‹ Les compositeurs de musique versaillais. 1re série, Colin de Blamont, Bernard de Bury, les Philidor, L. Guichard, G.-L. Chrétien, les Mathieu, R. KreutzerChapitre 1 sur 2 · VERSAI LL AI S · texte numérisé non relu

VERSAI LL AI S

Louis XIV aimait beaucoup la musique. On dit même qu’il composa de tendres romances en l’honneur de M ll ° de La Vallière et, plus tard, de pieux cantiques. Malheureusement, ces œuvres musicales du Grand Roi n’ont pas été conservées ; il n’en reste qu’un catalogue manuscrit. Il serait donc peut-être téméraire de proclamer que celui qui fut le créateur de Versailles fut aussi le plus ancien des compositeurs de musique versaillais. Mais ce goût artistique poussa naturellement le Roi à appeler à sa Cour et à y retenir les plus habiles musiciens de tout genre, chanteurs et instrumentistes. Il réorganisa et augmenta considérablement la chapelle-musique en y introduisant un orchestre complet, ce qu’on appelait alors la symphonie. Il fit rechercher dans toute la France et même à l’étranger, notamment en Italie et en Flandre, de bons exécutants. Sans crainte des protestations du clergé, il chargea Lulli, puis Lalande et autres, de composer des messes et des motets à grand orchestre, avec voix de femmes. En même temps, la musique de la chambre , recrutée

parmi les meilleurs solistes, devint une troupe d’élite incomparable. Ainsi fut créée à Versailles une colonie de musiciens qui s’y fixèrent à demeure et formèrent des familles versaillaises. Parmi eux ou leurs descendants, plusieurs furent des compositeurs de talent qui acquirent une véritable célébrité. Aujourd’hui, cependant, la plupart sont presque oubliés ou méconnus. Ne serait-il pas intéressant pour la gloire de Versailles d’en rappeler le souvenir? — Nous allons essayer d'en dresser au moins une sorte de nomenclature, probablement incomplète, et de faire un peu connaître quelques-uns d’entre eux, en les présentant, autant que possible, par ordre chronologique.

Colin de Blarriont

Le 25 novembre 1690, était baptisé, en l’église paroissiale Notre-Dame de Versailles, le fils aîné de Nicolas Colin, ordinaire de la musique du Roi , et de Jeanne Collette, sa femme. L’enfant, né trois jours auparavant, le 22 novembre, avait pour parrain François Collette, bourgeois de Versailles, probablement son oncle ou son grand-père maternel, et pour marraine, sa tante Claude Colin, veuve d’un menuisier de Reims.

Nicolas Colin cultivait la peinture en même temps que la musique. 11 était lié d’amitié avec Hyacinthe Rigaud, peintre du Roi, qui accepta d’ètre parrain de son second fils, né le 19 janvier 1693.

Par suite, les deux enfants reçurent de leur père une double éducation artistique, et l’aîné, François, tout en se vouant plus tard spécialement à la musique, continua de faire un peu de peinture. Quant au second, Hyacinthe, il devint, sous le nom de Colin de Vermont, peintre du Roi, professeur et recteur adjoint de l’Académie royale.

yA\ François Colin, à dix-sept ans, fut admis dans la musique de la duchesse du Maine, qui, plus tard, devint pour lui une protectrice utile. Peu de temps après, il entreprit de mettre en musique la belle cantate de Jean-Baptiste Rousseau, Circé. Grâce aux relations de son père, il put faire entendre son œuvre à Lalande, surintendant de la chapelle,

compositeur de grand mérite, dont il convient de dire quelques mots en passant, car il fut à demi Versaillais.

Michel-Richard Lalande était né à Paris en 1656, et avait commencé par être enfant de chœur à Saint- Germain-l’Auxerrois. Admirablement doué pour la musique, il devint ensuite violoniste habile, puis organiste dans plusieurs paroisses de Paris. Appelé à Versailles pour donner des leçons aux filles du maréchal de Noailles, il se montra excellent professeur et fut remarqué par Louis XIV qui lui confia l’éducation musicale de deux des filles de M mo de Montespan. Lalande, logé au château de Clagny, se mit alors à composer, sous l’inspiration et sous les yeux mêmes du Roi, un grand nombre de motets et morceaux religieux. Louis XIV, prétendant écrire lui-même de la musique, se plut à participer à ses travaux. Il le combla de faveurs, lui donna les charges de compositeur, maître et surintendant de la musique de sa chambre et de sa chapelle, et lui conféra l’ordre de Saint-Michel. En 1684, Lalande ayant épousé une cantatrice de la chambre, Anne Rebel, sœur aînée du compositeur, le Roi fit les frais du mariage. Les deux filles issues de cette union, excellentes cantatrices comme leur mère, firent partie de la chapelle, et, à vingt ans, reçurent chacune une pension de 1,000 livres. Enfin, après quarante-cinq années de services dans la musique du Roi, Lalande est mort à Versailles, le 18 juin 1726.

Lalande a laissé une grande quantité d’œuvres musicales religieuses, notamment des chœurs qui sont estimés à l’égal de ceux de Hændel. Il a com-

posé aussi un opéra-ballet intitulé : Les Eléme?its> qui eut, dit-on, en son temps, un succès prodigieux.

