IV. — Immutabilité des professions de foi catlioliques
Et voilà ce qui nous explique une seconde gloire de ce symbole, c'est son immutabilité. Il n'a ni tout résumé, ni tout défini; mais ce qu'il a dit n'a jamais été abandonné ou démenti par l'Eglise. Tel il fut acclamé par les trois cent dix-huit évêques dans le premier des Conciles généraux, tel il le fut aussi dans la dernière de ces grandes assemblées qui fut le C4oncile de Trente ; tel pareillement il a été chanté dans tous les siècles, tel il retentit encore à l'heure qu'il est, et dans les grandes basiliques, et jusque dans les sanctuaires les plusobscurs de la catholicité. Ni la succession des temps, ni le choc des discussions, ni la mobilité naturelle de l'esprit humain n'ont pu détacher une seule pierre de cet édifice impérissable. Comme Dieu dont il nous fait entrevoir l'essence, il reste toujours le même, et ses doctrines ne connaissent point de vieillesse ni de caducité : Tu autem idem ipse es^ et anni lui non déficient (1 ) .
(1) Psahn. CI, 28.
Certes, rien ne peut être plus logique et plus honorable aux yeux du bon sens. Quel est le fond du Symbole? C'est, si j'ose employer cette expression, le noyau sacré de la foi. Mais l'objet essentiel de la foi, qu est-il lui-même par nature? C'est un fait. — Dieu a-t-il fait des révélations au genre humain ? A-t-il révélé qu'il est unique en substance et cependant que cette unité de substance contient trois personnes distinctes? Est-il vrai qu'une de ces trois personnes a revêtu notre nature et s'est faite semblable à nous pour nous sauver ? Est-il vrai que cette personne incarnée soit Jésus-Christ, le Fils de Marie? Est-il certain que ce Christ a fait les œuvres, enduré le supplice, exprimé les promesses ou les menaces, fondé les institutions qui lui sont attribués par les Evangiles? Telle est la base, tel est l'abrégé de l'enseignement catholique ; tout y revient manifestement à une question de fait. Le dogme entier, dans ses divers détails, porte le même- caractère. L'Église ne l'a jamais considéré sous un autre aspect, et de là vient qu'elle a toujours établi sa foi sur le témoignage. En présentant son symbole à ses enfants, elle leur a constamment dit ; « Voilà ce qu'ont cru nos pères de tous les temps et de tous les lieux. Voilà ce qu'avant eux croyaient déjà les Martyrs ; voilà ce que, dès les premiers jours, avaient cru les Apôtres. Voilà enfin ce que n'ont jamais cessé de
croire l'Orient et l'Occident, le Nord et le Midi de la catholicité. Voilà ce que nous devons croire nousmêmes, parce que, dans les choses de fait, il ne peut y avoir ni variation, ni divergence, ni contradiction. Ce qui était hier, doit être encore aujourd'hui et sera nécessairement demain ; ici le présent et le passé ne peuvent avoir que la même pensée et le même langage. » Ainsi parle la vraie philosophie, celle du sens commun ; le dogme est un fait; ce fait, comme tout fait, ne peut être connu que par la Tradition, et la Tradition elle-même doit être immuable comme l'histoire.
§ V. — Gontrairement aux professions de fol immuables de TÉglise, les hérésies en produisent constamment de nouvelles.
