‹ Les concessions au Congo françaisChapitre 3 sur 10 · PAK · texte numérisé non relu

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M. A. BONNEL DE MÉZIËRES

Chargé de Mission

SL'Il

LE IIAn-OUBANr.UI LK M'ROMOU ET LE lUIIU EL-f.UAZAL

à MM, les Membres du Syndicat Fnniraù du lUissin du Tchad

et de la Participation Commerciale de Ciroire

du llaut'Oubanfjui.

PAIUS

IMPKIMEIIIE V' ALhOlIY 7.'), AVKMii: d'italn:, 7.)

ConHidérationH ^énéralen Hur les Grandes Compagnies

des XVI 1" et XVlir siècleH.

Avant d'examiner la manière de mettre pratiquement en valeur notre domaine colonial, il est intéressant d'étudier la façon dont les Grandes Compagnies des deux derniers siècles avaient |)rocé(lé dans des circonstances analo}i;ues.

l*" Le Français colonisateur

Si) Le Français est colonisateur par assimilation. — La faculté d'assimilation du Français, sa douceur, lui ont toujours concilié les peuples avec lescpiels il est (^ntré en relations. Il est à ce point de vue un colonisateur remarquable, il se fait aimer et estimer avant de se faire craindre.

b) Le Français est colonisateur par la mise en valeur de ses terres. — Aussi ce n'(»sl pas (^n cela que l'on reproelie au Français d'être un mauvais colonisateur, c'est dans l'exploitation même de la colonie. Là encore, si nous nous en tenons à la culture des terres, nous ne sommes infériçurs à personne. Si rOhio, la Louisiane, et les Carolines furent cultivés, c'est à

Champlaîn et à d'autres Français de même valeur qu'on le doit. Si les Indes, à la guerre de « Sept Ans », étaient déjà une riche colonie, c'est également aux Français qu'on le devait. Ce n'est pas encore à ce point de vue de l'exploitation agricole qu'on nous refuse la faculté colonisatrice, mais bien dans l'exploitation commerciale des contrées soumises.

c) Le Français nest pas colonisateur par r oppression et l'a/famation des populations. — Expliquons-nous : si, par « exploitation », il faut entendre l'oppression et le pressurement des peuples pour leur faire rendre tout ce qu'ils produisent et les laisser eux-mêmes dans le plus absolu dénuement, nous ne sommes alors que de mauvais colonisateurs.

d) Le Français est colonisateur par ta constitution de gravides ou petites Compagnies. — Mais si l'exploitation réside dans la constitution de grandes ou de petites entreprises, soit agricoles, soit industrielles, soit commerciales, qui fertilisent de grandes régions; de protectorats, de comptoirs qui établissent des traités avec les chefs et qui, tout en leur demandant à eux et à leurs sujets des bénéfices considérables, améliorent cependant leur sort au lieu de les abrutir et de les torturer, alors nous sommes encore d'excellents colonisateurs. Il n'y a, pour cela, qu'à nommer Dupleix, devant lequel s'inclinent les Anglais, qui sont des connaisseurs et qui n'ont fait, après nous avoir pris nos Indes, que copier ses procédés, avec la cruauté de llobert- Clives en plus. .

2" Lks grands colonisateurs Français

a) Richelieu, — Notre premier ministre colonisateur est Richelieu, héritier des vastes projets d lienri lY. Observateur attentif du mouvement d'expansion de la Hollande et de l'Angleterre, il leur emprunta l'organisation de leurs Compagnies à charte. Il donne la raison de sa préférence pour les Grandes Compagnies. C'est qu'alors les moyens de communication

interocéanique commerciale n'existaient pas ; il fallait les créer. Seules de Grandes Compagnies, de grands Syndicats de marchands pouvaient construire des navires (jui, sans trop de périls, tiendraient la mer. Le petit commerçant risquait son petit vaisseau, sa cargaison, son équipage et sa vie, et s'il arrivait à destination, il devenait la proie, à cause de sa faiblesse, des « princes nos alliés ». 11 n'en était |)as de même des (( Grandes Compagnies » qui pouvaient aux colonies entretenir une milice et faire elles-mêmes leur police.

