son passage et, si le porc tombe par hasard sur de la matière fécale d’une personne infestée par un de ces vers, il est bientôt infesté lui-même et devient ce que l’on appelle ladre ; dans cette matière fécale il y a, ou des œufs libres qui sont évacués par le ver, ou bien des fragments, connus longtemps sous le nom de Cucumérins, et qui sont pleins d’œufs.

Ces fragments de ténia, que j’ai proposé de nommer proglottis, et qui ne sont autre chose que le ver dans toute sa maturité sexuelle, sont encore vivants et se tordent sur euxmêmes au moment de leur évacuation, ou ils sont morts et souvent complètement desséchés ; mais dans l’un comme dans l’autre cas, ils sont remplis d’œufs. Chaque œuf est entouré de membranes et de coques qui le protègent efficacement contre tout contact dangereux.

Un fragment do ténia à maturité, c’est-à-dire chargé d’œufs, introduit dans l’estomac du porc, se digère rapidement, et les œufs sont mis à nu. Ceux-ci par l’action du suc gastrique perdent leur coque et de l’œuf sort un embryon singulièrement armé. Comme nous l’avons dit plus haut, il porte en avant deux stylets dans l’axe du corps et sur le côté à droite et à gauche deux autres stylets recourbés au bout qui agissent comme des nageoires. Ces embryons labourent les tissus comme la taupe qui creuse la terre. Les stylets du milieu sont poussés en avant comme le groin de l’insectivore et les deux stylets

latéraux agissent comme les membres, prenant leur point d’appui dans les tissus et poussant la tête en avant. C’est ainsi que ces embryons perforent les parois du tube digestif.

Un œuf de Ténia, solium au lieu dépasser dans l’estomac du porc peut être avalé par l’homme. L’éclosion s’accomplit de la même manière dans son estomac, et l’embryon va se loger dans l’une ou l’autre cavité close ; on en a trouvé dans le globe de l’œil, dans les ventricules du cerveau, dans le cœur ou dans les muscles. Nous avons lu récemment l’effet que la présence de ces vers égarés avait produit chez un homme qui a succombé après un trouble particulier de l’intelligence. Deux esprits le hantaient et lui parlaient, l’un allemand, l’autre polonais, disait-il. Des images qu’il se représentait se tournaient en visions obscènes. A l’autopsie, des cysticerques occupaient la selle turcique, tout près duchiasma des vers optiques. L’un deux vivait ; deux autres étaient crétifiés. Un quatrième crétifié occupait un ventricule.

L’homme n’héberge pas seulement le Ténia solium, il nourrit

encore une autre espèce très-semblable et que les naturalistes n’ont appris à distinguer que dans ces dernières années, le Ténia medio-canellata. Nous figurons le scolex, c’est-à-dire la tête agrandie de ce ver, qui n’a pas de couronne de crochets au milieu de ses quatre ventouses.

Ce ver solitaire s’introduit par la viande de bœuf et le cysticerque présente déjà pendant son séjour dans ce ruminant les carac- Fig. 53. — Ténia medio- tères propres qui font reconnaître l’espèce, caneiiata. c’est-à-dire, pas de couronne de crochets,

mais quatre ventouses, et au milieu d’elles des taches de pigment. Leuckart a nourri un veau avec des œufs de ce ténia et, au bout de dix-sept jours, l’animal est mort de tuberculose miliaire aiguë, produite par la grande abondance de cysticerques. Cette seconde espèce, que l’on a toujours confondue avec la précédente, et qui est cependant la plus répandue, a donc

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une autre origine que le Ténia solium. Tout récemment des observations faites dans le nord de l’Afrique le démontrent. On a quelquefois éprouvé de l’embarras pour expliquer la présence du ténia, en le voyant apparaître chez des personnes qui ne mangent pas de porc. Cet embarras provenait de la confusion des deux espèces, et la confusion est d’autant plus facile qu’il faut la tète de la colonie pour les distinguer.

Scharlau, à Stettin , a trouvé des ténia, chez sept enfants nourris, à cause d’un état anémique, avec de la viande crue. C’est bien des ténia de cette espèce qu’il s’agit ici. Nous avons eu l’occasion no us-môme de constater la présence de ce ténia chez des enfants auxquels on avait prescrit T usage de viande de bœuf crue.

Nous ne croyons pas devoir parler d’une troisième espèce de ténia (T. nana) vivant également à nos dépens, mais dont

la présence n’a été constatée jusqu’à présent qu’en Egypte.

On connaît aujourd’hui parfaitement l’itinéraire du Ténia serrata du chien si abondant chez cet animal que bien peu d’entre eux n’en renferment et môme plusieurs. Il n’y a guère que le chien de salon qui n’en héberge pas. Nous allons voir pourquoi. Chaque ténia comme chaque animal a ses œufs, chaque plante a scs graines. Ces œufs sont placés par la mère dans les conditions les plus favorables pour le développement de la progéniture. Le chien déposera de préférence ses ordures sur l’herbe, parce que les œufs de son ténia qui sont destinés aux lapins ou aux lièvres, auront plus de chance d’arriver à leur destination, que s’il les exposait sur la terre nue ou dans l’eau. Leur nombre prodigieux est calculé d’après les chances qu’ils ont d’arriver à leur terme. L’œuf introduit dans l’cstomac d’un lapin, éclot rapidement dans cet organe sous l’action des sucs gastriques et l’embryon qui en sort cherche son gîte au milieu des tissus qui l’entourent ; il les creuse et s’établit dans les replis du péritoine. Une fois dans son gîte, il se barricade et attend tranquillement l’occasion de faire son entrée dans l’estomac du chien.

Cet embryon microscopique est armé de six crochets comme

les embryons de tous les cestoïdes; il les emploie, avec beaucoup de dextérité, pour percer les parois des organes et se creuser une géode dans l’épaisseur des tissus. Blotti dans sa loge, des membranes se forment autour de lui pour le protéger; ses six crochets devenus inutiles, se flétrissent, d’autres crochets apparaissent sous forme de couronne à côté de quatre cupules, futures ventouses, et, invaginé dans une grande vésicule pleine d’un liquide limpide, il attend patiemment le moment où il se trouvera dans l’estomac du chien. S’il a de la chance, un beau jour il se réveillera dans l’estomac de celui qui a mangé le lapin qui l’a hébergé, et une nouvelle vie commencera pour lui. Les organes qui l’emprisonnent sont digérés, il se débarrasse de tous ses langes, se déroule, se sépare de la vésicule qui l’a garanti jusqu’alors, et pénètre dans l’intestin ; là, baigné dans la pâture de son hôte, il croit avec une extrême rapidité et prend la forme d’un ruban. Les bouts de ce ruban mûrissent successivement, se détachent, ce sont les vers complets et remplis d’œufs qui sont ensuite évacués avec les fèces ; à peine apparus au grand jour, ils crèvent et répandent leurs œufs. Celui que la curiosité scientifique aiguillonne n’a qu’à regarder les ordures du chien au moment de leur évacuation , pour distinguer à leur surface des vers blancs laiteux, se con-i tractant comme des sangsues, et qui sont le vrai Ténia serrata à l’âge adulte. Les expériences faites sur cette espèce ont sanctionné ce que j’avais dit sur les Cestoïdes.

Le ténia vit sous le nom de Cysticercus cellulosus dans les replis du péritoine du lapin et du lièvre et passe ensuite dm lapin au chien pour devenir complet.

Il est fort curieux que le renard si voisin en apparence du chien et qui mange aussi des lapins, n’a jamais le Ténia serrata, mais cet animal nourrit d’autres vers.

C’est avec ces cysticerques que j’ai fait l’expérience sur, quatre chiens que j’ai conduits à Paris pour convaincre ceuxj qui ne pouvaient croire à la transmigration des parasites. Ce sont eux aussi que j’avais donnés aux chiens qui ont servi de démonstration à Paris au cours de M. Lacaze Luthiers.

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Il y a quelques années, faisant l’autopsie au Muséum de Paris des jeunes chiens que j’avais infectés de Ténia serrata à Louvain, il se trouvait à côté do ce ténia quelques Ténia eu cumerina. Ces chiens n’avaient pris cependant que du lait et des cysticerques ! D’où venaient ces Ténia cucumerina? Je l’ignorais et je l’avouai simplement aux membres de la Commission qui me posaient la question. Cela n’empêchait pas que j’étais fort intrigué par la présence de ce ver dont je ne pouvais soupçonner l’origine. Aujourd’hui nous savons d’où vient ce ténia. Un acaridc Trichodecte vit entre les poils des jeunes chiens et héberge le scolcx de ce cestoïde. Le chien en léchant ses poils s’infeste comme le cheval qui s’introduit les œstres , et tout en n’ayant pris aucune autre nourriture, s’infeste par ses propres épizoaires.