Les hérésies ont répudié cette gloire. Entraînées par le vice de leur principe ou par une fatale ivresse d'amour-propre, elles ont toutes passé par une suite de variations plus ou moins nombreuses. Les Ariens ont eu plusieurs professions de foi. Qui dira toutes celles qu'ont faites et remaniées les Manichéens des différentes époques? Il serait bien plus impossible encore d'énu-
mérer celles qu'a tour-à-tour produites et démolies la Réforme, depuis la confession d'Augsbourg jusqu'au rationalisme de M. Coquerel. Et ce qu'il y a d'admirable, c'est que ces différentes sectes prétendent trouver un honneur dans ces changements qui n'ont été pourtant que des actes d'inconséquence. Ou leur premier symbole était faux, et alors pourquoi se sont-elles révoltées contre l'Église? Ou il était vrai, et alors pourquoi l'ont-elles changé? Les Écritures et leurs révélations ne changent pas avec les temps ou les hommes. Oui et oui, non et non, voilà l'Évangile, et cela pour tous les siècles. 11 ne dit pas oui et non tour-à-tour dans le même texte, suivant les époques et les esprits qui l'interprètent. Il n'affirme pas un fait aujourd'hui pour le nier demain ; il n'a pas un récit pour le vaudois et un autre pour le catholique, et quand les hérésies, avec leurs confessions de foi mobiles, contradictoires, inconciliables, l'invoquent chacune à l'appui de leurs variations et de leurs incompatibilités dogmatiques, il est évident qu'en cela elles font acte d'extravagance encore plus que d'impiété. Si vous avez deux syuiboles substantiellement opposés sur un même point de fait, l'un des deux est nécessairement absurde, parce que tout fait par nature est un et doit rester éternelleoient immuable.
§ VI. — Ij'Eglise gardienne de la tradition, est Justement ennemie des nouveautés et des novateurs.
Raisonnable et logique dans T ira mutabilité de son symbole, l'Église ne l'est pas moins par le titre auquel elle condamne les hérétiques. Pourquoi frappe-t-elle leurs doctrines d'anathème? Parce qu'elles sont une nouveauté. Et pourquoi les chasse-t-elle eux-mêmes de son sein, s'ils refusent de se soumettre? Parce qu'ils ?tOïii novateurs^ Qi novateurs obstinés. Saint Paul avait dit, dès le commencement, à l'un de ses plus chers disciples : « 0 Tiniothée! gardez le dépôts évitant les profanes nouveautés de paroles et les oppositions faites au nom dhine fausse science (1). » Ces nouveautés de paroles, suivant le commentaire de Vincent de Lérins, ce sont des dogmes, des allégations, des systèmes contraires aux enseignements de l'antiquité chrétienne; de telle sorte qu'en les admettant, on outragerait et l'on déserterait entièrement ou en grande partie la foi
(1) O Timothee, depositum custodi, devitans profnnas vocum novitates, et oppositiones falsi nominis scieiitiœ. — 1 Timoth., VI, 20.
des saints Pères (1). L'Apôtre les ti])])d\e profanes, parce qu'elles n'ont rien de sacré, rien de religieux, et qu'elles ne sont pas sorties des trésors de l'Église qui est le temple de Dieu (2). Nouveautés condamnables et toujours condamnées pour leur nouveauté même. On n'innove pas en histoire, on se contente de recevoir et de transmettre. Ce n'est pas une affaire d'invention, mais une chose de tradition. La science l'éclairé et la vérifie, mais elle n'a ni le droit de la faire, ni celui de la retoucher, ni celui de la défaire; et quiconque prétendrait s^arroger ce privilège, celui-là serait tenu pour un insensé par tous les hommes raisonnables. Aussi quel fut le cri du Concile de Nicée contre Arius? Anathème au novateur I parce qu'en présentant le Verbe comme le premier-né des créatures et d'une autre substance que son Père, il tient un langage inouï jusqu'à ce jour. Quel fut le cri de Constantinople contre Macédonius? Anathème au novateur parce qu'en niant la divinité du Saint-Esprit, il s'écarte derl'enseignement des aïeux. Quel est encore le cri d'Éphèse et celui de
(1) Vocum, id est dogmatum, rcrum, sententiaruui novitates, quïe sunt vetustati atque antiquitati contrariîe; qure si recipiantur, necesse est ut fîdes beatorum Patrum, aut tota, aut certe magna ex parte violetur. — Vinc. Lirin. Co7nmonit.^ XXIV.
(2) Quid est profanas! Quïe nihil habent sacri, nihil rcligiosi, ab Ecclesiîe penetralibus, quae est templuni Dci, penitus extraneas. — Id ibid.