Nous donnerons plus loin à la colonisation contemporaine une tout autre solution. C'est que toutes les causes d'infériorité de la petite exploitation ont disparu, au moins en partie.

b) Colberl. — c) Duplcix aidé de Choiscul. — C'est donc Richelieu qui créa en France les Grandes Compagnies, les Chartered. Le puissant organisateur, Colbert, les perfectionna et elles donnèrent tous leurs résultats au xviir* siècle, avec Dupleix, qui reste encore le plus grand colonial des temps modernes. Ce fut le créateur des Indes, qui devraient être le joyau de nos possessions d'outre-mer. Si Choiseul n'eut pas été disgracié, Dupleix n'eût pas été rappelé, et ce joyau serait aujourd'hui le le plus beau de notre couronne coloniale.

Donc, pour l'organisation des Compagnies coloniales, pas plus que pour Tassimilation des indigènes et l'exploitation des terres, nous ne le cédons à personne. Ainsi se trouve détruit le préjugé que le Français ne sait pas coloniser.

3" CONSTITITTION DKS COMPAGNIES A CuAHTE

Toute l'idée coloniale de Colbert résidait dans cette formule « Faire et faire vite », ce qui ne pouvait s'obtenir qu'avec de puissantes Compagnies disposant de |)uissants capitaux. Pour arriver plus rapid(îment, il obligea les commerçants à en fain^ partie et synthétisa ainsi dans un but uni(|ue toutes les forces dispersées qui se perdaient, soit dans les océans, soit dans

rimmensité des colonies elles-mêmes. 11 fut secondé en cela par le décret de Louis XIV qui permettait à la noblesse de se livrer, sans déroger, au commerce maritime. Le système presque forcé d'enrôlement des commerçants et des financiers lui permit de jeter l'argent à pleines mains, de récolter Tor aussi à pleines mains, et de les enrichir tous, pour ainsi dire, malgré eux.

4° La banqueroute de Law et de la Compagnie

DES Lndes occidentales

Malheureusement, les dépenses exagérées de Louis XIV et les besoins d'argent des seigneurs ruinés, occasionnèrent sous la Régence une espèce de vertige qui poussa tout le monde à l'agio sur ces Compagnies toujours fort sérieuses. L'apparition de Law, la création de la Compagnie des a Indes Occidentales » où l'on plaça son argent sur les a brouillards du Mississipi » auraient donné un dernier coup à la riche Compagnie des Indes Orientales, si elle n'eût eu la bonne fortune d'envoyer Dupleix aux Indes. On sait ce qu'il en advint.

En résumé, aux siècles derniers, à cause du défaut de moyens de transport, il fallut recourir aux Grandes concessions, aux Compagnies à charte à peu près souveraines et aux grands capitaux.

Nous allons voir qu'aujourd^hui, du moins pour les régions africaines soumises à notre influence, dont nous nous occupons, si Ton veut éviter l'insuccès, c'est aux petites concessions, aux petites sociétés agricoles et commerciales, par conséquent aux petits capitaux, qu'il faut, au début, avoir recours.

Nous en allons étudier les difiérentes raisons.

Dinic*ulié8 (le riKMire aeliiello.

