‹ Les compagnies de prêtres du XVIe au XVIIIe siècle [microform]Chapitre 18 sur 20 · DEPUIS LA GRANDE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DEPUIS LA GRANDE RÉVOLUTION

PENDANT un quart de siècle, les ruines matérielles et morales n'avaient pas cessé de s'accumuler : les monastères les plus vénérables avaient disparu pour toujours; de magnifiques monuments avaient été victimes d'un aveugle vandalisme; d'incomparables richesses d'art avaient été anéanties, de précieuses bibliothèques avaient été mises au pillage et les ennemis de la Foi Chrétienne paraissaient vainqueurs.

Mais l'Eglise participe à l'éternité divine et sa vitalité ne s'éteint jamais parce qu'elle repose sur un élément surnaturel contre lequel la fureur des impies est impuissante. Avant même qu'eût cessé le régime persécuteur, des communautés nouvelles étaient nées et beaucoup des anciennes retrouvaient leur vigueur.

On classe les Sociétés religieuses autour de trois types, qui répondent chacun à l'un des principaux besoins et devoirs de la famille chrétienne : la Contemplation et l'Immolation, l'Enseignement et l'Education; l'Apostolat des ignorants et des infidèles.

Il est à remarquer que ces trois formes de l'esprit religieux demeurent rarement isolées, qu'elles savent se compénétrer et se compléter en réagissant les unes sur les autres; elles obéissent à des circonstances, en apparence fortuites, mais en réalité providentielles, que la Sagesse Divine avait connues avant qu'elles eussent été révélées aux hommes. L'austérité du pénitent, les travaux ardus du théologien et du savant, les aridités du professorat, l'abnégation du missionnaire, l'élo-

quence des uns et l'humilité des autres ne sont que des manifestations parallèles du sentiment commun à tous les prêtres qui ont la volonté de se dépenser pour le salut des âmes.

Nous avons pu voir, par exemple, comment les Pères du Saint-Esprit, institués par M.PouUarddes Places pour assister les pauvres écoliers de l'Université de Paris, sont devenus une puissante îissociation de missionnaires consacrés àl'évangélisation des Noirs. De même, les Lazaristes qui s'étaient groupés pour aller prêcher dans les campagnes de France ont aujourd'hui à propager le Christianisme dans le quart de l'Empire chinois. Les Barnabites ont abandonné la Lombardie pour porter la lumière de l'Evangile dans les Deux- Amériques.

Parmi les Sociétés qui ont commencé leurs travaux pendant la Révolution par des œuvres de piété, voici les Picpussiens, les Maristes et les Marianistes que l'Esprit de Dieu a dirigés vers les archipels que baigne l'Océan Pacifique; les Oblats de Marie-Immaculée se contentaient, à l'origine, de missionner dans nos provinces du Sud-Est, et ils sont partis à leur tour pour répondre à un mystérieux appel de Dieu; oubliant le gai soleil de leur Provence, ils se sont enfoncés dans les brumes glacées des régions polaires.

II est à remarquer que l'un des principaux facteurs de cette dispersion des ouvriers apostoliques a été la persécution, non pas voulue, mais permise et utilisée par la Providence... Salutem ex inimicis nostris! Telle modeste compagnie de missionnaires diocésains avait longtemps végété dans une contrée restreinte, où elle dirigeait peut-être quelques vagues collèges, mal pourvus en professeurs comme en élèves. Une loi inique les a privés du droit d'enseigner, et, franchissant les frontières, ils ont été se rajeunir au contact de peuples dont ils avaient longtemps ignoré jusqu'à l'existence. Toujours apôtres, ils ont changé d'apostolat, ils ont ouvert des maisons d'éducation, se sont mis à prêcher dans une langue nouvelle et les voici qui édifient le clergé qui les a accueillis par leur régularité religieuse; ils se sanctifient en sanctifiant les autres. Les religieux français, en relevant sous un autre ciel et en multipliant leurs

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