‹ Les compagnies de colonisation sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 5 sur 52 · FRE STE ET · texte numérisé non relu

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sation toujours périlleuse pour des bâtiments dont beaucoup ne jaugeaient pas 300 tonneaux, et de combats incertains entre rivaux égaux en force, en courage et en acharnement.

Ces risques, sur lesquels personne ne fermait les yeux, amenèrent, nécessitèrent la création de Compagnies. Ces Compagnies, au début, élaient des Compagnies de nature mixte : leur but élait le commerce; leurs moyens étaient la culiure el la navigation. Cullure, navigation, commerce, tout cela allait ètre conduit de front par les Compagnies de colonisation.

Ces Compagnies, nous v insistons, élaientune nécessité de l'époque. Pour mener à bien ces entreprises d'outre-mer, telles que les circonsltances économiques et politiques les avaient faites, il fallait engager des capitaux considérables et les exposer à des risques énormes. Or, des capitaux considérables, quels particuliers, à celle époque, en possédaient? En Hollande, en Allemagne, en France, en Angleterre, on n'en eût pas trouvé cent. Pour s'en assurer, il suffit d'ouvrir l'histoire des grands financiers de ce temps : on les compte par unités.

Metlons qu'on en eût trouvé assez : imagine-

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on qu'à une époque où la richesse par excellence était la terre, où les biens immobiliers élaient — et cela se traduisait dans les lois el dans les coutumes — seuls considérés, où l'argent comptant se placail, par contrats de gage, de rente, ou de vente à réméré (remplaçant l'hypothèque, plus moderne), si sûrement sur des domaines princiers ou royaux, imagine-t-on que les possesseurs de grosses fortunes, heureusement acquises et conservées, allaient les exposer dans des entreprises à ce point aléatoires? C'eût été de la folie. Ces entreprises ne pouvaient tenter que des aventuriers ou tout au plus des esprits aventureux. Après eux, séduits par leurs promesses el rassurés par leurs talents, des capitalistes ou des grands seigneurs s'engageraient bien pour une certaine somme, fraction minime de leur fortune. C'était tout ce qu'on pouvait espérer. Et c'est, en effel, ce qui se produisit.

L'exemple vint de Hollande. La Compagnie hollandaise des Indes, fondée en 1605, avait été confirmée ou modifiée en 1621, 1622, 1623. Son capital — environ 8 millions de francs — avait été réparli en actions de 4000 livres. Ce n'était

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pas, comme nos obligations ou nos quarts, nos cinquièmes d'obligation, accessible à toutes les bourses ; ce l'élait aux bourgeois, aux magistrats, à la petite et grande noblesse, surtout aux marchands et aux navigateurs.

L'exemple de cette Compagnie de Hollande eut sur les autres nations une influence considérable. Dans les premiers temps, ses dividendes élaient, année moyenne, de 30 ou de 40 pour 100; ils s'élaient mème élevés (1606) à 75 pour 100. Cela se sut dans toute l'Europe. Cela tourna toutes les tètes ; en Angleterre, en France notamment, les marins, les marchands réclamèrent des Compagnies de colonisation.

Les premières Compagnies, toutefois, ne furent pas privilégiées. Elles n'avaient pas, aux termes de leur charte, le monopole du commerce dans les régions qui leur élaient assignées. Mais ces premières Compagnies, presque sans exception, sombrèerent. On attribua leur échec à l'absence de privilège. Aussi, dès le second liers du xvi® siècle, on ne rencontre pas une seule charte qui ne réserve à la Compagnie, outre une foule d'avantages que nous énumérerons, le monopole

du commerce.

Les motifs invoqués pour le leur concéder se résument dans ces mots : ulilité, nécessité, juslice.

Utilité : es capitaux qu'on veut attirer ne viendront que bien difficilement, si on ne leur offre pas des avantages tout à fait exceptionnels;

Nécessité : si, dans la mème région, plusieurs compagnies ou particuliers peuvent faire le commerce, leur concurrence — toujours acharnée, l'expérience, notamment des Hollandais, l'a démontré — ne profitera qu'aux indigènes ou à leurs rivaux et de toute certitude ruinera les actionnaires ;

Justice : « N'élant pas juste, comme disent les notables de Tours, La Rochelle et Nantes, dans une Pétition à Louis XIV pour l'établissement d'une Compagnie des Indes, n'étant pas juste que les élrangers, ni mesme les autres François, jouissent de l'advantage que l'on prétent qui se peut rencontrer dans la suitte de ces voyages des Indes, après que les proposans y auront estably la seurelé aux risques de leurs personnes, leurs coust et despens. »

A ces lrois motifs, il en faut ajouter un dernier, d'un caractère plus général : la société de

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l'ancien régime reposait, dans ses lois, ses cou-

lumes, son esprit, sur le privilège.

Résumons-nous en une série de propositions :

Le commerce des Indes est la source d'immenses profils ;

Ce commerce, au bout d'un certain temps, exige la coopération de la colonisation;

Ces entreprises jointes ne peuvent se faire qu'avec des capitaux, des forces, une organisalion considérables :

Ni l'État loujours pauvre el toujours préoccupé des affaires continentales, ni les capilalistes, rares d'ailleurs et prudents, ne peuvent assumer isolément le risque d'entreprises fruclueuses mais aléatoires :

Les capitaux associés seuls le pourront;

Ils ne le voudront que si on leur fait, au moyen de privilèges concédés, miroiter des perspeclives rassurantes :

Le privilège est dans l'esprit, il est de l'essence de la société de l'ancien régime.

