HISTORIQUE
Si, comme nous l’avons dit dans notre introduction, les complications nerveuses de la rougeole constituent un sujet d'actualité, dont les observation Îles plüs probantes proviennent de la littérature d’après guerre, du moins peut-on en retrouver les premières traces dans une littéarture déjà ancienne.
En effet, dès 1724, NEBEL publiait une observation de paralysie oculaire survenue au cours de la rougeole. Puis, en 1782, ODIER, dans un mémoire à la Société royale de médecine, signale que « les maladies éruptives telles que la petite vérole, la rougeole et surtout la fièvre rouge sont, à Genève, une cause apparente d’hydrocéphalie aiguë ». En 1700, James Lucas, chirurgien de la & General Infirmary » à Leeds, décrit une paraplégie survenue après la rougeole.
Puis, c’est le silence jusqu’à la deuxième moitié du x1x° siècle. En 1842, CECHAUT mentionne les complications nerveuses de la rougeole dans sa thèse. ABER- COMBRIE en rapporte une observation en 1845 dans son livre, intitulé « Diseases of the Brain and spinal
Cord ».
Il en est question de nouveau dans le rapport de GRUBLER à la Société médicale des hôpitaux, sur les « paralysies asthéniques » consécutives aux infections aiguës (1861).
En 1863, IMBERT DE GOUBEYRE consacre un travail aux paralysies morbilleuses, dont il rapporte cinq observations.
Les observations de HoLmMÈs CoOTE, de Du- CHENNE DE BOULOGNE (1864), sont suivies de celles de BERGERON (1868) et LARIVIÈRE (1869) dans la Gazette des Hôpitaux. Le cas de BERGERON, ( paralysie consécutive à une éruption morbilleuse », se termina par la mort et donna lieu à une autopsie par RANVIER.
Après BOUCHUT (1870), SCHEPPERS (1872) décrit à Berlin une complication nerveuse après rougeole chez une fillette de 8 ans; dès le quatrième jour de sa rougeole, la petite malade présenta des phénomènes encéphaliques avec coma, etc. On nota ensuite de lPaphasie, de l’asynergie motrice et des mouvements choréiformes. L’usage de la parole fut recouvré le quinzième jour, mais l’ataxie persista encore quelque temps.
En 1875, Thomas décrit de nombreux types de complications post-morbilleuses.
LANDOUZY y ajoute sa contribution personnelle dans sa thèse d’agrégation (1880). Il en est encore question dans la thèse de M"° DEJERINE-KLUMPKE.
RICHARDIÈRE y rapporte deux observations intéressantes dans son étude sur les « scléroses encéphaliques primitives de l’enfance » (1885).
En 1886, c'est la thèse de BAYLE sur : & Les paralysies consécutives à l'infection morbilleuse ». La même année, FERRY rapporte dans les Archives de médecine et pharmacie militaires une observation de myélite transverse incomplète avec parésie des membres inférieurs, conservation des réflexes et de la sensibilité, et paralysie des sphincters. En 1886 encore, BARLOW et PENROSE décrivent à Londres une myélite ascendante terminée par des phénomènes bulbaires mortels.
En 1887, on peut lire dans le traité clinique des maladies de l'enfance de CADET DE GASSICOURT le réstmé des observations publiées antérieurement par BERGERON et LARIVIÈRE. PERRET rapporte des observations nouvelles dans ses cliniques de l'Hôtel- Dieu de Lyon. d
RILLIET et BARTHEZ signalent un cas de paraplégie avec abolition des réflexes patellaires et paralysie des sphincters.
En 1888, parait à Lyon la thèse de DENARIE. A côté de quelques cas nouveaux, on y trouve un résumé des travaux antérieurs, où se manifeste de façon évidente la confusion des classifications adoptées jusque-là.
ALLYN, de Philadelphie, apporte en 1891 une quarantaine d'observations inédites.
En 1892, THoINOT et ensuite LOP ont le mérite de tenter pour la première fois une classification rationnelle. Ils séparent nettement les paralysies encéphaliques, presque toujours précédées d’une phase « d’encéphalite aiguë », selon l’expression de
Lop, et d'autre part les paralysies par myélite, du type de la paraplégie.
En 1802, Louis GUINON écrit dans le traité de médecine de CHARCOT, BROUSSARD et BRISSAUD, « que la rougeole laisse peu de traces sur le système nerveux ». Il classe les paralysies ( rarement signalées » en paralysies encéphaliques, paralysies à type myélopathique, paralysies à type périphérique.