On a donné le nom de Cysticercus tenuicollis à un ver vésiculaire qui hante le péritoine du bœuf, de la chèvre, du mouton, etc., et qui devient ténia dans le tube digestif du chien. M. Baillet a fait les principales expériences sur cette transmigration. L’itinéraire d’un autre ver cestode, le Cœnure du mouton est de passer par le mouton pour pénétrer dans le loup ou le chien. Ce ver n’est connu que depuis peu sous sa dernière forme tônoïde; il est, au contraire, connu depuis fort longtemps à l’état de scolex, sous le nom de Cœnure cérébral ; c’est lui qui se développe dans le cerveau des moutons et occasionne la maladie connue sous le nom de tournis. On peut développer cette maladie artificiellement. Le mouton qui prend des œufs de ce ténia en présente, vers le dix-septième jour, les premiers symptômes. Si on l’abat dans ce moment, on trouve à la surface du cerveau , soit à la base, soit au sommet, ou quelquefois entre les hémisphères et le cervelet une ou plusieurs vésicules blanches, de la grosseur d’un petit pois, et sur lesquelles on ne voit pas encore de traces de bourgeons. Cette vésicule d’un blanc lactescent et remplie de liquide est le scolex. A côté de ces vésicules, on voit des sillons jaunes très-irréguliers, semblables à des tubes abandonnés de quelque annélide tubicolc ; c’est la galerie par

laquelle le ver vésiculaire a chevauché jusqu’à l’endroit où on le trouve. Quinze jours plus tard, c’est-à-dire vers le trentedeuxième jour, le cœnure a la grosseur d’une petite noisette et on voit à l’œil nu de petits corpuscules nébuleux , séparés les uns des autres, de meme forme et de meme volume ; ce sont les bourgeons ou les scolex qui ont surgi, mais qui n’ont encore ni crochets, ni ventouses. Nous représentons une de ces

vésicules sur les parois internes de laquelle se sont développés de jeunes scolex à peu près de grandeur naturelle ; la figure 2, a, a, indique ces scolex à peu près de grandeur naturelle ; la fig. 1 représente un scolex isolé et agrandi : A indique les segments des futurs proglottisr D , les ventouses , C , les crochets , H, la vésicule qui les contient.

Des moutons ont pris desœufs de ténia provenant du Fig. 54. — cœnure du mouton. — i. Le meme chien à Copenhague et

avec les scolex en place dans l’intérieur. à GdeSSeil, et 1\1M. LscliriCUj et

R. Leuckart ont obtenu le même résultat que nous à Louvain. Du quinzième au seizième jour, les premiers symptômes de tournis se sont déclarés. C’est vers le trente-huitième jour, que la couronne de crochets apparaît, que les ventouses se forment et que toute la tête du scolex est ébauchée. Toutes ces têtes peuvent se dégainer ou s’engaîner à la volonté de l’animal. C’est vraiment un animal polycéphale quand les scolex sont épanouis. Ce ver continue pendant un certain temps à croître dans la boîte crânienne et détermine par sa présence les accidents les plus graves; le mouton finit nécessairement par succomber, à moins qu’on n’enlève le parasite par la trépanation.

Le cœnure, à ce degré de développement, avalé par un chien, subit en quelques heures de grands changements. Le proscolex

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ou la grande vésicule se flétrit, les divers scolcx dégainent leur extrémité céphalique, deviennent libres, pénètrent dans l’intestin avec les aliments et s’accrochent aux parois intestinales pour former autant de colonies de ténia qu’il y a de tètes distinctes. Un chien qui a avalé un seul cœnuro peut donc contenir un nombre considérable de ténias.

Le développement de ce ver marche très-rapidement et il ne lui faut que trois à quatre semaines pour atteindre plusieurs pieds de longueur. L’organisation de ce ver, à l’état de strobile et de proglottis, est en tout semblable à celle du Ténia, serrata; nous avons meme cherché en vain à distinguer ces vers l’un de l’autre par les crochets. Le loup ou le chien suivent le troupeau des moutons, sèment les proglottis et les œufs sur leur passage, et les moutons broutant l’herbe avec les œufs, s’infestent de leur plus dangereux ennemi.

Pour arrêter cette maladie il ne faudrait qu’une seule chose : détruire par le feu la tête de tout mouton atteint de tournis. L’animal peut être du reste livré sans danger à la consommation.

Pouchet n’a pas réussi une première fois à donner le tournis aux moutons par la raison toute simple qu’il avait pris des œufs de Ténia serrata au lieu de prendre des œufs de Ténia ■cœnurus ; il avait confondu ces deux espèces. Le cœnure du mouton est une vraie calamité quand il se propage dans un pays. Un animal qui en est atteint est perdu, et pendant combien de temps n’a-t-on pas propagé le mal en donnant à manger aux chiens, la tête malade avec les milliers de jeunes ténia que chacune d’elles renferme.

Il existe un singulier cestoïde qui porte le nom d’échinocoque. Nous reproduisons (Fig. 55 et 5G) l’échinocoquc du cochon , vu à un faible grossissement, et un scolex isolé. Sous la première forme il se compose de sacs fermés qui atteignent la grosseur d’une noisette et parfois d’une orange. Il loge ordinairement clans le foie du cochon, mais s’établit aussi chez l’homme. On assure même qu’une partie de la population d’Islande en est .atteinte. Leur abondance en ce pays est attribuée au défaut de propreté des habitants et au nombre de chiens qu’ils entretien-

ncnt autour d’eux. C’est dans cet animal que ces échinocoques deviennent ténia. Il sème les œufs avec ses ordures, les répand directement ou indirectement sur les plantes que les Islandais mangent car ils recueillent certaines mousses cornes-

Fig. 55. — Seolex isolé de Ténia echinococcu s, de cochon.

Fig. 56. — Ténia echinococcus, du cochon.

Fig. 57. — < .c a echinococcus du chien.

tibles, l’oseille, le cochléaria, le pissenlit au milieu des plaines dans lesquelles vivent les troupeaux de moutons gardés par des chiens. Les œufs sont semés partout sur les plantes ou dans l’eau.

Leuckart a fait des expériences fort intéressantes sur les échinocoques.

La figure 57 montre un ténia qui provient des échinocoques.

Il y a encore un ver rubanaire que l’homme héberge malgré lui, c’est le Ténia large, mieux connu sous le nom de bothrio-

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céphale. Nous représentons (Fig. 58, 59 et GO) lo ver à l’état do colonie, le scolox ou la tête séparément et un œuf. Son histoire est fort curieuse, surtout sous lo rapport de la distribution géographique. On no le trouve qu’en Russie, en Pologne et en

Fig. S8. — Bothriocéphale large, a, scolex, __ Fig. 60. — BothriocépUaie iu.ge. b, les progloltis, c, les organes sexuels. OEuf.

Suisse, et la circonscription des lieux qu’il habite est parfaitement bien limitée; Siebold pouvait dire pendant son séjour a Konigsbcrg, d’après la nature des vers, si le patient qui lo consultait habitait en deçà ou au delà delà Yistule.

Un naturaliste russe, M. le docteur Koch, a fait une étude suivie de ce ver intéressant et de son évolution : il prétend que ce cestode est rare à Moscou, tandis qu’à Saint- Pétersbourg, à Riga et à Dorpat il serait commun. S’il en est réellement ainsi, il faut sans doute l’attribuer à ce que les habitants boivent ici de l’eau de source, là de l’eau de fleuve.

Un fait fort curieux, c’est la rareté actuelle du bothriocéphale chez les habitants des bords du lac de Genève, tandis que jadis il était fort commun. Cette diminution pour ne pas dire disparition est due au changement qui s’est opéré dans la construction des lieux d’aisances qui s’ouvraient anciennement tous sur le lac, de sorte que les embryons éclosaient dans l’eau et l’on s’en infestait par la boisson. Aujourd’hui on recueille avec soin ce produit des villes pour fertiliser les campagnes. C’est le résultat du conseil de M. de Candolle il y a un demi-siècle, car ce naturaliste a pu faire comprendre la perte que l’on faisait subir à la culture en négligeant cette récolte. L’itinéraire de ce ver rubanaire est simple : il passe de l’homme à l’eau sous forme d’œuf ou de proglottis et de l’eau à l’homme sous forme d’embryon cilié. Il s’introduit ainsi par la boisson. Le bothriocéphale, ainsi que d’autres cestoïdes, est libre au début et à la fin de la vie : au début pour pénétrer dans l’hôte, à la fin pour répandre les œufs.

MM. Sommer et Landois ont publié, en 1872, une anatomie des organes sexuels du Botriocephalus latus , avec un succès si complet, que d’ici à longtemps on ne songera pas à reprendre encore ce sujet qui a tant occupé les helminthologistes depuis le célèbre travail d’Eschricht. Ce mémoire est accompagné de superbes dessins qui représentent ces organes sous toutes les faces. M. Bôtticher de Dorpat a trouvé dans l’intestin grêle d’une femme, morte de péritonite, au moins une centaine de botriocéphales. Ils étaient peu développés quoiqu’il y en eût de sexués.

Le ténia le plus gros, et non pas le plus long, est le Ténia magna ou rhinocéros, signalé par Marie ; c’est sans doute le même que Peters a désigné sous le nom de gigantea; le savant

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directeur du Musée de Berlin m’en a donné un bel exemplaire il y a dix-huit ans. On propose le nom générique de Plagiotenia pour ce ver.

