‹ Les commensaux et les parasites dans le règne animalChapitre 8 sur 48 · PARASITES A TRANSMIGRATIONS ET A MÉTAMORPHOSES · texte numérisé non relu

PARASITES A TRANSMIGRATIONS ET A MÉTAMORPHOSES

Un certain nombre de parasites s’établissent dans un premier animal qui sert de crèche,, puis dans un second qui sert de maternité. Ce passage d’un animal à un autre, est désigné sous le nom de transmigration. En général la crèche tout entière avec ses nourrissons passe dans l’hospice de maternité. La crèche est toujours représentée par un animal à régime végétal qui est destiné à un carnassier; l’hospice de la maternité est représenté par ce dernier. La souris est la crèche qui passera avec toute sa clientèle dans le chat qui la mangera.

S’il était question de plantes nous dirions que, dans le premier hôte, elles se développent et que, dans le dernier, elles fleurissent. La plante comme l’animal est agame aussi longtemps que la fleur ou les organes sexuels n’ont pas fait leur apparition.

L’animal qui transmigre subit en général des changements complets en passant d’un séjour à un autre; il est agame dans le premier sujet, c’est-à-dire sans sexe, emmaillottô et couvert d’un bourrelet comme un nourrisson; dans le sujet définitif il est au contraire revêtu de tous les attributs sexuels.

Dans la crèche, le parasite est de passage ; il est stagiaire et

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le parasite qui arrive à l’hospice de la maternité est au terme de son voyage, il est chez lui; nous avons proposé de lui donner le nom de nostosite, par opposition à celui qui n’habite son hôte que temporairement. Enfin, remarquons que le meme animal peut loger ces deux sortes de parasites. C’est ainsi que le lapin héberge dans son péritoine des stagiaires qui ne seront chez eux que dans le chien, et, indépendamment de ces stagiaires, de ces étrangers, pourrait-on dire, il loge dans l’intestin un ver sexué ténioïde. Le premier est un xenosite, le second un nostosite. La souris loge de meme des stagiaires sous le nom de Cysticerques qui sont destinés au chat pour y devenir ténia.

Nous appellerions volontiers le lapin ou la souris qui hébergent les vers en transit, le coche , d’autant plus que l’on en voit de temps en temps qui le manquent, et qui se perdent ensuite dans leurs pérégrinations.

Le coche c’est l’hôte intermédiaire, le Zwischemvirth des helminthologistes allemands, c’est toujours un animal à régime végétal; l’hôte définitif est généralement un carnassier; c’est par l’animal à régime végétal, rongeur ou herbivore, que l’étranger parasite s’introduit.

Il en résulte que le carnassier reçoit chez lui, chaque fois qu’il avale une proie, tout le mobilier parasitaire de celle-ci, et les parois de son canal digestif forment le sol dans lequel s’implantent tous les vers qui peuvent y prendre racine. Les tissus de la proie sont triturés et digérés, mais les vers qu’elle renferme échappent à l’action du suc gastrique et sont mis en liberté dans l’estomac. L’estomac du carnassier est un tamis par lequel s’introduisent souvent à chaque repas des milliers de parasites et les poissons en logent beaucoup qui changent constamment d’estomac. Toute leur vie se passe à ces transmigrations; ce sont des voyageurs qui ont leur domicile dans les wagons du chemin de fer et qui ne sortent pas des gares.

Chaque estomac est en effet une gare, assez souvent toute remplie de marchandises et qui disparaissent avec la gare elle-même dans un nouveau trrin. Bienheureux ceux qui se

trouvent sur un wagon bien enraillé pour sa destination. Il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus. Que de voyages certains stagiaires ont à faire avant de trouver leur hôte !

Il est souvent fort intéressant d’ouvrir un poisson qui vient de faire bonne pêche ; son estomac et ses intestins renferment d’abord les vers ordinaires ; la proie en partie digérée en renferme à son tour, et il n’est pas rare de trouver encore les parasites de celui qui est avalé avec son hôte.

