SECTION I
Les petites concessions.
Les petitcîs concessions sont trop onéreuses : Tachât, la construction des bâtiments, Titidemnité annuelle, etc.. dévoreront le capital avant que le concessionnaire ne se soit rendu sur les lieux.
Nous appelons petites concessions celles dont le capital ne dépasse pas un million de francs et qui peuvent fonder o comptoirs et les exploiter.
Voici le budget pour trois années que nous avons cru pouvoir établir; soit: 1^ pour l'achat des marchandises y compris
l'emballage et le transport jusqu'à Bangui; 2" pour les frais de douane (entrée et sortie); •{" pour le personnel européen et indigène; 4*^ pour les frais d'administration, les redevances à l'État; o*" pour le fonds de roulement.
Fr,
Stock. . . M^' année 1(MJ.()00 \
V Marchandises. ] Voyaf^e . . | 2^ année 30. 001) ( 223.000
Transport. ( 3" année 73.000 )
1^« année 10.000
2° Frais de douane ^2** année 18.000 J 31.000
3* année 23.000
r* année 90.000 )
Européen. {2* année 88.000 244.000
3« année 86.000 )
3" Personnel
r« année 21.000
Indî«:cne . } 2» année 17.000 ^^ 37.000
3" année 19.000 )
Frais d'administration 100.000 1 .,,« r^r.
Redevances 73.000
5* Fonds de roulement 248.000
On remarquera que la première et la troisième années sont plus chargées que la deuxième, pour cette raison que la première année est alourdie du voyage des agents (*t des frais de transport des marchandises, et la troisième du rapatriement nécessaire, à cause de Timpossibilité pour un Européen de séjourner plus de 3 ans aux colonies.
Voici pendant ce temps ce qu'il adviendra.
Au plus tard, dès la deuxième^ année, les produits, ivoire surtout, commenceront à être expédiés à la cote, une partie des marchandises servant à acheter et transporter les dits produits, Tautre partie à établir des plantations, de caoutchouc spécialement, qui, à la o" année, permettront d'avoir un rapport certain.
En outre, il faudrait encore ajouter, au frais de cette exploitation, les frais d'un service fluvial imposé par l'État, ce qui rendrait toute petite concession trop onéreuse, à moins que cette Société ne se décharge de cette obligation sur une Compagnie fluviale.
Sc'CCks CHEZ Li:S PKTITKS CONCESSIONS BELGES Q( I SONT
PLITÔT DES EXPL1UTATI0NS
Au Conj^^o bel^M*, ces deux concessions peuvent pourtant, surtout les petites, prospérer et très bien prospérer, comme le prouvent les exemples de la Société Anversois(» et de rAhir, qui, avec de petits capitaux de 4()0.00() et 2()0.0()0 francs ont réalisé des bériéftces considérables. C'est qu'au fond, TÉtat Indépendant prend sur lui tous les frais généraux de transport lluvial, les rend plus faciles et moins coûteux, achemine, par un service ré^^ulier vers la cote, les produits du pays; remonte les marchandises européennes et permet ainsi de faire une double opération sans être obligé d'employer un capital double, ce qui nous est matériellement impossible au Congo français. D'ailleurs, la sécurité des agents et des établissements est assurée par les troupes de l'État qui, à la simple réquisition de l'agent de commerce, se transportent aux lieux signalés pour obliger les indigènes par la force à fournir les quantités de caoutchouc suffisantes à l'exploitation du dit établissement. On comprend que de cette façon la tache du commerçant belge soit singulièrement facilitée.
En somme, ces petites Sociétés* ne furent pas des concessions, mais de véritables exploitations, qui, insensiblement par l'accroissement successif et ininterrompu des bénéfices (^t par conséquent des capitaux, ont fini par devenir de puissantes Compagnies commerciales.
SECTION 111 Les grandes concessions.
I" Les petites et moyennes concessions, ne réussiront donc guère, é(*rasées qu'elles seront par les frais généraux : les redevances, les douanes, tes transports, etc.
a) Capital. — Voyons si une Sociolé concessionnaire à grand capital sera plus heureuse. Une telle Société devra avoir un capital de 10 à 20 nriillions. Eh bien, même avec ce capital et avec une concession temporaire de 30 ans, période tout à fait insuffisante pour les exploitations africaines, le succès en paraît singulièrement hasardé.
h) Frais généraux, — Les frais généraux de ladite Société seraient en efiet, trop considérables pour qu'on puisse, soit amortir, soit rémunérer ledit capital.
En dehors du cautionnement à verser à la Caisse des Dépôts et Consignations, voici Ténumération des difïérentes charges qu'elle aurait à supporter :
D'abord: l"* la redevance, 1 franc Thectare, jusqu'à concurrence de 1 million d'hectares; au-dessus, la redevance est de fr. îiO par hectare. Néanmoins le (louvernement, à partir d'un certain chiiïre d'hectares, restreint en pratique ses prétentions.
Nous citerons dans cet ordre d'idées, la Société des Sultanats dont la concession est très étendue, environ liî.OOO.OOO d'hectares et dont la redevance est de JJ.OOO.OOO de francs en trente ans, ainsi distribués :
Les 10 premières années . . . 50.000 fr. soil îiOO.OOO fr.
