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Malgré celle décision conciliante, en novembre 1717, nouvelles difficultés. Le conseil supérieur, ordinairement plus souple, « fait très expresses inhibitions et défenses à la dite Compagnie, de produire à l'avenir aucun règlement émané d'elle, qu'il ne soit au préalable approuvé de Sa Majesté ». Cela est effectivement bien pratique et propre à faciliter les affaires de la Compagnie; mais le fait est qu'on ne tient pas à les faciliter. En octobre 1718, le roi, « ayant été informé des besoins pressants de la colonie de Saint-Louis, côte de Saint-Domingue, et du peu de soin que prend la Compagnie d'y remédier, quoique Sa Majesté lui ait accordé, en 1698, la permission d'y négocier à l'exclusion de tous autres », suspend, à partir du 15 novembre prochain jusqu'au 15 mai 1719 inclusivement, le privilège de la Compagnie. Enfin, en mai 1720, ce privilège est révoqué purement et simplement. Le roi rappelle que la Compagnie a été fondée en 1698, et constate que « cet établissement à eu tout le succès qu'on pouvait espérer, el que ces pays sont occupés de grand nombre de familles qui s'y sont établies »; mais ce succès mème est la cause de la révocation du privilège.
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CAUSES D'INSUCCÈS 131 La population croissante, en effet, « peut occuper un plus grand nombre de bâtiments que la Compagnie n'est en état d'en envoyer ». La Compagnie pourrait peut-être augmenter le nombre de ses bâtiments, mais « elle craint de s'engager dans de nouvelles dépenses », et elle a « supplié Sa Majesté de lui rembourser tous les effets qui lui appartiennent tant en France qu'à Saint- Domingue et autres lieux et de lui accorder une indemnité pour la non-jouissance de son privilège ». Ce à quoi le roi consent, et, de plus, prend charge de continuer les affaires de la Compagnie (avril 1720).
Tout cela ne concorde pas très bien avec les documents cités plus haut, notamment avec l'Exposé des motifs de la suspension provisoire du privilège. Mais, à quelques semaines de là, tout s'explique : le privilège de la Compagnie de Saint-Domingue est transféré à la Compagnie des Indes, celle à laquelle on sacrifie tout et qui ruinera tout.
Et cela explique bien des choses. On dit souvent, en parlant de ces Compagnies de l’ancien régime : elles n’ont pas pu vivre. Il conviendrait souvent d'ajouter : parce que le roi les a tuées.
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S 3. Causes imputables à la gestion des Compagnies.
SOMMAIRE, — 1° impéritie; 2 mauvaise gestion financière; 3° mauvais régime économique; 4" altitude envers les indigènes et envers les colons.
Coloniser est une œuvre hérissée de difficultés. Quand on réfléchit à ce qu'elle exige de qualités : discernement, prévoyance, souplesse, fermeté, persévérance, on s'étonne moins des échecs qui jalonnent, à intervalles rapprochés, la grande roule de la colonisation. Les Compagnies de colonisation étaient-elles aptes au rôle dont elles se chargeaient, étaient-elles à la hauteur de la tâche qu'elles assumaient? La réponse à cette question n'est pas aussi embarrassante qu'on pourrait le croire : ces Compagnies n'étaient pas à la hauteur de leur lâche.
Si l'on avait voulu fonder des Compagnies
purement de navigation et de découvertes, voire de conquètes, on eût trouvé des éléments à foison parmi nos marins, nos armateurs et nos gens de guerre. Si l'on avait voulu fonder des Compagnies purement de commerce, on en eût trouvé
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CAUSES D’INSUCCÈS 133 également parmi tant de négociants du royaume qui, aux époques dont no’:s parlons, comptaient parmi les plus entreprenants du monde et les plus avisés. Si l'on avait voulu fonder des compagnies purement agricoles, nos agriculteurs, les plus patients et peut-ètre les plus ingénieux de ce temps-là, y auraient réussi à merveille. Si, enfin, l'on avait voulu fonder des Compagnies purement de finance, nos fermiers généraux, nos intendants, nos trésoriers, qui faisaient alors l'admiration de l'Europe, y auraient vraisemblablement excellé. Mais, à de rares exceptions près, on voulut fonder des Compagnies tout à la fois de navigalion, de découverte, de conquête, de commerce, de plantations et de finances, et l'on ne sut pas associer, au moins en nombre suffisant ou dans les proportions voulues, les talents mulliples, empruntés à tant de classes diverses de la nation, qu'il fallait pour mener à bien cette œuvre complexe.
Assurément, si l'on faisait le dénombrement des promoteurs, des actionnaires, des directeurs, des agents des Compagnies de colonisation, on y trouverait bien des noms d'hommes ou éminents ou supérieurs.
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Les annales de Marseille, de Bordeaux, du Havre, de Paris renferment des pièces tout à l'honneur des directeurs de certaines compagnies : tel ce Marlin, de Marseille, qui, presque en un tour de main, rétablit les affaires de la compagnie du Levant (1775).
Ces armaleurs de Saint-Malo, du Havre, de Rouen, ces agents qu'on emprunte, à prix d'or, aux Compagnies étrangères, ces capitalistes, ces conseillers du roi, ces ministres même, que nous trouvons associés aux Compagnies, ont tous quelques-unes des qualités indispensables à leur bon fonctionnement. Mais, d'une part, les gens de cour, les capitalistes, les gros marchands de Paris et des grandes villes ont souvent dans ces Compagnies un rôle considérable prépondérant; d'autre part, les souscriptions ne sont pas assez spontanées pour qu'on puisse librement, parmi les souscripleurs, choisir comme directeurs de ces compagnies les plus qualifiés. par leurs talents
et pour que les directeurs, une fois choisis, soient parfaitement indépendants. Trop de gens ont, de par leur argent ou de par la volonté du roi, une situation qui leur permet ou d'accepter les premiers postes ou de peser sur ceux qui les ocecu-
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CAUSES D INSUCCES 135 pent. La direction n'a pas d'unité; souvent même elle n'a ni sagesse ni prudence.
Il suffit de consulter les documents du temps pour s'apercevoir que ces observations sont fondées.
En 1701, le délégué de Nantes à l'assemblée (bureau du commerce) s'exprimait ainsi : « Le monopole accordé aux Compagnies est devenu nuisible : les Compagnies, composées principalement de Parisiens, élaient fort ignorantes sur le fait du commerce lointain. » Un autre expliquait, de celle façon originale, l'insuccès des compagnies d'Afrique formées par les Marseillais « Tant que l'on s'amusera aux Marseillais, jamais de compagnies ; ils se sont tellement abàtardis à leurs bastides, méchants trous de maisons qu'ils ont dans ce terroir, qu'ils abandonnent la meilleure affaire du monde plutôt que de perdre un divertissement de la bastide. »
Et cette opinion, maint document officiel vient la confirmer. Dans la charte de 1635, qui rétablit
la Compagnie des Isles de l'Amérique de 1626, il est dit que cette Compagnie de 1626 « a été comme abandonnée au moyen de ce qu'aucun des associés ne s’est donné le soin d'y penser,