I. Comptes 75 et
aussi éloignées, et de marquer exactement les différences des effets comparés, on arrive à conclure, sans hésitation, que le Parisien et surtout la Parisienne d'aujourd'hui ont à solder à leurs couturiers et à leurs couturières des notes très sensiblement plus élevées que celles des clients de Colin de Lormoye. Chez ce dernier, une houppelande ou une jaquette se payaient 26 sous; un pourpoint, 16, 24 et 28 sous; un chaperon, 20 sous; une cotte hardie, 10 sous et une robe de pers pour chambrière, 8 sous. Ces mêmes effets ou leurs équivalents coûteraient, sans doute, actuellement, rue de la Paix, cinquante et même cent fois plus cher.
Colin de Lormoye se chargeait, rarement, d'acheter ou de payer les draps dont il devait faire usage. C'était, avant tout, un tailleur à façon. Et la façon n'entrait que pour une faible part dans la dépense totale.
La façon d'une houppelande était comptée 6 sous pour les grandes personnes, et 4 sous pour les enfants; celle d'un pourpoint et d'une jaquette, 4 sous; d'une robe, 6 et 8 sous; d'une cotte simple, 4 sous; d'un rochet, 2 sous; d'une paire de chausses, 2 sous et d'une chemise, I sou!
Le coût des réparations était naturellement variable, mais il ne dépassait jamais celui de la façon. Il arrivait souvent, d'ailleurs, que le client se le faisait préciser avant de donner son ordre. Ainsi, il est spécifié, pour l'un d'eux, que s'il ne paye que 6 sous pour une chappe retaillée et garnie, c'est par suite d'un « marché »'.
Si Colin de Lormoye a tenu ou fait tenir une comptabilité aussi développée, ce n'était certainement pas pour préparer, dans une mesure quelconque, les éléments d'un bilan, mais simplement pour garder la trace des acomptes qui lui étaient versés et des sommes qui lui restaient dues. Car peu de clients le payaient comptant. On constate, en outre, que certains d'entre eux s'acquittaient en nature, partiellement tout au moins, sans qu'il soit remarqué si c'était sur leur demande ou pour satisfaire une convenance quelconque. Ainsi, plusieurs lui livrent du blé et de l'orge, d'autres, du son, des noix et même du beurre. L'un d'eux, enfin, le curé de Saint-Séverin, le paye avec des « torches »^.
Notre couturier parait avoir été fort défiant. D'un prêt de 3 francs qu'il consent à un prêtre appelé Macé Gogue^, non seulement il garde une obligation signée par le susdit emprunteur, mais il y fait ajouter que ce prêt a eu comme témoin, et probablement comme caution, un ami de ce dernier, qui a signé avec lui.