SCÈNE II
Les mêmes, PIERRE LAMBERT-
LAMBERT ’
Pardon, excuse... mademoiselle Madeleine, sans vous commander?
* Mad. Zi*. t<àm.
TABLÉ A U I, SCÈNE lî.
Z17JNE; se levant et passant à droite.
Ah! sapristi ! que c’est bête de faire des peurs coiume ça!
MADELEINE, se levant*.
Comment, c’est vous, monsieur Lambert ?
LAMBERT
Moi-même, en chair et en bourgeron... Vous m’avez défendu d’entrer par la porte... c’est pour ça que j’arrive par la fenêtre... Ça va bien? (sautant dans la chambre.) Peut-on entrer?
MADELEINE, rianl.
Il parait qu’oui.
LAMBERT
Je récrépis vos murs par ordre du propriüiétaire, et dans vot’ intérêt... Il y avait des trous partout, qu’on aurait pu grimper ici sans échelle, et y a tant de voleurs.
De cœurs?
LAMBERT
Ab! ouiebe! parlons-en de ceux-là! En v’ià des voleurs qui sont volés!.. Les femmes, c’est fâcheux à dire, mais les femmes, voyez-vous, elles n’ont plus de ça!.. Vous en aimez une qui vous va... vous croyez avoir trouvé le chemin de son cœur... vous vous disposez à prendre l’omnibus, trajet direct... une voix vous crie : Complet! il n’y a plus d’ places. Je le réitère, c’est fâcheux à dire, mais les femmes n’ont plus de ça... le cœur supprimé... ça tenait trop de place... économie de loyer.
MADELEINE
Pourquoi dites-vous ça?
LAMBERT
Parce que je le pense, donc!
Amour d’homme !
LAMBERT
Une femme vous aime au jour d’aujourd’hui, pas vrai?... Bon!., v’ià le temps au beau lixe... Vous repassez le lendemain... le baromètre est renversé... la girouette est au sudsud-ouest, pluie et vent.
MADELEINE
C’est qu’il y a des hommes qui, aujourd’hui, vous annoncent le beau temps, et qui, le lendemain, vous font craindre l’orage.
LAMBERT
Pourquoi dites-vous ça?
madeleine.
Parce que je le pense, donc !
ZIZINE, à part.
Attrape ! (Elle remonte et va se rasseoir.)
* Mad. Lamb. Ziz,
Merci... autant dire tout de suite que les hommes sont de trop sur l’hémisphère... C’est tous des gueux, des gredins, des chenapans !
MADELEINE
Sans être rien de tout cela, on peut être un bambocheur, et, de là à un mauvais sujet, il n’y a qu’un pas.
LAMBERT
Mauvais sujet, moi !... mais c’est révoltant !
Air : Mon galoubet.
Qu’est-c’ que j’ai fait, ( bis .)
Qui m’attire ainsi votre haine?
Quand le patron est satisfait,
Quand j'ai travaillé tout' la s’mainc,
Si j’ flâne nu peu, si je m’ promène,
Qu’est-c’ que ça fait? [bis.)
Dit's-moi, Mam’sell’, qu’est-c’ que ça fait?
MADELEINE
Qu’est-c’ que ça fait?
V’iâ c’ que ça fait;
Quand vous allez à la barrière, i
Vous vous grisez au cabaret;
Et, sans que rien vous désaltère.
Vous y passez la s’maiue entière...
V'ià c’ que ça fait!j(6»s.)
Voilà, Monsieur, ce que ça fait!
(Elle passe à droite.)
LAMBERT **
Pardine, c’est bien malin... un pauvre garçon qu’on désespère, faut bien qu’il cherche des consolations... ce n’est pas le vin, c’est le chagrin qui le grise... Pourquoi donc que je travaillerais?... A quoi que ça me servirait?... à laisser des rentes à ma portière?... Merci, j’aime mieux les manger.
Et les boire surtout.
LAMBERT
Et les boire surtout... ma foi, oui.
MADELEINE
Chacun son idée.
LAMBERT
Ah ! Madeleine, si j’étais vot’ mari, quel trésor vous auriez en moi !... Je ne vous quitterais pas d’une heure, pas d’un instant... et je piocherais !... C’est-à-dire, voyez-vous, qu’il n’y aurait pas dans tout le bâtiment un compagnon plus intrépide!... Ah ! Dieu du ciel!... j’en avalerais-t-y, du plâtre!...
* Ziz. Mad. Lamb.
** Ziz. Lamb. Mad.