TABLEAU VIII, SCÈNE III
LAMBERT
Ça me fait beaucoup... Et puis, mou Dieul.. allez... il y a longtemps que j’ai vu de quoi il retournait. . .
Qu’est-ce que t’as vu ?
LAMBERT
Pardine, ce u’est pas d’aujourd’hui qu’on a reinai'qué monsieur Lorriu...
GUILLAUME, à Madeleine.
Lorrin!... c’est Lorrin, que tu épouses?
MADELEINE, qui défaille.
Oui, mon oncle...
LAMBERT
Allons, Mam’selle... allons... je ne vous en veux pas. (a Guillaume.) Tenez, après tout, elle a raison, vot’ nièce, parce que Lorrin, c’est un homme rangé, d’une conduite... n’y a rien à dire dessus, quoi.
MADELEINE
Et enfin, grâce à lui, mon bon oncle, vous pouvez sortir de ki peine?..
LAMBERT
Y a encore ça.
GUILLAUME
Ainsi donc, cet argent vient de lui?
LAMBERT
Oui, c’est l’héritage de sa tante, et sous ce rapport... pardine, après tout... il fait ce que tout le monde ferait à sa place... du moment que vous devenez son oncle... Enfin, e’t’ homme veut se mettre à l’attache, quoi !.. tandis que moi, j’ veux rester libre... Chacun son goût, pas vrai ?...
GUILLAUME, qui les regarde tour à tour tous les deux.
Non, sacrebleu, non ! ce qui se passe ici n’est pas naturel... (Effroi de Lambert et de Madeleiue.) Que Madeleine ne veuille plus t’épouser, si t’es un mauvais sujet, je le comprends ! mais alors, qu’est-ce que tu viens faire ici, depuis six mois?.. Pourquoi, si vous n’ètes pas d’accord, et si vous ne vous aimez pas, ne bouges-tu plus de cette maison ?.. (a Madeleine.) Et toi, qu’allais-tu faire chez lui, hier, avec Zizine? hein?... (a L ambert.) Que tu soyes retourné au cabaret, je n’en sais rien, vu que je n’y vais jamais et que mes travaux m’ont entraîné loin de Paris... mais, chaque fois que je viens ici, je t’y trouve !..
MADELEINE, à part.
Que lui répondre ?
LAMBERT
Vous m’y trouvez... pardine, c’est bien malin... vous m’y trouvez... y n’y a pas de doute que vous m’y trouvez...
GUILLAUME
Alors, pourquoi, si maintenant tu n’aimes plus que la
barrière, et si ce n’est pas pour Madeleine que tu viens ici?..
LAMBERT, balbutiant.
Eh bien ! si ce n’est pas pour Madeleine, faut croire que c’est...
GUILLAUME
Pour une autre, alors ?
LAMBERT, vivement.
Précisèmént ! Tiens, vous l’avez dit !
MADELEINE, à part, et comprenant.
Ah!... '
GUILLAUME
Pour Zizine, peut-être?
LAMBERT
Allons donc!., ..Ah! vous avez eu du mal à deviner ça! Eh bien, oui, pour Zizine. , . Zizine, une bonne enfant, qui comprendra ce que c’est qu’un compagnon de la truelle... un ouvrier, quoi !.. et qui ne voudra pas m’entortiller dans l’esclavage...
GjUILLAUME.
C’est pour elle que tu viens içi?
LAMBERT
Oui, depuis que Lorrin y vient pour Madeleine...
GUILLAUME, riant.
Ah! vieux bêta de père Guillaume !.. faut-il que les affaires vous abrutissent à ce point... de ne pas y voir plus clair!... Après tout, et en fin de compte, mes amis, vous êtes bien libres de vous aimer ou de ne pas vous aimer... La seule chose que je tiens à savoir, c’est que je ne suis pour rien dans tout ce qui arrive.
MADELEINE
Vous, mon oncle?
LAMBERT
Ah ben, en v’ià une idée!...
C’est que cet argent, voyez-vous, s’il devait yous coûter un seul regret, une seule larme...
MADELEINE
A nous?,, par exemple!
LAMBERT
Est-ce que vous croyez Lorrin assez bon enfant pour vous l’avoir donné, si Madeleine ne l’aimait pas?
GUILLAUME
Donné?.. Oh ! non... je ne l’accepte que comme un prêt... mais je dois vous avouer que cette somme me sauve du naufrage... grâce à elle, je pourrai finir mes travaux... Après quoi, je m’acquitterai, (sc boutonnant.) Ils me croient dans le pétrin... Quel bonheur de pouvoir les payer tous, rubis sur l’ongle... la tête haute!.. Tenez, je ne tiens plus en place... et je vais de ce pas... Ah! Madeleine, hier, en venant te reconduire, n’ai-je pas laissé ici mon rifflard ?