‹ Les compagnies de colonisation sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 8 sur 52 · ES · texte numérisé non relu

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CAUSES, BUTS, PROCEÉDES 25

1777 — Compagnie de Cayenne ou de la Guyane fran-

caise, 1384 — Compagnie de la rivière du Sénégal et dépendances.

1389 — Nouvelle Compagnie des Indes.

C'est Fi une liste fort longue, el pourtant, je le répète, encore incomplète". [ne faut pas, toutefois, que, par sa longueur, elle nous fasse illusion.

Tout d'abord, la simple énuméralion qui précède montre à première vue que certaines Compagnies qui font l'objet de deux ou trois numéros sont les succédanés les unes des autres. I y à eu, par exemple, 7 Compagnies des Indes orientales, 3 Compagnies de Chine, 3 du cap Nord, ele. Ce sont autant d'entreprises distinctes, et, par cela qu'elles sont distinctes, elles altestent Ja confiance persistante de l'opinion dans ce ecnre d'affaires; mais elles portent toutes sur le mème territoire ou peu s'en faut, et ce sont seu-

1. I serait malaisé de dresser une liste complete et exacte, I faudrait pour éela avoir Les chartes de toutes les Comp unies formées. Or, ces chartes n'ont jamais été publiées en corps. Ten résulte que, faute de documents de premiére main, les publicistes se copient, sauf que les dates, le nom, l'objet de chaque compagnie varientun peu de Fun à l'autre.

26 LES COMPAGNIES DE COLONISATION lement leurs insuccès successifs qui causent leur multiplicité.

Notons encore cel autre aspect de la question. Beaucoup de Compagnies sont le dédoublement ou, au contraire, l'agrégation, la fusion, de Compagnies différentes. En 1633 el en 163%, nous voyons se former une Compagnie du cap Vert, une Compagnie de Guinée et une Compagnie du cap Blanc : les deux dernières sont des démembrements de la première. La Compagnie de 1633, du cap Vert, s'étendait au Sénégal, au cap Vert et à la Guinée. Son domaine — et c'est là une

observalion que nous aurons souvent à faire élait trop vaste pour elle; elle en cède, on pourait dire elle en recède, une partie aux deux autres : à la Compagnie de Guinée, le territoire qui va de Sierra Leone au cap Lopez, à la Compagnie du cap Blane, celui qui va du cap Lopez au cap Blanc. Mème observation pour les Compagnies fondées en 1673, 1679, 168%. La première (1673) s'appelle Compagnie du Sénégal:

quelques années plus lard (1679), se crovant de taille à suflire à une che plus lourde, elle joint à son lerriloire premier la Guinée; puis elle lrouve, à l'expérience, cette che vraiment trop

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CAUSES, BUTS, PROCÉDES 27 lourde et, de Compagnie du Sénégal et de Guinée, elle redevient en 168% simplement Compagnie du Sénégal.

En sens inverse, certaines Compagnies se forment en englobant plusieurs sociétés préexislantes, La Compagnie des Indes occidentales de 1664 s'élève sur les ruines de la Compagnie de la France équinoxiale (1663), formée elle-mème de plusieurs Compagnies antérieures, La Compagnie des Indes orientales de 1664 se forme des débris de la Compagnie de la France orientale de 1642, et de la première Compagnie de Chine (1660). Mais bientôt elle trouve son domaine trop vaste : elle abandonne (1666) son privilège sur Madagascar, et cède une partie de ses droits à la deuxième Compagnie de Chine (1697). De mème, la grande Compagnie des Indes de 1719 <e forme en absorbant la Compagnie des côtes d'Afrique (1712), la Compagnie de Saint-Dominique (1698), et la Compagnie de la Louisiane (1712 et 1717). Puis, au bout de quelques années, elle renonce à Saint-Dominique (172%), aux côtes de Barbarie (1530), à la Louisiane (1731), el se cantonne sui le seul terriloire des Indes orientales.

