‹ Les compositeurs de musique versaillais. 1re série, Colin de Blamont, Bernard de Bury, les Philidor, L. Guichard, G.-L. Chrétien, les Mathieu, R. KreutzerChapitre 2 sur 2 · ANNETTE · texte numérisé non relu

ANNETTE

Colin, Colin. J’ai beau l’appeler, il ne me répond point... ... Il est mort...

[Le Maréchal ferrant, opéra-comique de Philidor.)

opéra, Ernelinde , dont le livret, de Poinsinet encore, était détestable. Philidor s’y montrait hardi novateur en musique, ce qui ne manqua pas de susciter de vives critiques. Collé, en novembre 1767, écrivait dans son Journal :

La musique de Philidor réussit malgré le poème ; il faut que le gros du public soit devenu musicien au point d’en être devenu bête, pour tenir au profond ennui qu’inspire ce monstrueux ouvrage. Il faut n’avoir dans la tête que deux sons, être privé de raison et d’esprit, et n'avoir que des oreilles et même des oreilles d’âne, puisqu’il faut le dire grossement, pour s'amuser à ce bacchanal musical qui ne porte sur rien.

Cette fois, en effet, la pauvreté du livret fit tomber l’opéra, qui, malgré l’effort des billets donnés , n’eut que dix-huit représentations. Mais, quelques années plus tard, en 1773, Philidor prit sa revanche à Versailles. Il fit arranger la pièce par Sedaine, remania la musique et obtint une exécution solennelle devant la Cour, avec une mise en scène superbe. Bachaumont raconte que l’on fit monter sur la scène 400 grenadiers à cheval ! Malgré les grandes dimensions du théâtre du Château, il devait y avoir là quelque exagération. En tout cas, avec ou sans grenadiers, l’opéra fut accueilli avec enthousiasme, les chanteurs acclamés. C’était le 11 décembre 1773.

Quelques jours après, on lit dans le Jourtial de Papillon de la Ferté, à la date du 4 janvier 1774 :

M. le maréchal de Richelieu m’a remis vendredi différents ordres de pensions et de gratifications annuelles à employer, savoir : ... mille livres de gratifica tion annuelle à Philidor . ./*

En 1777, l'Académie royale, à son tour, reprit Ernelinde , qui reçut alors les applaudissements du public parisien.

De 1777 à 1779, Philidor séjourna en Angleterre, où il était surtout célèbre par ses étonnants tours de force sur le jeu d’échecs. Mais il ne négligeait pas la musique et, en février 1779, il fit exécuter à Londres une sorte de cantate, d’allure religieuse, sur une ode d’Horace, connue sous le nom de Carmen sæculare , qui produisit une grande sensation. Rentré en France, en novembre 1779, il résolut d’y faire entendre sa nouvelle œuvre au concert spirituel. La première exécution eut lieu le 19 janvier 1780, aux Tuileries, et la femme de Philidor, excellente cantatrice, figurait parmi les principaux interprètes. L’auditoire, très brillant, fut transporté d'enthousiasme et l'on dut bisser plusieurs morceaux. En mars 1780, on reprit le Carmen sæculare avec le même succès, et Bachaumont écrivit que cette œuvre de Philidor devait être placée « à côté des compositions admirables qui ont immortalisé les Hændel, les liasse, les Joraelli ».

L’émotion causée dans le monde musical fut telle, qu'en juillet 1780, l'impératrice de Russie chargea Grimm de demander à Philidor une exécution à Saint-Pétersbourg, et envoya préalablement au compositeur un présent de 50,000 livres.

Après ce beau triomphe, Philidor écrivit deux petits ouvrages dramatiques qui passèrent inaperçus. Puis, en 1786, il revint à la musique religieuse, et, le 17 août, il fit entendre au concert spirituel un Te Deum qui provoqua encore une vive admiration.

Philidor retourna ensuite en Angleterre, où il avait de nombreuses et utiles relations. Il s’y trouvait au moment de la Révolution, si bien que, malgré ses aspirations libérales, il fut inscrit comme émigré. Il ne put rentrer en France et mourut à Londres, le 31 août 1795, à l’àge de soixante-neuf ans.

Il a été fait plusieurs portraits de ce Philidor, mais deux seulement méritent l’attention, car les autres n’en sont que des copies anciennes ou modernes. L’un est un dessin de Ch.-Nie. Cochin, gravé en 1772 par Aug. de Saint-Aubin; l’autre a été dessiné et gravé par Bartolozzi, en 1777. Tous deux semblent avoir été faits d’après nature, et pourtant, chose curieuse, sont tout à fait dissemblables.

Il nous reste quelques mots à dire de ceux des enfants de Jacques Philidor, mort en 1708, qui furent musiciens et Versaillais, et sur lesquels nous avons quelques renseignements.

Pierre Danican Philidor était né en 1681. Nous avons vu qu’en 1697, il avait obtenu, en survivance de son père, la charge de joueur de violon , hautbois , saqueboutte et cornet de la Grande Ecurie . N’ayant alors que seize ans environ, il s’était déjà livré à la composition, et, dans cette même année 1697> on exécuta de lui, à Versailles, une Pastorale dont le manuscrit est à la Bibliothèque de la ville.

