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Notre-lame est bâtie sur une hauteur qui domine le lac Témiscouata et d'où la vue s'étend à peu près à une égale distance à gauche et à droite, C'est un des plus remarquables endroits de la province, Devant soi s'étale cette magnifique nappe d'eau que l’on dirait un fleuve majestueux, poursuivant tranquillement son cours entre des rives familières. Aux beaux jours de l'été le
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lac semble comme endormi dans le repos des âges, et reste immobile dans sa coupe profonde; mais que le moindre vent l’agite, il s'irrite aussitôt et sur son vaste dos se dressent des ondes pressées, comme une crinière sur le cou d’un lion. Des deux côtés pas de montagnes, mais seulement des élévations plus on moins hautes, et dans tout l’ensemble une harmonie sauvage et douce à la fois qui charme particulièrement le regard. L'une des rives seule est habitée, c'est la rive occidentale, celle où nous sommes, et qui renferme les paroisses de Saint-Louis, de Notre-Dame et d'une partie de celle de Sainte-Rose. L'autre rive est encore à l’état sauvage. C'est là que se trouve la seigneurie de ‘ Madawaska,” qui appartenait jadis aux héritiers Languedoc et qui est maintenant aux mains de différents propriétaires étrangers.
Les seigneurs de Madawaska ne tiennent pas à concéder leurs terres, parce qu'ils trouvent plus d'avantage à exploiter le bois qui s'y trouve. Toute cette rive est donc encore vierge de culture ; c'est à peine si l’on y voit, à de très rares intervalles, un toit isolé sur le bord du lac. Cependant on distingue à quelques milles devant soi, à gauche, dans la direction de la partie supérieure du lac, une habitaion d’une assez vaste apparence, au milieu de champs découverts. C'est la ferme solitaire de monsieur Lévite Therriault, à
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l'embouchure de la rivière “ Touladi,” le plus considérable de tous les cours d’eau qui se jettent dans le lac Témiscouata. Cette rivière est ‘étonnamment poissonneuse ; on y prend en quantité du hareng d’eau douce, du touladi, espèce de truite grise qui pèse de cinq à six livres, et du # pointu,” autre variété de truite inconnue généralement ailleurs. Beaucoup plus haut, bien au delà de ce que peut embrasser le regard, à la tête même du lac, débouche la rivière Ashberish qui, après avoir pris en passant les eaux de sept lacs, tributaires plus ou moins grands, les apporte au grand lac Témiscouata, qu'alimente encore sur la rive ouest d’autres cours d'eau d'une importance secondaire, tels que la rivière Cabano, la rivière aux Perches et la rivière aux Lapins, ces deux dernières beaucoup plus petites que la Cabano.
Quant au luc Témiscouata lui-même, c'est une des beautés, une des gloires de la nature canaâienne. Nulle part on ne peut le contempler aussi bien ni en embrasser une plus vaste surface que de la houteur où s'élève la belle église de Notre- Dame, ou bien du belvédère construit au-dessus de l'hôtel Cloutier, rendez-vous élégant et fashionable des touristes, des sporfsmen et surtout des familles américaines, attirées de loin par la renommée toujours grandissante de ec ravissant
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séjour. Cet hôtel Cloutier est construit depuis environ sept à huit ans ; il n’est pas un touriste canadien, quelque peu digne de ce nom, qui ne le connaisse au moins de réputation. Son architecture élégante, son extérieur recherché et son apparence de bon ton et de confortable le signalent tout de suite à l'attention. Il fait saiilie sur le bord du lac, à cent cinquante pieds environ d'élévation, et offre sur le lac e4 sur la vaste campagne qui lui sert de cadre, une vue dont on ne peut se lasser. surtout si l’on s'arrête, pour en jouir, à l'heure où le jour expirant répand dans les bois ces demi-teintes et ces nuances tièdes qui leur donnent un charme mystérieux et infini.