La plupart des oiseaux nourrissent de grands et beaux ténia mais qu’il faut pouvoir étudier immédiatement après la mort de leur hôte. Souvent ils sont complètement déformés au bout de quelques heures. Les Bécasses et les Bécassines ont toujours leurs intestins farcis de ténia et remplis d’œufs de ces vers. Chaque oiseau en renferme par milliers. Heureusement que nous ne pouvons nous infester de ténia de Bécasse ou do

Fig. 61. — Ténia variabilis Fig. 62. — Ténia variabilis Fig. 63. — Tetrarhyncbus de Bécassine. de Bécassine. appendiculalus de la plie.

Bécassine. La fig. 61 représente le scolcx de Ténia variabilis de Bécassine, et à côté la fig. 62 montre la couronne de crochets à un plus fort grossissement. Nous avons fait ces dessins d’après des vers recueillis sur des Bécassines quelques instants après leur mort. Nous finissons ce chapitre des cestodes par le dessin (fig. 63) d’un Tetrarhynque que l’on trouve régulièrement enkysté dans la plie. Les Tetrarhynques complets, c’est-à-dire adultes et sexués, habitent les intestins des poissons carnassiers, surtout des squales.

Il y a encore d’autres vers qui transmigrent, et il y a même des animaux articulés, mais les modifications de forme sont

beaucoup moins grandes que chez les précédents, et les changements se bornent généralement à de simples métamorphoses. Nous mettrons en tête de ce chapitre, les Linguatules qui ont tant intrigué les naturalistes.

On trouve quelquefois dans les fosses nasales du chien et du cheval, un ver semblable à une sangsue, le corps entièrement étiolé, qui vit là en véritable parasite et dont l’histoire n’est connue que depuis quelques années. C’est Chabert qui a découvert la première espèce de ce groupe en 1787 dans les sinus frontaux du cheval et du chien. On l’avait appelé Ténia, lanceolata. Tous les naturalistes, y compris Cuvier, plaçaient cet animal, sous le nom de Linguatule ou Pentastome , parmi les vers intestinaux. On lui avait donné ce dernier nom, parce qu’on avait pris les crochets pour des bouches.

Nous avons montré en 1848, d’après les embryons, que les Linguatules, au lieu d’être des vers, sont des animaux articulés, plus voisins des lernéens ou des acarides, que des helminthes. Ces observations accueillies d’abord avec beaucoup d’hésitation, ont été pleinement confirmées depuis, surtout par les savantes recherches de Leuckart. Les Linguatules ont toutes un corps fort allongé, tantôt arrondi, tantôt légèrement comprimé, avec une bouche entourée de quatre forts crochets, régulièrement disposés en demi-cercle. On les a trouvées souvent dans les poumons des serpents, dans quelques oiseaux et dans plusieurs mammifères. On a même signalé au Caire (Bilharz) , une Linguatule dans- le foie d’un nègre, et on en a observé également dans les hôpitaux de Dresde et de Vienne.

Il est à présumer que c’est par la chair de chèvre et peut-être du lapin, que cet effrayant parasite s’introduit chez nous. Les Linguatules se trouvent sous leur première forme agame, dans des cavités closes de divers animaux à régime végétal, et sous leur forme sexuée, dans des cavités ouvertes, comme les

fosses nasales. Leuckart a le premier démontré que des Lin-

guatulcs vivant d’abord enkystées dans le péritoine des lapins, accomplissent leur évolution et deviennent complètes dans

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les fosses nasales du chien. La Linguatula serrata (flg. 05) qui vit d’abord sur la chèvre, le cochon d’Inde, le. lièvre, le lapin, etc., se rencontre accidentellement sur l'homme et se complète dans certains mammifères. On a cité îles exemples de malades guéris complètement par l’évacuation do vers rendus par les narines; ces vers sont sans doute des Linguatules. Fulvius Angelianus ci

Vincentius Alsarius parlent

d’un jeune homme qui avait

rig. 64. — Crochet isolé da

Linguatule.

Fig. 65. — Linguatale agrandie six fois. Oa voit quatre crochets autour de la bouche,, en avant; on voit i’anus en c.

souffert depuis longtemps du mal de te te, et qui rendit un ver par les narines; il avait la longueur du doigt médian. On ne peut guère douter que ce ne soit la Linguatula, tœnioïdes. Ces parasites peuvent aussi parfois s’égarer dans leurs pérégrinations. 11 y a quelques années , une lionne est morte à Schocnbrunn d’une péritonite , et à l’autopsie on a trouvé le foie, la rate et d’autres organes pleins de linguatules enkystées.

Les vers nématodes sont des vers longs et arrondis, comme l’ascaride ordinaire des enfants, et qui s’installent dans tous les organes des animaux des diverses classes du règne animal. On en connaît environ un millier mesurant en longueur depuis quelques millimètres jusqu’à quarante ou cinquante centimètres.

Tous no sont pas parasites comme on l’a cru, puisqu’on en trouve dans la mer, dans la terre humide, dans les matières putrides et même sur des plantes et leurs graines. Les transmigrations des nématodes présentent un vif intérêt. Les changements de forme ne sont généralement pas considérables, mais les modifications dans l’appareil sexuel soit dans le même individu, soit dans des générations qui se succèdent, sont des plus curieuses.

A voir les nombreux nématodes enkystés et agames que l’on trouve dans les divers ordres de mammifères, les oiseaux, les reptiles, les batraciens et les poissons, il n’y a guère de doute que tous ces êtres ne soient des parasites transmigrants qui passent avec leur hôte dans l’animal auquel ils sont destinés. On les trouve comme des acarides sur des animaux de toutes les classes : il en existe dans tous les organes, le cerveau, l’œil, les muscles, le cœur, les poumons, la trachée-artère, les sinus frontaux, le tube digestif, la peau et même dans le sang; tantôt les deux sexes vivent dans les mêmes conditions, tantôt le mâle est à la charge de sa femelle. Ou bien encore une génération est parasite et la génération suivante est indépendante. Il y a une diversité fort grande sous le rapport du développement. Quelques nématodes comme les trichines se développent si rapidement, que les embryons sont déjà complets dans l’œuf, avant que celui-ci n’ait quitté la mère. D’autres comme les ascarides lombrics ordinaires pondent des œufs dans lesquels les embryons n’apparaissent que plusieurs semaines ou plusieurs mois après la ponte ; entre ces deux extrêmes, nous trouvons tous les degrés intermédiaires.

Diezing, le naturaliste qui a le plus fait pour l’helminthologie systématique, avait réuni sous le nom de Agamonerrici , tous les nématodes stagiaires agames qui attendaient l’occasion d’entrer chez leur hôte définitif. Diezing était resté complètement en dehors du mouvement en s’attachant exclusivement aux formes, sans tenir compte des transmigrations et de la digenèse. Un de ces agamonema, logé au milieu d’un kyste pédiculé sur le vagin d’une chauve-souris (petit fer-à-cheval),

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est probablement un ver égaré ; sinon il faudrait admettre que ccs mammifères deviennent la proie de quelque carnassier. Mais quel est le carnassier qui peut faire sa pâture ordinaire de Chéiroptères ? Il y a peu de poissons d’eau douce ou d’eau de mer, qui ne renferment dans des replis du péritoine, surtout autour du foie, des kystes pleins de ccs agamonema.

On voit chez quelques nématodes des exemples de transmigration qui leur sont tout à fait propres. A côté de vers qui sont toujours libres, d’autres ne sont libres qu’une partie de leur vie, d’autres transmigrent d’un animal à un autre animal et quelques-uns meme passent d’un organe à un autre organe. U Ascaris nigro-venosa des grenouilles vit tantôt dans le poumon, tantôt dans le rectum ou tout à fait hors du corps, dans la terre humide. La Filaria attenuata loge dans le sang du freux (Corvus frugilegus ), et devient, dit-on, sexuée dans l’intestin du meme oiseau. Ces vers ont généralement la vie dure, plusieurs peuvent être desséchés, dit-on, pendant des semaines, des mois ou des années, et revenir à la vie dès que l’on mouille leurs organes. Leurs œufs résistent même à l’action de l’alcool et des agents chimiques les plus actifs , et l’on a vu des œufs de préparations microscopiques, qui avaient servi depuis plusieurs années à l’étude, produire des jeunes comme s’ils venaient d’être pondus.

Natura non facitsaltus est surtout vrai pour la division des sexes dans les nématodes. Entre les vrais hermaphrodites et les vrais dioïques se trouvent des espèces où des mâles semblent insensiblement s’effacer et devenir comme une dépendance de la femelle ; c’est ce que nous voyons par exemple dans les Sphœrularia , où le mâle n’est plus qu’un appendice du sexe femelle. Ici on constate dans toute son évidence ce fait que la femelle est plus importante que le mâle, pour la conservation de l’espèce. Dans quelques espèces les sexes diffèrent à peine, dans d’autres les différences sexuelles deviennent plus grandes, et le mâle n’a souvent que le tiers de la longueur de la femelle, mais cette différence est plus grande encore chez quelques-uns. En même temps on voit des néma-

Iodes dont les mâles s’attachent à la femelle de manière à ne plus former qu’un individu ; chez d’autres, le mâle semble disparaître au point que l’on ne trouve plus que l’organe mâle dans la femelle ; enfin il existe des exemples de mâles tout entiers, qui, sans se déformer, occupent la cavité de la matrice et sont, comme les crustacés lernéens, parasites de leurs femelles. Le Trichosomum crassicauda se trouve dans ce cas.