En mars 1704, il épousa Marie-Françoise Sauvage, demeurant à Versailles. Dans son contrat de mariage du 12 mars, il prenait la qualité de peu -

sionnaire ordinaire de la musique du Roi, ayant en survivance la charge de grand hautbois. Une série de Philidor, musiciens du Roi, apparaissent comme témoins.

Habile flûtiste, il composa et exécuta de nombreux duos et concertos pour flûte, violon et hautbois. Son talent devait être apprécié par le Roi, car on remarque qu’il fut l’objet de nombreuses libéralités royales. Un brevet du 24 novembre 1706 lui attribue les revenus des biens immeubles ayant appartenu au nommé de Villars, condamné à mort, acquis au Roi et confisqués par sentence du 28 octobre.

Un deuxième brevet du I er mars 1708 lui donne une place à bâtir, en façade sur la rue Saint-Louis et la place de Bourgogne. Un autre, du 4 juin 1709, confirme à son profit le don de deux autres terrains attribués antérieurement à son père, rue des Bourdonnais.

Un quatrième brevet, du 8 novembre 1712, le qualifiant de joueur de hautbois de la musique du Roi , le gratifie d’une pension de 300 livres.

Enfin, Pierre Philidor devait être bien vu aussi du duc d’Orléans, devenu régent, car, le 10 janvier 1716, un cinquième brevet déclare qu’à raison des services rendus par lui pendant un grand nombre d'années en qualité de joueur d'instruments de musique , en laquelle profession il s’est acquis toute la capacité que l'on peut désirer, il lui est accordé et fait don de la cha 7 'ge de joueur de viole de la musique de la chambre, vaca 7 ite par le décès d'Estien 7 ie Lemoine, dernier possesseur d'icelle .

Pierre Philidor est mort en 1731. Il a laissé notamment plusieurs volumes de pièces diverses pour instruments.

Jacques II Danican Philidor est né à \ ersailles, le 7 septembre 1686. Son père lui fit obtenir en survivance, dès le 18 juin 1697, alors qu il n avait pas encore onze ans, la charge de fifre et tambour de la Graude Ecurie. Nommé ensuite timbalier du duc d’Orléans, il alla, en cette qualité, faire campagne en Espagne et mourut à Pampelune, en i 7 ° 9 > à vingt-deux ans.

François II Danican Phdlidor, né à Versailles en 1695, mort en 1726, fut hautbois de la chambre et de la Grande Ecurie.

Nicolas Danican Philidor , né à Versailles, le 3 novembre 1699, mort en 1769, succéda à son frère Pierre, mort, comme nous l’avons vu, en 1731, dans ses deux charges de hautbois de la Grande Ecurie et de joueur de viole de la chambre du Roi.

Louis-Joseph Guichard, né à Versailles le 5 octobre 1752, a été plutôt chanteur et professeur de chant que compositeur. Cependant, comme on lui attribue quelques œuvres musicales, et qu’ayant enseigné l’art du chant, il a été plus qu’un simple exécutant, il mérite une place dans cette nomenclature.

Dès 1760, à l’âge de huit ans, il fut admis aux pages de la musique du Roi. Il s’y distingua, et, en 1776, il faisait partie de ce qu’on appelait la musique de la chambre.

En cette même année 1776, Guichard devint membre de la célèbre Société académique des Enfants d'Apollon , fondée en 1741 et composée de l’élite des musiciens de son temps. Il y tint un emploi important, car son nom se rencontre souvent sur les programmes des concerts publics donnés par la Société.

Au commencement de 1784, Louis XVI, sur les instances du baron de Breteuil, ayant institué une Ecole royale de chant et de déclamation, Guichard fut désigné de suite pour y être professeur. Cette école, qui a été l’origine du Conservatoire, commença de fonctionner le i cr avril 1784, sous la direction de Gossec, dans les bâtiments des Menus- Plaisirs, faubourg Poissonnière, à Paris.

Mais, vers 1790, il n’y eut plus ni chapelle du Roi, ni musique de la chambre à Versailles, ni Ecole royale, ni même Société des Enfants d’Apollon, à Paris. Guichard entra alors à l’Opéra, devenu le Théâtre des Arts ) exploité en société par les artistes eux-mêmes, sous la surveillance de commissaires spéciaux. Plus instruit, parlant mieux, et plus courageux peut-être que la plupart de ses camarades, Guichard fut le plus souvent chargé par eux de répondre verbalement ou par écrit aux injonctions tyranniques et menaçantes des commissaires. Il s’acquitta avec honneur de cette mission périlleuse. On voit son nom inscrit en 1794 sur une ^ ste souscription ouverte pour envoyer un secours à un camarade parti à l’armée.

En 1795, grâce à l’intelligente initiative de Sarrette, le Conservatoire de musique était définitivement fondé. Guichard fut appelé, 1 un des premiers, à y faire un cours de vocalisation et de chant. Il fut chargé, en outre, de la direction des élèves, et contribua activement à l’organisation de cet établissement.

M. Pougin, dans son Dicfiotinaire biographique , rapporte qu’en 1799, on représenta sur le petit théâtre d’élèves des frères Mareux, installé au faubourg Saint-Antoine, un opéra-comique intitulé : Nicette et Colin , ou le Fat dans les départements , dont la musique avait été composée par Guichard. Aucun musicien de ce nom, autre que le professeur du Conservatoire, n’étant connu à cette époque, il y a lieu de penser que c’est notre Versaillais qui fut l’auteur de cet ouvrage.

