AU POINT DE VUE DOGMATIQUE
§ 1*'. — Les anciennes religions ne connaissaient pas le» professions <le foi proprement dites.
Un symbole de foi préci-s, solennel, obligatoire, fut une chose entièrement inconnue dans le monde païen. Ni sur les bords du Nil ou du Gange, ni dans les murs d'Athènes ou ceux de la vieille Rome, ni dans les forêts de la Gaule et sous le ciel nébuleux de la Germanie, les pontifes des faux dieux n'avaient pensé à rédiger ce résumé dogmatique et à l'imposer à la conscience des nations. L'objet de la religion publique était alors représenté par des temples, des autels^ des statues, des fétiches plus ou moins grossiers, les chants des poètes ou des légendes populaires. Dans ce vaste champ des mythologies diverses, chacun prenait ou repoussait, vénérait ou raillait ce qui convenait à sa
COiNCILES DU PASSÉ 0
fantaisie, ou révoltait son bon sens. Mais jamais personne n'essaya de condenser le fond duces fables dans une formule simple et lumineuse; personne surtout, dans le cas où l'on eût fait cet abrégé, n'aurait eu le courage de commander aux hommes d'y croire. L'absurdité du paganisme, même dans ce qu^il avait do plus ingénieux, rendait cette audace impossible. Qui donc eût osé donner le caractère de doctrine sacrée à des fictions qui ne cessaient d'être puériles que pour devenir licencieuses ?
§ II. — Nécessité des symboles ou professions de fol dans rF^giise.
L'Église, au contraire a, dès son berceau, rédigé des professions de foi pour les mettre dans les mains des néophytes ou des catéchumènes. Et pourquoi? Parce que toujours elle a considéré la foi .comme étant aussi nécessaire aux individus pour faire leur salut éternel, qu'aux sociétés pour trouver ici-bas ce bonheur que saint Bernard appelle si justement, après saint Augustin, la tranquillité clans r or cire ( l) ; parce que cette foi
(1) Pax omnium rerum, tranquillitasin ordine.-— S. Bernard, i?erm. cxiv, De Diversis.
nécessaire elle a toujours eu, non-seulement le droit, mais le devoir et la mission de la définir et de l'enseigner aux peuples (1) ; parce que pour l'enseigner efficacement elle n'a pas vu de moyen plus avanta' geux que celui d'un abrégé de sa doctrine que, tous, même les enfants, puissent comprendre aisément et retenir sans elforts; parce qu'enfin ce Symbole clair, concis, populaire, outre qu'il est un flambeau précieux, devient encore, suivant qu'on l'accepte ou qu on le repousse, une pierre de touche qui aide l'Église à discerner ses vrais disciples de ceux qui ne le sont pas. De là vient ce symbole qui, dès l'origine, appelé Symbole des Apôtres, porte encore aujourd'hui leur nom et fut comme le drapeau de leur s'ainte phalange. Au temps de saint C4yrille, l'Église de Jérusalem en avait un dont on lit le texte et le commentaire dans les admirables Catéchèses de ce grand docteur (2). Il en existe un troisième dans les œuvres de saint Grégoire de Néocésarée, et qui n'est peut-être pas le ■ moins étonnant des prodiges accomplis par cet immortel thaumaturge (3). Socrate en reproduit un qua-
(1) Math, xxviii, 19-20.
(2) S. Gyrill. Hierosol. Calèches» v, Append. — Migne. Patrol. grœc., t. XXXIII, p. 538.
(3) Nous ne pouvons résister au désir de citer cette exposition de foi, révélée par l'apôtre saint Jean à saint Grégoire de Néocésarée :
« Unus Deus, Pater Verbi viventis, Sapientiae subsistentis,
trième, celui que Pamphile Eusèbe lut au r' Concile général, comme étant le symbole traditionnel de l'Église de Césarée. Ce symbole tel qu'Eusèbe, alors à demi-arien, le présenta, était-il parfaitement pur, nous ne saurions le dire; mais il prouve au moins qu'à Césarée, comme dans tout l'Orient, on avait. condensé les dogmes essentiels sous une forme abrégée (1). Personne n'ignore qu'il en est un cinquième attribué par Cassien à l'Église d'Antioche (2). Qui ne connaît enfin celui qu'un auteur inconnu, mais sans contredit émi-
et potentiie et characteris sempiterni : perfectus perfecti Genitor, Pater Filii unigeniti. Unus Dominus, sôlus ox DfîD : character et imago Deitatis, Verbum efficax, Sapientia rerum universarum comprehensiva, et virtus atcjue potentia universse creaturae effectiva. Filius verus veri Patris; iuvisibilis ejus qui est invisibilis ; et incorruptibilis, corruptioni non obnoxii ; ac immortalis, mortis prorsus nescii; et sempjternus, sempiterni. Unusque Spiritus Sanctus, ex Deo existentiam liabens; et qui per Filiuw apparaît, scili.cet hon^inibus : Imago Filii pe-fecti perfecta. Vita, viventium causa; fons sanctus; Sanctitas, sanctificationis Suppeditator. In quO manifestatur Deus Pater qui super orania est, et in omnibus ; et Deus Filius, qui per omnîa est. Trinitas perfecta, quao gloria et aeternitate, ac régna atque imperjo non (Jivicilitur, neque abalienatur. Non igitur creatuii) quid aut servijm in Trinitate; neque superinduclum aliquid et adventitium quasi prius non existens, posterius vero adveniens. Non ergo defuit unquam Filius Patri, neque Filio Spiritus ; sed immutabilis et invariabilis, eadem semper manet Trinitas*. -^ S. Greg. Thaumat. ~ ExposiL Fidei. — Migne, Patrol. grœc.^ t. X, p. 983. » ..i .',/ JiiWi.iv:' il)
(1) Socrat., Rist. Ecoles.^ lib* i, cap. ijnfc "rrijiofflt 3j j-îi^i]
(2) Cassian., De Incarnat, lib. VI, cap. iir. :L iMa^ <i.^l)ïïf
12 LESICONCILES GÉNÉRAUX
nent, a gravé dans le grand œuvre des Constitutions apostoliques (1) ? Ces divers symboles offraient des nuances dans l'expression ; mais ils constataient et constatent encore, d'une part, l'unité pour la substance de la foi dans les grandes Églises primitives, et, de l'autre, Tusage partout établi chez elles de ramener à des proportions restreintes le pain de doctrine et de vérité dont on nourrissait les catéchuQiènes et les premiers fidèles.