Tel était le personnage influent et fort compétent auquel François Colin, à l’âge de dix-huit ans environ, eut le bonheur de soumettre sa Circé.

Lalande fut émerveillé des dispositions du jeune musicien, le prit en affection, et se chargea de lui enseigner à fond la science de l’harmonie et du contrepoint. De ce jour, l’avenir de François Colin était assuré.

En 1719, devenu à son tour un maître, il put acquérir de Lulli flls une charge de surintendant de la musique du Roi. Ce fut alors, sans doute, qu’il joignit à son nom celui de Blamont , tandis que son frère ajoutait au sien celui de Ver mont .

Le 13 juillet 1723, eut lieu à l’Opéra de Paris la première représentation d’un ouvrage important qui fit la réputation de notre compositeur versaillais. C’était un opéra-ballet en trois actes et un prologue, intitulé : Les Fêtes grecques et romaines .

M. Jules Vasseur, dans une intéressante notice publiée en 1883 (1), a étudié en détail, avec la compétence qui lui appartenait, cette œuvre musicale. « La mélodie en est, dit-il, toujours facile, abondante, simple et compréhensible, et l’harmonie en est pure. » M. Vasseur signale ensuite plusieurs morceaux d’un excellent effet. Dans le prologue fort étendu qui précède l’entrée du ballet : une déli-

(1) Mémoires de la Société des Scie?ices morales (t. XIII, p. 373 et suiv.).

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cieuse chaconne, une gigue d’une mélodie très fraîche, un joli duo, un menuet d’allure franche. Puis, dans le premier acte, Les Jeux olympiques : un bel air plein d’énergie, chanté par Aspasie, un passe-pied exquis. Dans le deuxième acte, Les Bacchanales : de beaux motifs de marche, un chœur intéressant de Romains et Egyptiennes, un grand air de Cléopâtre, qui provoqua des applaudissements prolongés à la première représentation. Enfin, dans le troisième acte, Les Saturnales : un joli duo entre Tibulle et Délie, un beau chœur, un délicieux rondeau.

L’enthousiasme du public fut tel, que Colin de Blamont reçut en récompense le brevet de chevalier de l’ordre de Saint-Michel.

Les Fêtes grecques et romaines ont été reprises à l’Opéra en 1733, i? 34 > I 74 1 - M ‘ nc de Pompadour voulut, en 1748, en faire exécuter au moins une partie sur le théâtre du Château. Elle s’était réservé le rôle séduisant de Cléopâtre. Se trouvant malheureusement souffrante, le 26 mars 1748, elle dut se faire remplacer par sa grande amie, la duchesse de Brancas, à qui le duc d’Ayen donna la réplique dans le rôle d’Antoine. Mais, dès les 28 et 3° mars, la marquise put faire sa rentrée, et le marquis de la Salle, en Apollon, introduisit dans le prologue un compliment au Roi.

En 1753, en 1762, en 1770 enfin, pour la dernière fois à notre connaissance, on joua encore à l’Opéra cette première œuvre de Colin de Blamont. D’après Bachaumont, en 1762, le succès en fut moindre que précédemment, bien qu’on eût trouvé la musique de

Le Chevalier.

IDK ® IL AMONT

cet opéra gracieuse et très chantante ; mais l’ouverture et les chœurs parurent un peu monotones. Le 28 août 1770, lors de la dernière reprise, on put remarquer que le rôle de Cléopâtre fut tenu par une Versaillaise, la superbe demoiselle Du Plant, prenant ainsi la place qu’avait occupée la grande marquise, vingt-deux ans auparavant.

A partir de 1723, le chevalier de Blamont était classé parmi les meilleurs compositeurs français. Aussi, le voit-on chargé en 1725 de faire la musique du divertissement à exécuter devant le roi Louis XV, à l’occasion de son mariage, et intitulé : Le Retour des dieux sur la terre . Il devint en outre le principal organisateur et directeur des concerts du salon de la Paix à Versailles, et de ceux de Marly et Fontainebleau. Il eut ainsi l’occasion de faire exécuter dans ces concerts ses propres compositions, et l’on dit que la Reine lui adressa souvent les compliments les plus flatteurs.

En 1729, à l’occasion delà naissance du Dauphin, il offrit au Roi la partition d’un divertissement qui fut exécuté à l’Opéra en 1730, sous le titre de : Le Caprice d'Erato ou les Caractères de la Musique. On le joua aussi sur le théâtre de la Cour, et il obtint partout un vif succès.

Parmi les nombreuses œuvres musicales de Colin de Blamont, il faut signaler ensuite : Diane et Endymion , pastorale jouée à l’Opéra en 1731; Les Caractères de l'Amour , ballet-opéra en trois actes et un prologue, exécuté en 1736, au concert de la Reine, et en 1738 à l’Opéra. Ce dernier ouvrage, qui fut très applaudi et a été repris plusieurs fois,

aurait mérité, semble-t-il, d’être étudié en détail par ^ M. Vasseur, qui s’est borné à en citer le titre. La musique en paraît intéressante et plus variée que celle des Fêtes grecques et romaines.

