DEPUIS LA GRANDE RÉVOLUTION
œuvres détruites, se sont vengés de leur ingrate patrie en répandant chez des peuples lointains non seulement la culture et les dévotions françaises, mais l'amour de cette France bienfaisante qui leur envoie ses enfants; il n'est pas jusqu'à notre commerce qui ne bénéficie de ce rapprochement des intelligences et des cœurs.
Le Saint Siège, après avoir compati aux peines de ces proscrits, les a encouragés en les chargeant de fonder des districts nouveaux dans les pays infidèles; il leur a assigné d'importants champs de travail et a appelé à l'épiscopat ceux qui s'étaient rendus dignes de sa confiance.
Je n'ai parlé encore que de la France, une autre cause a contribué à la multiplication des instituts religieux. C'est une sainte émulation qui a provoqué parmi les nations catholiques le désir de posséder toutes des Sociétés de missionnaires recrutés dans leur propre milieu. Ce besoin de décentralisation de l'apostolat avait commencé d'abord en France, quand est sortie de la région lyonnaise la Société des Missions Africaines de Mgr de Brésillac (1856) suivie par la Communauté des Pères Blancs du Cardinal Lavigerie (1868).
En Italie, un Séminaire des Missions Etrangères a été ouvert, en 1 850, à Milan; un autre s'est établi à Rome, en 1 867 (il est vrai qu'il a été supprimé en 1926 et réuni à celui de Milan). Mais il y a en Italie les Missionnaires de Plaisance (1888), ceux de Parme (1895) et Turin possède, depuis 1908, l'œuvre de la Consolata, dont les élèves se préparent à l'évangélisation des Chinois.
Les Espagnols ont fondé pour leurs colonies deux œuvres dont le siège est à Vich et à Lerida. Les Belges ont créé, en 1866, la grande Société de Scheut, pour la Chine et le Congo; les Anglais ont celle de Mill-Hill (1866); les Irlandais, celle de Saint Colomban, toute récente. L'Allemagne a organisé la Société de Verbe Divin, dont le siège est àSteyl, près de Ruremonde, car, lors de cette fondation (1875) les lois de leur pays proscrivaient encore les congrégations assimilées, à tort ou à raison, aux Jésuites. La communauté, encouragée plus tard
par le pouvoir, a pris un développement que la Grande Guerre n'a fait que ralentir momentanément. Aux Etats-Unis grandit rapidement la Compagnie de Mary-KnoU, dans un magnifique élan de prosélytisme surexcité par le désir de faire plus et mieux qu'une Europe vieillissante.
Quant aux Salésiens, leur humble fondateur n'avait d'abord en vue que la préservation des enfants de la classe artisane du Piémont, mais, béni par le saint prêtre, le grain de sénevé est maintenant un grand arbre. Les Salésiens sont partout : dans les grandes villes d'Europe, comme en Chine et en Patagonie.
Depuis quelques années, et surtout depuis la Grande Guerre, de puissants courants d'émigration emportent par milliers les pauvres gens à qui leur pays natal ne fournit pas le moyen de gagner leur vie. Ils s'en vont presque à l'aventure, enrégimentés par des agences mercantiles, ils iront débarquer dans des contrées dont ils ignorent les mœurs et la langue et où ils ne trouveront que rarement un prêtre capable de s'occuper d'eux. Polonais, Allemands, Italiens, Slaves et Syriens erraient comme des brebis perdues et c'est l'honneur de quelques prélats italiens, tels que le fameux Mgr Bonomelli, de Crémone, d'avoir essayé de parer aux dangers qui menaçaient ces infortunés déracinés.
Encouragées par le Pape, plusieurs Sociétés religieuses se sont mises à envoyer quelques-uns des leurs au secours des expatriés dont la persévérance chrétienne était en péril. Il s'en est même créé une qui n'a pas d'autre objet: c'est la Compagnie de Saint-Paul qu'avait bénie, avant de mourir, le vénéré archevêque de Milan, cardinal Ferrari.
Il ne peut entrer dans mes desseins d'exposer ici, même sommairement, l'histoire des origines et du développement des quelque soixante congrégations qui ont paru depuis un siècle. Ce serait un long chapitre, aussi instructif qu'édifiant, qui exposerait la biographie de leurs fondateurs; il ajouterait de bien beaux épisodes à la Vie des Saints.
Un tel travail est pour solliciter la plume d'un prêtre, et si Dieu me prête vie, saurai -je résister à cette tentation?