l" L'AFFLirX INCONSIDÉRÉ DES CAPITAUX VRHS LE (^ONGO FRANÇAIS

a) Df^ri ration des mpitaux bcUjcs destinéa à VE,-L vers le Congo français. — L'œuvre pénible de la construction du chemin de fer de Matadi à Léopold ville commencée en 1881), terminée en 1898, qui faillit faire sombrer la Société belge des chemins de fer et TKtat Indé|)endant son vsolidain», amena par son succès définitif une réaction violente qui eut pour résultat un afflux considérable de capitaux vers le Congo français. L'État Indépendant, souverain, limita chez lui le nombre des Sociétés concessionnaires, dans le but d'éviter pour lui-même la concurrence. Mais cette mesure gênait considérablement le groupe des fondateurs et créateurs de la Compagnie des chemins de fer, dont la personnalité la plus marquante est le colonel Thys. Comme de raison, il voulut donner la prospérité à son œuvre, et pour ce, organisa un immcrnse mouvement d'aflaires vers le Congo français qui, encore à Tétat embryonnaire, laissait libres toutes les combinaisons et vers lequel aboutissait sa voie ferrée. Les capitaux déjà lancés, refoulés à cause du refus de concessions par rÉtat Indépendant, dévièrent par la force des choses vers la rive droite du Congo. Par suite de rirréflexion et du mouvement irraisonné et prématuré des actionnaires belges et français (car les Belges avaient eu besoin des Français pour obtenir des concessions, et ceux-ci avaient cédé au même vertige), près de GO millions s'engouflrèreiit trop rapidement dans des régions riches à la vérité, mais à peu près totalement inconnues et dans lesquelles seules les rives des fleuves avaient été quelque peu explorées. La plupart de ces capitaux étaient belges. Cela se comprend, puisque leur première destination avait été TÉtat

Indépendant. Ils se dirigèrent donc vers le nord du Pool, vers la Sanglia et le Haut-Oubangui, dont on ignorait à peu près totalement les ressources, à tous risques et périls. Notre administration y était en eflct fort rudimentaire et les postes étaient souvent éloignés les uns des autres de 3 à 400 kilomètres. Aussi tous ceux qui avaient habité et étudié quelque peu ce pays ne virent pas sans appréhension ce mouvement imprudent qui, en dehors du naufrage des capitaux, pouvait, par son inintelligence de la situation, compromettre, pour plusieurs années. Ta venir du Congo français.

C'était, aurait dit Talleyrand, plus que du vertige, c'était une faute, faute bien excusable sans doute, étant donné le succès des Compagnies belges. Ainsi les actions de TAbir, émises à 300 francs, avaient subitement sursauté à 23.000 francs.

b) Causes : assimilation erromiée du Congo français et de VÉ. 7. — Le Congo français n'était pourtant ni géographiquement, ni ethnologiquement, ni commercialement le Congo belge. Il n'a, en effet :

Ni le magnifique réseau fluvial de transport, de la cuvette centrale;

Ni la population beaucoup plus dense et beaucoup plus centralisée par suite de sa situation géographique, et qui lui permet d'avoir une main-d'œuvre plus nombreuse et plus productive ;

Ni la législation organique belge pour imposer le travail au moyen de punitions corporelles.

c) Dangers. — Quoi qu'il en soit, les capitaux jetés avec tant d'imprudence sur un territoire encore bien inconnu me semblent bien aventurés. 11 paraît probable que de nombreux déboires se produiront d'ici peu. Déjà des actionnaires de ces Sociétés, mieux informés que d'autres, profitèrent d'un mouvement de hausse pour écouler leurs titres. A brève échéance, vont se produire de gros insuccès, qui jetteront le plus grand discrédit sur notre commerce au Congo, et compromettront

peut-^tre notre enivre d'expansion coloniale française qui, depuis quelques années à peine, commençait à donner de sérieuses espérances. Je me permettrai d'exprim^^* quel(|ues observations à ce sujet. Voici, à mon avis, la conduite qu'on aurait du tenir à rachèvement du chemin de fer Matadi- Léopoldville.

Au lieu de diviser |)ar tranches le Conpro français et de les distribuer à des Sociétés concessionnaires, au capital de 2 à 5 millions et plus, d'ailleurs parfaitement ignorantes de la valeur des terrains demandés ou même de leur existence, de leur délimination, du peu de densité de leurs habitants, on aurait pu et dû favoriser la création de petites Sociétés commerciales, sans frais généraux, (jui auraient envoyé des commissions d'exploration, fondé (|U(»lques petites factoreries, entouré(\s d'une (*x|)loitation restreinte, et qui auraient donné l'idée du rapport possible de la (*olonie entière. Leurs agents se seraient faits plus ou moins explorateurs, auraient ainsi permis de lancer avec le moins de risques possibles les capitaux nécessaires et suffisants pour l'exploitation du pays.