M. Vasseur, dans sa notice, fait encore l’éloge de deux ballets joués à la Cour et à l’Opéra, en 1745 et 1750 : Jupiter vainqueur des Titans et Les Fêtes de Téthys , et d’un Te Deitm exécuté dans la chapelle du Château en 1754.

Enfin, le chevalier de Blamont est l’auteur de plusieurs cantates, ballets, motets, et de cinq recueils de chansons ou romances, sans compter de nombreux divertissements qui n’ont pas été publiés ni exécutés. La Bibliothèque de Versailles possède une bonne partie de ces œuvres.

Colin de Blamont, chevalier de l’ordre de Saint- Michel, surintendant de la musique de la chapelle et de la chambre du Roi, honoré de l’estime particulière de la Reine, était à la Cour un personnage important. Une curieuse anecdote, rapportée par M. Vasseur, montre qu’il était singulièrement jaloux de ses prérogatives. En mai 1745, à l’annonce de la victoire de Fontenoy, la Reine ordonna de chanter un Te Deum le lendemain à la chapelle. L’envoyé de la Reine crut devoir porter cet ordre à l’abbé Blanchart, maître de la musique de la chapelle, mais, ne l’ayant pas rencontré, alla en parler au chevalier de Blamont, qui s’empressa de revendiquer le privilège de sa charge de surintendant et de se mettre à la disposition de la Reine. De son côté, l’abbé Blanchart, prévenu, en référa aussi à la Reine qui se borna à répondre d’observer ce qui était

d’usage. Le lendemain, Blamont arrive à la chapelle au moment où 1 abbé Blanchart, qui 1 a\ait devancé, distribuait aux musiciens les parties séparées d’un Te Deum . Il se précipite vers l’abbé, rinvective violemment et veut enlever des pupitres cette musique prenant indûment la place de la sienne. La dispute devient fort vive, mais la Reine fait son entrée, et l’on entonne précipitamment le Te Deum de Blanchart. Colin de Blamont, furieux, porta plainte devant le comte de Maurepas. Celuici, fort embarrassé, déclara que les deux adversaires avaient également raison, et que leurs droits étaient égaux.

Le chevalier de Blamont était resté célibataire. Son frère, Colin de Vermont, avait fait de même. Mais ils avaient une sœur mariée à un sieur Mouchot, directeur de la manufacture de tabac du Havre, mère d’une jeune fille que les deux oncles affectionnaient. Cette nièce épousa en 1744 un jeune musicien versaillais dont nous parlerons bientôt, Bernard de Bury, qui devint alors le collaborateur, presque le fils adoptif de Colin de Blamont. A partir de 1745, la plupart des œuvres exécutées ou publiées sous le nom de ce dernier, notamment Jupiter vainqueur des Titans , furent le produit de la collaboration de l’oncle et du neveu.

En 1754, de Blamont, souvent malade et ayant renoncé à la composition, sortit cependant de la retraite pour écrire et publier une étude intitulée : Essai sur les goûts anciens et modernes de la musique française. C’était une réponse aux attaques

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de J.-J. Rousseau contre l’école italienne. Elle eut, dit-on, un assez grand retentissement.

Ce fut la dernière production du vieux compositeur versaillais.

Le 14 février 1760, François Colin de Blamont est mort à Versailles, où il avait passé toute sa vie. Il fut inhumé le lendemain dans l’ancienne église Saint-Julien, rue Sainte-Geneviève, par les soins du curé de Notre-Dame, en présence de Colin de Vermont, son frère, de Jean-Baptiste Mouchot, son beau-frère, et de Bernard de Bury, son neveu.

Bernard de Bury

En 1720, habitait au Pavillon royal , rue de la Pompe, Jean-Louis de Bury, orduiaire de la musique du Roi , marié avec Catherine-Françoise D’hannis. C’est là que naquit, le 20 août, leur fils Bernard, qui fut baptisé le même jour à Notre- Dame, sans doute un peu hâtivement, car il eut pour parrain le sieur Riniard, sonneur des messes de la paroisse, et pour marraine la femme d’un voiturier, lesquels déclarèrent tous deux ne savoir signer.

Cependant, la famille de Bury était déjà nombreuse, et plusieurs de ses membres avaient été attachés à la maison du Roi.

Bernard de Bury, musicien de naissance, initié de bonne heure par son père aux principes de l’harmonie, se livra très jeune à la composition et y réussit. En effet, dès l’âge de dix-neuf ans, en 1739, il était chargé par le duc de la Trémouille d’écrire la musique d’un ballet en trois actes dont le duc lui-même avait fait le scénario. A vingt-trois ans, en 1743, il avait le bonheur bien rare et envié de ses concurrents d’avoir un grand opéra-ballet reçu et exécuté à l’Académie royale de musique. Duclos, qui en avait fait les paroles, lui avait donné pour titre : Les Caractères de la Folie , rappelant les deux opéras très applaudis de Colin de Blamont : Les Caractères de P Amour et Les Caractères de la

Musique . Ce ne fut d’ailleurs qu’un demi-succès. Colin de Blamont n’en conçut ni dédain, ni mauvaise humeur contre son jeune concurrent. Au contraire, l’année suivante, en mars 1744, il lui fit épouser sa nièce, Marie-Françoise Mouchot, et, par acte du 27 février 1744, lui assura la survivance de sa charge de maître de la musique du Roi. En outre, il l’aida utilement de sa collaboration et de son patronage pour la composition d’un grand divertissement-tragédie à exécuter, en 1745^ cü l’honneur de Louis XV victorieux, sur un théâtre construit tout exprès dans le manège de la Grande- Ecurie. Ce fut Jupiter vainqueur des Titans, joué le 11 décembre 1745, à Versailles, en présence du Roi et de la Reine, accompagnés du Dauphin, de Mesdames de France et d’une Cour aussi nombreuse que brillante, où l’on remarquait la jolie marquise de Pompadour. La musique de ce divertissement, annoncée comme étant de MM. de Blamont et de Bury, était en réalité de ce dernier pour la plus grande partie ; mais le nom célèbre du premier n’était pas inutile au succès.