Tous les jours il se révèle, par rapport à la conservation des espèces, quelques arrangements que l’on n’aurait pu soupçonner à priori. Nous avons appris récemment par les travaux de MM. Malmgren et Elilers, et en dernier lieu par ceux de Claparède, que dans une même espèce, on peut avoir des mâles différents et donnant naissance à des produits différents. MM. Malmgren et Ehlers ont ouvert cette voie par leurs recherches opiniâtres, et Al. Claparède comptait combattre les résultats signalés par eux, en s’établissant à Naples pour se livrer à une nouvelle série de travaux. Contrairement à ses prévisions , il a été conduit aux mêmes interprétations et il annonce qu’une néréide possède , pour une seule et même espèce, deux sortes de mâles et deux sortes de femelles, et que ces mâles diffèrent entre eux, non-seulement par leur genre de vie, mais par leur taille , par le mode de formation des spermatozoïdes ainsi que par leur forme ; que les femelles ne diffèrent pas moins entre elles que les mâles, et que chaque forme serait chargée de pourvoir, à sa manière, à la dissémination des œufs. C’est là ce que nous voyons réaliser par des vers annélides connus sous le nom de Hétéronèréides ; des individus de petite taille vivent à la surface de l’eau, d’autres, notablement plus grands, vivent au fond de la mer et se comportent tout différemment. Les œufs et les spermatozoïdes provenant de ces deux formes diffèrent sensiblement entre eux et la différence de forme correspond à une différence d’origine.

Nous voyons ainsi chez quelques-uns, des mâles différents, chez d’autres des femelles différentes, puis des œufs et des

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spermatozoïdes également différents dans une seule et meme espèce animale.

Jn insecte curieux, le Termes lucifuga , paraît se distinguer également par deux sortes de mâles et de femelles qui mémo volent à des époques différentes. Il a fallu une grande sagacité pour dévoiler cette bizarrerie. M. Lcspes a eu le courage de se dévouer à ces observations.

On le voit, tous les moyens sont bons pour la conservation des espèces, mais qui aurait pu soupçonner que dans un seul animal on aurait trouvé deux mâles à côté de deux femelles qui ne se ressemblent pas, puis deux sortes d’œufs et de spermatozoïdes! Quel ne serait pas notre étonnement si nous voyions sortir d’une seule couvée, pondue par une seule mère, deux sortes de coqs, deux sortes de poules, et deux sortes d’œufs.

Le professeur Ercolania fait vivre et a vu se reproduire dans la terre humide, certains nématodes parasites dont il a meme pu obtenir plusieurs générations. Ces nématodes sont : le Strongylus füaria du poumon de la chèvre, le Strongylus armatus des intestins du cheval, l’Ascaris inflexa et l’Ascaris vesicularis de la poule, YOxyuris i.icarvata du cheval. Les trois premiers, qu’ils soient nés dans la terre humide ou au milieu des organes qui les logent habituellement, ont les memes caractères extérieurs; on remarque seulement une activité plus grande dans leur reproduction. Le Sir Gag 'g lus armatus , né en liberté, paraît ne plus avoir les crochets de la bouche comme ceux qui vivent dans l’intestin. M. Ercolani a remarqué aussi que les vers en devenant libres, deviennent ovo-vivipares, de ovipares qu’ils étaient avant.

Il y a plusieurs de ces nématodes qui sont de vrais parasites de l’homme et quoique certains d’entre eux soient redoutés à l’égal de la peste ou du choléra, on est loin de connaître toute leur histoire et surtout la manière dont ils s’introduisent.

Un jeune naturaliste, le docteur O. Bütschli, a fort bien résumé dans ces derniers temps nos connaissances actuelles sur les vers nématodes parasites et vagabonds.

Les Sclérostomes se reconnaissent à leur bouche entourée

d’une armature cornée. La perche fluviatile loge communément un nématode vivipare, le Cucullanus elegans, sur le développement duquel on a publié un travail spécial. Les jeunes sont pourvus d’un stylet perforant, et pénètrent dans le corps de petits crustacés aquatiques, appelés Cyclopes. Une fois entrés dans ce logis vivant, ils perforent les parois des intestins et s’enferment dans la cavité périgastrique. Les Cyclopes étant recherchés par les jeunes perches, sont avalés avec leur hôte et celui-ci est rendu à la liberté au milieu de l’estomac, où il accomplit son évolution sexuelle.

Leuckart a vu dans son aquarium les jeunes cucullanes pénétrer dans le corps de cyclops. Ces crustacés sont donc le coche de ces nématodes. Un autre ver nématode, le Dochmius trigonocephalus , vit librement dans le jeune âge, mais demande du secours chez le chien pendant la vieillesse. Le Scie rostomum equinum cause chez le cheval des anévrismes qui se trahissent par des coliques. On a trouvé jusqu’à cent de ces vers dans le meme cheval. Le Sclerostomum pinguicola est

fort commun dans le cochon, aux Etats-Unis. C’est le Stepha nurus clentatus de Diesing signalé par Natterer dans les cochons de Chine au Brésil. Cobbald signale ce meme ver dans le cochon en Australie ; on l’a trouvé également en Allemagne. Les strongles sont des vers ronds, cylindriques, à corps quelquefois tout rouge, qui habitent surtout divers organes dans les mammifères et les oiseaux; une espèce fort remarquable, le strongle géant (fig. 66), existe dans le rein du cheval, du chien et quelquefois de l’homme. Il détruit en partie cet organe et on en voit qui ont jusqu’à un mètre de longueur. Le Strongylus commutatus vit souvent en trèsgrande abondance dans les poumons du lièvre, le St7'ongylus filaria dans les poumons des moutons, parfois en telle quantité, que leur présence détermine une pneumonie.

Les marsouins portent généralement des strongles dans leurs poumons et leurs bronches et on en voit par milliers jusque dans les sinus de la trompe d’Eustache. Nous en avons recueilli tout un bocal dans un seul marsouin, autour de l’oreille

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moyenne. A voir le nombre prodigieux d’individus, n’est-il pas à supposer qu’ils peuvent se reproduire dans les organes qu’ils occupent, tout en transmigrant pour infester de nouveaux individus.

On a donné différents noms, générique et spécifique, à ces stronglcs. Un ver rond de l’intestin du chien, le Stronçjylus trigonocephalus , vit d’abord dans la terre humide ou dans la

Fig. 66. — Strongle géant. — 1, femelle montrant a, la bouche, b, l’intestin, c, pore génital, d, anus. 2, extrémité céphalique du mâle, a , bouche, b, œsophage. 3, extiémité caudale du mâle, a, cupule, b pénis. 4, œuf.

vase comme les Rhabditis en général, il passe ensuite dans le chien et y devient strongle sexué; il est probable qu’il y en a encore beaucoup d’autres qui sont dans le même cas.

L'ascaride lombricoïde est un grand ver rond qui atteint la grosseur d’un tuyau de plume à écrire, et que l’on trouve habituellement dans l’estomac ou l’intestin grêle des enfants bien portants. Aristote le connaissait déjà. 11 a été observé dans toute l’Europe, dans l’Afrique centrale, au Brésil et en Australie. La même espèce vit dans les intestins du cochon, mais

l’ascaridc mégalocéphale que Ton trouve communément dans le cheval, est une espèce différente.

L’^Lscaris acus du brochet vit d’abord dans un poisson blanc commun, le Leuciscus alburnus , et passe avec le poisson blanc qui lui sert de coche, dans son hôte définitif.

Un autre nématode commun , l’oxyure vermiculaire (ûg. 69), parasite de l’homme, est un petit ver de la grosseur d’une line épingle, qui pullule souvent dans le rectum des enfants et cause des démangeaisons très - vives.

C’est par les œufs microscopiques que ces vers pénètrent dans l’économie; ils éclosent dans l’estomac et accomplissent leur développement complet au bout de huit à dix jours. Ils sortent en grand nombre par l’anus.

La génération sortie des œufs (¥ Ascaris megalocephala du cheval vit librement et accomplit toutes ses phases jusqu’au développement sexuel séparé ; il y a des mâles et des femelles ; la génération qui descend de ceux-ci se distingue par une taille

Fig. 67. — Ascaride lombricoïde. — 1, ver complet, 2, tête, 3, queue du mâle, 4, milieu du corps de la femelle.

beaucoup inférieure.

On donne le nom de Trichocéphales à des nématodes qui ont l’extrémité céphalique très-étroite et amincie au point que Ton a quelque peine à découvrir leur bouche. Le trichocéphale de l’homme (fig. 68) est un nématode curieux, qui a été découvert par un étudiant en médecine de Gôttingue en 176 T. Il se trouve ordinairement dans le cæcum où on en a rencontré plus de mille ensemble La femelle est longue de 40 à 50 millimètres*

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le mâle do 37 millimètres environ. Un Trichocephalus affmis

femelle ayant pondu dans un aquarium, sept mois après, tout

le contenu fut introduit dans un agneau, dont les parois intestinales furent infestées de trichocéphalos.