Ainsi la multiplicité des Compagnies n'im-

2n LES COMPAGNIES DE COLONISATION plique pas nécessairement la multiplicité des points sur lesquels elles opèrent. Le territoire colonisé ne s'étend pas nécessairement avec le nombre des Compagnies : toutes se succèdent presque sur les mèmes points, hérilant, à prix d'argent, des établissements de celles qui les ont précédées. Toutes se cantonnent — si cantonner peut ètre un lerme exact quand il s'agit d'aussi immenses étendues — sur les mèmes points. Ce sont : en Amérique, le Canada, la côte est des États-Unis, les Antilles et les iles voisines, In Guyane; en Afrique, la côte occidentale, un point des côtes de la Barbarie el enfin Madagascar ; en Asie, les Indes, la Chine et lIndo-Chine ; en Océanie, d'ailleurs fort rarement visitée par nos navigateurs el par nos colons, Java et Îles Moluques.

Tel est le territoire où nous avons tenté de créer de nouvelles France, Nos efforts n'ont pas partout réussi, et 1l est bien certain que notre empire colonial d'aujourd'hui ne doit que fort peu de chose à l'Ancien Régime; mais l'Ancien Régime n'en peut pas ètre tenu pour lotalement responsable. [avait transmis au premier Empire, malgré les désastres des traités de 1711 et de

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CAUSES, BUTS, PROCÉDÉS 29 1763, un ensemble de colonies encore admirable : l'Empire n'a pas pu les conserver. La responsabilité de l'Ancien Régime est ailleurs. Elle consisle en ceci, qu'avant fondé des colonies, il n'a pas su dans li métropole intéresser assez de gens à la conservation de ces colonies, et dans ces colonies atlacher assez de gens au maintien du lien avec la métropole.

C'est ce qui apparaitra plus tard au cours de ces

études,

S 3. Le but, les moyens. les chartes.

SOMMAIRE, — But religieux et but politique. — But religicux : propager la foi catholique: but politique : étendre la puissance de la France et enrichir ses sujets. Movens : Compagnies de commerce et de colonisation: peuplement plus accentué sous Richelieu: commerce plus accentué sous Colbert, — Chartes : action plus où moins profonde de la Cou ronne: évolution des chartes dans le sens de Fintervention grandissante du rois exemple des chartes concédées aux iles d'Amérique.

Les Compagnies privilégiées de colonisation de l'Ancien Régime, à quelque époque qu'on les considère, se proposent un double but : un but religieux et un but politique. Le but religieux est de propager dans de nouvelles contrées la foi

30 LES COMPAGANIES DE COLONISATION catholique; le but politique est, par la colonisalion, d'étendre le domaine et la puissance de la France el d'enrichir ses sujets.

La religion, au premier abord, semble n'être qu'un moyen. Dans les leltres de provision accordées au due d'Ampville pour lui conférer la charge de vice-roi et lieutenant général (1655 juillet), Louis XIV, encore en tutelle, constate que les premiers navigateurs et colons, assistés par son père el son aïeul, avaient recherché « des lerres propres el commodes pour faire des habitations capables d'établir des colonies, afin d'essaver, avec l'assistance de Dieu, d'amener les peuples qui en habitent les terres à sa connaissance et les faire policer et instruire à la foi catholique, apostolique et romaine, et, par ce moyen, Y élablir notre autorité et introduire : quelque commerce qui puisse apporter de l'utilité à nos sujets ». Cela semble décisif et évident : la religion n'est ici qu'un instrument.

Mais celle première opinion ne lient pas devant l'examen des faits. Toute la première période de la colonisation française accorde, à limitation de la colonisation espagnole, une large part de ses

efforts à la propagation de la foi. Les membres

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de la noblesse et du tiers qui s associent à ces entreprises consacrent des sommes considérables à l'établissement des ordres religieux dans les nouvelles possessions ; les chartes des com pionies mentionnent l'obligation d'entretenir des prètres et°des religieux en nombre déterminé: les ordonnances du roi renferment de nombreuses dispositions contre les ennemis de la vraie foi et en faveur des religieux des divers ordres ; enfin, Îles dénombrements des colonies ou d'autres documents, tels que ceux qui furent publiés après l'expulsion des jésuites en 1762, attestent l'importance de la richesse 1immobhilivre du clergé, partant importance de ce clergé, au moins du clergé régulier.

