Charavay
2. Archives de la guerre, Correspondance avec l’armée de Pyrénées, Lacuée à Pache, 22 novembre 1792.
d’avoir reçu de nouveaux ordres de la Convention. Ils ont fait tant de sages opérations,ils ont tellement donné d'activité à la machine qu’ils ont créée, que nous aurions pu espérer avoir avant trois mois une armée organisée. Je sens bien qu'il aurait pu y avoir quelques doubles emplois, mais on ne peut guère pécher, en ce genre, dans un pays où sous Le rapport militaire tout est à créer. Il en aurait sans doute coûté quelque argent de plus à la nation, mais doit-on pousser le caleul à l’extrême lorsqu’on veut conquérir et conserver la liberté? Il y a trois jours, j'aurais parié que l’armée des Pyrénées serait la mieux en état de faire la guerre, quant au matériel. Aujourd’hui, je ne puis soutenir la même opinion.
« Vous n'êtes pas vous, citoyen, investi de toute l’autorité nécessaire; votre attention est nécessairement absorbée par d’autres intérêts, et, ce qui est bien plus important, vous ne voyez pas par vos yeux et vous êtes très loin. Eux pouvaient tout, ils faisaient de cette armée leur affaire principale; ils voyaient tout et décidaient à propos, car ils voyaient et connaissaient les localités. Je vous engage donc citoyen ministre, au nom du bien public que vous aimez, de faire vos efforts afin que la Convention déclare par un décret qu’elle n’a point entendu comprendre les commissaires de l’armée des Pyrenées dans la prohibition qu’elle a fait de tirer des ordonnances ou plutôt d’ordonner des dépenses; cette exception me paraît d'autant plus naturelle que ces citoyens sont venus non pour inspecter mais pour créer.
« J'espère, citoyen ministre, que vous verrez dans ma
H. Libermann 8
prière le désir que j'ai comme Français de pouvoir obliger l'Espagne à se décider à reconnaître notre indépendance et à nous faire jouir des droits que les anciens traités nous, âssuraient. » |
Le ministre de la Guerre lui répond (1) :
« Je m’efforcerai, citoyen, de subvenir aux moyens que vous pensiez propres à former promptement l’armée du Midi, et dont vous regrettez la suspension.momentanée. Entrez dans de grands détails avec moi, et je seconderai les vues du général Servan, en vous mettant à portée d'exécuter ses ordres.
« Je ne puis écrire à la Convention pour l’engager à modifier le décret qu’elle a rendu sur Les commissaires qu’elle a chargée de ses pouvoirs. »
Cette lettre du ministre n’est pas faite pour lui concilier la faveur des commissaires à Bayonne qui commencent à se plaindre de ce que Pache ne parvient pas à fournir aux troupes ce qui leur est nécessaire (2). Nous
verrons que des réclamations analogues sont. adressées
4, Pache à Lacuée, 28 novembre 1792, Archives de la guerre.
2. Carnot au comité de correspondance de la Convention, Toulouse le 4 déc. 1792, Archives de la guerre.
« Je vous envoie, chers collègues, diverses pièces qui prouvent évidemment ou la malveillance du ministre de la Guerre, ou son impéritie absolue ou enfin qu’on ne veut point d'armée des Pyrénées. Je pourrais vous en envoyer beaucoup d’autres qui prouvent ou son ignorance ou son mépris profond pour les lois dont l’exécution lui est confiée, je me borne, quant à présent, à vous faire part de celles qui mettent à couvert la responsabilité morale des commissaires de la Convention et je lui annonce cet envoi. »
Le commissaire de la Convention nationale aux frontières des Pyrénées, L. Carnot.
à l’assemblée par d’autres commissaires envoyés dans d’autres armées, Nos troupes se trouvent en effet à ce moment fort dépourvues et parce que l’administration de la guerre se trouve débordée par Pampleur insoupçonnée des effectifs et des opérations et par suite du système hardi mais inopportun de centralisation des achats inauguré le 6 novembre par le ministre de la Guerre, système tendant à enlever dans un but d’économie toute initiative pour conclure les marchés soit aux commissaires de la Convention, soit à l’administration militaire, Nous aurons occasion de constater à l’armée de Belgique les mauvais résultats de cet effort louable mais malheureux de Pache et d'indiquer comment les commissaires envoyés près de Dumouriez parviennent à faire renoncer à ces errements.
De Toulouse, Lacuée adresse de son côté d’instantes réclamations au ministre de la Guerre (1).
« La suspension du droit qu’avaient les commissaires d’ordonner des paiements, le besoin de ratification pour tous les marchés des commissaires des guerres, tout cela et mille autres petites observations dont je vous évite l’ennuyeuse énumération me prouvent que votre Intention n’est point que cette armée puisse agir et cependant vous ordonnez qu'elle soit préparée de manière qu’elle puisse agir.
« Pressés d’un côté par vos lettres, de l’autre retenus par le manque d’ordres et de fonds, notre position est véritablement pénible : si la Convention vient à déclarer