XVI AVERTISSEMENT
(le François I"., mais dans une si faible mesure que le travail devait être entièrement repris. Nous avons retranché de notre addition les articles publiés par Cimbcr et Danjou. On verra, par la liste de ceux qae M. de Laborde avait imprimés de nouv€?au, et que nous indiquons soigneusement aux corrections et additions, à quel point leur dépouillement était superficiel et insuffisant.
II nous reste à parler des Comptes des bâtiments qui occupent le premier volume tout entier et les deux cents premières pages du second. La matière est assez importante pour mériter quelque développement.
Ces comptes, qui vont de l'année 1528 à l'année 1570, sont, comme on l'a déjà dit, tirés d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale, placé autrefois dans le supplément français, sous le n° 336, et portant aujourd'hui le n° 11179 du fond français. A l'extérieur rien n'annonce l'importance de ce registre. Il a reçu une reliure très-ordinaire en veau, vers la fin de la Restauration, car il porte au dos les deux C enlacés de Charles X, trois fois répétés, et ce titre assez vague : Comptes des bâlïments du roi. De format petit in-folio, il se compose de h^h feuillets de papier solide, un peu jauni, numérotés d'un seul côté et entièrement remplis par une grosse écriture bâtarde de la seconde moitié du xvir siècle. Nous n'avons donc point affaire à un compte original, mais à une copie ou plutôt à un abrégé postérieur d'un siècle et demi environ aux premières années du compte. Je dis que le manuscrit est plutôt un abrégé qu'une copie; en effet, on
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peut remarquer qu'il se contente de relater bien souvent le total des chapitres sans entrer dans le détail de la dépense et des travaux; or, si peu qu'on ait feuilleté des comptes originaux du xvi^ siècle, on sait à quel luxe de détails et de formules se complaisent les comptables de François I" et de ses successeurs immédiats. A ce point de vue, notre registre présente le contraste le plus complet avec les dépenses du château de Saint-Germain-en-Laye, de l'hôtel de Nesle et de l'hôtel de Soissôns, dont il a été question plus haut. Si le rédacteur de cette compilation s'est appliqué à abréger les chapitres qui concernent la maçonnerie, la charpenterie, en un mot, les travaux de pure construction, il est facile de remarquer qu'il attachait une importance particulière à tous les ouvrages d'art, et celte préoccupation se trahit par le soin avec lequel sont copiés, article par article, les chapitres relatifs aux peintres et aux sculpteurs.
Évidemment l'érudit du xvn^'siècle qui a sauvé ces comptes si précieux d'une destruction complète s'occupait des choses de l'art, et ce seul indice suffirait pour nous mettre sur la trace de son nom s'il n'avait pris soin de l'inscrire lui-même à la première page du registre. On lit en effet, en tête du feuillet qui porte le n» 1, la signature de J.-F. FéUbien des Amux, c'est-à-dire de Jean-François Félibien, né en 1658, mort le 23 juin 1733, fils d'André Félibien des Avaux (mai 1619 — 11 juin 1695). Tous deux furent, on le sait, historiographes des bâtiments du roi; tous deux ont laissé de nombreux ouvrages sur les beaux-arts et de nombreuses descriptions d'édifices royaux.
La destination de la copie ou de l'abrégé que nous publions aujourd'hui s'explique dès lors aisément. Ce registre, qui a appartenu au fils et fut très-probablement composé pour le père, est la source authentique qui avait fourni à ce dernier ÏHistolre des châteaux royaux dont nous parlions
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tout à l'heure et que la Société de l'histoire de VArt français a publiée récemment. Évidemment cette compilation a été composée avant 1681, date de cette histoire, plutôt pour André Félibien que pour son fils, âgé seulement de vingtdeux ou vingt-trois ans et n'ayant pas encore de titre officiel. Lorsque Jean-François recueillit ce précieux manuscrit dans la succession de son père, il y ajouta cet ex libris autographe qui fixe irrévocablement son origine.
Si le manuscrit que nous publions n'est que l'analyse très-sommaire de comptes aujourd'hui perdus pour la plupart, si même nous avons eu maintes fois à constater des singularités dans l'orthographe des noms propres, les renseignements essentiels méritent la même confiance que s'ils étaient directement fournis par les comptes du seizième siècle. Nous sommes trop heureux, aujourd'hui que la plupart des documents originaux n'existe plus, de posséder les copies abrégées faites pour l'usage particulier d'André Félibien. Si nous avions seulement le manuscrit complet! Malheureusement la moitié au moins de cette copie analytique est aujourd'hui perdue, ou du moins égarée. Voici comment nous sommes arrivés à constater cette perte :
En tête du manuscrit se trouve une longue table, dont M. le marquis de Laborde n'aurait pas manqué de parler dans son Introduction, et sur laquelle il importe de nous arrêter un instant. Cette table n'occupe pas moins de cinquante-six feuillets, dont les vingt-six premiers seulement ont rapport au manuscrit existant. Elle continue sans interruption du feuillet 26 au feuillet 56, donnant les titres des comptes des années 1571 et suivantes, jusqu'en 1599. La copie faite pour Félibien se composait donc autrefois de plusieurs volumes, deux probablement, dont un seul nous est paiTenu. Peutêtre le second u'est-il qu'égaré et se retrouvera-t-il quelque jour. Mais, puisque nous sommes privés des comptes qu'il