‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 115 sur 121 · Historiens de France, XV · texte numérisé non relu

Historiens de France, XV

'2. Leliiuic, Histoire de No\)on, 103. Cf. O/ùu, I, 0*20.

dans la curieuse affaire qui mit aux prises le gouvernement royal avec l'évêque de Beauvais, au sujet de la commune.

La sédition qui éclata cette année à Beauvais et la prompte énergie avec laquelle saint Louis châtia les émeutiers eurent pour conséquence une lutte des plus vives entre le pouvoir laïque et l'épiscopat. Le roi avait agi en dépit des protestations de l'évêque, qui prétendait avoir seul la justice de la ville et, par suite, le droit de punir les coupables. De là, procès intenté au roi par l'évêque, appel à l'archevêque de Reims et au pape, interdit jeté par l'archevêque sur toute la province. Les témoignages entendus dans l'enquête de 1235 ont un certain intérêt historique. On y prend sur le fait le dédain peu déguisé avec lequel saint Louis, ou plutôt le gouvernement de Blanche de Caslille, traita les réclamations de l'évêque, qui était pourtant dans son droit.

« Comme, vers le milieu delà nuit, l'évêque apprit que le roi venait à Beauvais, il lui envoya deux délégués pour le prier de lui donner avis sur un fait si énorme, disant qu'il était tout prêt à faire justice suivant son conseil. A cela le roi répondit qu'il ferait lui-même justice, et la reine (Blanche de Gastille) répondit la même chose. L'évêque alla lui-même trouver le roi et lui dit : « Seigneur, ne me faites pas tort, « je vous requiers, comme votre homme lige, de ne pas « vous mêler de ce faitj car je suis prêt à faire justice sur- « le-champ et avec l'avis de votre conseil; et je vous prie « d'envoyer avec moi quelqu'un de votre conseil afin qu'il <' voie si je fais bonne justice ». Le roi répondit : « J'irai à Beauvais et vous verrez ce que je ferai ». Le jour suivant, le roi entra à Beauvais. L'évêque alla le trouver, avec plusieurs membres du chapitre, et le requit de nouveau suivant la manière susdite. Il fit lire devant lui les lettres du roi Louis (VU), touchant la justice que possédait l'évêché de Beauvais, et les lettres du pape relatives au même objet, puis le requit encore et dit : « que quelque justice que le « roi ordonnât de faire en cette matière, il se concerterait « sur ce point avec le conseil du roi, pourvu qu'elle se fît « par lui évêque ou son délégué ». Le roi ne répondit rien de bon. Le lendemain et les jours suivants il fit proclamer le ban, détruire des maisons, saisir des hommes. »

De propos délibéré, la royauté violait ici le droit féodal, puisqu'ollc refusait de faire justice par les mains du seigneur direct, qui était l'évêque. Elle immédiatisait la commune de Bcauvais. Non content d'avoir diminué le pouvoir épiscopal, au profit du sien, le roi demanda à l'évêque, en quittant Reauvais, une somme de 800 livres (plus de 200 000 francs) comme représentant son gîte de [cinq] jours. L'évêque répondit qu'il conférerait avec son cliapitre sur cette demande inusitée. Le roi refusa de lui donner même un jour de délai et fit saisir sur-le-champ les biens épiscopaux^.

Si un prince tel que saint Louis se conduisait avec aussi peu de ménagements envers ses prélats quand il s'agissait d'affirmer le droit de la monarchie sur les comnmnes, on peut juger des procédés qu'employèrent des rois moins scrupuleux, pour introduire dans les villes libres leur autorité directe.

A côté de tous ces faits qui nous montrent la royauté favorisant le mouvement communal dans les États vassaux, et essayant même de mettre la main sur les communes, l'historien peut en citer d'autres qui sont le résultat d'une politique absolument différente. Le même roi qui s'alliait avec des manants contre l'évêque ou l'abbé, pour développer son propre pouvoir et protéger le peuple contre les excès de la puissance seigneuriale, ne se faisait pas faute, en d'autres cas, d'abandonner les villes à leur sort et même d'aider la féodalité ecclésiastique à les remettre sous le joug. Les Capétiens furent à la fois fondateurs et destructeurs de communes, amis et ennemis de la bourgeoisie. On vit Louis le Gros défendre, contre le mouvement communal ou contre les prétentions des communes, les évêques de Laon et de Noyon, les abbés de Saint-Riquier et de Corbie; Louis Yll sauvegarder les droits des évêques de Beauvais, de Chàlons-sur-Marne, de Soissons, ceux des archevêques de Reims et de Sens, ceux des abbés de Tournus et de Corbie ; Philippe Auguste soutenir les églises de Reims, de Beauvais, de Noyon, livrer à l'évêque de Laon les communes du Laonnais et de la Fère. Sous saint Louis, Philippe le Hardi et Philippe le Bel, le parlement de Paris

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