On ne peut donc cfue déplorer la précipitation inconsciente avec laquelle se sont jetés, dans notre colonie centrale africaine, des capitaux qui, au lieu de produire la prospérité de la colonie, ne réussiront qu'à encourager une spéculation des plus préjudiciables à son développement.

Comment parer à cet état de chosen et assurer l'avenir

de notre colonie africaine.

Remède phkvkntif. — Sagessk du riorvKnxEMEXT français

A l'Égard des Concessionnaires

Le (louvernement français a fait tout ce qu'il a pu pour dissiper ce vertige et prévenir ce désastre. Il a essayé d'éclairer

le concessionnaire sur les dangers et le peu de ressources actuelles du pays, il lui a conseillé d'attendre, mais il lui a bien fallu céder aux demand(\s, se conformera la loi et accorder à contre-ca^ur ce qu'il ne pouvait refuscT. 11 faut lui rendre cet hommage, c'est qu'il a paré le plus possible aux inconvénients de cet état de choses par des circulaires sages et judicieuses sur lesquelles il paraît intéressant de faire les remarques suivantes :

1" Iki concessionnaire ne peut pas avoir le monopole commercial dans sa concession, de par l'acte de Berlin. — Etant donné les charges si considérables auxquelles le concessionnaire est astreint, achat du terrain, indemnités croissant progressivemcmt d'année en année et proportionnellement au capital et à la grandeur de la concession, plus les lo 0/0 annuellement prélevés d'abord sur ses bénéfices, l'obligation de construire des voies de communication terrestres ou fluviales, il serait nécessaire que le concessionnaire fût complètement libre et eût le monopole commercial dans toute l'étendue de sa concession. 11 ne l'a pas. Le Ministre le regrette et n'y peut rien ; l'acte de Berlin est là, formel, qui assure la liberté commerciale. Il est certain qu'une certaine interprétation pourrait à demi satisfaire les concessionnaires. Mais il serait nécessaire que le Gouvernement appuyât leurs revendications, ce qui parait bien difficile à l'heure actuelle. Cependant le concessionnaire a un droit réel sur le caoutchouc récolté chez lui, et peut en poursuivre, soit la récupération, soit plutôt pratiquement le prix. Quant à l'ivoire, il est considéré comme a lies nullius » et son commerce en est absolument libre. 11 est donc imposiblc, sauf pour les produits de la terre, de réserver absolument dans ces pays au concessionnaire le commei^ce exclusif de sa concession. De plus, en dehoi-s des populations indigènes indépendantes, n'ayant ni chefs, ni cohésion, ni entente, le concessionnaire se trouvera dans certaines régions en face d'États organisés, où le maître absolu est le chef ou sultan, qui est tout à la fois le a seul acheteur et le seul vendeur, » absolument libre de faire les transactions avec qui il veut, comme il

le veut, et qui peut en pratique mettre le concessionnaire dans rim|X)ssibilité de vivre chez lui, si par manque de diplomatie, celui-ci vient à lui déplain». De plus, le concessionnaire trouvera dans beaucoup d'endroits des (commerçants déjà établis bien avant lui et dont il ne pourra se débarrasser qu'en achetant leurs établissements, après entente préalable, ou en fusionnant avec eux. Autrement, il sera dans l'obligation de se soumettre à cette concurrence et de faire, d'accord avec eux, un prix d'achat auquel tout le monde devra se soumettre. Mais la partie ne sera pas égale, puisqu'à lui seul incomberont les charges imposéi^s par le Gouvernement, annuités, l;)0/0 sur les bénéfices, création de voies fluviales et terrestres, télégraphes, postes, etc.. et (|ui hausseront considérablement ses frais généraux. Quant à hï hausse du prix d achat, elhî aura aussi bien lieu en pays indépendant qu'en pays de sultans ou de cln^fs, attendu que les vendeurs sont peu nombreux et se connaissent tous entre eux, à de très grandes distances; car, nous devons le dire, tous ces pays ont et auront encore pour longtemps un si faible commerce, si Ton n'y développe la main-d^ruvre rapidement, que, pour qu'un seul commerçant puisse y réaliser (luelques bénéfices, il faut (juil ait un assez grand nombre de vendeurs et (ju'il puisse exploiter une assez grande étendue de pays. Il n'y a donc place actuellement que pour bien peu de négociants dans ce^i régions.

