S ALBUMINURIES FONCTIONNELLES. LEURS CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Les albuminuries dites fonctionnelles reconnaissent une pathogénie qui n’est certainement pas univoque, et l’absence de lésion organique n’est pas demontrée dans tous les cas. NET
Extrêmement fréquentes, elles ont depuis une cin- — quantaine d'années retenu l'attention des cliniciens et reçu divers noms: Albuminuries fonctionnelles intermittentes, passagères, albuminuries de Croissance (car elles surviennent volontiers pendant la croissance), albuminuries cycliques, etc. Elles ont des aspects cliniques assez variés et ont constitué pendant longtemps un véritable caput mortuum dans lequel on classait beaucoup d’états morbides différents. Leur étiologie, leur mécanisme sont restés longternps inconnus. On s’est efforcé de les rattacher à une lésion rénale. il semble actuellement que cette lésion rénale, si elle existe, soit d’un type particulier, et qu'il s'agisse avant tout d’ailbuminuries liées à un état général.
Ces albuminuries, quelque dénomination qu’on leur donne, quel que soit le chapitre de pathologie dans lequel on les range, sont caractérisées par un certain nombre de particularités.
1° L’albuminurie n’existe qu’à certains moments de la journée, par conséquent est intermittente et nécessite pour être bien reconnue un examen fractionné, il n’y a souvent qu'un échantillon d’urine qui contient de l’albumine, et si l’examen portait sur l’ensemble des urines des 24 heures, la quantité d’albumine serait
réduite à des traces impondérables, et pourrait passer inaperçue.
29 C’est une albumine le plus souvent peu abondante dans l'échantillon où on la constate, constituée par de la sérine.
3° Cette albuminurie survient d’habitude chez des adolescents à la période de croissance.
4° Elle ne s'accompagne pas de symptômes d’insuffisance rénale. Les épreuves destinées à décéler l’insuffisance rénale sont absolument négatives. Il y a en effet absence dans les dépôts urinaires centrifugés du moindre élément cellulaire ou autre provenant du parenchyme rénal ou des Voies Urinaires supérieures. La perméabilité rénale est entièrement conservée. Il y a intégrité complète des propriétés endo-sécrétoires des épithéliums rénaux. D'autre part on ne trouve aucun signe révélateur d’urémie. :
5° Ces albuminuries évoluent un certain nombre de mois, parfois d’années, et finissent par guérir; ce sont donc des albuminuries curables.
60 Elles ne surviennent jamais dès le premier âge, mais apparaissent souvent vers l’âge de 6 à 8 ans et durent jusqu’à 15 à 18 ans; elles disparaissent avec les années.
Si l’on constate de telles albuminuries, on peut en général les classer dans l’un des grands syndromes suivants :
Albuminurie orthostatique.
Albuminurie digestive.
Albuminurie cyclique.
ser étudiée. Ce n'est pas le lieu ici de rappeler tous les”
Dunune Re est te qui. a été le
nombreux travaux qui lui ont été consacrés!. C’est une albuminurie qui échappe totalement à l’action du régime alimentaire, du travail digestif ou du travail musculaire exécuté dans le décubitus horizontal et qui n’apparaît que sous l'influence de la station debout.
C’est l’albuminurie que l’on observe quand on la recherche chez certains enfants lorsqu'on les à mis dans la station dite de garde à vous, situation de rectitude et d’immobilité dans la station debout, € A l’albuminurie dite de posture.
«Il s’agit en général de sujets, dont les membres
«sont grèles et longs, le faciès pâle, le thorax étroit, le
«dos vouté, ayant souvent, les fillettes surtout, une «tendance marquée vers la scoliose. On dit d’eux qu'ils «se tiennent mal. Leur taille s’est rapidement accrue, «mais ils sont restés maigres. Ce contraste surprend «et inquiète leur entourage. Ils se plaignent de fatigue, «de malaises vagues, d’insomnies, de vertiges, d’es- «souflement au moindre effort. Le travail leur est « pénible, peu fructueux, et en les stimulant on réussit «mal à vaincre leur soi-disant paresse. L’entrain se
«ralentit même par le jeu, le repos devient leur princi-
«pal objectif, par moments éclatent des céphalalgies,
1 Pour la bibliographie de tous les articles ayant paru sur la question jusqu’à 1909, on consultera avec fruit l’article que notre maître, M. le Professeur MERKLEN, à consacré aux Albuminuries fonctionnelles dans le traité de Maladies des enfants, de HUTINEL, Pr. MERKLEN, etc.
