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Les petites villes sont avides de nouvelles et obéissent en cela à cette curiosité ardente qui naît de l’oisiveté. A B..., sous-préfecture de l’Indre, dans les cercles de la bourgeoisie et de la noblesse, chez le maire et le souspréfet et chez le payeur du département qui passait l’été dans cette ville, où il possédait une magnifique maison de campagne, la rumeur publique se trouva éveillée im soir par l’arrivée d’un étranger. Une chaise de poste était arrivée à l’A igle-Rouge, le meilleur hôtel de la viUe, et de cette chaise de poste était descendu un jeune homme de vingt-sept à vingt-huit ans, beau, bien fait, de tournure distinguée, et que deux grands laquais chamarrés et galonnés appelaient à outrance M. le marquis. On savait le titre, mais on ignorait encore le nom.
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LIiS COMPAGNONS
Que venait faire le voyageur à B...? C’était ce que nul ne savait, ce fut ce qui fournit à chacun le thème d’uu commentaire. Selon les uns, c’était un touriste, uu graud seigneur voyageant pour son agrément ; selon d’autres, un agent diplomatique. Dans la bourgeoisie, alors fort libérale, ce titre de marquis jeté par ses gens à la tête du jeune étranger souleva naturellement une foule de discussions des plus aigres contre la noblesse. Dans la noblesse, chez la vicomtesse de Cardonue, qui représentait à B... le faubourg Saint-Germain, un commentateur hardi émit une opinion qui souleva des tempêtes pour et contre.
— Mesdames et messieurs, dit le chevalier de Liauville, un tout jeune homme qui passait à B... pour excessivement spirituel, je parie que cet étranger se rend à Mort-Dieu.
— A Mort-Dieu ! s’écria-t-on de toutes parts et comme si un nom frappé d’excommunication eût été prononcé.
— Sans doute, ajouta le chevalier avec aplomb.
— Et pourquoi faire? demanda la baronne de Liauville,'mère du chevalier.
— Pour épouser madame de Mort-Dieu, dont le deuil est expiré depuis trois mois,';»époudit le jeune homme.
Ces paroles donnèrent lieu aux exclamations les plus étranges et qu’il serait fort difficile d’expliquer, si nous ne disions quelques mots sur la situation de la jeune veuve vis-à-vis de la première société de B...
Feu le baron de Mort-Dieu, on le sait, avait eu une
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existence lugubre et tourmentée. La femme coupable, le fils du hasard, lui avaient inspiré un profond dégoût de sa maison. Tant que vécut la première madame de Mort- Dieu, le baron ne passa dans ses terres que le temps où sa femme en fut absente, et il voyagea une grande partie de l’été chaque année. En son absence, la baronne, qui aimait le bruit, les fêtes, le monde, tint table ouverte à Mort-Dieu, reçut et festoya la noblesse des environs qui la tint pour une femme charmante, traita le baron de maniaque et d’original, et prit le deuil le jour où elle mourut. Dès lors la résidence du baron, qui ne quitta plus Mort-Dieu, devint triste et morne comme lui : plus de galas, plus de bals sur les belles pelouses du parc, plus de fêtes nocturnes dans les charmilles...
Du vivant de sa femme, on professait déjà une mince estime pour M. de Mort-Dieu ; quand elle fut morte, on le détesta cordialement.
Cependant un jour le bruit courut qu’il allait se remarier, épouser une femme de dix-huit* ans, spirituelle et jolie, qui rendrait le mouvement, la vie, le soleil à cette maison, qui avait pris la morne apparence d’un sépulcre. Les anciens convives de la première baronne tressaillirent d’aise et crurent le beau temps de Mort-Dieu revenu ; mais ils furent cruellement trompés dans leur attente : M. le baron ne fit part de son mariage à personne et ne présenta sa jeune femme en aucun lieu. On le blâma sévèrcment'et on le taxa de jalousie; mais les années s’écoulèrent, et la conduite des deux époux ne subit aucune
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variation. Ils allaient à Paris eu lévrier et revenaient à Mort-Dieu à la fin de mai, imitant en cela leS Anglais et une partie de notre aristocratie actuelle, qui passe l’automuc tout entier et le mois de janvier à la campagne pour ne rentrer eu ville qu’à la clôture des chasses.