Généralement l’animal s’infeste dans le jeune âge des parasites qu’il héberge pendant toute la vie. Pour connaître le mobilier de plusieurs poissons, il faut les visiter peu de temps après leur éclosion.

Dans la crèche le parasite occupe un organe clos sans communication avec l’extérieur ; il habite la mansarde de son premier hôte; dans son dernier hôte qui représente la maternité, il occupe au contraire les plus vastes appartements et ne cesse jamais d’être en communication directe avec l’extérieur. Aussi dans le premier animal, il est souvent complètement immobile, et sohs une forme que nous avons appelée scolex ; dans le dernier il se meut librement et porte, en outre des organes sexuels, des organes propres à cet état que nous avons appelé Proglottis. Ces parasites subissent donc des métamorphoses.

Longtemps les métamorphoses semblaient être l’apanage exclusif des grenouilles et des insectes. Dans la classe des vers, où elles se compliquent de changements d’hôtes, elles dépassent de beaucoup en réalité les fictions les plus brillantes et les plus hasardées des poètes. Ces phénomènes de transmigrations étaient complètement inconnus avant nos recherches ; si quelques naturalistes comme Abildgaard ou Pallas ont soupçonné leur existence, c’était plutôt comme accident, et les expériences auxquelles ils se sont livrés étaient toutes peu favorables à leurs suppositions. La connaissance de ces transmigrations a en même temps fait disparaître les dernières illusions des partisans de la doctrine de la génération spontanée ; on pouvait d’autant moins s’expliquer la présence de vers dans des organes clos comme l’œil ou le cerveau, que ces vers étaient

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toujours sans sexe. Du meme coup, on a connu la prophylaxie et relégué au second plan ce cortège de médicaments anthelmintiques qui ont causé souvent des accidents plus graves que les parasites eux-mèmes.

Du moment que les parasites étaient le résultat d’une dégénérescence individualisée de quelque papille intestinale, il y avait état morbide et l’on comprend que tous les efforts du médecin se dirigeaient contre la présence de cet ennemi qui avait surgi dans la place. Aujourd’hui on sait que tout animal sain et vivant en liberté héberge des parasites avec une constance presque aussi grande que les organes qui le font vivre; •et il n’est pas douteux pour nous que les parasites jouent souvent leur rôle dans l’économie; leur absence peut aussi bien que leur présence causer des troubles. Nous ne serions meme pas étonné si un jour on préconisait l’administration de certains vers à l’intérieur. N’avons-nous pas connu le moment où toutes les maladies devaient céder à l’action des sangsues, et ne voyons-nous pas les bons effets de leur application ? Il y a beaucoup de parasites et leur effet thérapeutique pourrait faire le sujet intéressant d’une étude suivie.

Parler aujourd’hui de tempérament vermineux, ce serait •s’occuper d’une hérésie scientifique, d’un anachronisme; ce qui montre tout le progrès que nous avons fait depuis quelques années. Valenciennes a pu tenir ce langage à l’Académie des Sciences de Paris, il n’y a pas vingt-cinq ans, et Lamarck a •écrit au commencement de ce siècle, dans son ouvrage classique sur les animaux sans vertèbres : « Ce qu’il y a de très positif , c’est qu’il existe dans un grand nombre d’animaux ■et dans l’homme même, des vers intestins, qui, les uns s'y forment, les autres y naissent et tous y vivent , s’y multipliant plus ou moins , sans qu’aucun de ces vers se montre et puisse vivre ailleurs.

« Depuis tant de siècles que l’on observe on n’a pu découvrir nulle part ailleurs que dans le corps des animaux . des espèces de vers intestins bien constatées.

