QUATRIÈME PARTIE
Complications infectieuses et épidémies accidentelles contemporaines. — Parentés épidémiques de la rougeole.
Un certain nombre de maladies infectieuses peuvent compliquer la rougeole. La plupart sont des infections accidentelles, plus fréquemment observées à l'hôpital, par exemple : la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, la varicelle, etc.; leur histoire n'a pas grand intérêt. Il n'en est pas de même d'un certain nombre de maladies qui peuvent sévir en épidémies conjointes à la rouoeole, dont les relations avec celle-ci sont plus intéressantes en raison des complications ou des formes morbides qui en sont la conséquence d'une part, et de l'autre en raison de la prédisposition réelle à leur développement, que la rougeole peut déterminer chez les sujets qu'elle a frappés.
Grippeoiilnjluenza. — La contemporainéité des deux épidémies amène des formes graves, dans les quelles les complications bronchopulmonaires sont fréquentes. C'est un fait qu'on observe ég^alement lorsque, après une épidémie d'influenza, il persiste
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une queue d'épidémie sous forme d'une constitution jnédicale riche en inflammations des voies aériennes.
C'est UD fait que M.' Boulland sig-nale (Limousin méd. 1894, 11° 4) à Limog-es. L'année i885 avait été marquée par une épidémie de g'rippe, qui avait laissé à sa suite, en 1890, une fréquence plus grande de pneumonies et de bronchopneumonies qu'à l'ordinaire. Or, dans cette année 1890, l'épidémie de roug"eole fut désastreuse, en raison précisément des complications bronchopulmonaires qui la suivirent.
Siiette. — Il est difficile, à l'heure actuelle, de déterminer exactement les rapports qui unissent les épidémies de suette miliaire et la roug-eole. Une des difficultés d'appréciation, et non la moindre, consiste dans ce fait que la suette miliaire, au début et à la fin des épidémies, peut prendre l'aspect d'une roug-eole anormale, ainsi que l'ont montré M. le professeur Brouardel (rapport à l'Académie surl'épidéinie de Suette du Poitou, en i887),etHontang-, dans sa thèse(i).On constate ég-alement, ainsi que ce dernier l'a figuré dans sa thèse, ces formes de suette morbilliforme dans un rayon de pays plus ou moins étendu autour du foyer de suette proprement dit. On se trouve donc en présence de deux hyp(jtlièses : la première c'est que ces épidémies de roug-eole présuettiques ou postsuettiques, et qui frappent de préférence les enfants, ne sont qu'une forme atténuée de la suette miliaire ; ou bien, qu'il
(1) Suette miliaire à forme rubéolique. Paris, 1888.
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y a en réalité, entre la rougeole et la s nette, des affinités dont la pathologie nous montre d^ail leurs des exemples nombreux.
En réalité, et tout en admettant la réalité de la forme morbilleuse de la suette miliaire, on peut se demander :
i*^ Si il ne peut pas, dans certains cas, y avoir coexistence des deux maladies chez un même sujet, — à noter que la forme morbilleuse de la suette s'observe surtout chez les enfants qui n'ont pas eu la roug-eole, et épargne les adultes;
2*^ Si la roug-eole, dans les pays où la suette est endémique et dans les épidémies, ne joue pas vis-à-vis la suette le même rôle que vis-à-vis la diphtérie, par exemple, ou la tuberculose, et si elle ne rompt pas l'immunité naturelle des malades contre la miliaire. Dans ces cas, la roug-eole jouerait le rôle d'agent de dissémination, dans les épidémies, et de cause provocatrice dans les pavs où la suette est endémique. Or, précisément Thoinot et Hontang' relèvent en France l'existence de foyers endémiques, en particulier dans le Poitou.
Des faits précis en faveur de la première hypothèse ont été sig-nalés par M. Brouardel (rapport cité), qui a observé dans une même famille et contemporainement, la suette banale chez les adultes et la forme morbilleuse chez les enfants. Mais M. Chedeverffiieii) a., de son côté, rapporté des documents très sug-gestifs sur les relations épidémiologiques entre la rougeole vraie et la suette.
(1) Ae. de médec. 1887-1888. Epidémie de Rougeole, de Poitiers,
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L'épidémie déhnta eu 188G, le i3 octobre, paF- un cas de roiii^eole chez un enfant de i3 ans, et qui était arrivé le 5 (le Rutlec, où il s'était contag^ionné auprès de ses deux frères qui en étaient affectés. A partir de ce moment il y eut de nombreux cas de roug^eole vraie, et ce n'est qu'au mois d'avril 1887, que la suette apparut. On peut donc diviser l'épidémie en deux périodes : dans la première, qui dura plusieurs mois, ce sont des roug'eoles lég-itimes, qu'on relève; dans la seconde, qui commence en avril, on voit la miliaire apparaître environ dans un dixième des cas et, dans son hypothèse, compliquer la roug-eole.