Dix ans s'écoulèrent sans qu’on eût vu nulle part la nouvelle madame de Mort-Dieu, et la baronne aurait pu compter dès la seconde année autant d’ennemis acharnés qu’il y avait de châteaux et de colombiers dans les environs.
Enfin M. de Mort-Dieu mourut. Quand cette nouvelle parvint à B..., le beau monde respira; on alla même jusqu’à dire que la baronne était une femme aussi bonne, aussi spirituelle et charmante qu’on la disait joüe, et qu’elle avait souffert le martyre avec son vieil époux. Et l’on chanta pour elle l’heure de la délivrance, et on se promit bien d’envahir de nouveau les charmilles et les pelouses de Mort-Dieu. La baronne u’avait alors que vingt-huit ans. Elle se remarierait, pensait-on ; et toutes les mères qui avaient un fils à marier dressèrent aussitôt leurs batteries; mais quelle ne fut pas la stupéfaction^ l’indignation même de toute la ville de B..., lorsque l’on apprit que madame de Mort-Dieu comptait ne rien changer à son existence passée et continuer à vivre dans la sohtude I
Les visiteurs furent reçus poliment, mais avec cette courtoisie sèche qui dit nettement l’intention formelle de ne point nouer des relations ultérieures. On apprit alors
la teneur du testament fait par le défunt. M. de Mort- Dieu, recourant à tous les subterfuges accordés par la loi, déshéritant le chevalier de Mort-Dieu, son fils, au profit de sa femme, fut jugé comme un homme indigne et dégénéré. Madame de Mort-Dieu jouissant des fruits de cette spoliation sans remords devint une femme perdue de réputation. Ce fut bien autre chose encore lorsque M. de Verne, obtenant un congé, vint passer huit jours à Mort- Dieu, seul à seul avec cette jeune tante qui avait cinq ans de plus que lui tout au plus. Dès lors madame de Mort-Dieu fut en butte à toutes les calomnies et mise au ban de l’opinion. On comprendra donc aisément la stupéfaction indignée que produisit l’assertion du jeune chevalier de Liauville.
— Impossible! s’écria-t-on, cela est impossible, on n’épouse point une femme comme la baronne de Mort- Dieu !
Ce cri du cœur avait été arraché à une mère qui, longtemps, avait caresse le fol espoir de marier son fils, le jeune vicomte Anacharsis d’Hurtepoil, à la belle et riche veuve, et qui s’était vue éconduire. Enfin toute la ville de B..., ce soir-là, fut livrée à la plus grande agitation et se perdit en commentaires sur la présence dans ses murs du jeune étranger.
Or, ce jeune étranger arrivait de Paris en chaise de poste, et il était, comme on le sait, descendu à l’ Aigle- Rouge où tout était bouleversé depuis son arrivée, car la
digne hôtellerie recevait rarement des hôtes de cette importance.
L’aubergiste avait allumé tous ses fourneaux et mis sur , pied son personnel complet. Aussitôt que l’étranger fut à table dans sa chambre, où il avait demandé à être servi, les salles basses et la cuisine de l’Aigle-Rouge s’emplirent peu à peu de voisins, de curieux ameutés par l’événement et qui grillaient de savoir le nom du personnage, le lieu où il se rendait, le but de son voyage; désireux enfin d’être complètement édifiés sur sou compte, en bons bourgeois de petite ville qui adorent l’espionnage et feraient volontiers de la police secrète pour l’amour de l’art.