D’autre part, une petite notice manuscrite contemporaine affirme qu’il composa de jolies romances « que sa modestie seule l’empêcha de livrer au public ».

En 1809, Guichard rentra à la Société des Enfants d’Apollon , réorganisée depuis 1806. Le 5 mars, eut lieu une séance solennelle en l’honneur de Grétry, qui la présida. Guichard, quoique âgé alors de cinquante-sept ans, fut néanmoins choisi pour chanter, devant le maître, le duo de Cèphale et Procris avec Cloiscau. Après le concert, il y eut un banquet; et, au dessert, ce fut encore Guichard qui, avec Martin et Richer, chanta un canon à trois voix, composé par Berton pour la circonstance, et dont voici les paroles :

A la santé du célèbre Grétry !

Du dieu qui nous inspire il est l’enfant chéri.

Ah! qu’il vive autant que sa gloire ;

Mais comment le fêter, comment le bien chanter?

Moi, je pense comme Grégoire,

J’aime mieux boire.

Il faut croire que Guichard eut, à cette occasion, un grand succès, car, en cette même année 1809, il fut élu président de la Société. En juin 1809, il chanta encore, dans le concert public annuel des Enfants P Apollon, l’air d 'Abel, de Kreutzer, son compatriote versaillais, et Y Hymne à Apollon , de Berton.

Enfin, en août et novembre 1813, le nom de Guichard figure encore sur les programmes de la Société des Enfants d’Apollon ; âgé de soixante-un

ans, il y chantait une scène des Abencêrages , de Cherubini, et un Ave verum , de Mozart.

Le I er janvier 1819, Guichard prit sa retraite comme professeur du Conservatoire. Il est mort dix ans après, le 25 mars 1829, à l’âge de soixantedix-sept ans.

G.-L, Chrétien

Gilles-Louis Chrétien, né à Versailles le 5 février 1754, était le fils d’un musicien de la chambre du Roi, qui devait avoir quelque mérite et être bien vu à la Cour, car il faisait partie de l’orchestre du théâtre des petits cabinets organisé par M m ° de Pompadour (1).

Depuis 1747, Jean-Baptiste Chrétien avait en effet l’honneur de tenir la partie de violoncelle dans ce petit orchestre royal, à côté du comte de Dampierre et du marquis de Sourches, grand prévôt de France, qui jouaient de la viole, et du prince de Dombes qui jouait du basson.

Le i cr mai 1754, l’année de la naissance de son fils, cet heureux violoncelliste obtenait en outre, du Roi, la permission de donner des concerts à Versailles, avec deux autres musiciens du Roi, associés à cette entreprise, Antoine Camus et Julien-Amable Mathieu, que nous retrouverons plus tard.

Malheureusement, le 29 mars 1760, Jean-Baptiste Chrétien, âgé seulement de trente-trois ans, mourut à Versailles. Il demeurait sur la paroisse Notre- Dame, dont le registre contient son acte d’inhumation.

Il laissait trois enfants, dont les deux aînés moururent jeunes, peu de temps après lui, et dont le

(1) Voir A. Jutiien, Le Théâtre de de Pompadour.

troisième, Gilles-Louis, hérita, faute de mieux, du goût musical et du violoncelle de son père.

Plus tard, sous la Révolution, au temps de la grande popularité de Mirabeau, Gilles-Louis Chrétien eut l’idée, plutôt malheureuse pour la mémoire de ses père et mère, de ne pas se contenter du bon souvenir de l’ancien violoncelliste du Roi et de se parer d’une origine plus illustre. Au bas d’un de ses portraits fait par lui-même, il prit la qualité bizarre de /Ils naturel de l'Ami des Hommes (i) (on sait que c’était le surnom du père de Mirabeau), ce qui lui donnait la gloire d’être frère naturel du grand orateur. Cette prétention était-elle justifiée? — Nous ne saurions le dire. Mais il y a lieu de penser que la femme de Jean-Baptiste Chrétien n’avait pas mauvaise réputation, car, devenue veuve, avec trois enfants et sans fortune, elle épousa en secondes noces Jean Fouacier, architecte et inspecteur général des bâtiments du Roi.

Quoi qu’il en fût, Gilles-Louis Chrétien acquit rapidement un beau talent de musicien et fut nommé premier violoncelliste du Roi et plus tard de l’Opéra. Il continua de demeurer à Versailles, où il se maria, et s’établit place Dauphine. Il composa des symphonies et s’occupa d’écrire plusieurs ouvrages sur la musique qui ont été publiés plus tard.

Tout en faisant de la musique, Chrétien s’était livré à l’art de la gravure, et il inventa un procédé fort ingénieux pour reproduire presque mécaniquement des figures en silhouettes.

• 0 ) La Curiosité universelle , n°du 20 juin 1892.

M*»« L.-A.-P. Chrétien.

(Portrait gravé par son mari en 1793.)

En 1786, il donna à son appareil le nom de phy sionotrace et se mit à faire de petits portraits très finement exécutés qui eurent du succès. Nous en donnons ci-contre deux spécimens ; ce sont les portraits de Chrétien lui-même et de sa femme, faits en 1792 et 1793.

Il commença par exploiter son invention à v ersailles, sans cesser d’être attaché à la musique du Roi.

