‹ Les compagnies de colonisation sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 38 sur 52 · L-à-dire · texte numérisé non relu

L-à-dire

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CAUSES D'INSECCES (55

moyens pour y échapper sont innombrables, comme sont innombrables ceux qui en profitent.

C'est le roi, qui, à Saint-Domingue, avant élabli une colonie mdépendante dans une partie de l'île voisine du domaine de la Compagnie, prétend lui « ôter tout prétexte d'étendre ses privilèges » el se livre à une délimitation minutieuse de leurs terriloires respectifs (30 juillet 1711).

Ce sont les corsaires, munis de lettres de marque authentiques, qui font sur l'ennemi des prises énormes, et, les jelant sur le marché, déterminent aussitôt une baisse des prix, au grand détriment des Compagnies, dont l'intérèt est que le marché soit peu fourni.

Ce sont les colons eux-mêmes, qui se mettent à étendre leurs cultures et à augmenter leur produetion d'une facon inusitée: tels, par exemple, ces colons de la Martinique, de la Guadeloupe, de Marie-Galande, qui, avant perdu leurs cacaovers, se jettent avec fureur sur la culture du café, en inondent la place et en réduisent le prix à rien.

Ce sont les officiers de la marine royale, qui, profitant de ce que leurs navires échappent à la visite, se mettent, soit pour eux-mêmes, soil pour

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leurs amis, à vendre et à acheter, dans le territoire des Compagnies, sans passer par l'intermédiaire de leurs agents. Le roi le sait, le roi le défend (voir notamment, 22 octobre 1692, 12 octobre 1696, 13 mars 1717); mais ce trafic est trop lucratif et les Compagnies trop détestées : même le plus puissant des rois échoue dans ses efforts pour faire respecter le privilège des Compagnies, ses créalions.

Au surplus, les Compagnies, au bout d'un cerain Lemps, avaient non pas encouragé, mais facilité les brèches au privilège. Elles s'étaient aperçues qu'elles ne pouvaient parvenir à exploiter directement leur monopole et se résignèrent, alors, à en tirer parti, en le louant. Elles donnaient done, à des conditions variables, permission à certains armaleurs où marchands de trafiquer sur leur lerriloire. Cela se fit même de très bonne heure, dès 1640. Les Compagnies anglaises le faisaient; les Compagnies hollandaises le faisaient. Les Compagnies françaises le firent; et elles eurent raison de le faire. Et elles y auraient trouvé profil, si c’eûl élé une décision prise une fois pour toutes. Mais point. Elles ne se réso-

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CAUSES D'INSUCCES 157 transaction, indispensable et qui eût pu être fructueuse, entre leur monopole et la nécessilé publique. Elles cédaient pour un temps, puis se hâtaient de reprendre ce qu'eiles avaient cédé. De la sorte, elles décourageaient les gens honorables, les gros armateurs, qui ont besoin de stabililé, et qui, disposés à engager de gros capiaux, ne sauraient le faire dans des entreprises sans avenir certain.

Il faut dire toutefois qu'au moins au début les compagnies ne pouvaient sans illogisme renoncer à leur privilège et concéder à des armateurs particuliers le droit de faire les transports de France aux colonies et vice versa. En effet, l'un des plus puissants molifs qui avaient “té invoqués lors de la fondation des compagmes privilégiées de colonisalion, c'est la sécurité des mers et la nécessité, pour les navires, de voyager par convois. Ces convois, seule une grande Compagnie pouvait les former et les escorter. Mais si cette Compagnie, hors d'état d'exploiter le monopole que ce besoin prétendu de sécurité lui avait fait pour parlie accorder, concedaitl à des particuliers le droit de porter des marchandises aux îles, et que ces particuliers, une fois munis de celle

158 LES COMPAGNIES DE COLONISATION autorisation, se missent à naviguer sur toutes les mers seuls et sans escorte, alors le motif invoqué apparaissait comme peu sérieux; et, du mème coup, le principe des Compagnies privilégiées élait non pas ruiné, mais entamé.