4 non ou La ce fr ie ue 7 'urE «indéfinissables » 1,
Chez ces sujets, en général A se une demi-heure ou une heure après le lever pour disparaître une heure environ après le coucher, et cela quel que soit le moment du jour ou de la nuit auquel s'effectuent ces changements de position.
Dans la station verticale, l’ albuminurie E como constamment d’'oligurie.
Dans la station ROnEOnEes au contraire, on observe de la polyurie.
Chez ces sujets l’examen complet ne révèle presque rien d’anormal, on décèle seulement des troubles dyspeptiques minimes (Digestions lentes, paresse intestinale, des palpitations, plus rarement des troubles vaso-moteurs, acrocyanose, syndrome hyposphyxique).
A cette albuminurie orthostatique typique, réglée avant tout par la station debout se rattachent tout en s’en distinguant par certains côtés les albuminuries dites de fatigue, c’est-à-dire celles qui surviennent du fait de l’exercice, de la marche, de la course, de la bicyclette, du cheval, etc. Il y a une série de circonstances dans lesquelles un enfant à la suite d’une fatigue musculaire exagérée, présente de l’albuminurie ; souvent alors celle-ci apparaît à la fin de la journée, allant de pair avec la fatigue physique.
Ces albuminuries sont connues depuis LEUBE, à la suite des travaux allemands de VON NOORDEN, de la
1 Prosper MERKLEN, Les Albuminuries fonctionnelles in Traité des maladies des enfants (HUTINEL et Pr. MERKLEN).
thèse française bien connue de DE La CELLE DE CHa- TEAUBOURG, des travaux de MARCACCI, etc.
A côté des albuminuries orthostatiques et de fatigue, ve à il convient de considérer un deuxième groupe. Les . “albuminuries dites digestives bien étudiées par TESSIER Le et CADE (de Lyon). pa ae
LES ALBUMINURIES DIGESTIVES. Le ; pre
Ici l’albuminurie est intermittente encore, mais ce n’est pas tant la station debout, ou la fatigue qui semble la faire apparaître, que le repas. L'albuminurie existe après le repas du matin, de midi, du soir. Elle existe en général en assez petite quantité, moindre encore que lorsqu'il s’agit d’albuminurie orthostatique et est associée à diverses manifestations digestives. La fréquence de cette albuminurie a été diversement appréciée. D’après BoucHARD, cette fréquence serait de 17 pour cent sur le chiffre total des albuminuries non rénales. A. RoBiN donne 19,5 %, HAYEM, plus sévère, n’admet qu’une proportion de 1 %. Selon J. TESSIER, elle constitue une modalité de choix parmi les albuminuries d'ordre fonctionnel, puisqu'elle représente 25 % des faits d’albuminurie non brightique. Les divergences entre des statistiques documentées d'auteurs compétents s'expliquent, d’après CADE, par les milieux différents où les malades ont pu être observés. On trouve me en effet relativement peu de cas semblables à l'hôpital, "es car les troubles subjectifs que ces malades éprouvent Eee ne sont pas en général de ceux qui les obligent à s’aliter LR et à demander leur admission dans un service. Par $ &
on ut ban e digestives s'observent avec une fréquence relative. De plus il n’est pas douteux que parmi elles un certain nombre doivent passer inaperçues € en raison de leur caractère intermittent.
D'après CASTAIGNE et CHIRAY on peut distinguer 3 variétés principales d’albuminuries digestives :
19 Les albuminuries digestives an cours des dyspepsies.
Ici l’albuminurie généralement peu abondante et ne dépassant guère 0,50 gramme par litre fait défaut le matin. Elle apparaît après les repas, principalement après celui de midi, et atteint son maximum en. pleine période de digestion. À la ire cette albuminurie peut devenir continue, elle ne s'accompagne d'aucun symptôme de néphrite.