Le lac Témiscouata a une longueur de vingtsept à vingt-huit milles, sur une largeur d’un demi-mille en moyenne. Sa profondeur est énorme, en certains endroits même, inconnue ; on y a descendu la sonde jusqu'à sept cent cinquante pieds de la surfoce sans trouver de fond ; le Témiscounta a cela de commun avec son confrère le Témiscamingue, qui ne veut souffrir de comparaison sous ce rapport avec aucun autre lac au monde. Entre les deux “ Témis ” il est encore impossible de se prononcer, et des sondages infaillibles pourront seuls décider dans l'avenir de cette grave question. Le lac est aussi. lui extrême ment poissorneux, il est le rendez-vous favori
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des amateurs de pêche, en particulier des sportsmen américains, qui s’y rendent tous les ans en si grand nombre qu'une compagnie de capitalistes a décidé d'y construire l'an prochain, sur l'éminence la plus élevée, un autre grand hôtel ayant plus de cent pieds de longueur sur quarante de profondeur et trois étages de hauteur. On prend en abondance dans ie lac de la truite. du touladi, du printu, etc. et de la ‘ queue d’anguille, ” espèce de poisson qui se tient sur les fonds vaseux et qui pèse en moyenne de six à sept livres. On trouve aussi dans le lac du doré et du poisson blanc, pendant que sur la rive orientale, encore couverte d'épaisses forêts, les chasseurs trouvent abondance de perdrix, de lièvres, de chevreuils et de caribous.
Comine on l’a vu plus haut il n’y a pas de montagnes, à proprement parler, dans ce pays F les hauteurs, plus ou moins échelonnées, plus ou moins distribuées çà et là ou retenues à la suite ou au-dessus les unes des autres, sont toutes cultivables ; disons plus, cette région entière, jusqu’à la rivière Saint-Jean, est d'une remarquable fertilité; elle offre surtout un sol excellent pour les céréales, aussi v voit-on de belles et nombreuses cultures de blé et de sarrasin, outre que là où la charrue n'a pas encore pénétré, s'élèvent des fo- rêts d'une grande valeur commereile. La paroisse
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de Notre-Dame-du-Lac en particulier est remarquablement fertile; c'est la plus considérable de tontes les paroisses de l'arrière Témiscouata, elle compte environ seize cents âmes, plusieurs concessions 6n parfait état de culture ainsi qu’une mission du nom de Saint-Eusèbe, qui ne contient pas moins de cinq cents âmes et dont le sol est renommé pour sa richesse, dans tous le pays en- . vironnant, On s’y plaint que les gouvernements précédents n’ont jamais voulu rien faire pour la colonisation, ni ouvrir des chemins, ni porter aide aux défricheurs; aussi dit-on que, par suite de cet abandon funeste, la mission de Saint-Eu. sèbe n’a pas augmenté la moitié seu:ement de ce qu’elle aurait dù le faire, dans des circonstances plus avantageuses et avec l’aide d'un gouvernement soucieux du développement du pays.