Chacun s’extasia sur la ressemblance des portraits ainsi obtenus et sur la finesse de la gravure. Bientôt, les commandes affluèrent.

Alors, à la fin de 17SS, Chrétien vint se fixer à Paris. Il s’associa avec un habile dessinateur nommé Quenedey, dont il se bornait à graver très habilement les portraits calqués, puis réduits par le physionotrace. Les affaires prospéraient. Mais Quenedey, profitant sans scrupule des leçons de Chrétien, le quitta en 1789, s’établit pour son compte et ne craignit pas de se dire l’inventeur du physionotrace.

Le Journal de Paris , à la date du 24 décembre, publia une lettre de Chrétien, protestant contre cette usurpation de Quenedey et faisant connaître qu’il avait pris un nouvel associé nommé Fouquet, peintre miniaturiste. Leur atelier était installé au cloître Saint-Honoré.

De cette époque jusqu’après la Révolution, Chrétien fit des milliers de petits portraits qui sont encore aujourd’hui recherchés. Au Salon de 1793 » ^ en exposa cent. Au Salon de l’an IV, il envoya douze cadres contenant chacun cinquante portraits, dont plusieurs sont devenus historiques.

Chrétien ne cessait pas néanmoins, non seulement de jouer du violoncelle et de faire partie de l’orchestre de l’Opéra, mais encore de préparer et d'écrire des ouvrages sur la musique. En 1807, il publia une Lettre sur la musique , en réponse à M. Amar. En 1810 et 1S11, il termina un volumineux Traité musical, ainsi intitulé : La Musique étudiée comme scietice naturelle, certaine , et comme art , ou Grammaire et Dictionnaire musical . « On y trouve », dit Fétis, « des définitions de Mélodies positives , de Mélodies collectives , de Mélodies inter positives , de Constructions fondamentales , etc..., et de cent autres rêveries qui n’ont point fait fortune. »

Le pauvre Chrétien, qui avait, comme on voit, le génie de l’invention, mourut le 4 mars 1811, au moment même de la publication de ce grand ouvrage didactique.

Ses œuvres musicales ont moins survécu que ses gravures. Le physionotrace a continué d’être exploité après sa mort, par des continuateurs ou contrefacteurs, jusque vers 1820; les portraits faits par Chrétien sont admirés des amateurs, mais les symphonies composées par lui ne sont guère connues.

Michel Mathieu

Michel Mathieu, premier du nom, né à Paris en 1689, vint se fixer à Versailles en 1728, en entrant dans la musique du Roi. Il obtint la charge de maître de musique de la chapelle.

Ce fut un compositeur appréciable, car Fétis a déclaré connaître de lui : deux motets, plusieurs morceaux de musique instrumentale, quatre cantatilles, deux divertissements et le ballet de La Paix , exécuté au concert de la Reine en 1737 . Mais nous ne savons rien de la valeur de ces différents ouvrages.

Il épousa, à Versailles, une cantatrice, nommée Jacqueline-Françoise Barbier, qui chantait les solos de soprano dans les concerts de la Reine.

Après quarante années de séjour à Versailles, Michel Mathieu y est mort, à l’âge de soixante-dixneuf ans, le 9 avril 1768. Son inhumation a eu lieu le lendemain, sur la paroisse Saint-Louis.

Sa femme y a été inhumée de même, le 18 août 1773.

Jullen-Amable Mathieu

De ce couple musicien naquit, à \ ersailles, le 31 janvier 1734, Julien-Amable Mathieu, baptisé le lendemain dans l’église Notre-Dame, ayant pour parrain Julien Bernier, hautboïste de la chambre du Roi, et pour marraine la demoiselle Amable Huguay de la Marche.

Dès 1754, à l’âge de vingt ans, il était musicien ordinaire du Roi. C’est alors qu’il s’associa, comme nous l’avons vu, avec Jean-Baptiste Chrétien pour donner des concerts publics dans la ville de Versailles.

Attaché à la musique de la chapelle, il en devint premier violon. Puis, en 1770, a P r ^s la mort de son père et de l’abbé Blanchard, il en fut nommé maître.

11 composa à ce moment et fit exécuter de nombreux motets (Fétis en a compté quarante-cinq), une messe avec orchestre, plusieurs symphonies et concertos. Ces œuvres restèrent manuscrites. Mais, plus tard, il a publié à Paris deux volumes de sonates pour violon, deux volumes de trios pour violons et basse, et un volume de quatuors.

Julien-Amable Mathieu garda la charge de maître de musique de la chapelle pendant le règne de Louis XVI, jusqu’en 1791. 11 avait pour collègue, dans cette fonction, Giroust, et fut, avec lui, le

dernier chef de cet orchestre renommé de l’ancienne chapelle royale.

Après la suppression de la musique du Roi, Julien-Amable Mathieu ne quitta pas Versailles. Il fit, comme Giroust, de la musique républicaine, composa des hymnes, des cantates sur les paroles faites par Félix Nogaret et autres poètes patriotes, pour les fêtes publiques.

Il fut, en même temps, organiste de l’église Saint- Louis, et c’est lui qui dut tenir l’orgue jusqu’en 1793 » au temps du clergé constitutionnel, puis à l’occasion des cérémonies civiques instituées dans le Temple de /’ Abondance.