22 LES CONCILES Gl^NÉRAUX
Ghalcédoine contre les blasphèmes de Nestorius et d'Eutychès? Anathème aux novateurs ! parce qu'en introduisant deux personnes dans le Christ ou en confondant en Lui les deux natures, ils se séparent de la loi que nous ont léguée les siècles. Même cri plus tard contre les Monothélites, contre les Iconoclastes, contre les Manichéens du moyen âge et contre le Protestantisme. C'est un écho ferme et soutenu qui se prolonge de Nicée jusqu'à Trente. A tous on a dit et répété : « L'Église vous désavoue et vous proscrit parce que vous êtes d'une date plus récente que l'Évangile, et que vous venez d'un auteur qui n'est pas le Christ. Votre main criminelle a déplacé les bornes qu'avaient plantées nos ancêtres. Vous avez permis à des ruisseaux fangeux de troubler les eaux pures où ils s'étaient abreuvés ; dans ce champ de la doctrine où leur vigilance et leur délicatesse n'avaient laissé Croître que le pur froment, hommes ennemis, vous avez tenté de semer l'ivraie. Cette entreprise sacrilège suffit pour vous rendre dignes de réprobation, parce que le dogme est un dépôt auquel on ne doit rien ajouter ni retrancher, et que l'Apôtre ordonne de dire deux fois anathème même à un ange du ciel qui viendrait nous apporter un Évangile différent de celui qui nous fut annoncé par nos pères (1). »
(1) Sed licet nos, aut Angélus de cœlo evangelizet vobis
§ VII. — Rien n^est plus avantageux pour la Xradition que la rigueur* dogmatique de l'Église.
C'est un grand et utile spectacle que cette inexorable rigueur déployée par l'Église pour maintenir l'intégrité de sa foi. Autour d'elle les hérésies, sous une forme ou sous une autre, outragent tour à tour le bon sens. Pour elles la révélation n'est pas toujours la révélation; un fait cesse d'être un fait; le dogme passe par autant de vicissitudes capricieuses que le nuage tourmenté par les vents. Les uns admettaient la Trinité, voici maintenant qu'ils la nient. Hier, Jésus-Christ était Dieu; demain, il aura cessé de l'être. Autrefois c'était une définition de l'Église, à présent c'en est une autre ; et parmi iant d'interprétations opposées où de sacrilèges fantaisies le traînent sans honneur, on prétend que l'Évangile les accepte toutes, sans remarquer que ce langage n'est pas moins insultant pour la raison de ceux qui le tiennent que pour l'Évangile luimême. D'un Concile à l'autre dans l'Église tout s'ac-
praeterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit. Sicut praediximus, et nunc iterum dico : Si quis vobis evangelizaverit prseter id quod accepistis, anathema sit. — Gai., I, 8, 9.
corde, se correspond et se soutient. Le Concile de Nicée a commencé par résumer les siècles antérieurs. A Constantinople, en 381, on confirme solennellement la foi de Nicée; Ephèse vient à son tour, en ASl, confirmer les définitions de Nicée et de Constantinople; en A51 , les six cent trente Pères de Chalcédoine confirment celles de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse ; une seconde fois, en 553, Constantinople déclare confirmer les quatre Conciles généraux tenus de Nicée à Chalcédoine. Enfin, lorsqu'en 15/i6, le Concile de Trente, glorieux et dernier anneau d'une glorieuse chaîne, inaugure ses grandes opérations dogmatiques, jaloux d'imiter les exemples des Pères et d'attester qu'il est en pleine communion de doctrine avec eux, il place en tête de ses Décrets ce symbole de Foi qui, entonné primitivement à Nicée,Tenait encore, en 1^39, d'être répété par les Grecs et les Latins réunis à Florence (1). Chacune de ses grandes assemblées fait tou-
(1) Gustodiendam esse fidem 318 f'atrum qui apud Nicaoam Bith^nia3 convenerunt, ad anathematizantlani omnem ha3resim, specialiter Eunomianorum sive Anomaeorum, et Ariauorum, sive Eudoxaniorum et semi-Arianorum, sive Pneumatomachorum, et Marcellianorum,et Photianoram,et ApoN linariorum. — Gan. i, Goncil. Gonstantinop. i.
II is igilur perlectis statuit Sancta Synodus alteram fidem nemini licere, aut conscribere, aut componere, prîcter fidem defiuitam a sanctis Patribus qui in Nicîea cum l^piritu Sancto congregati fuenint. -- Gan. Goncil. Epliesini, Zj31.