Les 10 suivantes 100. (M)0 — l.OOO.OOO
Les 10 dernières ioO.OOO — 1.500.0(W)
Total. ... 3.000.000 fr.
Mais à cela, il faudra ajouter lo 0/0 sur les bénéfices pour l'État, si bénéfices il y a.
2' Les frais d'fidministra lion, soit du Conseil, soit du Bureau (•entrai, soit des agents, les jetons, etc., qui se monteraient par année au cbiiïre d'environ îJOO.OOO francs.
•{' La création de comptoirs répondant à l'importance de la Société, de postes de police, Tacbat de vapeurs pour les transports, la construction d'entrepôts, de routes, télégraphes, postes et enlin la mise en valeur des terrains de culture.
Leschargesdes transports (luviaux, fixées par l'article 13du
titre H, comportent des vapeurs reconnus propres à la navigation, de deux types :
1** Bateaux grand modèle de 20 tonnes, marchant à la vitesse de 8 nœuds, au tirant d'eau de 0"6o.
2" Bateaux petit modèle de o tonnes, marchant à la vitesse de 7 nœuds, au tirant d'eau de O'"o0.
Chacun d'eux doit, tous les six mois, transporter pour le compte du (îouvernement, s41 en est requis, la moitié de son tonnage, soit 12 tonnes 1/2 par (î mois et 2?) tonnes par an, soit environ 1.070 charges.
Une telle Société, nécessitant ainsi une immobilisation presque totale de tout son capital, est appelée à un échec certain en ce qui concerne la rémunération des capitaux.
3"* InmffUance den produit a pour faire fonctionner les rouages compliqués d'une grande concemon. — En Afrique, une pareille entreprise ne pourra fonctionner faute d'aliments. Ce sera une superbe locomotive, à laquelle il ne manquera que le charbon. Car Texploitation suppose avant tout la main-d'œuvre, nulle actuellement et qu'il faudra au moins trente ans pour constituer, soit par la suppression de la traite, de l'anthropophagie et de la polygamie, soit par l'afflux des étrangers qu'il sera assez difficile et fort coûteux d'amener dans ces contrées. Et puis les deux seuls produits qui peuvent actuellement donner des bénéfices sont : l'ivoire, qui disparaît rapidement et va, par la concurrence, devenir de plus en plus en cher, et le caoutchouc qui ne rendra que cinq ans après le début de l'exploitation.
Il résulte évidemment de ces considérations qu'il faudra au moins trente ans avant de penser à servir des bénélices aux actionnaires, et à ce moment la concession expirera. 11 est vrai que, si le (îouvernement a imposé de grosses charges aux grands concessionnaires, il leur a laissé, en revanche, b(*aucoup de facilités pour qu'ils puissent, au bout de trente ans, devenir propriétaires de leur concession. Malgré ces avantages, s'ils ne savent créer la main-d'œuvre, peu d'hectares sur io millions
seront exploités et par conséquent devenus propriété de la Société, et il faudra renouveler la concession, ce que le Gouvernement refusera peut-être pour se livrera la combinaison plus démocratique de la petite exploitation.
Le seul moyen pratique pour les Sociétés concessionnaires d'éviter un désastre, s'il ne se produit trop prématurément, sera pendant les trente années de leur jouissance, de revendre leur énorme concession par petites fractions à la petite, économique et fructueuse exploitation dont nous allons parler.
SECTION IV Les petites exploitations libres
11 paraîtrait nécessaire de faire porter en premier lieu nos efforts vers Texploitation des terres et pour cela de fonder tout d'abord des Sociétés agricoles. Mais en réalité, à cause de la production déjà existante de Tivoire et du caoutchouc, produits immédiatement commerciaux, le premier genre de Société pratique sera une société commerciale type, qui exploiterait ce double produit et serait en même temps une Société d'exploration. Car ce qui conduira la plupart des entreprises à l'insuccès, c'est, nous l'avons déjà dit, l'imprévoyance extrême avec laquelle elles ont hasardé d'immenses capitaux dans des contrées presque complètement inconnues et dont les ressources seront certainement disproportionnées avec les capitaux engagés par elles.
Les grandes Sociétés concessionnaires, si elles n'avaient pas les lourdes charges de leurs frais généraux, qui les menacent d'un échec à peu près inévitable, devraient commencer par créer non une commission, mais plusieurs missions d'exploration qui se rendraient compte en détail de ce que vaut chaque territoire bien déterminé de l'Afrique centrale, soit au point de vue du rendement de l'ivoire et de la durée de ce
rendement, soit au point de vue de la productibilité du caoutcliouc et des autres essences principales. Elles totaliseraient ensuite les frais et les bénéfices probables, partiraient de ces deux données pratiques pour fixer le montant du capital social et marcheraient dans la suite avec le minimum d'aléas possibles; tandis que celles qui existent sont allées de Tavant dans l'inconnu et ont ainsi mis leur avenir en péril. Déjà de fâcheuses nouvelles nous parviennent et qui auront peut-être pour résultat d'empêcher les capitaux de se lancer utilement vers ces mêmes régions.