Bernard de Bury devint, dès lors, le compositeur favori de la Cour, chargé, sur commande, des cantates, ballets et divertissements officiels. C’est ainsi qu’on exécuta de lui, à Versailles, de 1745 à 1750 : La Nymphe de la Seine, La Prise de Berg-op-Zoom; puis un divertissement pour le premier mariage du Dauphin ; un De Profundis pour le service funèbre de la Dauphine ; Les Bergers de Sceaux , en l’honneur de la duchesse du Maine ; La Parque vaincue , pour la convalescence du duc de Fronsac ; un diver-

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tisseraent pour le second mariage du Dauphin, Titon et l'Aurore , autre divertissement représenté devant le Roi en 1750.

En outre, il eut la mission délicate de rajeunir, de renforcer au goût du jour les vieux opéras de Lulli, qu’on remettait à la scène, en leur ajoutant, suivant le besoin, tantôt une ouverture, tantôt un ballet.

En récompense de ses services, Bernard de Bury fut nommé, en 1751, surintendant de la musique, en survivance de Rebel, alors en fonctions, et fut pourvu, en 1755, d’une pension du Roi.

D’autre part, l’Opéra exécuta plusieurs ballets mis en musique par lui : Titon et l'Aurore , déjà représenté à Versailles; puis Hylas et Zélis , Pal ntyre , Zénis et Almasie , et autres.

Colin de Blamont et son frère Colin de Vermont, le peintre, avaient une vive affection pour Bernard de Bury. Tous deux lui laissèrent à leur mort, en 1760 et 1761, la plus grande partie de leur fortune. Il recueillit encore, en 1768, la succession de son père, Jean-Louis de Bury, qualifié de vétéran de la musique du Roi , et celle de sa mère.

Bernard de Bury se fixa alors, avec sa femme et ses enfants, dans une maison de la place Dauphine, appartenant à une demoiselle Collette (sœur ou nièce probablement de Jeanne Collette, mère de Colin de Blamont). Le 16 juin 1780, il céda sa charge de surintendant à un autre compositeur versaillais, Giroust, dont nous aurons à parler, moyennant un capital de 10,000 livres et une rente de 1,000 livres réversible sur sa veuve et ses enfants.

En juin 1785, le Roi donna encore à Bernard de Bury un témoignage de son estime en lui accordant des lettres de noblesse, « en considération de ses bons services dans ses places à la musique de Sa Majesté et de ceux de sa famille ».

A ce moment, Bernard de Bury venait de perdre sa femme. Il lui restait trois enfants : un fils aîné, François de Bury, écuyer du Roi, qui vivait avec lui; un second fils, nommé Fulgence, capitaine d’infanterie à Pondichéry, et une fille, mariée au chevalier François de Montfaucon, maître de camp, écuyer de Madame Adélaïde.

Peu de mois après, le 19 novembre 1785, Bernard de Bury mourut à Versailles, sa ville natale, dans son appartement de la place Dauphine. L’inventaire fait après son décès par M e Monget, notaire à Versailles (1), révèle une large aisance et un bon état de maison.

Le 5 octobre 1789, un lieutenant de la garde nationale de Versailles, nommé M. de Bury, se fit remarquer par la violence avec laquelle il réclama de la poudre et des balles pour tirer sur les gardes du corps.

Etait-ce un fils du compositeur?

— Nous l’ignorons.

Mais, ajoutons que le nom de Bury est encore maintenant porté avec distinction par plusieurs artistes qui sont peut-être, eux aussi, les descendants de notre musicien versaillais.

(1) Minutes de Ai® Langlois, notaire.

Les Philidor

C’est une famille innombrable de musiciens que ces Philidor : musiciens en tous genres et à tous les degrés, compositeurs et exécutants, flûtistes, hautboïstes, violonistes, joueurs de fifre et de tambour. Us ne sont pas tous nés à Versailles, mais ils y ont tous plus ou moins longtemps vécu, s’y sont mariés, y ont eu de nombreux enfants, y ont été propriétaires d’immeubles, ont tenu enfin une telle place dans les registres paroissiaux de baptême et d’inhumation, aussi bien que dans les archives du bailliage, qu’ils semblent bien avoir constitué une famille versaillaise.

Des notices étendues leur ont été consacrées par Fétis, dans sa Biographie universelle des Musiciens, et surtout par M. Pougin, son savant et très précieux continuateur. Nous nous permettrons d’y faire de nombreux emprunts, en y ajoutant quelques détails puisés aux archives, aux Mémoires du temps et à quelques documents originaux en notre possession.

