INTRODUCTION
Depuis un certain nombre d'années, les médecins ont vu se multiplier les atteintes infectieuses du système nerveux central. À côté d’affections autonomes, telles que l’encéphalite léthargique, on a rapporté des observations de plus en plus nombreuses de complications nerveuses d'infections générales.
Cette abondance insolite de complications autrefois peu connues ne peut être attribuée-au simple perfectionnement des méthodes de diagnostic; le tableau symptomatique de tous ces états nerveux est suffisamment riche, pour que leur existence n’eüt pu échapper au sens clinique si avisé des anciens observateurs.
Faut-il donc y voir l'effet d’une modification du terrain, d’une déficience du système nerveux de nos contemporains devant l'effort exagéré que leur impose la vie moderne ? Ou. au contraire, faut-il attribuer plus d'importance à l’adaptation des germes, aux modifications ou mutations de leur tropisme ? C’est une question qu’il serait vain de vouloir dès maintenant résoudre dans sa généralité; nous la discuterons cependant plus loin pour la rougeole, dans le chapitre consacré à la pathogénie.
Parmi toutes ces infections susceptibles de complications nerveuses, les maladies éruptives tiennent une place extrêmement importante. Il nous suffira de rappeler ici, à ce propos, que cette constatation à suggéré à LEVADITI l’idée des « virus ectodermotropes », que l’encéphalite de la vaccine a semblé à un certain moment mettre en danger la pratique même de la vaccination.
Notre attention a été plus particulièrement attirée sur les complications nerveuses de la rougeole par l'observation de deux cas dans le service de notre maître, M. le professeur DE LAVERGNE. On les trouvera d’ailleurs exposées ci-après.
La lecture des publications consacrées à ces complications dans la littérature médicale française et étrangère nous a surtout laissé une impression pénible, quant à la classification de ces états nerveux. Il nous a semblé nécessaire de faire sauter ce cadre un peu artificiel de l’encéphalite & qui, pour certains, désigne encore tout état inflammatoire du système nerveux, depuis l’encéphale proprement dit jusqu'aux nerfs périphériques ». C’est pourquoi, nous conformant aux tendances actuelles de la neurologie, nous avons cherché à classer les observations plus récentes en subordonnant toujours le tableau clinique à l’anatomie et à la physiologie pathologiques du système nerveux central. C’est ainsi que nous distinguerons les encéphalites proprement dites, des myélites, des méningites, des névrites périphériques; ces grands cadres de notre classification sont encore subdivisés par des formes à siège anatomique plus précis ou à
évolution plus spéciale. De plus, nous avons été amenés à tenir compte des formes intermédiaires, à localisation plus diffuse, susceptibles d'’intéresser plusieurs segments du système nerveux : encéphalomyélites, méningo-myélites, etc.
A côte de cette tentative nosographique, nos chapitres plus généraux consacrés à l’étiologie, la pathogénie, l'anatomie pathologique ont pour unique prétention de fixer l’état actuel d’une question, qui subira sans doute encore bien des modifications, à mesure que la documentation clinique, anatomique et bactériologique deviendra plus abondante.