Et postea sancto Nicaeno symbolo et centum atque quin-
CONCILKS DU PASSÉ 25
jours deux actes parallèles; d'une part elle affirme la doctrine traditionnelle ; de l'autre elle réprouve et fou-
qiiaginta, sanctorum Patrum decreto lecto, intulerunt : Satis igitur ad perfect^jm ver» pietatis cognitioiiem et confirmationem est, sapienter conceptum, et salutare illud divinae grati'œ symbolum. — Définit. Goncil. Chalced., Zi51.
Si quis non anathematizat Arium, Eunomium, jMacedonium, Apollinarem, Nestorium, Eutycliem... cum impiis eorum conscriptis, et alios omnes hsereticos, qui condemnati et anatliematizati fuerunt a Sancta, Catholica et Apostolica Ecclesia, et a praodictis sanctis quatuor Conciliis, et eos qui similia priedictis hîereticis sapuerunt vel sapiimt, et usque ad mortemin sua impietate permanserunt vel permanent; talis anathema sit. — Anathematism. xi quintœ Syn. gêner. Constantinop. ii, 553.
Assecuti quoque sancta quinque universalia Concilia et sanctos atque probabiles Patres. — Définit. Gonc. Constantinop. in, 681. Vid. Concil. Trid. , sess. m, Décret de Symbolo fidei.
Execramur et anatliematizamus Arium et asseclas ejus, et qui communicant cum illius improbis opinionibus : Macedonlaraque et sodales illius, qui recte appellantur Pneumatoraaclii, id est impugnatores Spiritûs. Confitemur etiam Dominam nostram sanctam Mariam proprie et vere Deiparam, ut quîB peperit unum sanctae Trinitatis Christum Deum Nostrum : Quemadmodum prior Ephesina Synodus constituit, et impium Nestorium, sociosquc illius tanquam du ditatem personarum inducenti: s ab Ecclesia depulit. Ad hsec duas naturas incarnati propter nos ex immaculata Virgine Maria confitemur, perfectum Deum et perfectum hominem cognoscentes, quemadmodum Synodus in Chalccdonensi habita dcclaravit : Eutychemqùe et Dioscorum, blasphémantes in illius divinitatem, exterminavit... Deinde duas voluntates et actus secundum naturarum proprietatem inChristo praodicamus, quemadmodum sexta Constantinopolitana Synodus définit : detestamurque cum ea Sergium ac Cyrhum, Pyrrhum, Macarium, impies istos pietatis impugnatores, omnesque illis consentientes auathematizamus. — Concil. Nicaen. ir, Définit. Fidei.
â6 Les conciles généraux
d roi e toutes les nouveautés qui s'en écarlent; et par ses définitions comme par ses anathèmes, elle travaille à conserver intact ce dépôt sacré qu'elle est chargée de communiquer aux nations. Elle n'y introduit et n'y permet aucun changement parce que rien ne doit y changer. La parole de Dieu y rend toujours le même son ; la vérité demeure la vérité; les faits restent perpétuellement des faits; Dieu et son Christ retiennent invariablement la même nature; et par cette conduite qui est celle du suprême bon sens les peuples apprennent que la foi, au lieu de participer à la versatilité des théories humaines, ne sait pas se contredire ellemême; que, près ou loin de son berceau, l'objet de ses saintes révélations rayonne de la même lumière, et que ce soleil béni du monde moral n'est pas moins immuable, à travers les siècles, que celui de la nature.
VÎil.— Oe cfuels pi^ogrès est susceptible le symbole de la fol. — Ces progrès sont dus aux Clonciles.