On sait que le véritable nom patronymique de cette famille était Danican. Quelle fut l’origine du surnom de Philidor? — D’après une légende accréditée, Louis XIII ayant connu un habile hautboïste italien du nom de Filidori, s'écria, en entendant jouer le premier Danican : C’est un véritable bilidor! et, de là, le surnom conservé par les descen-

dants de ceDanican. M. Pougin conteste le fait en observant que c’est dans un acte de 1659 qu’on voit apparaître pour la première fois le susdit surnom, qui, en conséquence, ne peut remonter à Louis XIII, mort en 1643. Il émet l’hypothèse que l’appellation dePhilidor a pu être donnée à un Danican à cause de sa prédilection pour l’eau. Cette explication nous paraît trop savante et peu admissible, et nous préférons respecter la légende en pensant que le surnom a pu être longtemps laissé de côté dans les actes officiels, bien que déjà usité familièrement. Il esta noter, d’ailleurs, qu’au début, les Danican signaient Filidor , et que cette orthographe contredit l’étymologie proposée par M. Pougin.

Quoi qu’il en soit, dès la création du château de Versailles, un Jean Danican , dit Philidor , jouait à la Cour du hautbois, du cromorne, du fifre et du tambour, suivant l’occasion, et occupait la charge de trompette-marine de la Grande-Ecurie. Il composa quelques airs de danse qui furent insérés dans la collection de son fils, mais ont disparu, comme nous le verrons.

André Danica?i Philidor , fils aîné de Jean, naquit probablement à Paris, en 1647, mais vint tout jeune à Versailles, remplir auprès de son père les emplois de musicien de la Grande-Ecurie, puis de la chambre du Roi et de la chapelle. Il jouait de la basse de cromorne pour soutenir les chœurs à la chapelle, du hautbois et du basson dans les petits concerts de la chambre du Roi, en compagnie de Couperin, et

enfin de la trompette-marine ou du tambour, au besoin, à la Grande-Ecurie. Louis XIV, admirant son talent, se plaisait à lui faire exécuter des solos et le chargea de composer plusieurs marches militaires. Il réussit aussi bien comme compositeur que comme exécutant, et le Roi, en récompense, lui fit don, vers 1680, d’une place à bâtir, rue du Bel-Air (actuellement rue Dangeau). Il y fit construire une maison dès avant 1682, car, dans un brevet du 26 janvier 1682, confirmatif du don fait antérieurement, on lit 1 Le Roi ci accordé , il y a du temps , au sieur Phihdor , ordinaire de la musique de Sa Majesté , une place située à Versailles , rue du Bel- Air, sur laquelle il a fait bâtir.

André Philidor s’était marié avec une demoiselle Marguerite Monginot dont il eut seize enfants. Aussi rencontre-t-on fréquemment le nom de Philidor sur les registres des baptêmes de la paroisse Notre-Dame de Versailles, à partir de 1683. On y voit se succéder comme parrains une série de musiciens du Roi, amis de l’heureux ménage. Dans l’un de ces premiers actes de baptême, du 16 septembre 1683, on remarque que le parrain est Michel de Lalande, maître de musique de la chapelle du Roi, compositeur très bien en Cour, dont nous avons parlé à propos de Colin de Blamont. On peut juger par là de la faveur dont jouissait déjà André Philidor à cette époque.

C’est alors, en 1684, que, sur la recommandation du duc de Noailles, il fut nomm é garde de la bibliothèque de musique du Roi. Il succédait à François Fossard, qui semble être resté son ami, car il fut

parrain d’un petit Philidor en 1689. Celte charge de bibliothécaire ne fut pas une sinécure pour André Philidor. Il entreprit, en effet, soit spontanément, soit sur l’ordre de Louis XIV, de former une collection complète de la musique française, en faisant rechercher par tout le royaume, puis en copiant très soigneusement et en classant méthodiquement tout ce qui avait été composé depuis le xvi® siècle, en musique religieuse ou profane. Il en fît cinquanteneuf gros volumes, dont la moitié environ a malheureusement disparu. Le reste, pour la plus grande partie, est à la bibliothèque du Conservatoire à Paris; quelques volumes sont à Versailles. C’est grâce à ce travail colossal, accompli par André Philidor, qu’on peut connaître aujourd’hui quelquesunes des œuvres de nos premiers compositeurs français, qui, sans lui, auraient été dispersées et perdues.

Tout en se livrant à ce labeur qui exigeait autant de savoir que de patience, André Philidor trouva le temps de composer, lui aussi, des ouvrages plus importants que les pas redoublés militaires ou les petits concertos auxquels il s’était d’abord essayé. En 1687, il fit un opéra-ballet, Le Ca?ial de Ver saïlles, qui fut exécuté devant la Cour le 16 juillet. Il écrivit ensuite la musique d’un divertissement comique, intitulé : Le Mariage de la Couture avec la grosse Cathos , qui fut dansé en 1688 devant le Grand Dauphin. Bien que ce fût une mascarade assez triviale, d’après M. Pougin, le roi Louis XIV y prit plaisir, et fit remettre 100 livres à Philidor pour avoir la copie de son œuvre.