On lit, dans le Journal de Lagarde, que, le 26 thermidor an III (13 août 1795), l’administrateur du district autorisa la 7'eslitulion au citoyen Mathieu, organiste, des clefs de l’orgue de la ci-devant église Saint-Louis, et que, le surlendemain 28 thermidor, ces clefs lui furent en effet remises par le citoyen Bêche, membre de la Commission des Arts.

Julien-Amable Mathieu (car ce ne peut être que lui dont il s’agissait, son frère et son homonyme, dont nous allons parler, étant, à cette époque, fixés à Paris) avait donc repris, en 1791, possession de ses fonctions d’organiste de Saint-Louis.

Quelques années plus tard, cependant, peut-être pour entrer dans la musique de la chapelle de l’Empereur aux Tuileries, il alla prendre domicile à Paris. Il fut bientôt après pourvu d’une petite retraite et fut qualifié, dans son acte de décès, de pensionnaire de l’Etat. Il mourut le 6 septembre 1811,

à l'àge de soixante-dix-sept ans, rue des Deux- Portes-Saint-Jean, n° 2, à côté de la rue de la Verrerie.

Il avait épousé, à Versailles, une demoiselle Julie Girard, et laissa un fils, né en 1777, qui ne suivit pas sa carrière artistique et se qualifiait, en 1811, de commis dans les bureaux de la Guerre.

Michel-Julien Mathieu

Michel Mathieu avait eu un second fils, dénommé Michel-Julien, né le 8 octobre 1740, à Fontainebleau, par suite d’un voyage de la Cour que les musiciens du Roi étaient forcés de suivre. Mais, ramené bientôt à Versailles par ses parents, Michel- Julien y fut élevé comme son frère et devint, comme lui, violoniste et compositeur.

Il prit, nous ne saurions dire pourquoi, le titre ou le surnom de Lépidor, sous lequel il se fit connaître; si bien que, sous la Révolution, ayant supprimé, par prudence, la particule de, il devint, même dans les actes officiels, le citoyen Mathieu Lépidor.

En 1765, le comte de Cheverny le prit comme précepteur de son fils et l’emmena dans son château en Touraine. Il dit, dans ses Mémoires , que ce jeune homme « jouait supérieurement du violon, chantait agréablement et était compositeur ». En effet, dès 1765, Mathieu de Lépidor avait publié des recueils d’airs et de chansons.

Un peu plus tard, le jeune compositeur fit aussi de la littérature. Il publia, en 1774, une tragédie en cinq actes, intitulée : Amédée .

Mais, à partir de 1790, il paraît avoir complètement abandonné Versailles, la musique et la littérature. Il se présente devant l’Assemblée nationale comme orateur d’une députation de la section des Thermes de Julien. Il devient ensuite président de

cette section; puis, en 1791, juge de paix de la section des Invalides, et, en 1792, juge de paix de service au Bureau central. Enfin, le 14 germinal an VIII, Michel-Julien Mathieu Lépidor est nommé commissaire du Gouvernement à Coulommiers. Ici, nous perdons sa trace et nous ignorons la date et le lieu de sa mort.

Jean-Baptiste Mathieu

Jean-Baptiste Mathieu, né à Billom, en Auvergne, le 2 janvier 1762, avait-il un lien de parenté avec la famille de musiciens versaillais dont nous venons de parler? — Nous n’en avons aucun indice, mais il est curieux de remarquer que, portant le même nom, il fut appelé à Versailles, en 1809, justement pour succéder, comme maître de chapelle de l’église Saint-Louis, à Julien-Amable Mathieu.

Ses débuts avaient été intéressants. Après avoir reçu une première éducation musicale du maître de chapelle de Billom, il était entré, en 1779, comme élève dans la musique des gardes-françaises. On lui avait attribué comme instrument le serpent. Il s y appliqua si bien, y devint si habile, qu’on lui fit exécuter en public des solos et des concertos, dans lesquels il trouvait moyen de tirer de son ingrat instrument des effets merveilleux. Il touchait, pour cela, une haute paie de 3 livres par mois. Il tomba malade et resta six mois à l’hôpital. Pendant ce repos forcé, il apprit à jouer de la guitare. Quittant alors le service militaire, son nouveau talent de guitariste lui procura heureusement des leçons lucratives.

En outre, il entra comme serpentiste à l’église Saint-Eustache et y garda cet emploi jusqu’à la suppression du culte catholique, en 1793- A ce nioment, il s’enrôla dans la musique de la garde nationale

parisienne avec Sarrette, Kreutzer et autres. Il y tenait sans doute une place importante, car, le n novembre 1793, il fut élu avec Bazire, par tous ses camarades, pour les représenter devant le Comité.

L’année suivante, Sarrette ayant entrepris de fonder le Conservatoire de musique, fit tout de suite appel aux talents et au dévouement de Jean-Baptiste Mathieu, qui, dès 1795, passa de la garde nationale dans le personnel enseignant du nouveau Conservatoire.

Il fit la classe de solfège et dut commencer alors la composition de ses remarquables Leço?is de sol fège, qui ont été publiées et ont atteint, d’après Fétis et Ehvart, le nombre de dix mille.

11 fut nommé en même temps professeur à Y Institut des Aveugles et écrivit pour ses élèves un petit opéra intitulé : La Ruse d'Aveugles ) qui fut joué rue Saint-Victor, le 2 nivôse an V.