En revanche, il existe constamment des symptômes de dyspepsie consistant toujours en hypochlorhydrie avec dilatation de l’estomac; quelquefois on a affaire à des enfants atteints d’entérite chronique, de coprostase, ou de diarrhées répétées, faisant des poussées d’entérite aiguë récidivante, plus habituellement encore présentant un syndrome à la fois gastrique et intestinal (étant bien entendu que l’on doit faire sortir du cadre des albuminuries digestives les albuminuries que l’on observe dans les infections aiguës du tube digestif et notamment dans les infections intestinales, albuminuries qui rentrent dans les albuminuries des néphrites aiguës
et qui te souvent a première manifesta-
de ces pyélonéphrites d’ origine intestinale, sur = lesquelles M. HerTz-BOYER a récemment appelé l’a- Re:
ass
20 Les albuminuries digestives d'origine hépatique.
Ce sont celles qui accompagnent certaines lésions
congestives ou dégénératives du foie. On est en effet
dans certains cas frappé chez quelques sujets par une
augmentation de volume du foie, liée d’ordinaire à une | perversion du chimisme hépatique, et à un degré d’in- 55 suffisance glandulaire. L’albuminurie hépatique en dehors de toute lésion organique du rein a été admise formellement par GUBLER, JACCOUD et HUCHARD.
Il s’agit bien là d’un symptôme associé à des troubles FE hépatiques, dépendant d’eux et disparaissant complètement et d’une façon permanente, lorsqu'ils ont été dissipés. Pour J. Tessier l’albuminurie hépatogène serait le témoin soit d’un hyperfonctionnement, soit d’une insuffisance partielle ou temporaire du foie. Dans ce dernier cas, il faudrait incriminer tantôt de simples modifications fonctionnelles tantôt des lésions variables de la cellule hépatique telles qu’en produisent par exemple le diabète, l’impaludisme, l’adéno-cancer avéc cirrhose. Mais avant de poser le diagnostic d’albuminurie hé- 2 patogène, on devra chercher si des lésions concomittantes de l’'émonctoire rénal ne sont pes à l’origine de la filtration albumineuse. à |
D'après J. TESSIER, les albuminuries hépatogènes seraient toujours intermittentes et diurnes et seraient presque exclusivement composées de globuline. De plus
l’acéto solubilité 1.
-On a aussi signalé d’autres données accessoires :
l’hyperazoturie, la glycosurie spontanée, la peptonurie, l’albumosurie. Enfin dans certains cas on a pu retrouver certains tests d'insuffisance hépatique: Urobulinurie, réaction de Hay, etc.
30 Les albuminuries dites alimentaires.
Elles comportent deux groupes de faits:
Tantôt l’albumine apparaît exclusivement à l’occa-
sion d’une alimentation spéciale, toujours la même (œuf, lait, fromage, etc.). Généralement modérée, elle peut être abondante, et s'accompagner de f#roubles généraux graves. Il s'agit alors vraisemblablement de phénomènes que l’on peut rattacher à l’anaphylaxie, se manifestant sous forme d’albuminurie.
1 Pour J. TESSiER en effet, l’albumine acéto-soluble se rencontre surtout, lorsque le foie est intéressé dans le processus morbide et c’est le cas chez les Syphilitiques, chez
les paludéens, chez les éclamptiques, etc. Elle fait partie du syndrome hépato-rénal, bien plus que du syndrome
rénal pur des néphrites chroniques. La synergie fonctionnelle
du foie et du rein (organe vicariant du rein déficient, le foie accentue la destruction des poisons que le rein laisse s’accu-
muler dans l’organisme; pour suppléer temporairement le
foie dans la dépuration de l’organisme, le rein redouble d’activité fonctionnelle) l’explique sans difficulté.
L'albuminurie acéto-soluble indique avant tout une transformation insuffisante ou viciée des albumines devenues inutilisables dans l’économie par le foie déficient. Tel pourrait en témoigner le passage par le rein de la g/obine provenant de la désintégration des hématies, et qui est une albumine acéto-soluble (ROBERT et PARISOT),
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