2'' Difficulté de la inisc en /fossesslon chez les suIIhhs. — 11 est évident qui* la mise en possession sera facile sur les territoires indépendants où le (lOuvernement est le maître, quoique avec une force restreinte. Mais comment fera-t-on sur les domaines des sultans où ce sont les sultans (jui sont les souviTains, en |)articulier chez Hangasso, Hafai et Zeinio, considérés par le (louvernemenl coinnu? des chefs alliés dans un pays de protectorat, et anx(|uels il distribue chaque année, en échange des services rendus pour cin(| à six postes établis chez eux, la somme relativement considérable de 40.00() francs? A cause de cette autorité jalouse, soupçonneuse, il y aura impossibilité de

leur imposer effectivement des concessionnaires, à moins que, par un coup d'État, qui peut amener la révolte, le Gouvernement ne s'approprie Tautorité supérieure et ne la délègue à la Compagnie concessionnaire: ce qui ne peut être envisagé sérieusement, puisque leGouvernement avec nos lois actuelles, ne peut créer de Sociétés à charte. Mais il est de toute importance d'insister sur ce point, c'est qu'il faut de toute façon que les sultans disparaissent physiquement et moralement ; moralement serait préférable et serait de bonne politique, si nous voulons que ce pays du M'Bomou soit complètement sous notre dépendance et que nous en puissions disposer territorialement à notre gré.

3** Difficulté de V cxploiiniion par inanque de main' d'a^uvre. — L'exploitation en grand rencontrera, en plus des charges du Cahier, pendant longtemps, trente ans au moins, comme nous le verrons plus tard, des difficultés énormes pour la maind'œuvre qui exigera, si l'on veut la recréer, des mesures organiques sévères de la part du. Gouvernement contre la traite, l'anthropophagie et la polygamie.

Le Gouvernement agit fort bien en voulant observer à l'égard des concessionnaires des procédés rigoureux pour l'exécution des charges qu'il a acceptées et qu'il s'est engagé à remplir, à condition que ces procédés soient adoucis par les mesures sages et prévoyantes dont le Ministère nous a entretenus au commencement de ses instructions sur les concessions territoriales au Congo.

4*" ÉchatKje des armes à feu. — Reste en quatrième lieu la question des armes à feu. Elle est complexe et dé])end des régions. On peut et il semble qu'on doive encore la réglementer le plus possible sur le Congo, la Sangha et le moyen Oubangui où le fusil à silex est presque le seul fusil de commerce. D'ailleurs, les lielges, dans ces régions, sur les territoires limitrophes du Congo et du moyen Oubangui, réquisitionnent l'ivoire plus qu'ils ne l'achètent ; aussi ne sont-ils pas

lenl(*sfh»roclianp:or(*oiitre dos arnx^s moins rudiinentain^s. Pour la sécurité de ces conlrécs, il s(»rail donc bon, lanl que les Belges Hf^iront ainsi, d'y rédiiin^ le plus possible la vente des fusils.