Fig. 68. — Trichocéphale de l’homme.

— 1. femelle, a, extrémité céphalique, b, extrémité caudale et anus, c, d , tube digestif et ovaire, e, orifice de l’appareil sexuel. 2, œuf isolé. 3, mâle, a, extrémité céphalique, 6, anus, c, tube digestif, d, spiculé ou pénis, e, poche dans laquelle il se retire.

Fig. 69. — Oxyure vermiculaire. — 1 , màlo de grandeur naturelle, 2, femelle, id. , 3, extrémité céphalique grossie.

Aucun animal, à aucune époque, n’a fait parler de lui comme ce petit ver enroulé sur lui-méme, qui vit dans les chairs, quia la grosseur d’un grain de millet et que le hasard fit découvrir il y a quarante ans, dans un amphithéâtre d’hôpital à Londres. La peste et le choléra n’ont pas inspiré autant de frayeur et peu s’en est fallu que cette frayeur ne passât de rAllemagne au reste de l’Europe. Nous n’avons pas voulu nous associer à ceux qui voulaient prendre naguère des mesures contre l’envahissement de ce ver, par la raison que rien ne nous faisait croire qu’il existât en Belgique plus de Tr chines que dans les

Fig. 70. — Trichine libre.

temps ordinaires. Ces mesures n’auraient produit d’autre effet que de jeter inutilement l’inquiétude dans l’esprit du public.

La Trichinose, c’est le nom que l’on a donnée à la maladie causée par ces vers, nous rappelle le Tarentisme, c’est-à-dire les effets produits par la piqûre de la Tarentule. M. Ozanam a écrit sur ce sujet un travail intéressant dans lequel il nous dit que le Tarentisme nerveux a existé pendant deux siècles en Europe comme maladie épidémique. Il existe d’après lui dans la province du Tigré en Abyssinie, une sorte de chorée, de musicomanie endémique, qui a la plus grande analogie avec le Tarentisme; c’est le Tigretier. La musique et la danse ont seules le pouvoir de triompher de ses crises. Mais ce moyen serait évidemment inefficace dans la Trichinose.

Fig. 71. — Trichine enroulée dans un muscle.

La Trichine est un ver nématode et non pas, comme on l’a dit, un insecte. Que l’on se figure une épingle d’une finesse excessive, comme les entomologistes en emploient pour piquer les plus petits insectes , enroulée sur elle-même en spirale pour se loger dans une cavité creusée au milieu des muscles, dans un espace qui ne dépasse pas un grain de millet. Ces Trichines des muscles se voient à l’œil nu. Mais avant de les faire connaître en détail, et elles sont connues aujourd’hui jusque dans leurs derniers replis, voyons depuis quand et à quelle occasion on s’est mis à parler d’elles.

C’était en 1832; un préparateur ( demonstrator ) du cours d’anatomie au Guy-IIospital à Londres, J. Hilton, trouva dans

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les chairs d’un homme de soixante-dix ans, mort d’un cancer, une grande quantité de petits corps blancs, qu’il prit pour des vers vésiculaires. Le scalpel rencontrait sur son passage, pendant la dissection des muscles, des granulations qui émous-

saient le tranchant de l’instrument. Etonné de voir dans les chairs des corpuscules durs que l’instrument entamait difficilement, il en isola quelques-uns, les examina attentivement, mais il n’était sans doute pas assez au courant de l’helminthologic pour reconnaître leur nature véritable. 11 s’adressa à R. Owen, le célèbre naturaliste du British-Museum , qui les reconnut pour être des vers nouveaux et leur donna le nom de Trichine , parce qu’ils sont minces comme un cheveu; il ajouta le nom spécifique de spiralis , à cause de la manière dont il est enroulé dans son kyste. Trichina spiralis est le nom de cet animal.

Quelques naturalistes croyaient à cette époque, que les filaments fécondateurs de la liqueur mâle étaient des vers parasites, comme on en trouve dans d’autres liquides, et ces filaments que les naturalistes désignent sous le nom de spermatozoïdes (les animalcules des anciens naturalistes), étaient considérés comme des êtres ayant une certaine affinité avec les trichines. Les trichines étaient l’état intermédiaire entre ces filaments de la liqueur fécondante et les vers proprement dits. On sait parfaitement aujourd’hui que ces corps filamenteux ne sont pas plus des animaux que les globules du sang, et tout ce que l’on avait cru observer de leur organisation , n’était que de pure fantaisie.

Les trichines, complètement connues aujourd’hui jusque dans leurs moindres détails d’organisation et de mœurs, ont une bouche distincte, et comme tous les vers en forme de fil et que les naturalistes appellent à cause de cela Nématodes , par opposition aux Cestodes en forme de rubans, elles ont un tube digestif complet avec orifices aux deux extrémités du corps. En dehors de cet appareil de nutrition, les trichines, comme les nématodes en général, ont les sexes répartis sur deux individus distincts, de manière qu’il y a des mâles et des femelles, que l’on peut fort aisément distinguer par la taille et la forme du corps.

On trouve des trichines dans les chairs de la plupart des mammifères. Si on mange cette chair trichinée, les vers deviennent libres dans l’estomac à mesure qu’elle se digère, et ils se développent avec une extrême rapidité. Chaque femelle pond un nombre prodigieux d’œufs ; de chaque œuf sort un ver microscopique qui traverse les parois de l’estomac ou des intestins, et des milliers de trichines vont se loger dans les chairs où elles se calfeutrent jusqu’à ce qu’elles soient de nouveau introduites dans un autre estomac. Quand le nombre est grand, leur présence peut causer des désordres et même la mort. Les expériences de Leuckart sur des animaux ont donné l’éveil aux médecins, puis on a trouvé des malades qui avaient présenté des symptômes exceptionnels, succomber à l’invasion de ces parasites. Sur une livre de chair d’homme, Leuckart a compté jusqu’à 700,000 trichines, etZenkcr parle même de 5 millions trouvés dans une quantité semblable de chair humaine.

La trichine spirale donne une centaine de jeunes vers au bout d’une semaine (vivipare) et un cochon qui avale une livre de chair (5,000,000 de trichines) peut avoir au bout de quelques jours 250,000,000 d’individus, en comptant que la moitié des individus éclos sont des femelles, ce qui n’est pas, car il y a plus de femelles que do mâles. Il semble que les trichines peuvent se sexuer dans tous les animaux à sang chaud, mais le nombre dans lequel ils peuvent s’enkyster est moins grand. Il paraît qu’ils ne s’enkystent pas dans les oiseaux.

Au mois de décembre 1863, R. Leuckart m’écrivait de Giessen : « Les trichines jouent un grand rôle aujourd’hui en Allemagne (à l’exception du Schleswig-Holstein). Deux épidémies ont fait leur apparition depuis quelques mois et ont produit une véritable panique, au point que personne ne mange plus de viande de porc. Les autorités sont obligées de soumettre partout la chair de ces animaux à un examen microscopique. »

C’est à Leuckart (1856 et 1857) et à Virchow (1858) que l’on

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doit la connaissance des principaux faits de l’histoire de ces vers. Virchow fit connaître à la suite d’une expérience, que ces vers deviennent sexués dans les voies digestives au bout de trois jours et, après quelques tâtonnements, ces deux naturalistes reconnurent l’un et l’autre que les trichines ne sont ni des Strongles ni des Tricocéphales, mais des nématodes à part, qui éclosent dans l’estomac de ceux que l’on en infeste, et dont les embryons, au lieu d’émigrer, s’établissent dans l’hôte luimème. En général les embryons des parasites ne s’établissent pas dans l’animal qui les loge; ils sont évacués, comme les œufs, pour s’établir sur un autre animal. Les trichines se développent sexuellement et se propagent dans l’animal meme dans lequel ils ont été engendrés.

La plupart du temps, les vers qui produisent des œufs n’éclosent pas dans le meme animal; ils sont évacués avec les fèces. Les trichines font exception. Des vers agames introduits dans l’estomac, y accomplissent rapidement leur évolution, deviennent sexués, pondent des œufs et les germes qui en sortent, traversent les tissus pour aller s’enkyster dans les muscles ou dans d’autres organes fermés. Il paraît que VOllu lanus tricuspis , nématode du chat, présente le meme phénomène. C’est une espèce de trichine , qui vit d’abord dans les muscles de la souris qui lui sert de coche, puis dans l’estomac -du chat où elle devient complète et fleurit.