D'autres épidémies ont pu présenter ce caractère (Voir la thèse de Houtarii^-, chap. II).
La relation que M. Boulland a faite dans le Limousin médical (i8()4, Avril n^ 4) de la marche de la roug*eole, à Limog-es, en 1888, est non moins intéressante. En 1887, éj)oque de l'épidémie de suette, Limoges avait échappé à l'épidémie qui n'avait fait qu'entamer l'arrondissement de Bellac, dans la Haute-Vienne, en ne s'y manifestant, d'ailleurs, que par la forjne morbilleuse. Or, en 1888, l'année suivante, sans épidémie de suette, toutes les roug"eoles prennent à Limog-es l'aspect suettique, au point que la description qu'en donne M. Boulland, répond point par point à celle du type de liontang. Les mêmes formes ont reparu en 1894- Elles sont sig-nalées ég'alementen 1890, dans le rapport de M. Worms ( i ).
N'y a-t-il pas là un rapprochement curieux à faire avec la gravité de complications pulmonaires dans les roug"eoles qui se développent après des épidémies de g-rippe? (Voir la g*rippe plus haut ou de coqueluche.)
(1) Rapport i^n-néral sur les épidéinius, en 1890. Acad. deméd., . 5ô.
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Quoi qu'il en soit, voici comment les choses se passent dans ces cas.
Lorsque les phénemènes suettiques sont tardifs, l'éruption morbilleuse se montre avec ses caractères normaux. Puis au bout de 24 ou de 48 heures, les îlots de peau saine sont envahis par une rougeur scarlatiniforme , quelquefois purpurique ( roug-eole noire de certaines épidémies;, les sudamina et les sueurs apparaissent, et la persistance de la fièvre accompag-neles phénomènes nerveux propres à la suette miliaire. La desquamation se fait par larges lamelles au bout du 5*^ ou du 6^ jour (relation de M. Boulland). Au moment de la défervescence, on note des sueurs abondantes, de la polyurie ; la maladie a une grande tendance à récidiver (id.). La mort est fréquente, avec hyperpyrexie, dyspnée nerveuse, convulsions, etc.
Lorsque la suette est précoce, on a sous les yeux le tableau de la suette miliaire à /orme riibéolique décrite par Hontang et qui se caractérise par les signes suivants :
jo Période prééruptive caractérisée par des prodromes atténués, inconstants, et de durée beaucoup plus courte — du i^'" au 3^ jour — que dans la rougeole ; on constate cependant de la conjonctivite, du coryza, de la toux, exceptionnellement du catarrhe intestinal, des vomissements, un peu d'angoisse respiratoire avec constriction thoracique.
20 Période ériiptive caractérisée par une éruption morbilliforme d'abord, puis le lendemain ou le surlendemain scarlatiniforme ou purpurique
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précédée, acccompagnée ou suivie d'une éruption miliaire, se combinant de mille façons différentes.
Ces éruptions se font par poussées successives, elles récidivent souvent, et se terminent par une desquamation analogue à celle de la scarlatine.
A noter l'absence de camplications bronchiques et pulmonaires (Hontang-).
Scarlatine. — Nous avons déjà parlé des éruptions simultanées (i) ou consécutives de scarlatine et de rougeole avec antériorité de celle-là (i). Nous n'ajouterons qu'un mot sur la scarlatine postérieure à la rougeole.
Dans ces circonstances les deux maladies ne semblent pas avoir grande influence l'une sur l'autre. La scarlatine évolue normalement (Grancher, Gaz. des Hôpit. 1888), et le pronostic ne comporte aucune aggravation du fait de l'existence antérieure de la rougeole : il est lié, comme dans un cas ordinaire, à la forme de la maladie et aux conditions de race ou d'épidémie qui aggravent le pronostic de la scarlatine en général. On n'observe ni plus ni moins d'accidents bronchopulmonaires — rougeole — ni d'albuminurie — scarlatine. Peut-être les malades sont-ils plus prédisposés à prendre la diphtérie.
Lorsque la scarlatine apparaît après la fin de l'éruption morbilleuse, les prodromes en sont atténuées, et l'évolution de la scarlatine n'a pas paru
(1) Voir la Rougeole. Goilection Gharcot-Debove, p. 107 et suivantes.
en être influencée (i). Les complications ont surtout été celles de la scarlatine : — bubons suppures, néphrite, etc.
Lorsque Téruption morbilleuse existe encore, au moment où la scarlatine se montre, les prodromes de celle-ci ont paru toujours assez nets. L'éruption est souvent fug-ace. Nous avons insisté ailleurs sur son sièg-e, sur ses rapports avec l'éruption morbilleuse, sur son diagnostic avec la rubéole (2). Les complications qui se montrent, appartiennent surtout à la scarlatine : malgré tout, le pronostic de la scarlatine secondaire ne s'en aggrave pas : la forme qu'elle revêt reste seule en balance.
