‹ Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata [microforme]Chapitre 16 sur 24 · DS, ES · texte numérisé non relu

DS, ES

former de véritables petits champs, où quelques hommes isolés, vivant de pêche et d’un peu de travail agricole, ont déjà fait mûrir des moissons. Un beau chemin contourne le rivage aux innombrables détours, dont chacun d'eux offre subitement un spectacle nouveau : tantôt ce sont des tlots qui émergent brusquement du sein d’une petite baie jusque là cachée par les reliefs du terrain ; tantôt ce sont des caps énormes qui apparaissent comme rejetés violemment du sein de la terre et que le regard n'avait pas encore aperçus. Ces caps, entre autres le cap à l’Orignal, célèbre parmi les navigateurs, se voient de très loin sur le fleuve ; ils prennent la forme d’une ligne demi circulaire de mornes, toutes plus hérissées les unes que les autres, mais, sur terre, on ne les aperçoit que lorsqu'on est pour ainsi dire sur le point d'en être écrasé. Dans les entrailles mêmes de cette bordure formidable de montagnes qui semble, de loin, n'avoir aucune interruption ni aucune variété d'aspect, la nature a creusé la baie la plus admirable, la plus parfaite et la plus attrayante, dans son pittoresque sauvage et grandiose, que l'œil puisse contempler. C’est la baie dés Ha ! Ha! qui à tiré son nom sans doute du cri d’admiration poussé par les premiers hommes qui l’entrevirent. Cette baie a près d'un mille de longueur, sur une largeur d'environ un demi mille. Elle est absolu-

du TE

ment sauvage, quoique offrant le plus sûr et le plus charmant des asiles.

Au delà du rivage où elle s'arrête, les montagnes entr'ouvertes pour lui donner passage ne se refermént plus; elles laissent entre elles, au contraire, un large espace découvert qui se prolonge jusqu’à un autre rivage plus éloigné. C’est là que sont les plus beaux champs et les plus pittoresques endroits d'habitation de ce singulier coin de terre. Tout cet espace est remarquablement plat, rayé seulement d'un coteau peu elevé, que l’on dirait s'être formé là tout exprès pour recevoir de pittoresques maisons de campagne et pour offrir à leurs habitants une vue plus étendue et plus complète de la nature environnante. On est porté à croire que cet espace était autrefois entièrement recouvert par les eaux ; mais laissons aux géologues à faire cette hypothèse, et disons en termes de simple voyageur, lamilier avec les beautés naturelles de son pays. qu'il n'est pas d'endroit qui offre à la villégiature un charme et un attrait comparables à celui qu'offre la Baie des Ha ! Ha! de Saint-Fabien, encore si peu connue et pourtant si digne d’être chantée par les premiers des bardes. Le nom de ‘ Baie des Ha! Ha!” a étéétendu à toute la région que nous venons de dépeindre, et l'on dit communément ‘“ aller à la Baie des Ha! Ha!” et non pas aller aux “ Murailles ” de Saint-

Fabien. Cela présente un inconvénient, parce que les voyageurs et les touristes du continent américain sont bien plus familiers avec la Baie des Ha ! Ha !, qui est formée par la rivière Saguenay, et qui est bien plus considérable, mais infiniment moins pourvue de beautés naturelles que celle de Saint-Fabien. (Celle-ci, une fois bien connue, deviendra immanquablement un rendez - vous favori des familles en villégiature. Quelquesunes déjà y sont venues ces années dernières, mais l'éloignement, la difficulté des communications les ont détourné d'y revenir. De la grande route de Saint-Fabien à la baie des Ha ! Ha ! il n'y a en effet qu’un chemin grossier, escarpé et rocailleux. Deux voitures ne peuvent s’y rencontrer, et à peine une voiture seule peut-elle manœuvrer sans accident dans la côte remplie de cailloux qui mène au rivage. Il a été question récemment de construire un embranchement de chemin de fer partant de la station du Bic, paroisse voisine de Saint- Fabien, et allant aboutir à la Baie des Ha! Ha! en suivant le littoral du fleuve, à une courte distance ; ce projet, je le crois, recevra son exécution peut-être avant longtemps. À nous il appartenait de faire connaître au public un des sites les plus enchanteurs de notre pays; à nous il appartient d’y appeler les familles qui cherchent avant tout à jouir, dans leur villégiature, de ce que le pay-

aus MP DE

sage canadien offre de plus nobieet de plus grandiose, et nous profitons avec empressement de l’occasion qui nous est offerte de faire une réclame patriotique qui apporte un charme réel à nos devoirs de profession. ;

Les deux paroisses de Saint-Fabien et de Saint- Simon forment l'extrémité supérieure du comté de Rimouski. En arrière de cette dernière s'étend l'intéressante paroisse de Saint-Mathieu, qui n’est constituée que depuis vingt-quatre ans et qui paraît avoir un bel aveuir devant elle, grâce à l'excellence de ses terres, à la beauté de sun site, aux importantes carrières de pierre rouge qu'elle renferme, et dont l'exploitation est à peine entn- : mée, grâce enfin à l’'admirable lac qui la traverse à peu près dans toute sa longueur, lac depuis nombre d'années célèbre parmi les sportsmen et reconnu comme l'un des plus beaux et l'un des plus poissonneux de la province, (à ce dernier titre, il semble inépuisable), et dont il serait facile de faire une source d'alimentation locale assez profitable pour donner des moyens de subsistance à bon nombre de personnes. Le lac Saint-Mathieu se décharge dans la rivière dite du ‘“ Sud Ouest,” qui se jette dans le fleuve à l'entrée du Bic, après ue course extrêmement capricieuse d'environ une vingtaine de milles, navigables sans interruption. Cette paroisse est remarquablement douée au

Pa

point de vue de la fertilité de ses terres, de sa situation et du caractère particulier de sa physionomie, qui semble toute empreinte de vigueur et d'originalité. Qui a vu le lac Saint-Mathieu en garde longtemps le souvenir. Il est certains traits de physionomie qui, quoique aperçus souvent comme à la dérobée, laissent dans la mémoire une empreinte qui se dessine et s’accentue de plus en plus avec le temps ; le lac Saint-Mathieu est de ceux-là, comme le Témisconata, comme le Témiscamingue, comme le lac Archambault dans les cantons du nord de Montréal, comme le lac Saint- Jean enfin, pour ne mentionner que les privilégiés. Leur aspéct donne à l'esprit et au cœur une jouissance réelle, et quand on ne les a plus sous les yeux, la pensée s'y reporte d’elle-mêrne avec plaisir et l’on aime à les dépeindre pour en ? susciter et en rafraîchir l’image.

Malgré tous ces avantages la paroisse de Ssint- Mathieu n’a pas rapidement progressé ; ac cusonsen encore ce lamentable fléau de l'émigration, qni décime toutes nos campagnes d’un bout à l'autre de la province Néanmoins, ce fléau tend à diminuer quelque peu dans la paroisse de Suint- Mathieu ; la population s'y élève actuellement à près de mille âmes, mais les jeunes gens, mal heureusement, y manifestent un goût de moins en moins prononcé pour la culture; ils préfèrent

de TT

le travail des fabriques, ils s'en vont au loin et la paroisse, privée : ses plus robustes élémeuts, ne peut que grandir avec lenteur et ne se développe pas en raison des nombreux avantages qu'elle possède.

CO

Page 1