SCÈNE III
Lia MÊMES, LE PÈRE GUILLAUME.
GUILLAUME, entrant pur U fond. j
Bonjour, Madeleine... (ApcreeraiU Lambert et allant à lui.) Ah! ' Lambert est ici?..
LAMBERT
Mon Dieu, oui !.. je passais, et j'étais bien aise de savoir si les promesses qu’on vous a fades hier, n’étaient pas des gasconnades.
GUILLAUME, avec tniictt.
Eh bien?..
MADELEINE , elle lai tend le portefeuille.
Voilà ce qu’on vous a promis...
GUILLAUME, le prenant.
Un portefeuille?.. (L'ouvrant.) Des billets de banque!.. Des billets de mille!..
MADELEINE
Il y en a trente... est-ce le compte?
Et je peux disposer de cette somme?.. Ah! depuis trois jours... c’est la première fois que je respire... car, avec cela tout est sauvé!., mais, par quel miracle?..
MADELEINE
C’est mon mari qui vous les donne
GUILLAUME. '
Lambert?..
MADELEINE, k rontnignasl.
Monsieur Lambert?.. Oh! non.
LAMBERT, venant A non aide.
Ah! mon Dieu!., dites le mot!., car monsieur Lambert, avec ses habitudes de dissipation et la société qu’il fréquente, ne pourrait jamais s’amasser une pareille somme!.. C’est ce que vous vouliez dire, n’est-ce pas?
MADELEINE
C’est vrai.
GUILLAUME
Qu’est- ce que c’est?., qu’est-ce que c’est?., une brouille?..
LA MB EUT.
Une brouille?... allons donc !
GUILLAUME
Ah! je me disais aussi...
LAMBERT
Une rupture à l’amiable, à la bonne heure!
Comment ça... une rupture?
LAMBERT
Qu’est-ce vous voulez? vot’ nièce est aussi par trop «xi géante... avec elle, un homme doit avoir la corda au cou, comme un caniche... Je ne l’en blâme pas, mais cette condition ne pouvant me convenir, je me suis prononcé à ce sujeU là, et les oeufs sont brouillés.
GUILLAUME
Comment, Madeleine?..
MADE1-EINE, è qui Lambert fait dra tipiin d'intrUi|pnet.
C’est ça, dites tout de suite que je suis déraisonnable d'exiger qu’on tienne ses promesses...
GUILLAUME
Voyons, voyons, voyons...
MADELEINE
Demandez à Monsieur, s'il est retourné & la barrière.
GUILLAUME
Pour ça, j* parie que nou !
LAMBERT
N’ pariez pas. vous perdriez... Eh ben, oui, là.. .j’y suis retourné, parce que ça m’embête à la fin de passer , aux yeux des camarades, pour un jocrisse, pour un cocodès, qui » laisse mettre en cage comme un senn!
MADELEINE, à Guillaume.
Vous l’entendez !
Si bien, qu'on se dit maintenant, en me voyant dans la rue : « Tiens, v’Ià Lambert... faut croire ou’il a une permission de dix heures... mais regardez donc l’imprudent!... il a oublié son bourrelet et ses lisières... il va se faire bobo, c't enfant !.,» Est-ce que vous croyez que je suis de pâte à me laisser dire des choses pareilles ?
GUILLAUME
Qu’est-ce que ça te fait? qu’ est-ce que ça te fait?
LAMBERT
Ça me fait beaucoup... Et puis, mon Dieu !.. allez... il J 4 longtemps que j’ai vu de quoi il retournait. ..
GUILLAUME
Qu’est-ce que t’as vu ?
LAMBERT
Pardine, ce n’est pas d’aujourd'hui qu’on a remarqué monsieur Lorrin...
GUILLAUME, h SUAdemc.
Lorrin!... c’est Lorrin, que tu êpousesT
MADELEINE, qui défaille.
Oui, mon oncle...
Allons, Mam’selle... allons... je ne vous en veux pas. (a Cuîl- Uum«.) Tenez, après tout, elle a raison, vof nièce, parce que Lorrin, c'est un homme rangé, d’une conduite... i/y a rien à dire dessus, quoi.
MADELEINE
Et enfin, grâce à lui, mou bon oncle, tous pouvez sortir de la peiue?..
LAMBERT
Y a eneoro ça.
GUILLAUME
Ainsi donc, cet argent rient de luit
LAMBERT
Oui, c’est l’héritage de sa tante, et sous ce rapport... pardim>, après tout... U fait ce que tout le inonde ferait à sa place... du moment que vous devenez son oncle... Enfui, c’t homme veut se mettre à l’attache, quoi f . . tandis que moi, j’ veux rester libre... Chacun son goût, pas vrai?...