11 faut donc choisir un autre mode d'exploitation : à mon avis, on devrait renoncer à ces Sociétés concessionnaires et fonder de « petites exploitations commerciales et agricoles » qui, progressivement, prendraient de l'importance, au fur et à mesure des résultats obtenus, et sur le bénéfice desquelles le Gouvernement prélèverait un faible pourcentage, en dehors de la patente et des douanes dont le rendement est considérable, puisque Tivoire paie 2 fr. 10 et l fr. 40 le kilo, selon qu'il s'agit de pointes ou d'escravelles, et que le caoutchouc paie fr. 40. On le voit, le Gouvernement ne perdrait certainement rien à cette transformation.
De plus, en agissant ainsi, non seulement il pourrait tirer parti des domaines libres de l'Étal, mais encore enrayer le mouvement de décadence qui menace les Sociétés concessionnaires, et lui-môme se prémunirait pour l'avenir contre un sérieux danger. Car si ces Sociétés tombent à cause du manque de produits, elles se résorberont les unes dans les autres, se réduiront bientôt à quelques-unes plus considérables, plus habiles ou peut-être moins scrupuleuses et finiront par être absorbées par une seule, qui posséderait ainsi la moitié du Congo français, dicterait ses volontés à tous, et gênerai l'action du Gouvernement lui-même s'il n'y prend garde.
Voyons donc le mode de constitution et de fonctionnement de cette petite exploitation.
Pclhe exploitation.
Ainsi, malgré T.appui que veut bien lui prêter le Gouvernement, la petite, la moyenne et la grande concession sont vouées à Tinsuccès, à moins qu'elles n'acceptent les conditions que le Gouvernement ne demandera pas mieux, je crois, de voir s'introduire dans son système d'exploitation coloniale et qui auront pour résultat de mettre en valeur et de transformer le Congo français. Les domaines des Sociétés concessionnaires sont trop considérables pour être exploités directement par elles-mêmes. Les domaines de l'État ne le peuvent être naturellement par l'État. Ils pourraient donc être avantageusement rétrocédés à des particuliers ou à des petites Sociétés particulières agricoles et commerciales, qui n'aient pas des frais généraux trop lourds, et les mêmes obligations et redevances.
Elles auraient à résoudre la double difficulté économique : produire et commercer, surtout produire, qui est la vraie mise en valeur d'une colonie.
Or, la diflîculté de produire n'a pas d'autre solution en Afrique qu'en Europe, c'est-à-dire le développement de l'agriculture et de l'industrie.
Commercer, ce sera mettre ces produits dans la circulation.
La production qui, plus tard, se manifestera surtout en caoutchouc, est encore peu développée, mais elle deviendra vite sufïisante pour faire face, avec le commerce d'ivoire, aux premiers frais d'exploration, d'installation et d'exploitation, entreprises sur une échelle restreinte.
Pour activer et augmenter la production et jeter avantageusement les produits dans la circulation, deux espèces de petites Sociétés sont nécessaires :
l*" Une ou plusieurs Sociétés agricoles, qui alimenteraient;
2"* Une ou plusieurs Sociétés commerciales, lesquelles vivraient ainsi des premières après les avoir rendues possibles. Nous allons en expliquer le fonctionnement.
Petite société commerciale type.
Cette Société, comme nous Tavons dit, peut tout aussi bien fonctionner dans les concessions que dans les domaines de l'État, puisque Tacte de Berlin déclare le commerce libre en Afrique.
1** Agents. — Cette Société doit avoir peu d'agents, mais ils seront intelligents, consciencieux, expérimentés, elle pourra avoir en eux toute confiance. C'est sur ces bases que nous établissons le capital-fonds de ces Sociétés et elles sont sérieuses, puisque, à cause des nombreuses missions envoyées dans l'Afrique centrale dans ces derniers temps, il ne manque pas d'explorateurs, parmi lesquels on peut choisir les sujets dont nous avons besoin. Avec ce petit commerce, leur nombre ira d'ailleurs toujours en augmentant.
Nous n'affirmons pas que, même dans ces conditions de succès, à cause de ce qui reste de 1' « Inconnu Africain », il n'y ait pas quelques risques à courir. Mais dans quelle affaire européenne, entreprise même dans les meilleures conditions, n'y en a-t-il pas?
2° Bases, capital^ résultats de la petite Société commerciale type.
— Cette Société devra être :
Ou une Association en participation ; Ou une Société en commandite avec simple gérant. Le comité de surveillance serait de trois membres. Le capital serait fixé d'après le chiffre probable d'aflaires après l'exploration — ou suivant avis des hommes compétents,^
— soit, par exemple, un chiffre d'affaires de 40 tonnes d'ivoire et de 100 tonnes de caoutchouc. Un capital de 600.000 francs suffirait.
En effet, voici le chiffre probable d'affaires, valeur européenne :
40 tonnes (rivoirc OSO.OOO fr.
100 tonnes de caoutchouc GOO.OOO