‹ Les compagnons du Lion dormant: La maison de la rue de l'ÉchaudéChapitre 3 sur 5 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

pourrais facilement indiquer mes sources et fournir les preuves de la parfaite authenticité du drame que je raconte.

Dans mon enfance, à Troyes, on en parlait encore. J'ai connu personnellement plusieurs des acteurs que je mets en scène. J'eus pour maître de musique un des complices innocentés par le jury de l'Aube ; les fils de celui qui a joué le rôle de délateur existent encore. On comprendra les précautions que j'ai dû prendre pour raconter ces férocités, sans blesser les innocents héritiers de ces fanatiques.

De même que je m'étais cru obligé, sous le règne de Napoléon III, de tout dire sur le compte de Napoléon 1 er , je crois que j'offenserais aujourd'hui le bon goût et l'histoire si, en parlant de l'alliance des libéraux et des bonapartistes pendant la Restaura* tion, je méconnaissais les illusions généreuses, les sentiments respectables qu'engendrait cette alliance, devenue aussi funeste par ses conséquences qu'elle semblait alors nécessaire et patriotique.

Il nous est facile maintenant, à nous qui avons vu tomber en poussière les pieds d'argile du colosse, de railler sa fausse grandeur! Il était impossible, ou du moins bien difficile à nos pères, en présence des hommes et des choses médiocres que la Restaura-

PREFACE m

tion leur imposait, de se soustraire au souvenir prestigieux d'une personnalité formidable, et de ne pas regretter la gloire qu'ils avaient perdue, sans profit pour la raison et pour la liberté.

J'essaye dans ce roman d'être juste envers toutes les opinions. Je crois servir ainsi la cause de la République, qui n'est, au fond, que le triomphe de l'impartialité.

Paris, mai 1873.

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