Les deux laquais qu’on avait vus pendus aux étrivières de la chaise de poste, furent soumis à un interrogatoire des plus minutieux et retournés de mille façons. Mais ils avaient reçu des ordres formels sans doute, car, malgré l’habileté cauteleuse, la ténacité patiente des q\iestionneurs, ils furent muets et ne prononcèrent pas plus le nom de leur maître que celui du lieu où il se rendait. A minuit, la ville de B... s'était livrée à toutes les suppositions et n’était pas plus avancée, tandis que le voyageur se mettait fort tranquillement au ht.
Ce ne fut que vers deux heures, le lendemain, que la chaise de poste fut attelée de nouveau. On put voir alors l’étranger sortir de l’hôtellerie et monter en voilure. C’était un jeune homme de vingt-sept ou vingt-huit ans, grand, svelte, d’une physionomie agréable et qui ne
manquait point de cette distinction qu’à défaut de la race , donnent l’éducation et d’excellentes habitudes. Il jeta un coup d’œil impertinent et discret sur la foule de curieux qui entourait sa voiture et fit, de la main, un signe au postillon, qui fouetta ses chevaux et partit au grand galop.
Deux heures après, le jeune voyageur roulait à grandes guides au milieu d’une de ces vastes solitudes communes dans le Berry, plaine immense couverte de landes et de bruyères, bornée à l’horizon de forêts épaisses et rabougries, à peine semée çà et là, à des distances éloignées, d’une chaumière ou d’un chétif village, parfois sillonnée d’un ruisseau que l’orgueil local décore du nom de rivière; — du reste, morne et désolé d’aspect, souvent recouverte d’un ciel gris et nuageux, silencieuse comme un tombeau, et peuplée de quelques oiseaux sauvages, de lapereaux vivant de bruyères, et de troupeaux maigres et souffreteux errant sous la conduite d’un petit pâtre au regard fiévreux et mélancolique, à l’aspect débile, vêtu d’informes haillons.
— Mon Dieu ! murmura le voyageur en embrassant d’un coup d’œil ce désert, comme c’est triste et navrant! Si la femme qu’on veut me faire épouser habite une semblable Thébaïde, je me révolte...
Et il alluma philosophiquement un cigare, puis interpella le postillon :
— Hé! l’ami?
— Monsieur, répondit le postillon flatté de s’entendre adresser la parole, je suis tout à votre service.
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LES COilPAiîNONS
— Où sommes-nous? demanda le jeune homme.
— A une lieue de Mort-Dieu, monsieur.
— Qu’est-ce que Mort-Dieu?
— Le château de madame la baronne.
— Boni je ne la connais pas, mms peu importe.
Le postillon eut un sourire naïf qui semblait dire : — Je ne coipprends pas qu’on ignore ce qu’est madame la baronne.
— Et, continua le voyageur, il n’y a auparavant, ni plus loin, ni plus près, un village, une hôtellerie, une maison?
' — Non, monsieur.
— Pas même un relai de poste ?
— Le relai est au delà de Mort-Dieu.
— Ainsi, continua le jeune homme, si un accident nous arrivait...
Le postillon eut un sourire béat.
— Avec moi, jamais!
— Mais-enfm, si nous versions... si je me trouvais malade... blessé... où me transporterait-on?
— A Mort-Dieu! monsieur... à moins qu’on ne vous laissât sur la route. — Mais, se hâta d’ajouter le postillon, n’ayez pas peur, not’bourgeois, avec moi pas d’accident; je n’ai jamais versé, je n’ai jamais eu un voyageur malade.
— Eh bien ! mon ami, dit le voyageur avec un sangfroid parfait, il y a un commencement à tout.
— Plaît-il, fit le postillon interdit.
— Que gagnes-tu à ton métier?
— Quatre-vingt-dix francs par mois, monsieur, les guides comprises.
— Alors tu gagnerais volontiers vingt-cinq louis en une heure?
— Dame! si c’était possible.''..
— Possible et même facile.
— Que faut-il faire?
— Une chose fort simple ; me verser à un quart de lieue de Mort-Dieu, de façon à ce que la voiture se brise, sans que, pour cela, je me fasse grand mal.
— Oh! quelle idée! fit le postillon ébahi.