« Des vers innés ou dus à des générations spontanées et qui se sont diversifiés avec le temps, voilà ce qu’on est maintenant autorisé à croire , et ce que pensent effectivement les observateurs les plus éclairés. »

Ainsi, aux yeux de Lamarck, les vers parasites ne se trouvaient que dans le corps des animaux et s’y formaient directement.

Croirait-on que des idées pareilles aient pu être émises par des zoologistes de premier mérite, et doit-on être surpris que l’hypothèse de la génération spontanée ait été longtemps enseignée dans les cours de physiologie ?

Un livre publié en 1859, a pour titre : Hétérogénie ou traité de la génération spontanée. L’auteur donne l’explication du motif de ses erreurs dans la seconde ligne de sa préface où il dit : Lorsque , par la méditation , il fut évident pour moi , que la génération spontanée était encore l’un des moyens

qu’emploie la matière pour la reproduction des êtres

Pour ce savant, la science n’est donc pas la généralisation des faits, mais ceux-ci doivent servir à étayer les théories ou les hypothèses inventées dans le silence du cabinet. Ce passago nous fait comprendre qu’il n’a pas été plus capable de so rendre à l’évidence des expériences faites sur les vers, qu’à celle de Pasteur sur les infusoires.

On peut dire à la gloire de l’illustre Baer que, dès 1817, pendant son séjour à KÔnigsberg, il s’arma en guerre contre cette hypothèse et qu’il n’a cessé de la combattre, jusqu’à ce que l’évidence soit venue dessiller les yeux des plus obstinés.

Les vers qui nous présentent les phénomènes les plus remarquables de transmigrations accompagnées de métamorphoses, sont les Distomiens et les Cestodes, c’est-à-dire les vers aplatis dont nous allons nous occuper en premier lieu.

Les vers trématodes renferment un certain nombre de grands et beaux parasites qui ne subissent guère de métamorphoses et ne se trouvent que sur la peau ou les branchies de certains poissons ; ce sont les trématodes monogenèses com-

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prenant les tristomiens et tous les vers de ce groupe, qui sont en meme temps les plus élevés en organisation; nous en parlons plus loin. Les autres Trématodcs, dits digénèses, vivent sur les animaux les plus différents, sous les formes les plus variées et, comme la plupart des ccstoïdes, ne s’introduisent dans celui qui doit les héberger, que par le secours d’un hôte ou d’un coche qui leur sert de véhicule. La famille principale est celle des Distomiens, famille cosmopolite par excellence, aussi inconstante dans son allure que capricieuse dans le choix de scs compagnons. Chaque distomicn ressemble à une petite sangsue qui porte une ventouse au milieu du ventre, et comme cette ventouse était censée perforée, on leur avait donné le nom de Distonie.

Ces parasites nous intéressent d’autant plus que, sans être le point do mire de quelques espèces, nous nous trouvons parfois sur leur passage. Il y a deux espèces qui se logent parfois dans le foie de l’homme sans lui être destinées, car elles sont propres au mouton. On a fait connaître tout récemment deux nouveaux dist ornes (Dr Bilharz) qui ne sont heureusement connus jusqu’à présent qu’au Caire et qui sont aussi curieux par leur organisation que par leur genre de vie.

La généalogie des distomiens en général est bien connue aujourd’hui; ce qui reste encore à découvrir c’est l’itinéraire do chaque espèce en particulier, et dans plusieurs laboratoires de zoologie on met tous les jours en expérience les espèces avec les hôtes qu’elles sont censées rechercher. Ces travaux ont donné déjà de fort beaux résultats dans les laboratoires do Giessen et de Leipzig sous la direction de Lcuckart.