En l’an VIII, il ouvrit en outre au Conservatoire un nouveau cours pour l’enseignement du scrpe?it , qui avait été introduit dans toutes les musiques militaires.

Le I er vendémiaire an XI (22 septembre 1802), l’Etat, forcé de faire des économies sur les arts d’agrément, réduisit de moitié le nombre des professeurs du Conservatoire, et Mathieu se trouva parmi les sacrifiés.

Il donna des leçons particulières, se livra à l’étude de la science théorique de la musique, traduisit le Dodécacorde , de Glaréan, sur les origines et les principes du plain-chant, et orchestra de nombreux

morceaux tirés de compositeurs anciens, indéchiffrables jusqu’alors; enfin, il continua l’œuvre considérable qu’il a laissée après sa mort.

En 1809, la place de maître de chapelle à la cathédrale de Versailles étant vacante, il y fut appelé et s’y fixa définitivement jusqu’à la fin de ses jours.

C’est alors que Jean-Baptiste Mathieu composa les grands ouvrages religieux qui l’ont classé parmi les premiers compositeurs de ce genre.

Il est l’auteur de cinq messes solennelles, parmi lesquelles celle en fa est considérée comme un véritable chef-d’œuvre. Ehvart raconte que Le Sueur l’ayant entendue, embrassa Mathieu, en s’écriant : « Ce n’est pas à Versailles que vous devriez être maître de chapelle, mais bien à la chapelle du roi de France! »

Il fit aussi de nombreux motets et morceaux de musique sacrée. On cite notamment un Domine salvum , dit Chant royal, qui fut regardé comme le plus beau de son temps.

Enfin, il publia une Méthode de plain-chant , qui est restée classique.

Pendant trente années, ce modeste maître de chapelle de l’église Saint-Louis de Versailles a accumulé des travaux de grande valeur qui ont été, même de son vivant, en 1838, l’objet de la vive admiration d’un autre professeur et compositeur très compétent, Ehvart, mort en 1877, après avoir fourni, lui aussi, une longue et laborieuse carrière.

Mathieu recevant, au moins jusqu’en 1823, un modeste traitement de 650 francs par an, vivait dans une simplicité extrême, absorbé par ses études

musicales au point d’en oublier ce qui se passait autour de lui. Elwart raconte qu’on le surprit par un hiver rigoureux, après minuit, jouant de la guitare sur la place d’Armes, en attendant son fils qui devait sortir du théâtre.

Un jour, plongé dans la composition d’une messe, il ne s’apercevait pas que le feu avait pris dans sa chambre et gagnait déjà le bas de sa soutane. Sa femme, entrant brusquement, s’élance vers lui, en s’écriant : « Quoi! tu écris tandis que ta soutane brûle! — Tiens! répond-il tranquillement, je croyais que c’était l’excès du travail qui m’échauffait par trop, et j’allais me promettre de ne plus m’y livrer avec tant de persévérance. »

M. Le Roi, l’excellent historien de Versailles, bon juge, par lui-même et par son entourage, en fait de musique religieuse, avait bien connu et estimait profondément Mathieu et ses œuvres. Il lui a consacré une petite notice.

Le 14 janvier 1840, Jean-Baptiste Mathieu est mort à Versailles, dans son petit logis de la rue du Hazard, 11 0 14, entouré de sa famille et de ses nombreux amis.

Une souscription a été ouverte à Versailles pour élever à sa mémoire un monument que ses admirateurs trouveront à l’entrée du cimetière du quartier Saint-Louis.

Rodolphe Kreutzer

Rodolphe Kreutzer était le fils aîné de Jean- Jacobe Kreutzer, musicien du Roi, — attaché, non pas à la chapelle, comme l’a écrit Fétis, dans son Dictionnaire , mais au régiment des gardes suisses, — et d’Elisabeth Trabolt, son épouse. Il naquit à Versailles le 15 novembre 1766, fut baptisé le lendemain à l’église Notre-Dame, et eut pour parrain un autre musicien du régiment suisse, se nommant Rodof Krettly, d’où le curé fit le prénom de Rodolphe (1).

Dès son plus jeune âge, il s’adonna à l’étude du violon et reçut des leçons de l’Allemand Antoine Stamitz. A douze ans, il était déjà, dit-on, un exécutant remarquable. Un an après, il avait composé son premier concerto, qui fut exécuté au concert spirituel.

Kreutzer entra alors dans l’orchestre du théâtre de Versailles et y prit le goût de la musique dramatique. Ne trouvant pas de libretto à sa guise, il eut l’idée de refaire, faute de mieux, la musique de deux anciens opéras-comiques, et, grâce à la protection de la reine Marie-Antoinette qui s’intéressa à lui, il put ainsi faire entendre à Versailles ses premiers essais. Il composait d’instinct, dit-on, sans aucune notion de la science de l’harmonie, chantant

(1) Registre des baptètaes de la paroisse Notre-Damç,

ses mélodies tout en marchant à grands pas dans sa chambre, et en s’accompagnant sur son violon.

Malgré la protection royale et tout son talent, Kreutzer devait être fort besogneux, car on trouve, sur le registre du greffe de la Prévôté, à la date du 13 janvier 1787, un jugement le condamnant à payer 20 livres, montant de deux mandats souscrits par lui et validant une saisie formée sur ses appointements pour cette petite somme, entre les mains de la demoiselle Montansier, sa directrice.

