CHAPITRE
Bases de la classification des complications. — Complications morbilloseptiques ; complications par infection simultanée produite par la diphtérie, la tuberculose, la coqueluche, les oreillons. — Maladies accidentelles dans le cours ou dans la convalescence de la rougeole : variole, scarlatine. — Infections mixtes.
Parmi les coiiipJicatiuns, il eu est qui soûl pour ainsi dire inhérentes à la roug-eole, formant avec elle une série morbide naturellement associée, et dont la lésion spécifique des muqueuses ou de la peau est la cause occasionnelle.
11 en est d'autres, au contraire, dans lesquelles cette liaison n'apparaît pas aussi nettement, que Fou ne rencontre f^-uères que dans les milieux à contage intensif — l'hôpital, et qui apparaissent à l'observateur, moins comme complications proprement dites, que comme maladies surveimes accidentellement dans le cours ou à la suite de la rougeole.
Les premières sont les complications morbilleuses au sens stîict du mot. Provoquées par la rougeole, elles sont à redouter dans tous les
gomhlicatkj-ns iji: l.v ro^glou: 21
lenips et dans tous les lieux. Les secondes, au contraire, ne s'observent qu'à l'état isolé, dans les hôpitaux de préférence ; ou, si elles se montrent avec quelque fréquence, c'est qu'il existe, conjointement à l'épiJémie morbilleuse, une épidémie contemporaine d'une autre nature, sans qu'il soit démontré que les rour/eoleux Jrjiirnissent plus de victimes à celle-ci que les sujets en état de santé.
Cette distinction est fondamentale, et nous permettra de reconnaître :
t"^ Les complications morbilleuses proprement dites.
2" Les maladies ctjmpliquant accidentellement la roug^eole.
L — Les premières sont les plus importantes et les plus graves. Mais si leurs relations étiolog-iques avec la rou^-eole sont bien établies, il n'en est plus de même en ce qui concerne leur nature; un certain nombre d'entre elles sont dès à présent connues comme des conséquences d'infections secondaires. Le sont-elles toutes ? ou au contraire, en est-il qui soient sous la dépendance directe de l'ag-ent morbilleux lui-même ? Ce sont là des questions auxquelles on ne peut donner aujourd'hui de réponse satisfaisante et scientifiquement démontrée. On en est réduit, pour défendre la nature morbilleuse pure de quelques-unes, à conjecturer d'après l'action reconnue de la rougeole sur les éléments anatomiques, ou à admettre que dans certains cas le germe morbilleux a une virulence plus grande, capable de les produire.
On ne verra pas là une pure hypothèse, si l'oa
22 <-OMPLICAJU).NS DE 1> A ROLGKOLE
compare, par analoçie, les complications qui peuvent se produire dans d'autres maladie^ — dans la fièvre tvplioïde par exemple, où la polymorphisme des certaines complications n'empêche pas que certaines d'entre elles soient dues à l'action du bacille d'Eberth-Gaffky ; et si l'on tient compte également de ce fait que le poison morbilleux possède une action phlogo^ène manifeste sur les mufjueuses, et que cette inflammation, spécifique du commencement à la fin, peut aboutir à des lésions plus profondes, ulcéreuses ou non.
La possibilité de cette conception est encore rendue plus probable par le pouvoir nécrosique que nous avons reconnu au ^erme morbilleux, pouvoir dont on reconnaît les effets au microscope, par les lig-nes de nécrose de coagulation de M. Galrin dans la peau, et par les lésions du même ordre décrites Coijne dans lelarvnx. La fréquence relative de la gangrène dans la rouçeole, comparée aux autres maladies et en particuliei* à celles qui portent une atteinte plus profonde à la nutrition g-énérale par suite de leur longue durée, cette fréquence, disons-nous, est encore une preuve delà légitimité qu'il y a à reconnaître des complicati(»ns viaiment dues à la rougeole, sans intervention d'aucun élément étranger ou sinon, dans lesquelles l'influence prédisposante de la rougeole est le caractère dominant. Le fait que ces complications sont plus fréquentes dans les formes primitivement graves, en serait encore une preuve, si Ton ne pouvait objecter que précisément dans ces cas les infections secondaires sont plus à craindre et n'existent en réalité plus souvent.
COMPLICATIONS i)i: i.\ uoi (;i;()ij: 23
Quoiqu'il eu soit et daus Timpossiljilité où l'on se trouve à l'heure actuelle, de séparer les complications bactériolog'i(|ueuîeut inorbi lieuses de celles qui lui sont étrangères; en tenant compte d'autre part de ce fait clinique que certaines de ces complications portant sur un même organe ont une physionomie univoque, on ne peut pas dans l'exposé des faits suivre une autre méthode que celle (jui consiste à étudier ces complications sur les différents orsanes.
Nous tenterons cepeudant une classification rationelle basée sui' la nature de l'agent infectieux, en réunissant dans un même chapitre à pathogénie réservée, les faits anatomiques et cliniques semblables, tout en tenant compte des inconnues qu'il renferme.
Uaction des microbes septiques sur les muqueuses se traduit en effet par un ensemble de lésions et de signes qui se rapprochent, jusqu'à s'y confondre, de ceux qu'on observe dans la rougeole. Nous reconnaîtrons donc, sans vouloir les démêler prématurément, dans la classe des cotiiplications morbilleiises proprement dites, un premier groupe comprenant: A. — Les complications
MORBILLOSEPTIQUES.
Celles-ci peuAent se traduire :
i*^ Par les phénomènes habituels de rinjlammat ion localisée à un organe ;
2" Par de la gangrène;
3^ Par des accidents de généralisation ou de septicémie, ou par des lésions viscérales à distance, artérite., endocardite, etc.
24 COMFLICAÏIONS Di: LA ROUGEOLE
Elles ont pour ag-eiit fig-uré le microbe (?) de la rougeole, les microbes pyoseptiques, le pneumocoque, le bacterium coli commune.
B. — Un deuxième «groupe dans la même classe de complications comprend des infections rendues o[)portunes par la lésion des muqueuses ; ce sont : la dipht«Mie, la tuberculose, la coqueluche.
Il est en ellet avéré que pour celles-ci la rougeole constitue une prédisposition indiscutable.
2. — L'autre classe des complications comprendra les infections accidentelles : la# scarlatine, la variole, la varicelle, Férvsipèle, etc. Celles-ci ne sont pas intimement liées à la lougeole en ce sens qu'elles ne paraissent pas plus fré([uentes chez les morbilleux que chez les autres sujets. Ces associations jnorbides sont en général un produit anormal de l'hospitalisation, ou d'une coïncidence malheureuse d'épidémie ou de contagion. Leur étude est donc beaucoup moins intéressante que celle des précédentes.
3. — Il est bon d'ajouter encore que ces infections secondaires à la rougeole peuvent être complexes, et ([u'on peut rencontrer à l'examen bactériologicjiic des liquides palhologif[ues plusieurs des espèces microbiennes éiunnérées plus haut.
L'étude de ces association microbiennes dans la rougeole n'est encore (pi'ébauchée.