GUILLAUME, qui Ici regarde tour à tour luui Ici Jeu*.
Nou, sacrebleu, non! ce qui se passe ici n’est pas naturel... (Kir™* Ae Umtxrt t< de Madeleine.) Que Madeleine ne veuille plus l'épouser, si t’es un mauvais sujet, je le comprends ! mais alors, qu'est-ce que lu viens faire ici, depuis six mois?.. Pourquoi, si vous n’étes pas d’accord, et si vous ne vous aimez pas, ne bouges-tu plus de cotte maison?., (a Madeleine.) Et toi, qu’allais-tu faire chez lui, hier, avec Zizine? hem?... (a Lambert.! Que tu soyes retourné au cabaret, je n’en sais rien, vu que je n’y vais jamais et que mes travaux m’ont entraîné loin de Paris... mais, chaque fois que je viens ici, je t'y trouve !..
MADELEINE, à put.
Que lui répoudre t
Vous m'y trouvez... pardine, c’est bien malin... vous m'y trouvez... y n'y a pas de doute que vous m’y trouvez...
GUILLAUME
Alors, pourquoi, si maintenant tu n'aimes plus que la barrière, et si ce n'est pas pour Madeleine que tu viens ici?..
LAMBERT, balbutiant.
Eh bien 1 si « n'est pas pour Madeleine, faut croire que c'est...
GUILLAUME
Pour une autre, alors?
LAMBERT, liicmmi.
Précisément ! Tiens, vous l'avez dit !
MADELEINE, k part, el comprenant.
Ah!...
GUILLAUME
Pour Zizine, peut-être?
LAMBERT
Allons donc!... Ah! vous avez eu du mal A deviner ça! Eh bien, oui, pour Zizine... Zizine, une bonne enfant, qui comprendra ce que c'est qu'un compagnon de la truelle... un ouvrier, quoi !.. et qui uc voudra pas m’entortiller dans l'esclavage...
GUILLAUME
C’est pour elle que tu viens ici?
0 LAMBERT
Oui, depuis que Lorrin y vieut pour Madeleine...
GUILLAUME, rituL
Ah! vieux bêta de père Guillaume !.. faut-il que lesafTaircs vous abrutissent à ce point... de ne pas y voir plus clair!... Après tout, et eu fin de compte, mes amis, vous êtes bien libres de vous aimer ou de ne pas vous aimer... La seule chose que je tiens à savoir, c’est que je ne suis pour rien dans tout ce qui arrive.
MADELEINE
Vous, mon oncle?
LAMBERT
Ah ben, en v'Ià une idée!...
GUILLAUME
C’est que cet argent, voyez-vous, s’il devait vous coûter un seul regret, une seule larme...
MADELEINE
A nous?., par exemple !
LAMBERT
Est-ce que vous croyez Lorrin assez bon enfant pour vous l’avoir donné, si Madeleine ne l'aimait pas?
GUILLAUME
Donné?.. Oh! nou... je ne l’accepte que comme ira prêt... mais je dois vous avouer que cette somme me sauvo du naufrage... grâce à elle, je pourrai finir mes travaux... Après quoi, je m'acquitterai. (8* boutonnai:!.) Ils me croient dans le
f êtrin... Quel bonheur de pouvoir les payer tous, rubis sur ongle... la tète haute!.. Tenez, je ne tiens plus eu place...
et je vais de ce pas... Ah! Madeleine, hier, en venant te reconduire, n'ai-je pas laissé ici mon rifllard ?
Oui, mon oncle, U est dans ma chambre, auprès do la commode.
GUILLAUME
Je Vais le reprendre... (il entre dam la chanOi rr de gauehe; k peint e*t-il sorti, que Madeleine tend la main t Lambert, qui la taiall ; puis, tout ému, il attire Madeleine sur ion ea-ur, et ils se tiennent embrassé* en pleurant, jusqu’au moment où U roi* de Guillaume k* fait entendre, dam la chambra
de g.aucbc.) Ab! le voici!., je le tiens! (il reparaît en soèœ.) Maintenant, je vais vite me rendre à Batignolles, chez mon notaire, pour que les choses se fassent en règle.
MADELEINE, k part.
Oh! je n’en puis plus!., (haut.) Au ravoir, mon oncle. GUILLAUME.
Au revoir, ma fille, (n iWmuac.) Ah! je suis bien heureux!..
(Madeleine entre virement dans la chambre de gauche. — A Lambert.) M’ac-
comjKigiies tu un bout de chemin?
LAMBERT
Volontiers.