Mais dans le llaul-Ouhanf^ui (*t vers h^M'Baniou, les fusils à piston font l'objet d'un commerce régulier. Les Belges ont même fait cadeau de nombreux fusils à tir rapide aux sultans pour les récompenser des services rendus, comme nous l'avons déjà vu, et leur acbeter de l'ivoire. S'ils étaient restés, ils auraient pris la place des autocrates ou |)Iutôt les auraient astreints à la plus stricte obéissance. Mais ils n'ont fait que passer, et leur influence a été plutôt mauvaise pour le gouvernement Français, contraint d'imiter ce qu'ils venaient de faire. Le commerçant qui lui aussi détiendra une des deux parties de l'autorité belge, (car il faut savoir que l'État Indépendant est tout à la fois (îouvernement et conmierçant), se verra bien obligé d'échanger des fusils p(»rfectionnés contre l'ivoire qui, autrement, passc^rait cb(»z nos rivaux. Heniar(|uons que, si dans certaines régions du Congo belge, l'Etat prohibe les armes, par contre, dans (rautr(\s régions frontières, notamment sur le M'Homou, il en échange couranunent,mème à tir rapide, sur les deux rives, créant ainsi un péril |)ermanent pour nos possessions du Congo.

C'est pourquoi il paraît trop tard pour empêcher le commercedi^s armes. Le dangei'est créé; si Ton veut (»n atténuer les effets, il faudra dérivtM* l'ardcuir l)elli(|ueuse des A'Zandés et d(»s Krc^ischs vc^rs le Soudan, le Ouadaï, S(»lon (juc^^nous l'avons indicpié dans la pi'emièn^ partie. Tout en admettant que nous renoncions à c(* commerce, il sera do |)lus en plus développé par les Belges, et les Anglais([ui viennent de réoccuper nos post(^s du Bahr-el-(ihazal.

ff'

l 4 Projet de budget pour une concession.

11 n'y a, à notre avis, au centre de l'Afrique coninie dans beaucoup de colonies, d'ailleurs, que deux méthodes d exploitation.

1" Méthode du colportage

Voici en quoi consiste la méthode que Ton pourrait appeler du « colportage » ou plutôt du petit commerce indépendant. Avec des capitaux personnels ou avec des capitaux relativement de petite importance, par exemple, 2 ou 300.000 francs, aller soi-même, avec quelques agents, sonder le terrain, examiner les lieux propices et les chefs influents, et rapporter, pour soi et ses commettants, un bénéfice net qui pourrait devenir parfois fort sérieux. Car il n'y a de ce chef d'autres frais généraux que les frais de préparation, de voyage, d'installation provisoire, qui sont nécessaires à toute entreprise, même en France. C'est le conimis voyageur européen qui échangea prix minima sa marchandise contre la marchandise indigène, ivoire ou caoutchouc; il n'y a nul frais d'enregistrement, de pourcentage, soit pour le Gouvernement, soit pour les Compagnies.

Dans ce système, il n'y a presque pas de frais fixes d'exploitation. Toutes les dépenses: engagement, frais de voyage, nourriture, entretien du personnel se réduisent à un chiffre prévu et ^v\it d'avance, quelle que soit la durée du a colportage ». Hien donc d'inattendu pour les tiers qui vous ont confié leurs petits capitaux, rien, sinon l'intelligence, le doigté et le savoir-faire du colporteur, en l'espèce le « Directeur général des transactions ».

Je suis bien obligé de prendre pour exemple ma propre

expédition, qui («st une des rares de ce ^enre organisées en France. Parti avec un capital de moins de 250.(M)() francs péniblement amassés, j'ai pu revenir avec yiîJJOO kilos d'ivoire, ayant une valeur d'environ 700.tKK) francs, et du caoutchouc. Tous frais payés, il reste des bénéfices assez considérables. En résumé, ce (|ui fait la valeur de ce genre de commerce, c'est ([u'il n'y a ni achat de concession, ni indemnité au (louvernement. C'est le commerce libre dans toute Tacceplion du mot.

2" Méthode des concessions

Le deuxième mode d'exploitation est le régime des concessions. Il est de trois espèces : les petites, les moyennes et les grandes

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