En 1803, William DAwsoN relate une observation de sclérose en plaques secondaire à une rougeole. Il s'agit d’une fillette de 4 ans, chez laquelle, après un stade d’encéphalite aiguë d’une durée de dix jours, apparu au quatrième jour d'une rougeole, persistèrent par la suite, de façon continue, du tremblement et de l’incoordination cérébelleuse. La maladie se compléta ensuite par l'apparition des symptômes classiques de la sclérose en plaques: parole lente et scandée, tremblement intentionnel, contracture spasmodique des membres, exagération des réflexes, etc.
En 1894, la thèse d'ORTHOLAN est consacrée À quelques « formes de paralysies morbilleuses ». Presqu'en même temps, deux auteurs suisses, AUDOUD et JACQUARD, publient dans la Revue médicale de la Suisse romande un cas de paralysie vésicale post-morbilleuse, d’une durée de vingt-deux jours, chez un enfant de 9 ans.
En 1895, RAYMOND rapporte une observation particulièrement intéressante. I1 s’agit d’un enfant qui aurait présenté une lésion du groupe postérieur des noyaux de la TIT° paire avec atteinte simultanée du faisceau pyramidal. [1 présenta d’abord une paralysie
de la maïn droite, puis un ptosis bilatéral avec paralysie de la ITI° paire à droite. Au début de la convalescence, la démarche parut ébrieuse. Un an après, la marche était normale, mais il persistait une hémiplégie droite, une paralysie de la III° paire avec Mmystagmus vertical.
La même année, Pierre MaRtE décrit de nombreuses complications nerveuses après la rougeole, parmi celles d’autres maladies infectieuses. Il signale la possibilité d’un syndrome rappelant la sclérose en plaques.
En 1806, la thèse de MOELLER contient trois cas de méningite morbilleuse.
En 1897, PRAT rapporte à la Société anatomique de Paris un cas d’hémiplégie gauche survenue au cours d'une rougeole chez un nourfisson de onze mois. FINKELSTEIN publie à Saint-Pétersbourg deux cas de psychoses aiguës post-morbilleuses chez des enfants de 13 et 14 ans, avec confusion mentale, hallucinations, crises de terreur, insomnie et agitation.
Puis les complications nerveuses de la rougeole semblent presque oubliées, et il faut attendre jusqu’à ces dernières années pour en retrouver une abondante floraison. Aussi les grands traités de médecine parus à la fin du siècle dernier et dans les premières années après 1900 en font-ils à peine mention.
En 1895, GRANCHER croit pouvoir écrire dans le Traité de médecine de BROUARDEL et GILBERT :
« Nous ne citerons que pour mémoire, à cause de leur rareté : rachialgies, paralysies diverses, névral-
gies diverses avec ou sans troubles moteurs des jambes ».
C’est à peine si ComBy leur accorde plus d’importance dans le Traité des maladies des enfants de GRrANCHER, CoMBY et MarFAN: « Complications du système nerveux, chapitre court mais intéressant ». Il signale des névrites, myélites avec paraplégies, des paralysies, des myélites diffuses (BRUCE), des ramollissements étendus de la moelle (BARLOW).
HUTINEL, dans le Traité des maladies des enfants, établit la notion des méningites lymphocytaires non tuberculeuses.
Dans le Précis de pathologie de DIEULAFOY (1911), il n’est même pas question des complications nerveuses de la rougeole.
WEILL et PÉHU prétendent, dans le Précis des maladies des enfants, qu’à part quelques convulsions, phénomène banal des maladies infectieuses de l’enfant, les complications nerveuses sont rares au cours de la rougeole. Ils pensent que les méningites qui ont été signalées, sont d’origine tuberculeuse ou otogène.
Armand DELILLE ne leur accorde pas plus d’importance dans le Traité de pathologie médicale de SERGENT.
TISSIER consacre un chapitre aux complications nerveuses dans le Nouveau traité de médecine. Il pense qu’il s’agit de complications nerveuses sans gravité.
C’est qu’en effet, les observations s'étaient raréfiées pendant les premières années du xx° siècle. Quelques cas isolés sont publiés de temps à autre,
notamment par FRONTALI en 1913. Claude KER
pouvait écrire en IOI5 que, sur 1.200 rougeoles, il
n'avait vu qu’une seule myélite transverse et aucune
encéphalite, mettant ainsi en doute l'existence même
de complications nerveuses à mettre au compte certain de la rougeole.
Puis, à partir de 1025, c’est une multiplication extraordinaire des observations, tant en France qu’à l'étranger. Nous ne voudrions pas citer à cette place tous les noms que nous estimons mieux placés dans notre bibliographie, mais nous devons au moins faire une allusion au travail très documenté de WOHLWILL (1928) et de FORD (même année).
Nous avons d’ailleurs fait de larges emprunts à cet ensemble d'observations plus récentes pour illustrer chaque type de complication par ün exemple plus concret.
CHAPIPRE IT