‹ Les compagnons de la Truelle piece populaire, melee de chant en trois actes et neuf tableauxChapitre 2 sur 106 · TABLEAU I, SCÈNE · texte numérisé non relu

TABLEAU I, SCÈNE

allons avec mon oncle Guillaume à l’ermitage Montmartre ou aux Folies-Belleville, si le plaisir vient à nous, je sais bien en prendre ma part.

A l’ermitage Montmartre !.. j’aime t-y c’t endroit-là, les jours surtout où M. Lorrin ne m’y écrase pas les pieds en polkant... comme dimanche dernier, par exemple... et ça, à cause de toi...

MADELEINE

A cause de moi?

Parfaitement bien... en me faisant sauter, il ne cessait de te regarder danser avec Pierre Lambert, si bien que ca lui donnait des distractions et qu’il trépignait sur mes bottines, en poussant des soupirs, comme une locomotive qui arrive à la gare.

MADELEINE

Vraiment, tu crois?..

ZIZINE, se rasseyant.

Qu’il t’aime?., pardine, faut pas mettre un pince-nez pour voir ça. Faudrait pourtant te décider entre lui et Pierre Lambert... Tuas de la chance, toi, deux amoureux!., et qui t’offrent la municipalité!.. Moi, on ne me parle jamais d’allumer le gaz de l’hyménée... quand on me fait la cour, je ris... ça fait rire la partie adverse et la cause est entendue... mais c’est pas une raison pour que tu accapares le genre humain... Voyons, finalement, qui épouses-tu?..

Ni l’un, ni l’autre.

Comment, ni l’un ni l’autre?

MADELEINE

Je rends justice à M. Lorrin : c’est un bon ouvrier, son caractère est sérieux, je le crois honnête et rangé, mais il ne vous regarde jamais en face: et puis, je n’aime pas son accent provençal et ses cheveux crépus, qui lui cachent tout le front.

Et tu veux un mari qui ait du front... je te comprends, ma chère; c’est pourtant un bon parti, il gagne de bonnes journées, sans compter une vieille tante, qui habite le Marais, qui l’a fait son héritier légataire unique et universel. Tu mangerais de bons petits plats.

i MADELEINE.

C’est possible, mais le bonheur n’est pas dans les entremets sucrés et dans les soupes à la tortue, va !

Dis tout bonnement que tu préfères Pierre Lambert.

MADELEINE

J’avoue que Lambert est franc et jovial autant que Lorrin

est sombre et sournois... il ne pense qu’à rire et à chanter, et, avec un mari comme celui-là, pas moyen de s’ennuyer.

Pour lors, qui t’empêche de l’épouser?

MADELEINE

Ah! c’est que ce n’est pas seulement pour lire qu’on se marie.

C’est donc pour pleurer?

MADELEINE

Lambert est un bon ouvrier aussi, mais il aime trop le plaisir. Il a commencé par faire le lundi, puis le lundi s’est prolongé jusqu’au mardi, et, maintenant, pas une semaine ne se passe sans qu’il se grise... Oh! je lui aurais tout pardonné; mais épouser un ivrogne... un homme qui laisse sa raison à la barrière, et qui, dans ces moments-là, peut battre sa femme, jamais !

Bah ! en ménage, il faut bien se passer quelque petite chose... tu lui en passes... il t’en repasse...

MADELEINE

Grand merci!

Allons, tu es trop difficile, aussi; tu n’épouses pas celui-ci, parce qu’il est trop triste ; tu ne veux pas de l’autre, parce qu’il est trop gai... Tu finiras par coiffer sainte Catherine, ma chère amie.

Si ! je préfère ça ! (On entend chanter en dehors.)

Cette voix...

MADELEINE

C’est la sienne!

LAMBERt, du dehors, frappant aux carreaux de la croisée.

Le cordon, s’il vous plait !

Ah çà! il a grimpé après le mur... c’est donc un lézard?

(La fenêtre du fond s’ouvre et laisse voir Pierre Lambert en dehors, en costume de travail.)

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