Un ver nématode curieux par ses pérégrinations est le Spiroptera obtusa. Il passe avec les excréments de la souris dans la larve de Tenebrio molitor qui en est friand. Au bout d’un mois il s’enkyste dans cet insecte et après six ou sept semaines, il devient sexué dans la souris. La Spiroptera obtusa de la souris pond ses œufs qui sont évacués avec les fèces, et ceux-ci deviennent, avec les œufs qu’ils renferment, la proie des vers à farine, c’est-à-dire des larves de Tenebrio molitor, insecte coléoptère. L’éclosion des germes a lieu dans l’intestin de la larve, ces germes perforent l’intestin et s’enkystent dans les flocons de graisse qui l’entourent. Un beau jour l’insecte sera avalé par la souris et le Spiroptera, mis en liberté dans

l’intestin, s’épanouira jusqu’au développement sexuel complet.

Le crabe ordinaire de nos côtes, Carcinus menas , est le coche d’un nématode qui devient Coronilla robnsta dans l’estomac des Raies.

L 'Heteroura androphora est un autre nématode qui vit dans l’estomac des Tritons. Le mâle est toujours enroulé autour du corps do la femelle. Les deux sexes sont toujours libres, contrairement à ce que nous montrent les syngames. Le& Blattes, insectes coléoptères, hébergent également des nématodes sexués. Radkewisch a vu deux espèces d’anguillules VAnguillula macroura et appendiculata , dans la Blatta orientalis et une Oxyuris brachyura dans la Blatta germa nica . Ces œufs sortent avec les fèces et résistent à l’action des agents délétères.

Heterodera Shachti est le nom donné à un nématode que M. Schacht a découvert sur la betterave. C’est également un ver dimorphe; le mâle a la forme ordinaire, la femelle ressemble à un citron. Le Leptodera appendiculata habite lu pied de VArion empiricorum , à l’état de larve, et devient sexué (mâle et femelle) dans le corps pourri de la limace. La génération qui en provient a les sexes réunis et vit librement dans la terre humide. Le Leptodera jiellio habite de même le corps des lombrics, un autre Leptodera l’intestin de la limace, et un troisième dans les glandes salivaires. Le nématode si généralement connu sous le nom de Ascaris nigro venosa, appartient également à ce genre. Il hante le poumon de la grenouille. Il y en a aussi dans le poumon du crapaud mais il diffère du précédent.

Leuckart regarde ces vers comme femelles et leur reproduction comme parthénogénétique. Schneider croit que le sexe mâle existe à côté du sexe femelle et qu’ils sont, par conséquent, hermaphrodites. Ces vers du poumon sont vivipares et on trouve des embryons au milieu de l’intestin dans le même animal qui loge la femelle. Ces mêmes vers, provenant d’un parent hermaphrodite ou de femelles parthénogônétiques, vivent librement et non parasitiquement dans la terre humide

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ou dans un cadavre pourri, et diffèrent de leurs parents par leur taille comme par leurs organes sexuels. Ils deviennent tous ou mâles ou femelles, et par conséquent leur fécondité est subordonnée à un accouplement. Leurs parents pouvaient tous indistinctement engendrer, eux ne le peuvent pas. Les femelles seules reproduisent une nouvelle génération

Un ver connu sous le nom de Vibrio anguillula , vit dans les grains de blé encore verts et s’y multiplie d’une manière prodigieuse ; c’est lui qui constitue la maladie connue sous le nom de nielle. Les grains se racornissent et ne renferment que de petits vers desséchés qui restent ainsi sans vie apparente et sans mourir, jusqu’à ce qu’on les rende humides. En les mouillant, les tissus se gonflent, les organes reprennent leur aspect naturel et les fonctions se rétablissent au bout de quelques heures. Dans un grain de blé affecté de nielle, on trouve des anguillules, sans organes distincts, qui peuvent sedessécher et ressusciter jusqu’à dix-huit fois, selon M. Davaine, qui pense que ces anguillules, provenant d’un grain affecté , sortent de leur enveloppe sur un champ de blé et se portent sur les jeunes tiges en s’élevant avec elles. Dans la fleur rudimentaire du blé, elles commencent alors à se développer , et prennent des organes génitaux , comme des nématoïdes. On trouve toujours, dans un grain, des mâles et des femelles.

L’Hermine logo dans scs poumons et dans la trachée-artère un ver allongé auquel j’ai donné le nom de Filaroïdes mus telarum. Il forme ordinairement un petit sac qui ressemble à un tubercule. Plusieurs individus de sexe différent, entortillés les uns dans les autres, se tiennent si étroitement liés, qu’on a de la peine à les séparer. C’est une véritable pelote. Ce filaroïde se rend parfois dans les sinus frontaux, et détruit mécaniquement une partie des parois osseuses, de manière que la boîte crânienne est creusée d’un trou au-dessus des sinus frontaux ; c’est le docteur Weycnborg qui a fait cette observation. Il est probable que d’autres espèces de Mustela présenteront le meme phénomène, car on trouve fort commu-

nément des crânes de ce carnassier perforés au-dessus de la' cavité orbitaire.

L’Ollulanus tricuspis est un ver qui habite les parois de l’estomac des chats; il est vivipare et les jeunes s’égarent parfois dans les muscles de leur hôte. Mais le cours naturel des choses est que ces jeunes sont évacués avec les fèces et que les fèces, selon toute probabilité, font partie du menu des souris et passent avec celles-ci dans le chat. Il faut espérer que Leuckart aura bientôt mis cette transmigration hors do doute par une expérience décisive, et prouvera que la souris sert de coche à trois vers différents, le cysticerque, le Spiroptera obtusa et YOllulanus tricuspis.

Plusieurs nématodes logent dans l’épaisseur des parois du gésier des oiseaux. Dans le grand harle nous en avons trouvé un qui porte autour de la tête quatre lames en croissant, dentelées sur leur bord concave et auquel nous avons donné le nom (TAscaracantha tenuis. Il a des œufs fort petits. Le Tri chosomum crassicauda est un nématode du rat ? le mâle a 2,5 millimètres, la femelle 17 millimètres de longueur et il loge dans l’utérus de sa femelle. On trouve jusqu’à 5 mâles dans une seule femelle. Cette observation de Leuckart a été confirmée par Butschli. Le mâle a le tube digestif incomplet. Sa femelle mange pour lui.

La chauve-souris des hautes montagnes de la Bavière connue sous le nom de Vespertilio mystacinus , héberge un nématode, le Rictularia plagiostoma , le même qui en Egypte se trouve chez le hérisson. (Erinaceus auritus.) La chauves-sou-» ris des bords du Rhin ne loge pas ce ver nématode. Il faut en conclure que la chauve-souris de Bavière trouve à manger le même insecte que le hérisson en Égypte, et que ce même insecte ne se trouve plus sur les bords du Rhin. Nous n’avons jamais rencontré ce nématode dans des mystacins de Belgique, et nous en avons ouvert cependant par centaines.

Un oiseau de la Floride, l 'Anhinga, loge dans son cerveau un nématode dont la présence dans cet organe n’est pas accidentelle.

Les Echinorhynqucs forment un groupe de parasites fort

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remarquables ; ils transmigrent d’un hôte à l’autre, mais on ne connaît pas encore le coche de la plupart d’entre eux. Nous représentons (fig. 72) une espèce qui est fort commune dans l’intestin de l’éperlan.

On sait que ces vers émigrent dans le jeune âge et subissent des métamorphoses en changeant d’hôte; VAsellus aquaticus de nos eaux douces héberge à côté d’autres vers YEchino rhyncus hœruca; le Gammarus pulex , autre crustacé d’eau douce, loge la larve d 'Echinorhyncus proteus. (Fig. 72.) On trouve communément cette jolie espèce d’échinorhynque dans la cavité digestive de l’éperlan et elle se distingue facilement par sa forme particulière et sa couleur orange. L 'Asellus aquaticus paraît également être le coche de V Echinorhyncus au gustatus. Les crochets des embryons diffèrent de ceux des adultes, comme les six crochets des cestodcs diffèrent de la couronne des adultes. Leuckart fait connaître ceux de l’enveloppe de V Echinorhyncus proteus et d 'Echinorhyncus a ugustatus. L’embryon de V Echinorhyncus ne porte de chaque côté que deux grands crochets, mais plusieurs petits. Les deux espèces citées plus haut ont de chaque côté cinq ou six crochets placés en angle droit avec la ligne médiane, mais ils n’ont pas tous la meme grandeur. Ces animaux se rapprochent par leur développement des gorclius. En effet, leur développement est semblable à celui des échinodermes : la larve est le pluteus et c’est dans le pluteus que l’échinorhynque véritable se développe, en empruntant la peau du pluteus. D’après des -expériences faites par Schneider, les larves de hannetons seraient le coche de V Echinorhyncus g ig as. Les cochons sèment les œufs, les embryons infestent ces larves dans le corps desquels ils subissent leurs principaux changements.

Les grégarines sont des êtres microscopiques d’une extrême simplicité d’organisation, dont la nature et la fdiation n’ont été reconnues que dans ces derniers temps. Elles vivent d’abord enkystées par milliers dans une partie commune , sous le nom de psorospermies , éclosent ensuite sous la forme d’Amœba, puis se transforment en grégarines. Elles transmigrent

d’un animal à l’autre ou d’un organe à l’autre pour aboutir dans l’intestin où ils affectent la forme adulte. Dans cet état elles sont monocellulaires et ne possèdent à aucune époque des

F g. 72. — Echinorhyncus proteus de Fig. 73. — Sac à psorospermies dans

l’Éperlan. la Sepia officinalis.

organes qui rappellent les organes sexuelsdes autres classes. La maladie des vers à soie connue sous le nom de pébrine, a été attribuée au développement de psorospermies.

