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Comme on le voit, cette conceplion était {rès voisine de cette autre, Gi allait bientôt et pendant deux siècles dominer la politique économique de presque tous les peuples : chaque nation doit se suflire à elle-même: c'est la base de tout le protectionnisme, depuis Colbert jusqu'à nos jours,
Partant de ce principe, chaque peuple marilime s'équipa, arma des bateaux, mit à leur tête de hardis capitaines, et tenta de découvrir ces pavs d'au delà du cap de Bonne-Espérance (Indes, Cathay, Malaisie), ou par delà les iles du Cap-Vert (Antilles, Indes occidentales), dont Portugais, Hollandais et autres gardaient jalousement le précieux secret. Cette lutte, dont l'amiral Jurien de la Gravière nous à raconté quelques brillants épisodes dans ses Warins du quinsième siècle, amena ce résultat prévu que bientôt Anglais, Francais, Espagnols disputèrent aux Hollandais et aux Portugais le tralie des denrées exoliques dont ceux-ci avaient eu jusqu'ici le monopole.
Et le commerce de ces denrées prit tout de suiie un développement considérable.
Naturellement les nations qui S v adonnaient
10 LES COMPAGNIES DE COLONISATION se jalousaient. Leur premier soin avait été de se “acher mutuellement les routes découvertes ; quand cela devint impossible, elles cherchèrent à s'enlever réciproquement leurs navires. Tout navire portant un pavillon étranger était un ennemi : cette époque vit des combats homériques. Pour obvier autant que possible aux conséquences fâcheuses des embuscades et des attaques, on faisait partir les bateaux en convois, souvent mème, on les faisait escorter par des navires de guerre. De là, entre armateurs, entre marchands, des associalions qui, à la fin du xvi siècle, avaient une réelle importance. C'élaient des associations de commerce; ce n'élaient pas encore des Compagnies de colonisation. Voici ce qui amena la transformation. Les diverses nations européennes qui faisaient à l'envi le commerce des épices, aboulissaient fatalement à visiter les mèmes lieux. On ne trouvait pas, comme aujourd'hui, après des siècles de dissémination et d'acclimatation des plantes, loutes ces denrées exotiques : vanille, café, thé, poivre, ete., indifféremment sous toutes les longitudes. On les trouvait en tel endroit connu, parfois en tel autre endroit proche du
premier, mais non pas ailleurs, non pas partout. Il en résullait que tous les navigateurs de toutes les nations, en quèle des mèmes produits, visilaient les mèmes contrées. Or, les denrées qu'ils venaient chercher, la nature ne les produit pas en quantités inépuisables. Les indigènes n'en apporlaient que des quantités limilées. Souvent, le premier navire emportait tout le stock disponible; ceux qui venaient après lui ne trouvaient plus rien à charger et n'avaient d'autre ressource, pour n'avoir pas fait un voyage inulile, que de courir sus au premier et de s'emparer de sa carsaison. Et cela se passait ainsi mème entre nalionaux.
Les marchands imaginèrent alors de faire non plus seulement du commerce, mais de la colonisalion.
Pour cela, dans les territoires propices, parmi les peuplades adonnées à ces sortes de cultures, on insliluerait d'abord des comptoirs, d'où les marchands européens établis à demeure stimuleraient les cultivateurs indigènes; ensuite, si cela ne suffisait pas, on prendrait la culture en main, soit avec le seul concours des indigènes,
soil mème avec l’aide d'Européens immigrés.
Du coup, à la conception primitive du commerce se joignait la conception de la colonisalion.
Celle transformation allait avoir une influence décisive sur la facon de faire les affaires. Maintenant 1l ne s'agissait plus seulement d'aller chercher ces denrées aux pays d'origine et de les rapporter en Europe; il fallait désormais les produire, les récolter, les préparer, les transporter, les vendre. Avec la durée moyenne des récolles et des voyages, on calculait que l'argent parti d'Europe et engagé dans ce genre d'entreprises n'en pouvail pas revenir avant trois années pleines. Trois longues années à attendre, sans compter les risques.
Et ces risques étaient considérables. C'élaient sur terre les incertitudes et les inclémences des saisons, plus redoutables sous ces climats encore mal connus, qui pouvaient rendre inutiles les soins des cultivateurs; c'élaient l'humeur et les exigences des populations et surtout de leurs chefs, ces innombrables potentats des régions océaniennes et asiatiques, avec lesquels 11 fallait sans cesse négocier pour ne pas combattre ; c'élaient enfin, sur mer, les hasards d'une navi-