Voilà pourquoi la colonisation a été conduite par des Compagnies et pourquoi ces Compagnies ont été privilégiées.

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LS LES COMPAGNIES DE COLONISATION Cela et à l'étranger et en France, | æl Reste à montrer l'importance, le but, les pro-

’ ’ ‘ 0 | cédés de ces Compagnies en France.

S 2. Les compagnies de l'Ancien Régime.

SOMMAIRE, — Variété des Compagnies de colonisation Compagnies de commerce; Compagnies de commerce el de colonisations colonisation par peuplements colonisation par exploitation, — Les promoteurs : Henri IV, Richelieu, Fouquel, Colbert, — Liste des Compagnies de colonisation; valeur relative des chiffres : dédoublement des compagnies : fusion des compagnies,

Sous le nom générique de Compagnies de colonisation, on englobe, nous l'avons déjà dit, des entreprises de nature diverse : Compagnies de commerce et Compagnies de colonisation, ces dernières embrassant des colonies de peuplement el des colonies d'exploitation. Cela débute, en France, par des Compagnies purement de commerce; cela continue et par des Compagnies purement de colonisalion, et par des Compagnies à la fois de commerce et de colonisation, le type de la colonisation étant surtout la colonisalion par peuplement; enfin cela se termine par des Compagnies de commerce et de colonisation,

pro-

le type de la colonisation élant surtout la colonisalion dite d'exploitation. Tout cela est fort différent; tout cela n'en est pas moins appelé, par les publicistes du temps, Compagnies de colonisation.

Ces Compagnies apparaissent, dans notre histoire, avec les dernières années du xvi° siècle et les premières du xvn', Elles sont extrèmement nombreuses de 1599 à 1715, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, sous Henri IV et pendant la régence de Marie de Médicis, surtout sous Louis XII et Louis XIV, À partir de 1715, on n'en comple plus guère, Il est vrai qu'en 1719 on en vit se fonder une qui est peut-être la plus célèbre de loutes, la ,grande Compagnie des Indes, qui, après des forlunes diverses, ful liquidée en 1770. À ce moment, condamnées, avec la Compagnie des Indes, par l'opinion publique, les Compagnies de colonisation sont à peu près complètement abandonnées par le ouvernement.

Les noms les plus éclatants de notre pays sont attachés à l'histoire de ces Compagnies. Et nous ne parlons pas ici de toute cette noblesse qui s'y intéressa comme bailleurs de fonds, chefs d’es-

cedre, gouverneurs, amiraux, surintendants de la navigalion, ele. Nous parlons ici des personnages illustres qui en furent les promoteurs où les protecteurs. C'est tout d'abord Henri IV, qui, en dépit de l'opposition de Nullv, autorise ou encourage plusieurs sociétés, dont la plus célèbre fut celle du Canada; c'est ensuite Richelieu, qui donne à ces entreprises un développement considérable, sur lequel nous aurons à revenir; c'est, après lui, Fouquet, dont le rôle, longtemps méconnu, à été remis dans son véritable jour par son historien M. Lair, par le regretté M. Pigeonneau et son élève, M. Deschamps !; c'est, après Fouquet, Colbert et Louis XIV, dont nous aurons plus tard à nous occuper à loisir, sans prétendre, d'ailleurs, résondre le problème délicat, mais pour nous peu important, de savoir si Louis XIV a été, dans cette catégorie d'affaires, l'instrument où linspiraleur de Colbert; c’est enfin, après Colbert, le Régent et le

fameux Ecossais Law, puis toute la série des

l. Voir Foucquet, par Lair, 2 vol, in-8, Plon, 190: Pigeonneau, isloire du commerce, inachevée malheureusement: Deschamps, Histoire de la queslion coloniale en France, 1 vol., ISO, Plon.

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ministres qui ont fondé el soulenu des deniers mêmes de l'Etat la grande Compagnie des Indes.

Nous ne croyons pas Inulile de dresser la liste, à peu près, mais seulement à peu prés, exacte el complète des Compagnies de colonisation fondées de 1599 à 1789, date de la dernicre Compagnie de l'Ancien Régime.

1599 — Compagnie du Canada et de l'Acadie.

1600 — Compagnie de Sumatra, Java et des Moluques.

1600 — Compagnie du Corail (arrêt du Conseil du S février}, Pays Barbaresques,.

1600 — Compagnie de Saint-Malo, Laval et Vitré. dite

des mers orientales (tr Compagnie des Indes orientales; mais elle ne portait pas ce titre).

1602 — Compagnie du Canada ou dé la Nouvelle-France ('ondée par des marchands de Dieppe, Rouen, La Rochelle),

160% — Compagnie de la Guyane.

160€ — Compagnie Gerard Deroy, 2 Compagnie des Indes orientales (arrèt du Conseil, 427 juin 160%).

1613 — Compagnie du Canada (28), fondée par Champlain,

1615 — Compagnie des Moluques où La Flotte de Mont. morency (négociants de Rouen).

1615 — Compagnie Beaulieu et Le Lièvre.

1616 — Compagnie de Paris et de Rouen, 3° Compa-

nie des Indes orientales, 1620 — Compagnie du Canada (39), dite Compazsnie de Montmorency.

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