§ III. — t.es professions «le fol, première préoccupation des Conciles.
Rassemblée dans les Conciles œcuméniques, l'Église a suivi la même méthode ; presque toujours elle y a commencé ses opérations ou par des expositions dogmatiques, ou par des définitions de foi, et rien n'est beau, rien n'est instructif comme ce résumé doctrinal qu'elle place, dès la grande réunion de Nicée, en tête de ses décrets. Toutes les questions sur lesquelles il importe aux peuples d'être fixés y sont résolues avec
(1) Gonstit. Apost., cap. xli. — Juris Eccles. graec. liistpria et monumenta. Curante J.-B- PITUA. S. U. et Cardin., liomie édita 186^.
une sagesse qui commande aussi bien l'adhésion du philosophe que celle du chrétien. Au sein du vieux polythéisme, même les plus fiers penseurs, Socrate, Platon, Pythagore et Gicéron n'ont pas eu des notions fermes et nettes de l'unité de Dieu, ni de son essence; de Jésus-Christ au quatrième siècle, les écoles païennes ne sont guères mieux éclairées sur ces deux grands objets, malgré les lueurs que l'Evangile a fait pénétrer jusqu'à elles. Mais à Nicée, dès que les trois cent dix-huit Pères, réunis en 325, ouvrent la bouche, ils s'écrient d'une voix aussi ardente qu'unanime : <( Nous croyons en un Dieu unique : Credimiis in imitm Deum i(l). » Voilà pour l'unité. — « Nous croyons en un seul Dieu Père, Fils et Saint-Esprit (2) . n Voilà pour l'essence. — L'expression ne peut être ni plus claire, ni plus résolue : ce n'est pas une opinion flottante, c'est une croyance arrêtée, et qui prétend s'imposer à la conscience et au respect des nations et des siècles.
Mais après Dieu vient le monde, et le monde a-t-il commencé oui ou non ? Est-il le fils du néant ou n'estil qu'une combinaison, qu'une forme d'une matière éternelle? Il est éternel, répondent, pour la plupart, les sages de l'antiquité païenne ; réponse inacceptable
(I) Canon. Nicîen. Art. 1.
(•2) Ibid.
parce qu'elle est absurde et qu'elle conduit aux plus désastreuses conséquences. Les Pères de Nicée, au contraire, s'écrient en chœur : « Nous croyans en un Dieu unique, tout-puissant ; créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles. Nous croyons également en son Fils unique, engendré non créé, consubstantiel à son Père, par qui tout a été fait : « Factorem cœli et terrœ^ visibiliiim omnium et invisibilium. Et in imum Dominum Jesum Christum Filium Dei iinigenitum.., Genitum non factum, consubstantialem Patri, per qiiem omnia facta snnt (1). » Il est impossible d'exprimer en termes plus précis le dogme de la création.
Demandez maintenant aux trois cent dix-huit Pères ce qu'ils affirment de l'homme. A-t-il été créé? Eh sans doute, puisqu'il appartient par son corps à ces choses visibles, et par son âme à ces choses invisibles dont nous avons proclamé Dieu l'auteur. — Est-il un être encore intact et possédant l'honneur inaltéré de sa première origine, ou bien un être déchu, traînant, à travers le temps, la confusion d'une nature en ruines? C'est un être tombé, puisque le Fils de Dieu est descendu des cieux et s'est fait homme lui-même pour le racheter et le sauver : Qui pr opter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis. . . Et
(1) Canon. Nicaen. Art. 1.
homo factiis est, — Est-il un être libre et responsable? Evidemment, puisque le Christ doit revenir pour le juger, et que tout jugement suppose l'existence de la liberté et de la responsabilité dans celui qui doit le subir : Venturiis est judicare. — Est-il un être immortel? Oui, certes; si le Christ doitjuger les vivants, c'est preuve qu'ils devront vivre toujours; et s'il doit juger les morts, c*est preuve qu'ils devront ressusciter; et s'ils doivent ressusciter, ce sera manifestement pour l'immortalité du bonheur ou de la réprobation : Judicare vivos et mortiios, Wmi du premier coup l'Église tranche d'une main ferme ces redoutables problèmes de l'origine, de la nature et de la fin dei'homme, devant lesquels la sagesse du paganisme n'a su rencontrer, pendant plus de vingt siècles, que des incertitudes ou des erreurs. Les Pères de Nicèe ne les résolvent point par voie de raisonnement et de philosophie ; ils s'appuient sur l'autorité de la parole divine et de la tradition. Mais parce qu'elle descend d'une source plus haute, la lumière qui les guide n'en est que plus sûre; et leurs définitions ne s'imposent pas aïoins victorieusement au bon sens qu'à la foi.
1G LES CONCILES GÉlNÉKALX