Aug. Thierry, Lettre XX, p. 3C
du roi. Les bourgeois furent souvent condamnés, de ce fait, à des amendes que leur mauvaise organisation financière ne leur ijermeltait pas de payer intégralement. De là, le déficit, et même, sur certains points, la suppression du régime communal. Des communes comme celle de Noyon, après avoir joui d'une indépendance réelle et traité d'égal à égal avec la seigneurie ecclésiastique, pendant le premier siècle de leur existence, ont fini, tout en conservant leur titre de ville libre, par retomber en réalité sous la domination de l'épiscopat*.
Les succès remportés par l'Église dans sa lutte contre les libertés bourgeoises et principalement contre les institutions communales, objet de son antipathie particulière, ne sont pas dus uniquement à l'habileté ou à la constance des prélats. La tâche du clergé aurait été infiniment moins aisée s'il n'avait été soutenu, dans son œuvre de réaction, par les deux puissances générales de l'époque : celle du roi pour le temporel, celle du pape pour le spirituel.
Les chefs de l'Église ne pouvaient que partager l'opinion qui avait cours, parmi les clercs, sur le caractère odieux du nouveau régime urbain et sur les conséquences qu'entraînait l'établissement des libertés municipales. On vit donc les papes déployer leurs efforts pour défendre évèques et abbés contre les tentatives communalistes, exciter les rois à prendre les armes, excommunier eux-mêmes les bourgeois.
A l'apparition de la commune de Reims, en 1139, le pape Innocent II menace de l'anathème ecclésiastique ceux qui veulent introduire dans la cité les institutions nouvelIes^ Il pousse Louis VII à user de la force pour châtier les bourgeois rebelles : « Puisque Dieu a voulu, lui dit-il, que tu fusses élu et sacré roi pour défendre son épouse, c'est-à-dire la sainte Église rachetée de son propre sang, et maintenir ses libertés sans atteintes, nous te mandons, par cette lettre apostolique, et t'enjoignons, pour la rémission de tes péchés, de dissiper, par ta puissance royale, les coupables associations des Rémois, qu'ils nomment compagnies, et de ramener l'Église et la ville en l'état et liberté où elles étaient au temps