Il faut cependant se hâter de le dire : cette immutabilité de la foi par les Conciles généraux ne laisse pas, dans un certain degré, de se montrer progressive. Les
Pères de Trente appelaient les symboles rédigés et transmis par l'antiquité chrétienne, un bouclier dont les Conciles môme les plus augustes ont commencé par se couvrir contre les innovations de l'hérésie : Pairum exenipla in hoc secuta qui sacratioribus ConciHis hoc scutum contra omnes hœreses in principio suariim actionum opponere consiievere (1). S'il était permis d'enchérir sur ce noble langage, nous dirions que ces vieilles professions de foi sont non-seulement une arme défensive, mais encore une arme offensive. Elles peuvent être un bouclier qui protège, mais elles ne sont pas moins un glaive qui perce et qui terrasse. C'est d'elles surtout qu'on peut répéter ces belles paroles appliquées à Tertullien par l'illustre auteur du Commonitoire : « Autant de raisonnements, autant de triomphes : Quot sensus^ tôt vicioriœ (2). » Autant d'articles, autant de coups meurtriers pour l'erreur ; autant de mots, autant de victoires sur le mensonge. Le temps ne peut rien pour émousser la pointe et le tranchant de cet acier redoutable. Le symbole de Nicée confondit les Ariens du quatrième siècle ; il suffit encore à l'Eglise pour abattre ceux du dix-neuvième. Niez-vous avec le Strauss germanique ou le Strauss breton la divinité du Chvïsil Dcum de Deo,
(1) Conc. Trid. sess. m, die i febr. celeb., de Sym. Fidei. (->) Vinc. Lirin. Commonit.. xviir.
lumen de himine, Deiim venim de Deo vero^ voilà qui vous écrase. Prétendez-vous, en vous rapprochant des vieilles rêveries d'Apollinaire, que le Christ ne fut, dans le passé, qu'un homme agrandi, qu'une sorte de mythe créé par l'imagination des évangélistes et la crédulité des peuples? 'Nalus ex Maria virgine, et homo factus est, cracifixus, passas, sepultus; toift cela est on ne peut plus positif; c'est par ces expressions qu'on décrit et qu'on résume la destinée d'un homme réel ; il ne s'agit pas ici de poésie et de fiction, c'est le langage affîrmatif et précis de l'histoire, et par là l'antique symbole du premier Concile général est encore, même après plus de quinze cents ans, cette pierre angulaire des Ecritures contre laquelle se brisent tous les artisans de systèmes qui tentent de l'ébranler (1). Mais, chose digne de remarque ! cette intolérante immutabilité delà foi ne l'empêche pas d'être judicieusement progressive. Saint Augustin répète trèssouvent dans ses écrits que si Dieu permet aux hérésies d'éclater, c'est non-seulement pour faire ressortir la patience de l'Eglise, mais encore pour faire mettre en pleine lumière les différentes faces de sa doctrine (2). Voici en particulier l'expression dont il
(1) Et qui ceciderit super lapidem istum, confringetur; super quem vero ceciderit, conteret eum. — Matth., xxi, l\h.
(2) IJîereses et schismata per loca facta suiit, sub Ghrisli nomino, non ipsius gloriam, sed suam quœrentium, per quo-
revêt cette idée dans une de ses homélies sur les Psaumes. « Parmi les ouvriers qui travaillent à fondre l'argent, il en est qui sont chargés de séparer le métal pur du minerai qui l'entoure et de l'amener à sa vraie forme. Ainsi font certains hommes au sein des agitations produites par l'hérésie. Capables de comprendre et d'expliquer parfaitement les Ecritures, ils étaient cachés dans les entrailles du peuple de Dieu, et parce que nul blasphémateur ne venait les exciter, ils ne songeaient point à résoudre publiquement les questions difficiles de nos dogmes sacrés. Avait-on traité avec précision du mystère de la Trinité, avant que l'Arianisme l'eût insulté par des aboiements impies ? Avaiton nettement défini la doctrine de la pénitence, avant les débats soulevés par les Novatiens ? De même on n'avait pas pleinement étudié le grand sujet du baptême, avant les contradictions parties du'camp rebelle des Rebaptizants, Enfin sur l'unité du Christ lui-même on n'a vu paraître un enseignement ferme et complet que lorsque, témoins du péril dont leurs frères infirmes étaient menacés, ceux qui pouvaient aborder et éclairer ces matières délicates, eurent par leurs discours et leurs controverses dépouillé nos saintes ré-
rum adversitates magis magisque cxerceretur Ecclesia, et probaretar atque illustraretiir et doctrina ejus.et patientia. — S. August., de CcUcchez., Rud. Lib. unie, cap. xxiv, Zi'j.