Fig. 74. — Gregarines de Nemertes Fig. 75. — Stylorhynchus oligacanthus

gesseriensis. de larve d’agrioo.

Nous figurons ici (fig. 74.) des grégarines que nous avons trouvées en abondance sur des nemertes, et (fig. 75) une espèce particulière qui vit dans la larve d’un agrion.

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Nous représenterons encore (fig. 7G) (les parasites fort singuliers, dont les affinités sont encore un problème, et qui ne

Fig. 76. — Dicyema Krohnii , de sepia officinalis.

hantent que les corps spongieux , c’est-à-dire , les reins des céphalopodes. On leur a donné le nom de Dicyema.

M. Ray Lankaster a fait tout récemment à Naples des observations fort intéressantes sur ces êtres problématiques et mon fils vient de consacrer une partie de ses vacances, avec deux de scs élèves, à élucider les points encore obscurs de leur organisation et de leur développement. Il est allé s’établir à Villefranche près de Nice pour avoir tons les jours des céphalopodes frais. Ses observations l’ont conduit à un résultat tout différent de celui auquel je m’attendais.

Dans ce chapitre nous réunissons les parasites véritables, que l’on pourrait appeler complets ; ils passent toutes les époques de la vie sous la tutelle d’un voisin et réclament un gîte avec d’autant plus d’instance qu’ils ne sauraient vivre sans lui. Ils ont besoin d’être logés et nourris. Il n’y a pas longtemps que tous les parasites étaient considérés dépendants à toutes les époques de la vie et incapables de vivre hors du corps d’un autre animal. On a pu voir par ce qui précède combien cette opinion était erronée. Nous trouvons dans cette catégorie un grand nombre de parasites que l’on peut répartir en un premier groupe comprenant tous ceux qui parcourent, sans changer de costume, toutes les phases de la vie sur le même animal, et qui souvent ne connaissent que le poil, la plume ou l’écaille qui les a vus naître. Les poissons en nourrissent un grand nombre à la surface de la peau que les helminthologistes ont cru pouvoir réunir sous le nom d 'Ectoparasites. Chez beaucoup de crustacés et d’insectes l’un des sexes seulement est parasite. Les mâles restent entièrement libres et conservent tous leurs attributs, tandis que les femelles réclament des secours et demandent la table et le logement. La femelle seule fait le sacrifice de sa liberté, se déforme complètement pour assurer la conservation de sa postérité.

Les insectes Strepsiptères, qui vivent en parasites sur les

guêpes, nous en fournissent un curieux exemple (fig. 77). Ces insectes, les Polistes, les Andrènes et les Halictes, ne tuent pas la larve de l’Hyménoptère qui doit les nourrir : ils sucent lentement le sang de leur victime, et lui laissent tout juste les forces nécessaires pour accomplir ses métamorphoses. Les femelles sont condamnées à une immobilité presque complète sur leur proie, tandis que les mâles sont ailés.

Les naturalistes se sont beaucoup occupés de ces derniers insectes, autant à cause de leur genre de vie qu’à cause des difficultés qu’ils ont suscitées aux entomologistes dans l’appréciation de leurs affinités naturelles. Sont-ils coléoptères, comme on l’a supposé depuis longtemps et probablement avec raison, ou forment-ils à eux seuls un ordre distinct?

Quoi qu’il en soit , voici, d’après les observations récentes d’un naturaliste consciencieux, M. Chapiriann , ce qui se passe chez eux : les femelles ne déposeraient pas leurs œufs dans le nid des guêpes, mais les larves, sous la forme de meloè, pénétreraient dans les cellules, grâce aux larves des guêpes, qui les portent cachées entre le deuxième et le troisième anneau. Plus tard on distingue le parasite entre le troisième et le quatrième anneau. La larve Rhipiptère se développe aux dépens de la larve de guêpe, suce son sang, se gonfle et sa peau reste adhérente au quatrième segment.

Quand le Rhipiptère a six millimètres de longueur, il change une seconde fois de peau, et celle-ci crève du côté du dos, de manière que la peau reste adhérente entre la larve de Rhipiptère et la larve de guêpe. Il suce ensuite complètement la jeune guêpe et devient nymphe dans la prison même qu’il s’est donnée. Cette évolution dure de douze à vingt-quatre heures.

Fig. 77. — Stylops noir, mâle.

Plusieurs crustacés mâles, tout eu différant notablement de leurs femelles par la forme comme par le genre de vie, ne s’éloignent cependant pas beaucoup de leur moitié pour Je secours dont ils ont besoin; les insectes qui nous occupent

Fig. 78. — Stylops noir, femelle, montrant Fig. 79. — Stylops noir. Larve à sa nai3des embryons dans son abdomen. • sance. (D’après Blanchard).

diffèrent au contraire complètement sous ce rapport. Le mâle conserve, à toutes les époques de la vie, la toilette, les attributs et rindépendance des insectes libres, tandis que la femelle réclame du secours en vivres et en logement dès la sortie de l’œuf ; elle est encore emmaillottée comme à la sortie de l’œuf quand elle reçoit le male.

IjCS vers de cette catégorie se forment généralement sans subir des métamorphoses, et si le lieu qu’ils se choisissent à la sortie de l’œuf, n’est pas précisément leur berceau et leur sépulcre à la fois, au moins c’est tout autour de lui que s’écouleront toutes les phases de leur vie monotone. On peut les compter parmi les plus beaux et les plus grands des vers parasites et, comme ils sont hermaphrodites, nous ne trouvons pas plus de diversité dans les formes sexuelles que dans les différences d’âge. Tous ont leur reproduction assurée, et leurs œufs sont pour ce motif beaucoup moins nombreux. Il y en a parmi eux qui ne pondent qu’un œuf à la fois, et cet œuf n’apparaît parfois que pendant une saison. C’est ce qui explique comment les œufs de quelques-uns de ces vers ont échappé jusqu’à présent.

Nous pouvons placer à la tête de ce groupe les Tristoma qui n’ont été découverts que depuis quelques années. C’est à Bastcr que l’on doit la connaissance d’une belle et grande espèce, qui habite le corps des Flétans. Les naturalistes lui ont donné le nom d ’Epibclelle. Ce ver a la grandeur de l’ongle du doigt humain ; il ressemble par la forme à une feuille de buis ; à l’aide de scs ventouses, il est collé à la peau de son hôte comme une écaille, et se confond meme avec elle. Il est de forme ovale et d’un blanc mat; on le distingue à peine sur la peau du poisson. On peut l’avoir depuis longtemps sous les yeux sans l’apercevoir. Une autre Epibdcllc vit sur la peau et dans diverses régions du corps du maigre d’Europe ou poisson Sainte-Vierge; elle se couvre de taches de pigment qui la font ressembler plus complètement encore aux grandes écailles de son hôte. Ce poisson, que l’on appelle aussi Sciœna aquila , a la peau couverte des memes écailles et de la meme couleur au dos et au ventre.

Un autre grand et beau ver de ce groupe, vit sur les branchies de l’Esturgeon, et se distingue par ses ventouses comme par sa grande mobilité. Autant les Epibdcllcs conservent leur forme écailleuse pendant les plus grandes contractions, autant ceuxci changent à chaque mouvement. Les Nitschici elerjans , c’est

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le nom sous lequel on les désigne, ne sont pas rares sur l’Esturgeon qu’on voit sur nos marchés. Parmi les nombreux parasites de cette catégorie, il y en a un fort remarquable qui mérite une mention particulière. Il vit en abondance sur des poissons d’eau douce, choisissant de préférence les branchies; c’est sur la Brème qu’on le trouve le plus communément. La connaissance de ces vers est due à Nordmann. Ils portent le nom de Diplozoon psimdoxum , et sont toujours doubles, c’està-dire, toujours unis comme des frères siamois, organiquement liés ensemble ; ils sortent de l’œuf comme leurs congénères, isolés et hermaphrodites, s’installent séparément sur leur hôte, et peu de temps après le choix du gîte, ils s’unissent de manière que les tissus, j’allais dire les organes, se fondent les uns dans les autres. Ils se croisent comme les deux jambes d’un x. C’est dans cette position qu’ils vivent et meurent après avoir produit de grands et beaux œufs pourvus d’une amarre très-longue. Les œufs sont pondus séparément et s’attachent aux branchies des poissons qui les hébergent. Au bout de quinze jours, l’embryon sort cilié et, armé de deux yeux, cherche à s’installer sur un nouvel hôte. Sous forme de Diporpa il a une ventouse ventrale et une petite papille sur le dos, et les deux individus qui s’unissent s’attachent en se croisant les uns aux autres par la ventouse et la papille. Quoi que en ait dit de Humboldt, dans son Cosmos, le Diplozoon n’est pas un animal à deux têtes et à deux extrémités caudales, c’est bien un animal double, c’est-à-dire deux individus hermaphrodites réunis, qui ont vécu d’abord séparément, et qui se soudent à l’époque de la maturité.

