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Nous voilà maintenant arrivés à Matane, un des endroits les plus remarquables de la province et certainement l'un de ceux dont l’avenir est le plus promettant et le plus assuré.
Le voyageur qui arrive à Matane, à la vue de son port, de la rivière qui y débouche, des belles, nombreuses et vastes constructions du village, je dirais plutôt de la petite ville, de ses grandes maisons de commerce, de ses scieries, de l’animation qui règne dans tous les quartiers, des énormes cubes de madriers entassés sur le quai, prêts à être transportés dans des bateaux aux navires qui attendent leur chargement au large, à la vue, dis-je, de ce spectacle dont il a été déshabitué
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depuis qu'il a quitté les grands centres popu- : Jeux 2t prospères, le voyageur se demande comment il se fait qu’un pareil endroit soit encore cn dehors des communications par 1'oie ferrée, et il reporte naturellement sa pensée vers les provinces d'Ontario, dé la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, où nombre d’endroits, perdus encore il y a quelques années à peine dans les bois, mais où l'esprit d'entreprise et l’intelligence de l’avenir avaient su placer des espérances raisonnées et réfléchies, se voient dotés aujourd'hui d’embranchements qui les relient aux viiles principales,et voient leur population s’accrotire au point qu'ils deviennent bientôt eux-mêmes des villes de troisième ou de quatrième ordre. Nous sommes ici, monsieur le Premier, en présence d'une ville future importante. Jacques-Cartier, à son troisième voyage au Canada, avait remarqué et mentionné particulièrement le port de Matane ; plus tard, le capitaine Bayfeld, qui a effectué des sondages dans toutes les parties du fleuve Saint- Laurent, et qui a dressé des cartes maritimes qui servent depuis lors à tous les navigateurs, déclarait qu'il n'y avait, sur toute la rive sud du bas Saint-Laurent, que deux ports de mer, l’un à Matane, l’autre au Bic : ce dernier, les navigateurs le rédoutent, parce que le fleuve y cache, dans des profondeurs d’eau de dix à quinze brasses, d'énormes rochers qui sont autant d’écueils pour les
navires, tandis qu'il n’y a rien de semblable à redouter à Matane.
Il y a bien encore jusqu’à un certain point Mont-Louis, situé beaucoup plus bas, sur la côte de la Gaspésie, mais l'aspect seul de ce port où vient aboutir la chaîne des Chikchak, dans un formidable entassement de mornes et de promontoires, sufËt à détourner les plus hardis navigateurs. Reste donc le port de Matane seul. Qu'on ouvre une carte maritime, et l’on constatera immédiatement que la course naturelle des navires qui v'ennent du golfe et qui se dirigent invariablement vers la Pointe-des-Monts, est de ce dernier endroit vers Matane. Le gouvernement MeKenzie avait entrepris, en 1878, la construction d'une immense jetée, qui eût fait de Matane un port remarquable, un port d’abri, un port de relâche, un port de ravitaillement, un port de commerce fluvial et océanique, et un centre mis en possession de toutes les conditions nécessaires pour desservir tout le littoral du bas Saint-Laurent, et en outre l'immense péninsule de la Gaspésie, Malheureusement il ne fut pas donné suite à cette entreprise, après la construction d'à peu près quatre cents pieds de jetée, la chute du gouvernement McKenzie entraînant, on ne sait pourquoi, la discontinuotion des travaux.
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Le courant de la rivière Matane est extrêmement rapide, il entraîne avec lui quantité de sable qu'il amoncèle à l'embouchure de la rivière, de façon à former ce « 1e les navigateurs appellent un “ baraçhois.” Jn peu en decça de l'endroit où se developpe ce barachois, la maison Price a fait construire un quai, d'où elle expédie ses madriers aux navires qui attendent au large.
Entre ce quai et la jetée, il y a un espace de huit cents pieds environ, que l’on devrait combler afin de réunir les deux constructions ; de la sorte, le courant de la rivière, resserré davantage entre le rivage d’un côté et, de l’autre, la jetée, sans solution de continuité, serait rendu encore bien plus rapide et entratnerait son sable beaucoup plus loin, ou bien il disperserait son sable tellement qu'il'ne pourraitplus se former de barres à une distance plus grande et dans une eau bien plus profonde.
Le gouvernement fédéral a envoyé dernièrement sur les lieux deux ingénieurs pour examiner s’il y a raison de continuer les travaux interrompus naguère ; il se propose, dit-on, d'ajouter cent cinquante pieds au premier tronçon de la jetée, mais cela ne peut amener aucun résultat durable ni changer notamment les conditions actuelles.
La rivière Matane, utilisée comme elle pourrait l'être sice pays se développait sur une grande