Et, en somme, la religion catholique, quelque médiocres! qu'aient pu ètre certaines de ses recrues dans les colonies, à pu, en somme, S'y inplanter définitivement, si bien que Ta moitié

nest pas nécessaire d'insister sur ce point. Nous citerons toutefois, entre cent documents probants, les suivants : Lellre du ministre, 30 septembre 1721, aux administrateurs Sur quelques points de religion: drel Sur COUL qui nt gent «de faire baptiser leurs enfrints. novembre 1742, Ft octobre 1743: Lellre du S février 1761 er certains abus en mualière de religion de lt part des qens de couleur, et surtout Manrle-

ment du vice-préfet des Dominicains, qui supprime la messe de minuit. 15-20 novembre 1551,

nE- LES COMPAGNIES DE COLONRE:ATION du continent américain el presque toutes les îles sont étroitement et probablement à jamais attachées à celle religion que la colonisation s'était proposé d'y établir,

Voilà pour le but religieux.

Le bul politique, le seul qui doive nous occuper iel, est, comme nous le disions plus haut, d'augmenter le domaine et la richesse de la France, Pour cela, nos rois recourent volonliers el, pendant un certain Lemps, à peu près exclusivement, aux compagnies dites de coionisalion; mais ces compagnies se présentent à nous ous des aspects qui varient avec Île temps.

Les premières compagnies sont surtout des compagnies de découverte, d'occupation et de commerce, mais déjà il s'y joint quelques tentalives de colonisation : telles sont les compagnies du règne de Henri IV et de la régence de Marie de Médicis. Celles qui viennent ensuite sont surout des compagnies de colonisation, et de colonisation par peuplement : sur des terriloires à peu près dénués d'habitants ou qui, du moins, renferment d'immenses espaces libres, on se propose de transplanter un nombre suffisant de

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CAUSES, BUTS, PROCÉDÉS 43 Francais qui, par mariage soil avec des Fran-| caises, soit avec des femmes indigènes converlies et naturalisées, eroitront et mulliplieront et fonderont de nouvelles France, C'est le caractère principal des compagnies que fonde Richelieu, et ce caractère apparait nettement dans Îles chartes de ces compagnies et se révèle aussi par leurs litres : les compagnies du Canada ou de la Nouvelle France, de la mer des Indes ou de la France orientale, du Cap Nord ou de la France septentrionale, de la Guyane où de la France équinoriule, ele,

Toutefois, à côté de ce caractère principal : compagnies de colonisalion par peuplement, se maintient encore le caractère de compagnies de commerce, Ce caractère apparait dans les lettres patentes qui ont créé Richelieu grand maitre, chef el surintendant général de K navigation el du commerce et dans le texte mème de ces lettres palentes, qui autorisent Richelieu à se préoccuper de la fondation d'une compagnie puissante et bien réglée, pour entretenir un commerce par terre el par mer et lengagent à examiner toute proposition faite sur le sujet de l'établissement du commerce. EE, au surplus, tout ce que nous

savons, tous les documents de nos archives nous montrent Richelieu et ceux qui le conseillent préoccupés du commerce presque autant que du peuplement mème des colonies,

Ce caractère d'entreprises commerciales s'accentue sous Louis XIV. Sans doute, Louis XIV elses ministres n'abandonnent pas — loin de là — la colonisation par peuplement, mais ils altachent au commerce plus d'importance encore que ne faisait Richelieu. Cette importance apparail, un moment, prédominante : cela, à la fin du règne de Louis XEV el surtout sous la Régence, quand se fonda la compagnie des Indes. À ce moment, le commerce est la principale préoccupalion, et le titre « compagnies de colonisalion » semble tout à fait décevant. Puis cette compagnie des Indes, la plus considérable et presque la seule dont il vaille s'occuper pendant le xvi° siècle à partir de 1725, agrandit ses bases d'opéralions, élargit ses ambitions et devient tout à la fois compagnie de commerce el compagnie de colonisalion, colonise soit par peuplement, soil par exploitation, fonde des comptoirs, occupe des territoires, fait de la politique, traite

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