— Je suis Anglais, dit flegmatiquement le voyageur, sûr de fermer par ce seul mot la bouche au postillon, car aux yeux de tous les hommes qui, en France, touchent de près ou de loin aux différents systèmes de locomotion, maîtres de poste, conducteurs de diligences, cochers de fiacre ou de remise, employés de chemins de fer, qui dit Anglais, dit original, et capable de toutes les excentricités et de toutes les extravagances.
— A un quart de lieue de Mort-Dieu, entends-tu? reprit le jeune homme.
— Suffit, not’bourgeois.
— Il est bien entendu, par exemple, que si tu t’avisais de parler de l’aventure demain ou après...
^ — Oh! fit le postillon, c’est bien. On sera muet.
Le voyageur ouvrit un portefeuille, eu tira un billet de
cinq cents francs et le lui tendit.
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— Maintenant, dit-il, si dans trois mois j’ai la certitude que personne au moudequetoiet moi ne sait que tu m’as versé volontairement, tu auras uu second billet pareil à celui-ci.
Le postillon eut un éblouissement et se demanda s’il ne conduisait point un roi déguisé.
Le voyageur consulta sa montre; il était huit heures; la nuit venait, une de ces nuits d’été lumineuses et sombres à la fois, scintillantes d’étoiles et privées de lune. Cependant, à une certaine distance, ou pouvait apercevoir une chaine de collines boisées qui fermait la vaste plaine que nous décrivions tout à l’heure, et au flanc de ces collines on voyait blanchir les tourelles et la îaçade de Mort-Dieu, que le postillon indiqua du bout de son fouet.
— Très-bien, dit le jeune homme. Roule dix minutes encore, et verse-moi.
Tandis que le personnage qui avait si fort occupél’imagination des oisifs de la ville de B... continuait sou voyage, madame la baronne, ainsi que la nommait le postillon, était seule à Mort-Dieu.
Aurélie de Mort-Dieu, veuve depuis un an du baron de ce nom, était vêtue de noir et triste comme le sont rare-
DE L'ASIÜUR
ment les veuves. Assise dans ce grand salon où nous l’avons vue recevoir la confidence terrible de M. de Mort- Dieu déjà mourant, seule désormais au coin de ce feu qu’il aimait à tisonner pendant ses mornes rêveries, la baronne avait roulé auprès d’elle un petit guéridon sur lequel était un livre entr’ ouvert auprès d’un flambeau à deux branches.
Ce livre était l'Imitation de Jésus-Christ. La baronne li sait, puis elle interrompait parfois sa lecture pour s’abandonner à une sorte de rêverie triste et poignante, durant laqiielle une larme venait parfois briller à l’extrémité de ses longs cils. Madame de Mort-Dieu pleurait son mari avec autant d’amertume qu’aux premiers jours de son veuvage. Elle avait aimé ce vieil époux avec la tendresse respectueuse et passionnée d’une fille, et elle voulait vivre et se réfugier à toujours en ce souvenir. Pour elle, cet époux mort en lui souriant , ce pauvre cœur meurtri dont elle avait calmé les douleurs, ce vieillard à la triste existence duquel elle avait enchaîné sa jeunesse avec tant de dévouement, c’était la seule affection de sa vie, le seul regret de son âme, le seul lien qui eût attaché à la terre un ange qui aspirait à remonter au ciel.
Madame de Mort-Dieu était une sainte dans la plus complète acception du mot; et, après la mort de son mari, elle se fût retirée dans un couvent, si le Baron mourant ne l’avait suppliée de veiller sur cet enfant mystérieux qui était son unique fils ; et, pour elle, les vœux de son mari étaient des ordres.
Protéger de loin ce jeune homme étourdi et aventureux, lui conserver intacte une fortune qui lui était destinée, était, pour madame de Mort-Dieu, désormais lé but réel et unique de la vie.
