TABLEAU I, SCÈNE (V
Dame, quoi?
LAMBERT
Faut avoir...
GUILLAUME
Des écus?... Eh ben, v’ià cinquante ans que je travaille le moellon, que je gâche le plâtre, et que je trime depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir... ça serait bien le diable si je ne m’étais pas amassé quelques pièces de cent sous!...
LORRIN.
Et que vous les avez bien gagnées.
LAMBERT
C’est pas ça que je voulais dire... Pardine, dans tout le bâtiment, on sait ben que vous êtes un richard... mais ou sait aussi...
GUILLAUME
Eh bien! voyons, quoi? que sait-on?
LAMBERT
Ah! si vous croyez que je vas tourner comme ça trois heures autour du pot... On sait que vous ne savez rien, quoi... v’ià ce qu’on sait. (Madeleine va se rasseoir à son métier.)
GUILLAUME *
Ah! bon! tu veux parler de mon éducation.
LAMBERT
Vous y êtes... Je ne veux pas vous débiner; mais, si vous mettiez en rang les lettres de l’alphabet, vous seriez dans le cas de nommer le Z tambour major. Bref, on vous mettrait un 7 devant un 3, et on vous dirait que ça fait 32, que vous n’y verriez pas d’inconvénient, pas vrai?..
GUILLAUME
J’avoue que je ne me suis jamais entortillé dans toutes ces bêtises-là... J’avais dix ans quand, pour la première fois, j’ai grimpé sur un échafaudage, et je suis arrivé à soixante, sans avoir ressenti le besoin de passer par l’école.
MADELEINE
C’est pas pour vieillir que c’est nécessaire, mon oncle.
GUILLAUME
Ça n’est nécessaire à rien, qu’à faire perdre du temps à la jeunesse, et qu’à flanquer un tas de propres-à-rien sur le pavé des rues...
LORRIN.
Bien dit!
GUILLAUME
Si, au lieu de passer dix ans à s’abrutir sur les bancs d’une école, tous les enfants du peuple se mettaient tout de suite à apprendre un état, y aurait moins de mauvais ouvriers,,, et
* Ziz. Mad. Latnb. Guil. Lor.