‹ Les compagnons de la Truelle drame en trois actes et neuf tableaux populaire, mêlé de chantChapitre 66 sur 100 · AMURE · texte numérisé non relu

AMURE

Elle est allée chercher «le l’ouvrage; elle tic rentrera pis avant une demi-heure, (eu- iWd. umbert s’udd prb d'dle.)

MIMAT*

Tant mieux! (Lui donnant U r!-f qu'il a rrUrcv CB mlrsul.) TctlCf, pour être plus tranquille, j'ai ôté la clef.

MADELEINE, donnée.

Qu’avez-vous donc à m’apprendre?... Vous me faites frayeur!

LAMBERT

Avant tout, Madeleine, répondez* mol : Vous aimez bien le vieux père Guillaume, u’cst-ce pas?...

MADELEINE

Si j'aime mon onde!

LAMBERT

C’est une vraie tendresse, pas vrai?... c'est solide?

Jugez-en, Pierre : J'avais llx ans, quand je perdis ma mère, qui était restée veuve de bonne heure et qui n'avait eu, pour m’élever, que son travail d'ouvrière. A me voir toujours bien misa, au milieu de mes joujoux et do mes poupées, on l’aurait crue riche, la pauvre chère femme ! Elle ne se plaignait jamais, et pourtant elle était malade. Elle avait épuise ses forces à soigner son mari d'abord, sa fille ensuite, et, un jour, ie me réveillai chez do pauvres voisins qui demeuraient à côt«« «le nous, et l’on me dit que ma mère était morte!... (eHp port* ton mouchoir i «à yeux.) Je me trouvais seule au monde... Ma mère m'avait bien parlé d’en oncle, que je ne connaissais pas; mais ü faisait son tour de France. Si bien «pie je me trouvai à la chargo de nos voisins, qui avaient cru ma mère dans l’aisance. Quand ils s’aperçurent de leur erreur, leur dépit fut grand, et ils m’auraient abandonnée, s’ils ne m'avaient jugée utile à leur genre d'industrie. Dès ce moment, plus de caresses, plus de Joujoux, plus de belles robes, quelquefois même plus de pain! Ces vilaines gens vendaient des chansons sur les places publiques et dans les faubourgs, et, l’hiver comme l'été, par le soleil brûlant aussi bien que par la neige, je les suivais en haillons et je chantais l’estomac vide; mais ce n’étaient pas là mes plus amères souffrances... Deux ou trois fois par semaine, le maître dit logis se grisait, et, cos jours-là, quand il rentrait le soir, notre taudis defeuait uu enfer !... Nous étions battues, moi, une enfant, ainsi qu’une vieille femme!... battues par un homme ivre!... Jugez si ie devais avoir les ivrognes eu horreur!... Enfin, après un an de cet affreux supplice, un soir «pie la maison retentissait de nos cris, un homme entra tout à coup, en brisant d’un coup de pied la porte de notre misérable grenier. * Madeleine Durand ! » demanda-t-il en faisant un pas dans la chambre. « Où est-ellé? — Madeleine! « répondit rivrogne en saisissant un tabouret. « La v’ià; mais elle est à moi, et j'assomme le premier... u 11 n’avait pas achevé sâ phrase, qu’il tombait à la renverse, étendu à terre d’un coup ae poing vigoureux, et que mou oncle, car c’était lui, m’emportait, sans ajouter uu seul mot. Tétais enfin sortie de mon enfer!

LAMBERT

Pauvre fille !

Si j’aime mon bon oncle Guillaume! Mais il ne m’a pas seulement sauvé la tie, ca m’arrachant à la misère et à tout ce qui s’en serait suivi, il m’a rendu le3 soins, les caresses «lo celle qui n était plus!... Aussi, je l’aime, comme j’aimais ma mère !... Pierre, je ne peux pas vous en dire davantage.

LAMBERT

Bien! très-bien. Madeleine !... Noire histoire est & peu près la mètnc. Ce que le père Guillaume a fait pour vous, il l’a fait aussi pour moi, et, moi, je n'étais qu'un méchant gamin, un vaurien... Je lui dois mon état, je lui dois plus encore : votre eslime... Car ce que votre amour n'avait pu faire, il l’a fait, lui... U m’a corrigé de. cet affreux défaut, dont vous parliez tout à l’heure. Eh bien! Madeleine, si on venait vous dire aujourd'hui que ce brave homme, notre bienfaiteur à tous deux, va mourir, qu'il va se tuer, si nous ne le sauvons pas à notre tour, comme il nous a sauvés autrefois, que répondriez-vous?

MADELEINE, qui i’cal levée, avec effroi.

Se tuer! lui!

(.AUBERT, k levant.

Ce serait fait déjà, si je ne l’avais suivi hier, si je ne l’avais arrêté au bord de la rivière, où il allait se jeter!

MADELEINE

Mon oncle Guillaume, se tuer! et pourquoi, grand Dieu?..,

Parce qu’il est ruiné!., parce qu’il doit trente mille francs et n’a pas le premier sou pour les payer.

Madeleine, eu Urmes.

Une pareille somme!.. Mais noua ne po.uvons le sauver, nous qui ne possédons rien!

LAMBERT, tirant de U poche le portefeuille.

Nous le pouvons, Madeleine, car, cet urgent, le voilé... il est dans ce portefeuille.

MADELEINE

Et qui vous l’a donné ?..

LAMBERT

Donné!.. Oh! on ne donne |ws trente mille francs pour rien... Mais le bonheur s’achète à tout prix, et celui qui m’a confié ce portefeuille, veut être heureux pour son argent.

MADELEINE

Je ne vous comprends plus.

LAMBERT

En épousant celle qu’il aime.

MADELEINE

Et celle qu’il aime?..

LAMBERT

C’est vous !

MADELEINE

Et cet homme T

C’est Lorrin !

MADELEINE

Ah! jamais!

LAMBERT

Ah! ne vous pressez pas de dire : jamais! je l’ai dit aussi, moi, car, je ne croyais pas que ce fut possible... Mon cœur, ma pensée, tout en moi se refusait à cet affreux courage... mais, quand j’ai réfléchi et que je me suis dit : pour épouser Madeleine, il faut laisser mourir le père Guillaume... et que son enterrement précède noire noce... Lui, qui devait être le atriarche de la fête, il ne serait plus là ! Est-ce qu’ils seraient ien gais, les violons qu’il n’entendrait pas?..

MADELEINE

Ah! taisez-vous!..

LAMBERT

En pensant à tout cela, mon cœur s’est brisé, ma tête s’est perdue, et je suis venu, sans idées arrêtées, avec ce portefeuille que rlà, pour vous dire : Madeleine, que devons-nous

faire? ., (U lui tend le portefeuille.’

MADELEINE, le prenant.

Pierre, j’épouserai Lorrin !.. (on frappe à u porte du fond. —

Madelcmc remonte.!

LAMBERT

On a frappé... ce doit être votre oncle... ma pauvre Madeleine... Allons, ayons du courage jusqu’à la fin!

Je vous comprends, s’il soupçonne le sacrifice, il n’aoceptera pas cet argent... (Ou frappe de nouveau.)

GUILLAUME, au dohor*.

Madeleine, c'est moi...

MADELEINE

Ou y va (iik ou ttc.)

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