Nous trouvons un nématode et par conséquent un animal à sexe séparé, qui présente le même phénomène ; le mâle et la femelle sont soudés ensemble, mais la femelle seule prend quelque développement. C’est le Syngamus trachealis de Siebold. Il habite la trachée artère de quelques oiseaux gallinacés, et d’après des expériences récentes , il se développe directement dans la trachée artère des oiseaux.

Un autre beau trématode vit abondamment sur les branemes

de l’alose, l’Octocotyle lanceolata , et un autre encore sur les branchies du merlan, Octobothrium merlangus. Les branchies du Mustelus vulgaris en portent régulièrement une autre espèce, semblable à une sangsue, mais au lieu d’une seule ventouse il y en a six; c’est YOnchocotyle appendiculata

La vessie des grenouilles loge un fort beau et grand trématode qui a été étudié dans ces derniers temps par plusieurs naturalistes, le Polystomum integerrimum. Il reste encore bien des observations à faire sur les diverses phases de l’existence de ce parasite. On connaît son organisation, on l’a vu pondre de grands et beaux œufs, mais on n’a pu observer encore ses mouvements avant son entrée dans la vessie.

Ce Polystomum de la grenouille, et il en sera sans doute de meme de l’espèce ( Polystomum ocellatum ) qui hante la cavité de la bouche de la tortue d’Europe (. Emys europœ a) ne pond sos œufs qu’en hiver, et les œufs des jeunes ne paraissent pas donner des embryons plus précoces que les œufs des adultes. Les embryons sont ciliés contrairement à ce que l’on voit chez plusieurs de ces vers ectoparasites ; ils ressemblent beaucoup par leurs piquants surtout, aux Gvrodactyles et, comme ceux-ci, ils habitent la cavité de la bouche avant d’émigrer dans un autre organe. On peut meme se demander si les singuliers Gyrodactylcs, si bizarres sous plusieurs rapports, ne sont pas des formes larvaires de trématodes voisins des polystomes.

Dans ces derniers temps plusieurs travaux importants ont paru sur le Polystomum integerrimum, par M. Stiéda en 1870, par MM. E. Zeller et Willemoes-Suhm en 1872.

Les Gyrodactyles dont nous venons de parler comptent parmi les vers les plus curieux que l’on ait découverts dans ces dernières années : ils sont de petite taille et vivent sur les branchies des poissons, souvent en nombreuse société et se meuvent avec une certaine agilité. Ils sont armés de crochets fort variés qui font l’office d’amarres, enfin on leur trouve un canal digestif et parfois des organes de sens. Le gyrodactyle élégant porte dans son sein un jeune qui a déjà ses crochets

et dans ce jeune qui n’est pas né encore, on voit déjà une autre génération avec ces memes organes, de manière que trois générations sont emboîtées. Au moment de naître, la fille est déjà prête à mettre bas une autre fille. D’après une autre inter-

prétation la mère et la fille seraient sœurs ; l’aînée se trouverait à la périphérie, la cadette au centre. On trouve ces vers abondamment sur les branchies des cyprins ou poissons blancs. On racle légèrement la surface des branchies avec un scalpel pour enlever un peu de mucosité, on porte cette mucosité sur

îe porte-objet du microscope, on la couvre d’un verre loger et on l’examine immédiatement au microscope composé. On ne répétera pas trois fois cette pèche sans trouver des gyrodactyles.

Il y a aussi beaucoup d’insectes qui vivent en parasites sur les plantes et qui leur demandent à la fois la table et le gîte. Presque tout l’ordre des Hémiptères est dans ce cas. Nous en avons déjà parlé plus haut. Les Hémiptères qui vivent de la sève des végétaux sont parasites des plantes au même titre que ceux qui vivent aux dépens des animaux. Nous ne devons pas faire de différence entre la manière de vivre entre les punaises des plantes et celle des animaux. On dirait que la Providence a placé ces êtres à cheval sur les deux règnes pour les tenir l’un et l’autre en bride. Ce que le jardinier fait aux plantes, souvent le puceron le fait avant lui pour arrêter une croissance trop forte et trop rapide.

La cochenille Coccus cacti (fig. 80 et 81), originaire du Mexique, est un insecte qui vit sur le cactus nopal en vrai parasite et qui fournit une matière colorante précieuse, le carmin; cet insecte a été transporté dans les Antilles, en Espagne, aux îles Canaries, en Algérie et à Java.

La laque est fournie par une espèce du même genre originaire des Indes (Coccus lacca )•

Fig. 81. - Cochenille femelle.

Fig. 82. — Puceron

Les pucerons (flg. 82) sc nourrissent de la sève des plantes ; ils se multiplient rapidement sans le secours du mâle. Les rosiers et surtout les boutons sont souvent envahis par une

espèce de couleur verte dont nous reproduisons le dessin (flg. 83).

Un puceron, le Phylloxéra vastatrix , a fait invasion depuis peu de temps dans les vignobles et, tout petit qu’il est, on le redoute à l’égal d’un fléau qui sème la ruine sur son passage. D’après des observations récentes ce puceron aurait une double

série de générations qui procèdent l’une de l’autre, le type mère et le type tuberculeux. Mais ce polymorphisme semble être plus apparent que réel, quoiqu’il y ait, au point de vue des mœurs et de la manière de se nourrir, une différence assez considérable. Cette différence est-elle le résultat de la nourriture puisée dans les racines ou dans les feuilles ? Ce qui doit nous rassurer sur l’avenir de ces phylloxéra, c’est que M. Planchon vient de découvrir en Amérique le chat du phylloxéra, un acarido, son ennemi mortel, qu’il s’agit seulement de multiplier pour détruire cette triste engeance des vignobles. Ici encore nous n’avons qu’à voir ce que fait cette aveugle nature pour arrêter un mal que l’homme cât impuissant à combattre.

Nous répéterons ici ce que nous avons dit des pucerons il y a quelques années. Qui ne connaît ces corpuscules verts, de la grosseur d’une tête d’épingle, surgissant comme un nuage sur les boulons ou les feuilles de rosiers, qui se crispent pour se flétrir après. Il y en a do verts sur certaines plantes, de noirs sur d’autres, mais quelle que soit leur couleur, ce sont des perles vivantes qui enguirlandent la tige. Pour le monde c’est de la vermine, et à peine ose-t-on la toucher du bout des doigts. Pour le naturaliste ce sont de petits mondes de merveilles. Braquons une loupe sur ces grains de poussière qui marchent ; chaque grain nous révélera un charmant insecte dont la tête coiffée de deux petites antennes, porte des yeux globuleux et saillants, diaprés des plus riches couleurs ; en arrière deux réservoirs, de matière sucrée, élégamment montés sur un pied uni, se remplissent toujours; des parties longues et grêles portent ce corps globuleux. On s’est beaucoup occupé de ces petites fabriques de sucre, si bien connues des fourmis et qui leur ont valu le nom de vaches des fourmis Au milieu des curieux phénomènes que nous présentent ces grains de poussière animée, celui qui nous intéresse le plus, concerne le secret de leur étonnante, nous pourrions dire de leur prodigieuse fécondité. La nature veut des millions de pucerons en quelques heures de temps pour arrêter l’exubérance de la végétation et, comme si elle se défiait du concours du mâle,

elle le supprime et la femelle met seule au monde une fille qui est déjà toute prête à pondre une petite-fille. Les générations se succèdent avec une telle rapidité, que, si la fille, en naissant, rencontre quelque obstacle sur son passage, la petite-fille peut venir au monde avant sa mère, un seul œuf peut produire au bout d’une saison plusieurs milliards d’individus. Chaque plante a pour ainsi dire son puceron propre et dans plusieurs localités on ne connaît que trop bien les ravages du 'puceron laniger , encore inconnu en Europe il y a un quart de siècle.

Le gyrodactyle élégant dont nous avons parlé plus haut, nous présente un semblable emboîtement d’embryons et si ces faits avaient été connus plus tôt , la célèbre théorie de l’emboîtement de germes, si chaleureusement défendue par Bonnet, eut conservé encore plus longtemps d’intrépides défenseurs.

A quelques exceptions près, tous les Hémiptères sont parasites du règne végétal ; il n’y en a qu’un fort petit nombre qui s’attaquent aux animaux. Il y a une espèce dont on devine aisément le nom ( Acanthia lectularia) qui nous poursuit partout et sans jamais se lasser, puisqu’elle attendra des mois et des années toujours également avide de notre sang; elle nous surprend la nuit pendant le sommeil et n’attend pas que sa digestion soit faite pour nous attaquer de nouveau. Heureusement un autre hémiptère, la reduve à masque , s’introduit comme le précédent dans les appartements et se 'couvre de poussière pour mieux fondre sur son ennemi ; mais l’homme ne s’entend pas assez avec lui pour faire en commun la guerre à ce misérable parasite. Il faudrait mettre la reduve à masque sous la protection des lois, organiser des concours et accorder des primes aux races les mieux venues.

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