11 composa encore la musique de divers autres ballets : La Princesse de Crète ) La Mascarade des Savoyards y Le Roi de la Chine / enfin, M. Pougin lui attribue, sans certitude, plusieurs mascarades jouées vers la môme époque : La Noce de Village, Les Amazones , Le Lendemain de la Noce , Le Vaisseau marchand , Le Jeu des Echecs , La Fête d’Arcueil. Beaucoup de ces partitions, qui avaient naturellement pris place dans la collection royale, ont disparu; celles qui restent sont, paraît-il, agréables, d’allure franche, mais peu originales.

Malgré les gratifications du Roi, André Philidor était sans doute peu fortuné. En 1693, il sollicita et obtint la permission de mettre en loterie sa maison de la rue du Bel-Air. Quel fut le résultat de cette singulière opération? — Peut-être fut-il avantageux, car M. Pougin a constaté qu’il put doter tous scs enfants.

En 1719, André Philidor, devenu veuf, âgé de soixante-treize ans, se remaria avec une jeune fille de dix-neuf ans, Elisabeth Le Roy, dont il eut encpre cinq enfants. Il paraît avoir quitté vers cette époque son domicile versaillais et s’être fixé à Dreux, où se trouvent les actes de baptême des enfants de ce second mariage. Cependant, il conserva sa place de bibliothécaire de la musique du Roi, ce qui dut l’obliger à faire au moins des séjours fréquents et prolongés à Versailles. D’après Fétis, il serait mort à Versailles, en 1727. D’après M. Pougin, il est démontré qu’il est mort à Dreux, le 11 août 1730. Il n’en est pas moins certain que, pendant la plus grande partie de son existence,

André Danican Philidor a vécu à Versailles, y a composé toutes ses œuvres musicales, y a accompli l’important travail de bibliothécaire qui le désigne à la reconnaissance des amateurs de musique, et y a laissé enfin une nombreuse progéniture de musiciens.

Jacques Danican Philidor , frère cadet du précédent, était né aussi à Paris, vers 1657. Elevé à Versailles, à côté de son aîné, il vécut toujours dans une grande intimité avec lui et suivit ses leçons et ses exemples. A douze ans, en 1669, il fut nommé fifre de la Grande-Ecurie, et, en 1679, il succéda à son père comme basse de cromorne et trompette-marine. En 1683, il obtint le titre de musicien ordinaire du Roi, et fut attaché à la chapelle, où il joua du basson et du hautbois. Il composa, comme son frère, un grand nombre de marches militaires qui se trouvent à la Bibliothèque de Versailles, et deux volumes d’airs de danses, menuets et autres, qui faisaient partie de la collection royale, mais ont disparu. Il ne paraît pas avoir abordé des œuvres plus importantes.

Marié avec une demoiselle Marie - Elisabeth Ilanique, il suivit encore, comme père de famille, les traces de son aîné, car il eut douze enfants, et, s’il n’était pas mort encore jeune, en 1708, peut-être aurait-il atteint le chiffre de son frère. On remarque, en effet, sur les registres paroissiaux de Versailles, la régularité avec laquelle les naissances se succédaient dans les deux ménages d’André et Jacques

Philidor, se suivant avec une sorte d’émulation, à quelques semaines ou quelques jours d’intervalle, à partir de 1683.

Louis XIV ne fut pas moins généreux pour Jacques que pour André. Il lui donna, vers 1683, une place à bâtir, dans un quartier un peu plus éloigné, rue des Bourdonnais, dans le Parc-aux-Cerfs. En 1708, par un brevet du I er mars, il lui fit don, en supplément, d’un second terrain à côté, donné antérieurement à un sieur Denclos, dont le brevet fut déclaré nul pour n’avoir pas construit dans le délai prescrit.

Jacques Philidor ne se contentait pas de jouer du hautbois et du basson à la chapelle et chez le Roi, il était resté en même temps pourvu de la charge de fifre et tambour de la Grande-Ecurie , et avait celle de joueur de violon, hautbois , saqueboutte (espèce de trombone à coulisse) et cornet de la Grande- Ecurie . On se demande comment il pouvait cumuler ces multiples emplois et se livrer en outre assidûment à la composition. Mais ces charges étaient fructueuses ; Jacques Philidor prit soin d’en assurer la survivance, en 1697, à ses deux fils aînés, Pierre et Jacques. A cet effet, il démissionna en leur faveur, tout en s’en réservant la jouissance sa vie durant, et, par deux brevets datés du 18 juin 1697, dûment enregistrés, la charge de joueur de V10I071 , hautbois , saqueboutte et cornet fut donnée à Pierre, l’aîné, et celle de fifre et tambour à Jacques, le cadet, pour en exercer les fonctions en l’absence de leur père, mais n’en avoir les profits qu’après sa mort.

En 1704, Jacques Danican Philidor maria à Ver-

sailles, et dota, son fils Pierre, dont nous dirons quelques mots. Enfin, il mourut à Versailles, le 29 mai 1708.

Un troisième fils de Jean, nommé Alexandre, fut aussi à Versailles musicien de la Grande-Ecurie, mais nous manquons d’autres renseignements sur lui.

