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LA REGION DE TEMISCOUATA

Transportons-nous maintenant sur un autre théâtre, dans le voisinage immédiat de celui où nous sommes, mais d'une importance bien autrement considérable et dont les conditions de progrès sont telles que nous allons y voir surgir, dans une région encore relativement déserte, toute une nouvelle petite province incorporée dans l’ancienne,comme on le voit à l'heure présente en lac Témiscamingue et comme on l'a vu naguère au lac Saint-Jean; je veux parler de l’arrière-pays du comité de Témiscouata qui confine, sur une ligne très étendue, à la province du Nonveau- Brunswick et touche presque aux terres de l'Etat du Maine.

Le comté de Témiscouata occupe une large place dans le domaine nationai la vu nattre et grandir, sur le littoral du fleuve, un endroit destiné, par sa situation gréographique et le concours des cirsconstances, à devenir une ville commerciale de premier ordre Cet endroit s'est Fra-

serville, encore appelé Rivière-du-Loup, du nom de la rivière qui y débouche en se précipitant par une succession de cascades. Pendant bien lougtemps le comté de Témiscouata n'a pas compté d'établissements en arrière des anciennes concessions seigneuriales, mais depuis la création du chemin de fer Intercolonial, et surtout depuis que la rivière Naint-Jean, qui sépare le Nouvean- Brunswick du Maine, a vu se porter sur ses bords une nombreuse population de Canadiens-Français, il s’est vite établi une communication en quelque sorte ininterromnpue entre la partie intérisure du comté et le littoral. Les deux parties sont venues pour ainsi dire l’une au devant de l'autre, les paroisses canadiennes de la rivière Saint-Jean s'efforçant de jour en jour d'augmenter leurs relations avec la Rivière-du-Loup et celleci, de son coté, cherchant à s'étendre de plus en plus en arrière au fur et à mesure des besoins de la colonisation. Cet effort réciproque pour arriver à une ligne de communication non interrompue eut bientôt déterminé l'établissement de plusieurs petits groupes colonisateurs dans les endroits les plus favorables. Ces petits groupes ont formé aujourd'hui des paroisses qui sont au nombre de sept à huit et qui s'étendent, avec de légères interruptions, il va sans dire, entre Fraserville et Edmundston, chef-lieu du comté de

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Madawaska, dans le Nouveau-Brunswick. Le développement de la région de Témiscouata va s’accentuer surtout maintenant que le nouveau chemin de fer, construit entre Fraserville et Edmundston, est entré en plein fonctionnement. Ce n'est pas que les nouvelles paroisses, qui se trouvent sur le parcours de la ligne, puissent apporter un contingent considérable au développeinent de cette région; non, ces paroisses ne se distinguent guère par la fertilité de leur sol et leurs perspectives sont limitées, mais c’est que la nouvelle ligne, qui a nom “Chemin de fer Témiscouata, ” met toute cette contrée en relations directes et quotidiennes avec le Nouveau-Brunswick et les Étsts-Unis.

Jadis, il y a plus d’un demi sièele, le gouvernement impérial, voulant faire parvenir aussi rapidement que possible, l'hiver, des trou pes d'Halifax à Québec, fit ouvrir une route militaire qui a été longtemps la seule voie de communication, à travers les forêts du Témiscouata, jusqu'au Nouveau- Brunswick. En même temps on cantonnait les troupes dans différentes stations le long de la route, entre autres à un endroit appelé “ Fort Ingalls,” à six milles du lac Témiscouata, où l'on voit encore les restes d'une construction où cent hommes de troupes étaient casernés, en même temps qu'on en. inétallait cent autres à ‘ Sainte-Rose du Dé-