La généalogie des distomiens est la suivante : au sortir de l’œuf, le jeune distome est emmaillotté d’une tunique ciliée et, sous une apparence d’infusoire microscopique, il s’abandonne à tous les écarts de la vie libre et vagabonde; c’est sa belle période. « C’est une jeunesse lancée à toute vapeur au milieu de son océan sans secours et sans guide ; s’il rencontre une île sur son passage, c’est-à-dire le corps d’une larve d’insecte aquatique ou un mollusque, il débarque, dé-

pose son fruit et disparaît : son but est rempli. S’il ne rencontre pas d’île ou de continent, il s’abîme et périt, car il ne porte pas de vivres avec lui ; il n’a aucun organe qui lui permette de prendre pâture sur son passage. » Si la vie est courte, meme pour un jeune distome, elle se passe au milieu des étangs ; si la chance lui est favorable, il finira par se donner un gîte vivant où il trouvera réuni tout le confort du parasite.

L’abondance règne toujours dans ces oasis vivantes et, comme les nouveaux colons sont de véritables déportés, qui ne doivent plus revoir la patrie, les rames ciliées pour voguer sont inutiles et la descendance diffère complètement de la mère commune.

Bous la tunique ciliée de la mère, apparaît une fille sous forme d’un sac, qui naît presque en même temps qu’elle, et au sujet desquelles nous pourrions rappeler ici les paroles de Réaumur : Singulière et mystérieuse dualité dans l’unité : deux êtres vivant l’un dans l'autre et qui ne sont qu’un seul individu. La nature nous a-t-elle habitué a un pareil luxe? La voyons-nous jamais rétrograder ainsi d'une organisation 2 dns compliquée a une autre plus simple ? Ce que le grand observateur n’a pas osé croire, s’est réalisé cependant, et dans bien des cas le développement est franchement récurrent.

Conduits par un merveilleux instinct, obéissant à une mission irrévocable, les distomiens comme les monostomiens et d’autres encore, en usurpant l’asile des mollusques, introduisent dans le corps vivant de leur hôte nouveau, non pas un embryon isolé, mais un jeune animal qui est déjà imprégné d’une riche postérité ; si elle reste maîtresse de la place, cette postérité envahira de force les divers organes, sans s’inquiéter si l’hôto ne succombera pas sous le poids de cette brusque invasion.

Lafig. 41 représente un de ces vers provenant d’un embryon cilié et qui renferme, à côté de son tube digestif, des cercaires à divers degrés de développement. En avant on en voit un qui est pourvu d’yeux et de queue, en arrière on en observe de plus jeunes : parmi ces embryons ciliés, voguant sans guide et

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sans boussole au milieu de leur océan, bien peu toucheront terre, c’est-à-dire trouveront le port où doit prospérer leur progéniture ? Cette première période embryonnaire est celle qui compte le plus de périls. Dépouillés de leur tunique de natation, ces jeunes distomiens ont la forme d’un sac que l’on a appelé longtemps sporocyste. C’est de ce sporocyste que l’on voit sortir des centaines ou des milliers de jeunes, ne ressemblant en aucune manière à la mère qui les a mis au monde. Ceuxci vont reprendre à leur tour la vie libre et indépendante. Ce sont des colons que le distome a déposés sur une terre étrangère. Souvent cette multiplication simple ne suffit pas encore pour assurer la conservation de l’espèce : le sporocyste unique engendre d’autres sporocystes semblables et ceux-ci mettent ensuite au monde une riche descendance de têtards? qui, après métamorphose, deviendront des distomes sexués. Ces têtards sont souvent bien armés et

dévorent parfois jusqu’au dernier lambeau de chair de leur hôte. On les connaît depuis longtemps sous le nom de cercaires, qui leur avait été imposé à une époque où on ignorait leur généalogie. Ils ne sont pas sans quelque ressemblance avec des têtards de grenouille (fig. 45). La mère n’était qu’un sac avec des cils et quelquefois des yeux; le têtard a un corps distinct, une queue mobile caduque : et après la chute de celle-ci, des organes sexuels. Les cercair

Ci g. 4i. — Monostomum verrucosum, Sporocyste avec Cercaires.

En avant la bouche, au milieu, le canal digestif, et autour du canal digestif les jeunes sous forme de Cercaires en voie de développement.

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