Viennent ensuite les nombreux enfants d’André Philidor l’aîné, qui, presque tous Versaillais, furent aussi presque tous musiciens. Mais il n’y en a que quatre sur lesquels nous soyons renseignés utilement, grâce à M. Pougin.

Anne Danican Philidor , né en 16S1, fut un compositeur précoce. A dix-sept ans, il fit la musique d’une pastorale, L’Amour vainqueur , qui fut exécutée à la Cour. On joua encore de lui, à Versailles et à Marly, deux opéras : Diane et Endymion et Danaè . 11 écrivit, en outre, des morceaux religieux et des marches militaires qui se trouvent à la Bibliothèque de Versailles.

Enfin, il fut le fondateur d’une institution musicale qui s’est continuée jusqu’à nos jours, les Co?icerts spirituels.

Il eut l’idée de profiter de la fermeture des théâtres pendant certaines fêtes religieuses pour donner des auditions de musique sacrée. Il en obtint le privilège moyennant une redevance de 6,000 livres par an, au profit de l’Académie royale. La première

séance .eut lieu le iS mars 1725, jour du dimanche de la Passion, dans la salle des Cent-Suisses, aux Tuileries.

Anne Philidor mourut peu d’années après, en 1728.

Michel Danican Philidor , né à Versailles, le 12 septembre 1683, filleul de Lalande, fut timbalier des gardes du corps, puis de ce qu’on appelait les plaisirs du Rot\ c’est-à-dire les chasses royales et le personnel qui en dépendait.

François Danican Philidor , né à Versailles, le 17 mars 1689, fît partie de la musique de la chapelle, de la musique de la chambre et de la musique de la Grande-Ecurie. Il était surtout très habile flûtiste, et a composé de nombreux morceaux qu’il exécutait brillamment. Il est mort jeune, en 1718, et, en cette meme année, il a été publié deux volumes de ses œuvres, intitulés : Pièces pour la flûte iraversière qui peuvent aussi se jouer sur le violon .

François-André Danican Philidor, le plus célèbre de la famille, autant par son talent sur les échecs que par son génie musical, était un des derniers enfants d’André, remarié à soixante-treize ans, comme on l’a vu, et retiré alors à Dreux. Il naquit dans cette dernière ville, le 7 septembre 1726, alors

que son père était âgé de soixante-dix-huit ans environ.

M. Pougin lui a consacré une étude très étendue qui a été publiée dans la Chronique musicale , en 1874 et 1875. Il n’hésite pas à déclarer que « c’est un des plus grands musiciens dont la France puisse s’enorgueillir », et il caractérise ses qualités dans les termes suivants :

Plus foncièrement dramatique que Duni et presque aussi aimable; possédant à la fois, comme Monsigny, le sentiment comique et le sentiment pathétique; plus grand dans son style et plus élevé que Grétry, avec une allure peut-être moins égale et moins soutenue, il était plus instruit et surtout plus hardi que tous trois, et possédait une force de conception, une habileté de procédés et une sûreté de main qu’aucun d’eux n’a jamais connues. La forme de ses morceaux est généralement très remarquable, son harmonie très riche et souvent neuve pour l’époque, son instrumentation colorée, nerveuse et fournie; de plus, il est doué d'un instinct scénique presque infaillible et d’un sens dramatique incontestable.

Ajoutons qu’il a composé et fait exécuter vingthuit opéras et un grand nombre de morceaux religieux et pièces diverses.

Si ce grand artiste naquit à Dreux, ce fut à Versailles qu’il vint, tout enfant, recevoir son éducation musicale, et ce fut à Versailles, comme on va le voir, qu’il eut ses premiers et, plus tard, ses plus beaux succès.

On dit que, par faveur exceptionnelle, il fut admis, dès l’âge de six ans, aux pages de la mu-

sique du Roi. Le directeur en était alors Campra, compositeur de mérite et surtout excellent professeur. Entouré, choyé des collègues et amis de son père, de son oncle, de ses cousins, imprégné de musique depuis sa petite enfance, le jeune André Philidor ne pouvait manquer d'être un musicien précoce. On lit dans les Mémoires du duc de Luynes , à la date du mois d'août 1738 :

Le Roi a entendu un motet d’un petit page de la musique, nommé Philidor. Ce nom est connu dans la musique; cet enfant n’a que treize ans et a déjà fait trois motets; celui-ci a été trouvé bon et a été exécuté à la chapelle deux jours de suite. Le Roi lui fit donner cinq louis. On m’a dit même que Sa Majesté lui a promis deux louis d’augmentation à chaque motet qu’il ferait.

Ainsi, c’est à la chapelle de Versailles qu’il eut son premier succès. Il continua d’y être attaché et d’y profiter des précieuses leçons de Campra jusqu’en 1744. On dit que ce fut là aussi qu’il prit le goût et la science du jeu des échecs, très pratiqué, parait-il, par les musiciens du Roi. Une petite anecdote rapportée par M. Pougin le montre, à dix ans environ, faisant échec et mat un vieux musicien, stupéfait et furieux d’être battu par ce bambin.