HE nc gelé,” à l’autre extrémité du lac Témiscouata. Les Américains, de leur côté, élevaient des casernes quarante milies plus loin, au fort Kent, à l’endroit où la “ Fish River ” débouche dans la rivière Saint-Jean. Cet état de choses dura jusqu'en 1842, é, .qjue à lagnelle la Grande Bretagne céda aux Etats-Unis, par le traité d’Ashburton, une grande partie du Nouveau-Brunswick, sur la rive méridionale de la rivière Saint-Jean. Non seulement on avait établi ça et là, le long de la route, des postes, mais le gouvernement canadien logeait quelques familles auxquelles il fournissait une certaine quantité de provisions, à peu près comme on le fait aujourd'hui dans les différents phares construits sur le Saint-Laurent, les voyageurs,

qui allaient du Canada au Nouveau-Brunswick et, vice-versa, arrêtaient à ces postes, y mangeaient et y couchaient moyennant une légère redevance, et, même, ne payaient rien du tout lorsqu'ils apportaient leurs propres provisions. Le père Antoine Dumont, le plus ancien habitant de cette contrée, qui a le premier fait un défrichement à Sainte-Rose, en 18387, est précisément un de ceux qui ont tenu jadis un de ces pos.es-ià.

Il n'ya eu pendant longtemps, dans l'endroit appelé aujourd’hui Sainte-Rose, qu’une seule habitation, la sienne, Son plus proche voisin s’abritait dans une cabane à neuf milles de lui. Douze

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milles plus haut demeurait un nommé Greorges Doll, dent la principale fonction était de baliser le lac Temiscouata, l'hiver, afin que le postillon, qui portait la malle tous les quinze jours, et les voyageurs pussent trouver leur chemin. L’ancienne route militaire avait été grossièrement pratiquée dans la forêt ; on n'y passait, l'été, qu'entre là Rivière-du-Loup et le lac Témiscouata, une distance d'environ cinquante milles, que l'on mettait trois jours à parcourir. À partir du lac jusqu'à Edmundston on allait en canot par la rivière Madawaska, laquelle porte les eaux du lac dans la belle et puissante rivière Saint-Jean, trente milles plus loin. Ce voyage en canot se faisait le plus aisément et le plus agréablement du monde, dans une rivière qui n’a pas de rapides et dont les rives très basses et néanmoins très pittoresques forment les contours d’une vallée étroite et remarquablement fertile. On avait cependant un portage à faire, mais cela était à l’arrivée même à Edmundston, que l'on a pour cette raison appelé le “Petit Sault”; c'est un rapide d’une allure modeste, par lequel la Madawaska se jette dans la rivière Saint-Jean, Il arrivait même autrefois que l’on sautait le rapide, sans plus de facon. A cet endroit, longtemps appelé le “ Petit

ault”” et aujourd'hui Edmundston, il n’y avait qu'une seule et unique maison, habitée par un

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nommé Bélanger. Cinq milles plus bas, là où s'étend aujourd’hui la grande et. florissante paroisse de Saint-Basile, sur la rive New-Brunswickoise, en face de l'Etat du Maine, il n’y avait qu'un mille et demi de chemin praticable et l’on ne voyait que des canots à la porte de l’église, le dimanche.

L'ancienne route militaire n'avait pas tardé à devenir insuffisante pour les relations de plus en plus nombreuses qui s'étaient établies entre les habitants de la Rivière du-Loup et les gens de Madawaska, comme on les appelait alors. (Cette route, du reste, n'avait été ouverte, à proprement rarler, sur le territoire de l’ancienne province du Bas-Canada, qu'entre la Rivière-du-Loup et la tète du lac Témiscouata. Elle avait été faite en outre un peu au hasard, sans tracé préliminaire, et présentait bien des longueurs et bien des détours inutiles, I1 s'agisse it donc de la rectifier, de la mettre en bon état et, sn outre, de la prolonger jusqu'aux établissements canadiens de la rivière Saint-Jean.

C’est ce que le gouvernement entreprit vers 1860. Il fit construire ce que l’on appelle aujourd'hui le nouveau chemin de Témiscouata, qui 'est autre que l’ancienne route améliorée et reétifiée, pour des espaces plus on moins considé-

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