Cependant, depuis 1783, il joignait à sa place de violoniste au théâtre celle de musicien ordinaire de la chapelle du Roi. Mais, à la fin de 1789, il fut, comme tous ses collègues, forcé de chercher ailleurs les moyens de vivre. Il quitta alors Versailles et entra comme premier violon au Théâtre-Italien. En 1790, il obtint de Desforges un poème historique en trois actes, intitulé : Jeanne d’Arc , qu’il mit en musique et qui fut représenté avec succès. Presque en même temps, il écrivit, avec une facilité extrême, la musique d’un opéra-comique tiré du roman célèbre de Paul et Virginie . La première représentation de se second ouvrage en trois actes eut lieu le 15 janvier 1791, à la Comédie-Italienne, avec un grand éclat. Cette partition, dit le savant Fétis, est « pleine de chaleur, d’élégance, de naïveté », et se distingue particulièrement par « une couleur locale ravissante d’effet ». Peu de mois après, en août 1791, Kreutzer remporta son plus brillant triomphe par son opéra de Lodo'iska , qui fut accueilli du public avec enthousiasme.

Le libretto écrit par de Jaure, d’après un épisode

de Faublas, fut utilisé aussi par Cherubini. Mais l'œuvre de Kreutzer, surtout son ouverture et la Marche des Tartares , dont le thème reparaît dans la partition à plusieurs reprises, devinrent populaires. Miot, dans ses Mémoires sur l’expédition d’Egypte, raconte que, pendant la traversée, le général Bonaparte se faisait jouer tous les jours, après son dîner, par la musique des guides, la Marche des Partares ) de Kreutzer. Ajoutons qu’il est amusant de constater que la phrase principale de cet air qui plaisait tant à Bonaparte se rencontre également au début de la première figure de l’énervant quadrille des Lanciers, inventé, pour le supplice des auditeurs, sous le second Empire. 11 faut avouer que si Kreutzer eut la gloire de composer une mélodie appréciée par Napoléon, d’ordinaire peu mélomane, le choix quotidien de ce morceau ne révélait pas un goût artistique très raffiné.

En 1792, on joua encore aux Italiens deux ouvrages de Kreutzer : Charlotte et Werther et Le Franc Breton. Comme tant d’autres, il s’appliqua à plaire aux maîtres de la France, en mettant en musique, de 1793 à 1795, des poèmes patriotiques : Le Déserteur de la fnontagne de Ham ) anecdote historique ; — Encore une Victoire l pièce où l’on célébrait « nos triomphes dans le Nord, la bassesse des émigrés, la férocité de nos ennemis, les actes de bravoure et de générosité des Français, etc... on y applaudit beaucoup un duo comique entre deux émigrés gascons; — La Journée du 10 août ou la Chute du dernier tyran , grand opéra en quatre actes, représenté en 1795.

A la fin de 1793, lors de la formation de la musique de la garde nationale» Kreutzer y était entré comme musicien de r® classe, et, en 1795, il fut nommé professeur au Conservatoire. Deux ans après, nous ne savons pour quel motif, il quitta la France, pour s’installer en Italie comme professeur de violon. Il y resta de 1796 à 1799, organisant des concerts, et se déplaçant pour aller en donner jusqu’en Allemagne. Il dut s’y rencontrer avec les nobles émigrés qui l’avaient applaudi jadis à Versailles, et, s’il avait écrit ses Mémoires, on pourrait y trouver plus d’un détail curieux.

En 1799, Kreutzer, rentré à Paris, y fit jouer un petit opéra intitulé : Le Petit Page ou la Prison d'Etat .

En 1801, il faisait partie de l’orchestre de l’Opéra, comme violon solo. L’Allemand Reichardt, ancien maître de chapelle de Frédéric II, directeur de l’Opéra de Berlin, compositeur et critique érudit, vint en 1802 passer un hiver à Paris. Dans sa correspondance publiée récemment ( 1 ), il parle à plusieurs reprises, avec éloge, du talent de Kreutzer, comme violoniste, chef d’orchestre et compositeur.

Le 2 décembre, il écrivait :

Je viens d’avoir la bonne fortune d’entendre un quatuor organisé par Kreutzer. 11 est venu me prendre un de ces matins, pour me mener chez Sieber, mon ancien éditeur... On a joué plusieurs quatuors et quintettes de Kreutzer... Quant à la vigueur, à la justesse, à la

(1) Un Hiver sous le Consulat , d'après les lettres de P-P. Reichardt, par Laquiante, p. 63, 110 et suiv., 123, 408, 429.

— Si —

netteté de Kreutzer, elles sont aussi remarquables que la maëstria avec laquelle il se joue des difficultés...

Un autre jour, Reichardt a entendu Lodoïska , de Kreutzer, et en admire l’instrumentation, tout en préférant l’opéra de Cherubini sur le meme sujet. Il loue également l’orchestration de VAstyanax, de Kreutzer, en regrettant que cet ouvrage soit mal interprété par les chanteurs.

En 1S04, Kreutzer entra à la chapelle des Tuileries, réorganisée par Napoléon, et en 1806, lors de la réouverture de la Société académique des Enfants d’Apollon , il en fut un des premiers membres fondateurs, comme violoniste-compositeur.