En mai 1744, André Philidor, approchant de ses dix-huit ans, voulut voler de ses propres ailes, et se fixer à Paris pour y donner des leçons de musique. Il se logea en garni chez un perruquier de la rue Saint-André-des-Arts, où il lui arriva une fâcheuse aventure, ignorée sans doute de ses biographes, qui n’en parlent pas. Un soir, vers dix heures, revenant de donner une leçon, il vit de la foule et du tumulte

aux abords de la Comédie-Française. Il entre par curiosité, apprend qu’on vient d’arrêter injustement un individu, et se met à protester violemment, avec d’autres jeunes gens, contre la police. Il sort de la salle et, entrant près de là, au café Baptiste, il se distingue encore par la virulence de ses propos contre les exempts. Un agent de police déguisé l’observe sans qu’il s’en doute, le fde jusque chez lui, fait son rapport, et, trois jours après, le trop imprudent Philidor était appréhendé en son logement et emprisonné au For-l’Evêque. Vainement il envoya deux suppliques au comte de Saint-Florentin pour demander sa mise en liberté, en invoquant « sa conduite, ses mœurs, sa douleur, ses talents pour la musique » ! Il resta quinze jours en prison pour cette incartade (i).

André Philidor végéta à Paris, venant de temps à autre à Versailles, y faire exécuter un motet. Il trouva sans doute que son talent sur les échecs était plus fructueux que ses leçons de musique, car, en 1745, on le trouve en Hollande, puis en Angleterre, gagnant sa vie en jouant aux échecs, mais n’obtenant aucun succès avec ses compositions musicales. Il courut le monde pendant neuf ans, travaillant la musique à ses moments perdus. Il reparaît, en i 754 > à Versailles, où le duc de Luynes raconte qu’en décembre, il fit exécuter à la messe du Roi un motet qu’on trouva trop imité du genre italien et qui ne fut pas goûté.

Il se remit au travail et réussit sans doute à se

(1) Archives de la Bastille, n° 11,556.

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Ariette.

Lui! ah! le pauvre homme!... I Sa fioideur m’assomme,

Il n’a pas son semblable à Paris. | C’est le plus sot des maris.

(.Biaise le Savetier , opéra comique de Philidor.)

faire apprécier de quelques connaisseurs, car, en 1758, Monnet, directeur très avisé de l’Opéra-Comique, le chargea de faire la musique d’une pièce arrangée par Sedaine sur un conte de La Fontaine. Ce fut Biaise le Savetier , dont la première représentation eut lieu le 9 mars 17 59> avec ua g raQ d succès. C’était le véritable début de Philidor, et tous les témoignages du temps sont d’accord pour reconnaître que les applaudissements furent unanimes, que ce fut l’événement théâtral de la saison et que la pièce fut jouée soixante-huit fois de suite, devant une salle comble. Collé lui-même, toujours envieux et méchant, ne put, dans son Journal^ contester le succès de Philidor, mais il s’en consola en faisant de lui le portrait suivant (1) :

Sa musique et ses échecs ne l’empêchent pas pourtant d’être une bête à tous autres égards; il est en conséquence d’une suffisance et d’une fatuité révoltantes. ]e l’ai vu jouer aux échecs; il étonne, et d’autant plus, comme je l’ai dit, et personne ne m’en dédira, que c’est très réellement une bête.

Quoi qu’il en fût des moqueries de Collé, Philidor était, dès lors, classé parmi les meilleurs musiciens. 11 fit, pour l’Opéra-Comique, en 1759, l l^° et une série de petits ouvrages applaudis du public : L'Huître et les Plaideurs , Le Quiproquo , Le Soldat magicien , Le Jardniier et son Seigneur.

Le 13 février 1760, François-André Danican Philidor se maria à Paris, en l’église Saint-Sulpice, avec une jeune Versaillaise, Angélique-Elisabeth

(1) Journal de Collé , mars 1759.

Richer, dont le père, décédé en 1757, avait été musicien ordinaire du Roi et surintendant de la musique du duc de Chartres. On est surpris de voir, dans l’acte de mariage, Philidor qualifié de marchand mercier demeurant rue du Four . M. Pougin l’explique en disant qu’il n’était que le prête-nom de deux de ses sœurs restées filles et établies, en effet, mercières rue du Four, à Paris. En dehors de ce domicile et de cette qualification, tout était versaillais dans ce mariage : la jeune mariée, née à Versailles, fille d’un musicien du Roi, cantatrice ellemême attachée à la chapelle, et les témoins, tous Philidor, musiciens aussi, demeurant à Versailles.

En août 1761, l’Opéra-Comique donna une nouvelle œuvre de Philidor, Le Maréchal ferrant , qui obtint un succès sans précédent dans les fastes de ce théâtre. M. Pougin a étudié en détail la partition de cet opéra, qu’il considère comme une œuvre supérieure pour le style, la verve, la facture, l'instrumentation.

En 1763 et 1764, les Mémoires de Bachaumont signalent aussi avec éloges : La Bagarre , Le Rendez-vous , Le Bûcheron , Le Sorcier . Dans ce dernier opéra, on accusa Philidor d’avoir pris à Gluck un de ses airs $ Orphée , mais M. Pougin l’en disculpe totalement.

En 1765, Philidor aborda, pour la première fois, la scène de l’Académie royale, par son opéra de Tom Jones ) dont le livret, fait par Poinsinet, ne valait rien malheureusement. Néanmoins, la musique sauva l’ouvrage.

En 1767, fut représenté son deuxième grand

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