Malgré ce que celle crainte pouvait avoir de fondé, les Compagnies ne purent pas longtemps se refuser à accorder aux particuliers de ces autorisalions. Et non seulement elles en accordèrent à des nationaux, mais elles finirent par en accorder mème aux étrangers. C'élail, ilest vrai, dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Mais le commerce élranger, quand il n'avait pas les autorisalions régulières, s'en passait. Ce fut l’une des plus grosses queslions du xvu' siècle et du xvin siècle !.

1. La volonté — sinon le pouvoir — d'interdire aux étrangers le libre commerce avec nos colonies, a été l'une des idées dominantes de l'ancien régime en matière de colonisation. Rien que pour les iles d'Amérique voici une liste — incomplète — des ordonnances, arrèts, ete., rendus à ce sujet: 25 novembre 163%, 10 septembre 166K, 12 juin 1669, 10 juin 1670, 29 décembre 1670, 48 juillet 1671, 4 novembre 1671, 28 novembre 1671,1% décembre 1674, 4% mars 1672, 16 décembre 1675, {l septembre 1677, 19 novembre 1677, 9 août 1678, 7 mai 1680, 41 octobre 1680, 15 août 1682, 11 décembre 1685,7 décembre16ss, 25 août 1690, 20 août 169$, 3 décembre 169$, 24 février 1700, 6 octobre 1706, 8 novembre 1702, 20 mai 170%, 24 juillet 1708, 5 juillet 1743, 20 novembre £713, 1° mai 1715, 20 décembre 1715,

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Elle se posa de bonne heure. Les Compagnies privilégiées, fondées par Louis XITE, par exemple, n'avaient, au moins en quantités suffisantes, ni vaisseaux, ni capilaux, ni crédit. Pour transporter aux iles les denrées et les approvisionnements, pour transporter en France les produits des colonies, elles manquaient de tout. Alors leurs colons, pour ne pas mourir de faim, pour ne pas voir se gâler les produits de leurs terres, s'adressaient à des Français particuliers, et plus souvent aux Hollandais, aux Anglais, aux Espa-

février 1716, 8 octobre 1716, avril 1717, 10 mai ue 9 novembre 1717, 26 novembre 1717, 26 nove mbre 1719, 23 juillet 1720, 14 mars 1722, 25 juillet 1724, 3 janvier 1725, 18 juin 1726, 20 août 1726, octobre 1727, 9 mai 17353, 23 juillet 1733, 11 octobre ne 5 juillet 1736, 27 mai 1136, 29 janvier 1737, 1 février 1, 25 septembre 1733, 24 juin 1746, 2, 3, 21 octobre IL avril 1754, 15 février 1757, 10 juillet 1759, 20 avril 1760, 19 août 1761, 10 octobre 1762, 17 mars 176%, 16 février nus 9 mai 1567, 29 juillet 1767, 1° mai 176, 16 août 1769, 2 2 juin 1770, 46 juin 1772, 6 août 1772, 27 avril 1353, 26 novembre 1733, 12 avril 1355, 9 octobre 1775, 6 juillet 1756, 20 juillet 1778, 15 mai 1784, 27 juin 1784, 30 août 17N4, 20 avril 1785, 23 septembre 1385, IS septembre 1785, 25 septembre 1785, 4 novembre 1385. Soit plus de SO textes de législation ou de jurisprudence interprétative. Nous aurions pu m'indiquer que le nombre mème de ces textes. Nous avons tenu à en citer les dates pour permettre à ceux qu'intéressent ces questions de voir que, mème lorsqu'on eut renoncé à s'occuper des colonies, on n'avait pas renoncé à les inter. dire aux étrangers, soit que ces étrangers, soit que les colonies mêmes, dussent trouver prolit à de mutuelles relations.