La paroisse de Notre-Dame-du-Lac n’a pas plus de vingt-cinq ans d'existence; elle précède sur la route du Nouveau-Brunswick la paroisse de Sainte-Rose-du-Dégelé, dont elle est séparée par une distance de neuf milles, Celle-ci est une toute nouvelle paroisse, érigée seulement depuis 1885 ; elle était auparavant une inission ou s'éleait, pour les besoins du. culte, une pétite chapelle construite en 1869. Au bout de cette chapelle étsit ce que l'on appelait le presbytère, pauvre et chétive demeure de douze pieds dans
tous les sens, et ressemblant plus qu'à tonte autre chose à une cabane de défricheur. Aujourd'hui ce modeste réduit est devenu la demeure du bedeau, la chapeile est restée la même, aussi pauvre qu'autrefois, avec cette différence que le curé actuel, monsieur Thibault, a réussi à l'agrandir un peu à l’intérieur en reculant un pan de mur, ce qui lui a donné de l’espace pour douze bancs de plus, chaque banc donnant un revenu de dix dollars. D'autre part, le digne jeune curé a fait construire un véritable presbvtère dans lequel il est installé depuis deux ans. Il l’a bâti sans faire de répartition entre ses paroissiens, sans plan et avec l’aide seulement d’un ouvrier du nom de Nadaud. Chacun s’est empressé de l'aider dans son œuvre; la compagnie du chemin de fer fémiscouata lui a fait parvenir gratuitement de la chaux, les paroissiens se sont imposé des corvées personnelles et, enfin, sir Hickson, le gérant de la ecmpagnie du Grand Tronc, qui possede à peu de distance de là une superbe ferme de deux milles de largeur, où sa famille vient passer quelques semaines l'été, avec tout son train de maison, ses équipages et une suite nombreuse, a fait cadeau au curé de cinquante dollars pour son presbytère, ce qui ne l'empêche pas d’être un bon protestant, Sir Hickson, qui fait gagner beaucoup d'argent aux gens de l’endroit qu'il emploie à divers travaux sur sa ferme, a en outre
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fait don au curé d'une nouvelle choche pour sa chapelle, en attendant qu’une église vienne au. plus tôt la remplacer.
C'est ici le pays du sarrasin ; aussi le curé en. reçoit-1l près de deux cents minots par année pour sa dime: cela est un chiffre considérable, dans une paroisse qui ne contient encore que huit cents âmes. Le curé perçoit en outre une dtme supplé-. mentaire, qui s'élève an vingt-cinquième de tous. les produits, c'est-à-dire qu’il reçoit, par exemple, le vingt-cinquième minot de patates, la vingt-. cinquième botte de foin, la vingt-cinquième livre: de sucre, etc.
La paroisse de Sainte-Rose a donz> milles de: longueur sur six de profondeur. En arrière d'elle. s'étendent de bonnes concessions, entre autres. dans le canton Packington. où se trouve la mission de ‘ Saint-Benoit-Abbé, laquelle contient plus de cent âmes. Les plus anciens colons de Sainte-Rose se rendeient à Saint-Basile, le dimanche, en canot, et ilne faut vas remonter bien loin pour les retrouver. Aujourd’hui un village est en train de se former rapidement à droite et à gauche de la chapelle, une école’a été ouverte en face dn presbytère, on a construit quelques centaines de pieds de trottoir, et le “uré, qui veut donner l'exemple en toutes choses, a planté dans son petit jardin le premier pommier qu'on ait encore vu dans le pays.
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Le premier missionuaire de Sainte-Rose fut un mousieur Beaubien, et le premier de tous qui ait dressé des actes d'état civil est monsieur Stevenard, desservant de la mission, il y a environ une quinzaine d'années.
La première visite pastorale qui ait eu lieu à Sainte-Rose, a été faite par monseigneur Langevin, de Rimouski. Les habitants de l’endroit s’occupent à la culture, mais principalement à la confection des billots et du bardeau. Grand nombre d'entre eux passent l'hiver dans le bois pour cet objet; ils trouvent largement à s'employer, quoique les forêts aient été dépouillées follement de tout le pin qu'elles renfermaient. Heureusement qu’elles contiennent encore beaucoup d’épinette, decèäire et de bouleau.
Chose étonnante ! on ne se plaint guère ici de la maladie de l’émigration ; aussi le jeune curé, plein de reconnaissance envers le Ciel, qui a préservé ses paroissiens de cette épidémie, a-t-il fait réserver, sur une montagne qui s'élève à une petite distance du presbytère et d'où l’on commande une magnifique vue sur le lac, un espace libre où l'on célèbre tous les ans une grand'messe en l'honneur de la patronne du Canada, la bonne Sainte-Anne. Cette solennité, en grande partie à cause de l'endroit où elle sera célébrée, ne pourra manquer d’avoir un caractère et de pro-