‹ Les comptes d'un grand couturier parisien du XVe siècleChapitre 8 sur 70 · Compte · texte numérisé non relu

Compte

Acceptant, dans une autre circonstance, de faire une robe pour la chambrière d'un certain Thibaut Lebeuf, il note que celui-ci en a garanti le payement <. De même, après avoir énuméré et tarifé les effets qui lui ont été commandés par Jean de Rochefort et Pierre de Ghauviry, deux amis, sans doute, et fait le décompte de ce qu'il a livré et de ce qui lui reste dû, il précise que ces clients lui en seront « répondant, chascun seul et pour le tout »2. Dans une autre circonstance, inscrivant, avec un peu de retard, il est vrai, la vente d'une houppelande — l'inscription est du i6 août et la vente du ler mai — il consigne que cette vente a été faite en présence de deux témoins dont il rappelle les noms. Et lorsqu'après règlement, la somme dont il reste créancier est d'une certaine importance ou que, peut-être, la solvabilité du client est douteuse, il prend la précaution d'en exiger « cédule » ou de spécifier qu'elle sera productive d'intérêt'.

Ces détails témoignent, tout au moins, de l'attention que Colin portait à ses affaires, qui semblent, d'ailleurs, avoir été très prospères. C'était, incontestablement, l'un des représentants les plus considérables et les mieux achalandés de sa corporation.

Sa clientèle en est une preuve péremptoire. On peut affirmer, en effet, qu'elle comprenait une bonne part du Tout-Paris d'alors, bien que le répertoire qu'on en peut actuellement dresser soit nécessairement très incomplet. Parmi les noms assez nombreux qu'on y relève, assez peu sont totalement inconnus et quelques-uns appartiennent à des personnages considérables, presque célèbres.

La noblesse y est représentée par Jean et Philippe de Dreux, Jean de Maintenon, Jean Rochefort, Jean Cardonnel, qui sont tous qualifiés d'écuyers, et surtout par différents membres de cette famille de Saint-Simon que devait illustrer, trois siècles plus tard, le si fameux auteur de Mémoires.

On y voit, en outre, quelques bourgeois, et parmi eux Jean Sanguin'', fils du célèbre Guillaume Sanguin, le serviteur dévoué des ducs de Bourgogne, Jean sans Peur et Philippe le Bon, et celui-là même qui était prévôt des marchands, lorsque, le mercredi 7 septembre 1429, Jeanne d'Arc se présenta devant Paris. Jean Sanguin fait faire à notre couturier non seulement ses habits personnels, mais ceux de sa famille et de sa domesticité.

Toutefois, c'était bien plutôt dans l'Université et dans le clergé que dans les autres milieux que se recrutait la clientèle de Colin de

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