Octave de Verne était venu à Mort-Dieu après la mort du baron; il y avait passé quelques jours auprès de sa jeune tante; elle l’avait engagé à quitter le service, et, on le sait, le lieutenant de chasseurs d’Afrique s’était empressé de suivre le conseil. L’affection vouée par la baronne au jeune h6mme était touchante et sans bornes comme ces attachements qui sont presque des héritages. Sa vie entière lui devait être consacrée. Aimer le fils, n’était-ce point vénérer le père au delà de la tombe ? Cette pensée soutenait la baronne au miüeu de sa douleur et l’empêchait d’aller chercher le repos et le calme au fond d’un cloître où semblaient l’attirer et son isolement et l’exaltation de ses idées religieuses.
Depuis la mort de son mari, madame de Mort-Dieu n’avait point quitté le Berry et avait renoncé à passer l’iüver à Paris. Le seul événement qui venait parfois rompre la monotonie de son existence à la campagne était l’arrivée d’une lettre de M. de Verne, qui lui écrivait assez régulièrement ; et les jours succédaient aux jours, et elle semblait vivre en dehors du monde terrestre pour se réfugier dans un souvenir et se complaire dans une espérance. Le souvenir, c’était l’ami, l’époux, le père mort; l’espérance, l’enfant d’adoption dont l’avenir devait être heureux, calme et riche.
Il y avait donc un an, nous l’avons déjà dit, que M. de Mort-Dieu était mort, et, assise dans un coin du vaste salon du château, la baronne, le cœur serré, lisait l’Imitation de Jésus-Christ, interrompant parfois sa lecture pour jeter un triste regard au portrait du défunt, sur lequel tombait d’aplomb la clarté des bougies placées sur le guéridon, lorsqu’un bruit inaccoutumé de pas et de voix se fit dans les corridors et les cours intérieures, arrachant la jeune femme à ses douloureuses préoccupations. Il y avait si longtemps que la vaste demeure du dernier Mort- Dieu était déserte et silencieuse, peuplée seulement par une veuve en pleurs et de muets valets qui partageaient son affliction, que la baronne ne put s’empêcher de tressaillir et de tourner les yeux vers la porte, qui futeutr’ouverte par un vieil intendant à tète grise.
— Qu’est-ce, Joseph? demanda- t-elle.
— Madame la baronne, répondit l’intendant, m’excusera de la déranger ainsi, mais il est arrivé un accident grave à quelques centaines de mètres du château.
— Un accident ! fit-elle effrayée, qu’est-ce donc, mon Dieu?
— Une chaise de poste a versé au tournant de la route, là-bas... Le voyageur qui s’y trouvait n’est pas blessé, mais il est contusionné et évanoui. Ses gens, qui n’ônt eu aucun mal, viennent de le transporter ici avec l’aide du postillon, et demandent l’hospitalité.
La baronne s’était levée précipitamment.
— Vite! dit-elle, secourons ce voyageur... Mort-Dieu
LES COMPAGiNOiNS
est la maison du malheur, et sa porte n’est jamais fermée.
Quand M. le marquis Emmanuel Chalambel de Montgory revint de son prétendu évanouissement, car le voyageur n’était autre que le fils adoptif de feu le marquis de Flars, jl se trouva dans une des salles de Mort-Dieu, couché sur un lit, et il vit penché sur lui le visage inquiet et rougissant de la baronne, qui venait de remarquer la jeunesse de l’hôte que lui envoyait le hasard.
Le loup était entré dans la bergerie.
Emmanuel au colonel Léon.
« Mon cher colonel,
» Voici huit jours que je suis à Mort-Dieu. Vous voyez que j’ai bien joué mon rôle. J’ai su verser le plus élégamment du monde à la porte même de la baronne ; on m’a transporté évanoui chez elle, et j’y suis encore retenu par des souffrances imagina>es qui impressionnent trèsdouloureusement ma belle hôtesse. Je suis pâle à ravir, je ne quitte point encore mon lit ; un médecin de village, un âne grave en cravate blanche, a déclaré solennellement qu’il serait plus dangereux de me transporter (juel-