jiry, £lablissemcnts de Rouen, I
que les communes se sont fait donner de leurs libertés par les seigneurs ont contribué, sans aucun doute, à la disparition des plus anciens titres.
Ces confirmations reproduisaient presque toujours le texte du privilège primitif, augmenté de dispositions nouvelles. Les gens des communes, voulant surtout conserver les concessions postérieures, plus développées et plus explicites ont laissé périr les textes primitifs. Aussi avons-nous perdu non seulement les originaux, mais le texte même du plus ancien privilège accordé à la plupart des communes de la France du nord. On n'a pu retrouver jusqu'ici la charte primitive d'Amiens, de Noyon, de Beauvais, de Laon (la première, celle de 1112], de Reims, de Sens, de Soissons, de Saint-Quentin, d'Aire, de Dijon, de Yaloncicnnes, d'Arras, de Rouen, etc., pour ne parler que des communes établies dans les centres importants. Ces chartes anciennes ne sont connues que par des confirmations rédigées souvent à une époque très postérieure. Or il est impossible d'affirmer que la reproduction du confirmateur soit absolument idenlique à la concession originelle. Quand on peut établir une comparaison entre deux confirmations, on est plus d'une fois obligé de constater que le dernier confirmateur a modifié le texte du premier, sans même toujours prévenir le lecteur des changements qu'il a introduits.
La rareté des chartes de commune originales les rend précieuses à tous points de vue^ Comme ces documents étaient en général des contrats synallagmatiques, plusieurs d'entre euxont été dressés sous forme de cirographes, c'est-à-dire écrits en plusieurs exemplaires, sur une même feuille de parchemin, exemplaires entre lesquels on traçait des lettres ou des mots coupés ensuite par le milieu, comme les pièces détachées d'un registre à souche. Chacune des parties contractantes (la commune et les différents seigneurs intéressés) recevait un exemplaire : les titres ainsi séparés pouvaient être représentés et vérifiés par la juxtaposition des coupures.
1. On peut citer parmi les plus anciennes: la charte de Snint-Omer, de 1127, conservée en double expédition dan- les archives de celte ville; celle de la commune rurale de Bruyères-sous-Laon, de 1129, à la bibliothèque municipale deLaoïi; celle d'Abbeville, de 1184, aux archives de la ville; celle d'Ersnies, de 1210, aux archives départementales de la Somme; celle de Fismes en Champagne, de 1227, aux archives communales de Firmes.
Ainsi furent expédiés les originaux de la charte de coninuMie de Sainl-Oiuer et de celle d'Abbeville. En général, ces chartes, scellées par les seigneurs de qui émane la concession, sont d'une helle écriture et d'un aspect solennel. Toules n'ont pas l'apitarcnce d'une kllre patente de grand format. En 1204, lorsque Philippe Auguste envoya aux habitants de Niort les Établissements de Rouen, qui devaient leur servir de charte communale, l'expédition (jui en fut faite, et qui existe encore aujourd'hui, était un rouleau composé de quatre peaux de parchemin cousues ensemble, long de 2 m. 70, large de 23 centimètres. L'écriture est une grande minuscule gothique calligraphiée et ornée d'initiales rouges '.
La charte communale était écrite d'ordinaire par le scribe seigneurial, au milieu d'une nombreuse assistance, dans laquelle se trouvaient, avec le seigneur concédant, les ecclésiastiques et les nobles de la localité, ainsi que les magistrats de la commune, et tout le peuple de la cité. L'auteur de la charte d'Abbeville a soigneusement indiqué que les serments avaient été prêtés et le contrat signé en présence de la population entière, « qui pouvait tout voir et tout entendre^ ».
L'original était rédigé en latin : mais, de très bonne heure, on le traduisit en français, ou dans la langue vulgaire du pays, seule comprise de la plupart des bourgeois. Ainsi s'explique l'existence des nombreuses traductions de chartes communales qui nous sont parvenues. Il n'est pas rare que le texte latin se soit perdu, et qu'il n'ait subsisté de la concession primitive que la traduction en langue vulgaire. La charte communale de Saint-Quentin, celle qui date du xi^ siècle, n'est connue que par une traduction ou plutôt une adaptation française du xiv siècle, dont la fidélité est d'ailleurs douteuse. Fait singulier, cette traduction n'a pas été retrouvée dans les archives mêmes de la commune de Saint-Quentin, mais dans celles de la commune d'Eu en Normandie. Au xn^ siècle, en effet, le comte d'Eu, voulant donner à sa ville les inslilutions communales, avait fait