Sous l’Empire, Kreutzer fit représenter successivement à l’Opéra-Comique : François T x ou la Fête mystérieuse ) opéra en deux actes,' dédié à M. de Talleyrand, chambellan de l’Empereur et surintendant du théâtre \ Jadis et Aujourd’hui , opéra bouffon, dédié à M. de Rémusat, en 1808; L’Homme sams façons , opéra-comique en trois actes, dédié à la reine de Naples, en 1812 ; Aristippe , opéra en deux actes, dédié à la reine de Hollande ; Le Camp de Sobieski ou le Triomphe des Femmes , opéracomique en deux actes, en 1813, etc...

Au retour des Bourbons, Kreutzer ne manqua pas, comme la plupart de ses contemporains, de fêter le nouveau régime. Dès le 25 juillet 1815, on jouait à l’Opéra un divertissement mis en musique par lui, intitulé : L’Heureux Retour . Il en fut récompensé, car : en 1815, il fut nommé maître de la chapelle du Roi; en 1816, chef d’orchestre de l’Opéra, et en 1824, décoré de la croix de la Légion d’honneur.

Durant cette période, Kreutzer composa encore, seul ou en collaboration avec Berton, Boïeldieu et autres, plusieurs opéras : Blanche de Provence ou la Cour des Fées y joué à l’Opéra en 1821; Le Paradis de Mahomet ou la Pluralité des Femmes y joué en 1822 ; Pharamondy joué en 1825; Mathilde , qui ne paraît pas avoir été joué, etc... On reprit en outre plusieurs fois deux de ses ouvrages restés longtemps au répertoire : Lodo'iska et Paul et Virginie . Le 13 juin 1826, Kreutzer reconnaissait encore avoir reçu 167 francs pour « la moitié des honoraires d’auteur des neuf premières représentations de la reprise du ballet de Paul et Virginie » (1).

En outre de ses œuvres dramatiques, qui sont au nombre de plus de trente, Kreutzer écrivit et publia au moins autant d’ouvrages de musique instrumentale, qui eurent beaucoup de succès et furent très répandus. Il s’était associé, au temps de l’Empire, avec Cherubini, Méhul, Rode et Boïeldieu, pour exploiter, rue de Richelieu, n° 76, vis-à-vis de la rue Ménars, un magasin de vente de musique où se débitaient avantageusement toutes les compositions des coassociés. Grâce à ses profits commerciaux, à ses droits d’auteur, à ses appointements de maître de la chapelle du Roi et de chef d’orchestre de l’Opéra, la situation de fortune de Kreutzer était bien différente de celle du temps de sa jeunesse à Versailles. Aussi le voit-on, en 1S20, s’installant à Paris, dans un immeuble dont il est propriétaire, rue de Provence, n° 17, et y achetant en bloc

(1) Collection personnelle.

tout le mobilier luxueux du précédent possesseur, y compris un violon de Stradivarius. Dans l’acte dressé à cette occasion, le 28 septembre 1820, par M e Perret, notaire, Rodolphe Kreutzer est mentionné comme marié avec Adélaïde-Charlotte Foucard. Cependant, il avait le cœur sensible, et, à une époque que nous ne saurions préciser, il paraît avoir éprouvé une vive passion pour la charmante actrice d’opéra-comique, M mo Saint- Aubin, qu’il avait pu connaître d’abord à Versailles, dans la troupe de la Montansier, et qui avait plus tard, à Paris, interprété plusieurs de ses opéras. Voici, en effet, la lettre non datée qu’il lui adressait à son domicile parisien, rue d'Amboise, n° 1 (1) :

Madame,

fai lhonneur de vous en voyer les billets que vous mavé demendez. Croyé qu’il m’en coûte beaucoup de ne pouvoir les apporter moi même, cet un bonheur au quel je dois renoncer tan que je vous aimerez. Il est bien cruel pour moi d’être obligé de me priver de voir la seule femme qui pouvois faire mon bonheur, mais, comme je nai plus lespoir d’être aimé de vous, qu’an vain je voudrai me flatter de ce bonheur, il faut donc employé tous les moyens de retrouver le repos que jai perdue de puis longtems ; pour cella il ne faut pas vous aimer, et pour ne pas vous aimer, madame, il ne faut pas avoir le bonheur de vous voir.

Je crains bien que mes efforts seront vain, car dans ce moment je vous aime plus que jamais. Mais soyé persuadé, malgré tous ce que jai souffer de puis que je

(1) Coll. pers.

vous aime, que vous navez pas de meilleur ami et que personne ne désire au tems que moi votre bonheur.

En 1826, Rodolphe Kreutzer prit sa retraite. Il tomba malade et voulut retourner au pays d’origine de ses parents, la Suisse. Il est mort à Genève, le 6 janvier 1831.

Il avait un frère beaucoup plus jeune, Auguste- Jean-Nicolas Kreutzer, né comme lui à Versailles, le 3 septembre 1778, qui fut son élève, devint, après lui, professeur de violon au Conservatoire et mourut à Paris, le 31 août 1832. Il a écrit quelques morceaux pour le violon.

M. Vasseur a fait en 1880, à l’occasion d’une réunion des Sociétés des Beaux-Arts, une notice sur Rodolphe Kreutzer et son œuvi ~ *ê

avec compétence la merveilleuse fac a

et l’abondance mélodique de ce c ^

Page 1