‹ Les compagnons de la Truelle piece populaire, melee de chant en trois actes et neuf tableauxChapitre 1 sur 106 · MADELEINE, ZIZINE · texte numérisé non relu

MADELEINE, ZIZINE

ENSEMBLE, chantant.

C’est le jardin de Jenny l'ouvrière,

Au cœur content... content de peu...

Elle pourrait être riche...

ZIZINE, s’arrêtant.

Tiens! c’est drôle...

MADELEINE, qui a continué à chanter.

Et préfère

Ce qui lui vient de Dieu,

Ce qui lui vient...

(S’arrêtant.) Eh bien! tu ne chantes plus?

Non, je réfléchis.

MADELEINE

A quoi?

Je pense que, sans m’en douter, je suis dans la position de Jenny l’ouvrière.

Toi?..

Oui, ma chère, j’y suis en plein. (Chantant.)

Car je pourrais être riche et préfère Ce qui me vient de Dieu [bis).

MADELEINE, souriant.

Tu pourrais être riche?..

Z1Z1NE, sc levant.

Et sans effort... Oui, ma bonne, toutes les fois que je sors, pour reporter notre ouvrage, je suis suivite par une collection de Messieurs qui me murmurent : « Oh! la jolie taille! Ah! voilà un petit pied qui ne devrait aller qu’en voiture!., et quelle ijambe ! » Quand il a plu , ou qu’il fait du vent, c’est très-gênant d’être suivite... et je suis obligée d’entendre des choses ! . .

Air : Vaudeville de l’Héritière.

Mais, sans répondre à ceux qui me courtiseut,

•Je marche, je marche toujours.

Et bientôt ces messieurs me disent Que dans la soie et le velours Ils voudraient mettre nos amours.

Tour à tour, baronne ou duchesse.

Ils m’ennoblissent en chemin...

Et quelquefois je suis princesse,

Lorsque j’arrive au magasin.

MADELEINE

Et tout cela ne te séduit pas ?

Z1ZINE

Ma foi, non... car, tu sais, j’ai les hommes bon genre en horreur... dès que j’entrevois des gants serin, et une raie de chair derrière la tête, ça m’agace... Moi, d’abord, quand on me fait la cour avec des bottes vernies, je crois qu’on se moque de moi.

MADELEINE

C’est donc aux pieds que tu regardes ?

Ça prouve que je baisse les yeux en marchant.

MADELEINE

C’est drôle que tu fasses toujours des rencontres... moi, quand je sors, on ne me suit pas.

Tu ne sors jamais; c’est la croix et la bannière pour te faire descendre l’escalier.

MADELEINE. '

C’est vrai que j’aime bien notre petite chambre et que je me plais à y rester... mais je ne suis pour ça ni bégueule, ni sauvage... et la preuve, c’est que le dimanche, quand nous

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