4 3! Î {' LEARN! 1 [ft LUE H hi Ï | LUE (£ ie 160 LES COMPAGNIES DE COLONISATION LS tu L Va | g M 4 ŒU ænols. Le roi avait beau le défendre sous des ù LE , ES | Q LA | peines sévères (25 novembre 1634) : sa défense

! n'élait pas écoulée.

ff 1 Il faut dire aussi que bien des choses contribuèrent à rendre cette défense ridicule. On aurait pu croire que « étrangers » signifiait

ï le tous ceux qui n'étaient pas Français. Mais non : fe il y avait les étrangers qu'on aimait etceux qu'on

n'aimait pas. Il y avait le commerce étranger pernicieux et le commerce étranger bienfaisant ; il il y avait les Espagnols avec qui l'on pouvail 1 trafiquer à l'aise (16 janvier 1688, # octobre 1690, | 4° octobre 1698, 28 octobre 1727) et les Anglais

hi} avec lesquels tout commerce était interdit. ï Outre ces variations de la politique royale, 1 d'autres causes contribuaient à ramener les { élrangers dans nos ports et dans ceux de nos 4 LA . : L) ° pl colonies. Les Compagnies, quand elles n'avaient “al pas de vaisseaux, et quand les armateurs franlIATT . , . . .

i cais n'en avaient pas non plus de disponibles, il s'adressaient directement aux etrangers et, h: malgré la défense du roi (42 juin 1669), leur déliif vraient l'autorisation d'aller commercer aux colo- È nies. D'autres fois, c'élaient des Français, con- #3, . . , N à .

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CAUSES D'INSUCCES 161 qui recédaient leurs concessions à des étrangers. Il y eut là, à cette époque, une question des passeports comparable à celle des acquits-àcaution de nos jours. Ce trafic de passeports, le roi l'interdisait également, mais on ne tenait pas compte de cetle interdiction; les bénéfices que procuraient ces opérations étaient énormes : les étrangers préféraient en courir les risques. Il fallut, à diverses reprises, envoyer des escadres françaises croiser devant nos colonies pour leur en empècher l'accès (1% mars 1672 et bien d'autres ordonnances), et le nombre de leurs tenlatives fut Lel qu'à diverses reprises les prisons ne purent pas contenir les équipages de leurs vaisseaux saisis (3 janvier 1725).

Malgré tant d'obstacles et de défenses, le commerce étranger (c'était le terme) continuait toujours. Et loujours il y avait à cela des raisons excellentes. C'étaient les guerres qui éclataient, pendant lesquelles nous n'étions plus maitres de la mer; nos convois n'étaient plus sûrs d'arriver à destination, les colonies risquaient de mourir de faim : alors on autorisait les étrangers à les approvisionner (16 décembre 1673, etc.).

D'autres fois, le commerce languissait; les

162 LES COMPAGNIES DE COLONISATION colonies étaient ruinées; pour ranimer le commerce, pour sauver les colonies, on autorisait les colons à porter leurs produits non pas sur les marchés français, mais sur les marchés étrangers (6 octobre 1700). A la fin, cela était devenu presque de règle. Il y avait une foule de navires, qu'on appelait les énterlopes, dont c'était l'habituel métier de trafiquer, ouvertement ou secrètement, entre l'étranger et les colonies françaises !,

Enfin, à tant de causes, venait s'en ajouter une autre, qu'on n'eût pas pu prévoir au début. C’est que la royauté, soutenue et encouragée, quand elle n'élait pas provoquée et poussée par l'opinion, semblait, par accès qui se renouvelaient lrop souvent, perdre sa foi dans des Compagnies, je veux dire dans le privilège, et d'un jour à l'autre, déclarait libre le commerce de telle région ou le commerce de tel article jusqu'alors réservé à une Compagnie privilégiée *. Le commerce des castors, par exemple, était, en 166%, concédé par privilège à la Compagnie des Indes occiden-

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