Variole. — Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit ailleurs sur la variole consécutive à la rougeole (3). C'est d'ailleurs une complication exceptionnelle, et toute accidentelle.
Les observations consignées dans la thèse de M. Bez, laissent penser que les deux fièvres éruptives ne s'influencent pas, lorsque la variole suit la rougeole. Lorsque la variole se développe avant la fin de la rougeole, on a observé, il est vrai, une atténuation dans les prodromes de la variole, fait assez fréquent d'ailleurs, dans les varioles secondaires, mais les deux éruptions se superposent, et l'éruption variolique est normale. Le seul fait digne d'être signalé, c'est que l'influence
(1) Voir Bullet. de l'Acad. royale de Belgique. — Épidémie dans le bassin de Gharleroi, par M. Deffernez.
(2) La Rougeole. Eueff éditeurs, page 107 et suivantes.
(3) Ihid., p. 111.
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de la rousreole se fait sentir par la précocité des complications pulmonaires qui peuvent entraîner la mort du malade, en dehors de l'influence variolique. Cette particularité assombrit le pronostic, puisque la mort est survenue dans plus de la moitié des cas observés, soit de ce chef, soit parce que la variole a revêtu une forme g"rave, confluente ou hémorrhag-ique. Chez les sujets non vaccinés, le pronostic s'asTirrave du fait de cette dernière condition.
Lorsque la variole est postérieure à l'éruption morbilleuse de 8 à 20 jours après, on relève, au contraire, l'existence des prodromes de la variole. Ici encore, l'influence néfaste des lésions bronchopulmonaires, tuberculeuses ou autres, du fait de la rou^^eole, se fait sentir sur le pronostic, qui donne plus de la moitié des cas de décès. La mort est attribuable tantôt à ces complications, tantôt à une forme sévère de la variole. Mais il ne paraît pas y avoir une plus g-rande fréquence de celles-ci.
Oreillons. — On a noté quelquefois la coïncidence d'épidémies d'oreillons et de rou^-eole. Les deux maladies ne semblent pas s'influencer: que les oreillons accompa^^nenl l'éruption morbilleuse ou se montrent après elle iChopel, de Saint- Maloi, la terminaison des oreillons par résolution est la rè^le, et la convalescence est influencée seule par la maladie ourlienne, mais dans les conditions ordinaires. Les métastases ourliennes ne sont pas plus fréquentes ( i ).
(1) Voir également les rapports de l'Académie de Médecine : le rapport de M. Kelsch, pour 1H1)2. concernant l'épidémie de Rarabervillers (Vosges).
Erysipèle. — Ou observe parfois des érysipèîes de la face sur la marche singulière desquels Lasègne avait déjà insisté, eu particulier chez les sujets lymphatiques, ou chez ceux dont le catarrhe des muqueuses oculaires ou nasales a été et est encore très marqué, ou enfin chez ceiix qui ont réellement de la conjonctivite ou de la rhinite post-mor bilieuse. Ils sont caractérisés par une tuméfaction œdémateuse de la peau, rouj^^e brunâtre ; ils progressent habituellement avec une grande lenteur, par poussées successives entre lesquelles il y a des temps d'arrêt. Ils s'étendent très peu et n'ont pas g^raiid retentissement sur l'état général. Leur plus grave inconvénient consiste dans l'apparition rapide d'abcès midtiples, à pus épais phlegnioueux, ou dans le développement d'ulcérations tenaces, consécutives elles-mêmes à des nécoses de l'épiderme et du derme.
Certains de ces pseudo-érysipèles ne sont que des lymphangites tronculaires, issues d'ulcérations, qui siègent souvent au niveau de l'angle interne de l'œil. Dans un cas que j'ai eu l'occasion d'examiner, le pus et la sérosité ne renfermaient que du staphylocot'cus albus sans streptocoque. Ce <ont là, en somme, des accidents dans le cours de la rougeole, plutôt que des complications.
11 en est de même des abcès gancflionnaires , des abcès cafanès ou soas-i'iitanès, des furoncles. qui se développent paifois après la roug:eole en série, avec une ténacité et une abondance désespérantes. Comme chez les atrophiques infectés, on voit ces abcès surtout sur le cuir chevelu, où il
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faut les inciser. On les relroiive é<^alemenl sur le cou et sur les membres (Sanné), quelquefois même dans la profondeur de ceux-ci. Il n'y a là, en somme, qu'un épisode de rinfection septique post-morbilleuse, à laquelle la rougeole prédispose, et qui est si grave sur l'arbre bronchopulmonaire.
On peut donc penser que la lésion morbilleuse cutanée peut également en provoquer l'apparition. Leur pronostic, d'après Barthez et Sanné, n'est pas grave, à moins d'un siège particulier qui rende leur présence dangereuse. Mais la nécessité d'incisions multiples les rend extrêmement pénibles pour les malades.
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Introduction i