vélations des obscurités qui les environnaient, et préservé par là les faibles des pièges que leur tendaient les provocations des novateurs (1). »
Telle est l'œuvre des Conciles. Les hérésies qu'ils ont successivement foudroyées ont attaqué tour h, tour les divers dogmes dont le Christ a confié la gfirde à l'Eglise. A chacun de leurs blasphèmes les Conciles répondent par des anathèmes ou des expositions de doctrines contradictoires; et de la longue suite de leurs décrets, il sort je ne sais quelle gerbe de lumière qui s'en va croissant avec les siècles, et jetant sur l'objet de la foi, toujours immuable en son essence, un éclat de plus en plus radieux. Dans le Symbole, la vérité qui semble dominer toutes les autres, c'est l'Ii^carnation du Verbe ; on peut dire qu'elle est le centre et le
(I) Excludantur enim dixit, emineant, appareant. Unde dicuntur et in arte argentaria exclusores, id est, ex quadam confusione rnassse, formae expressores. Ergo multi qui optime possent Scripturas dignoscere et pertractare, latebant in populo Dei ; nec asserebant solutionern quaestionum difRcilium cum calumniator nullus instaret. — Nuraquid enim perfecte de Trinitate tractatum est, antequam oblatrarent Ariani? Numquid perfecte de pœnitentia tractatum est, antequam obsisterent Novatiani? Sic non perfecte de Baptismate tractatum est, antequam contradicerent foris positi rebaptizatores; nec de ipsa unitate Ghristi enucleate dicta erant quae dicta sunt, nisi postquam separatio iila urgere cœpit fratres infirmes, ut jam illi qui noverant hîec tractare atque dissolvere, ne périrent, infirmi soUicitati quaestionibus impiorum, serraonibus et disputationibus suis obscura Legis in publicum deducerent. — S. Aug., Enarrat. in Psalm. lv, 25.
pivot sur lesquels roule toute l'économie du christia- Disme. Cette importance même et cette majesté l'expor sent avant tout autre aux outrages des novateurs. Arius commence par nier l'éternelle génération du Christ comme Fils de Dieu; les trois cent dix-huit Pères d§ Nicée le condamnent et déclarent que le Verbe a été engendré et non créé et que sa naissance a précédé tous les siècles. Voilà un premier point fixé. A quelque temps de là Nestorius détruit dans la notion du Christ l'unité de personne : admirable faisceau dont la rup^ ture établit dans Jésus comme deux êtres distincts et réduit Marie à n'être plus que la Mère d'un homme, au lieu d'être la mère d'un Dieu. Alors la grande voix du Concile d'Ephèse tonne contre le novateur et amène à leur vraie notion la personne du Fils et la gloire de la Mère. Voilà un second pas fait en avant. Par une sorte de réaction désordonnée contre Nestorius le moine Eutychès confond dans le Christ les natures que le premier avait trop désunies. Six cents évêques protestent à Chalcédoine contre la nouvelle erreur ^ et saluent le Christ comme Dieu parfaiT et homme parfait tout ensemble. Encore un nouvel aspect du dogme illuminé parles décisions de l'Eglise assemblée. En tempérant à son tour les opinions d' Eutychès, le monothélisme croit échapper à la sentence dont cet hérésiarque vient d'être frappé. Mais il se trompe, et la définition du
troisième Concile de Gonstantinople lui déclare, avec une autorité péremptoire, que dans le Christ il existe deux volontés et deux opérations, de même et par làmême qu'il existe en lui deux natures. Ainsi tout ce qui tient, si j'ose ainsi parler, à l'adorable constitution du Christ, a été graduellement amené au grand jour et ne garde plus que ces ombres divines inséparables de tout mystère.
A mesure que les Conciles avancent, là doctrine se déroule. Le premier de Constantinople et celui de Florence se prononcent sur la procession du Saint-Esprit et sa divinité, contre Macédonius et les lointains continuateurs de ses aberrations. Les partisans de Photins et les Manichéens du moyen âge se hasardent ou à soutenir formellement qu'il existe deux âmes dans l'homme, ou à dire en termes équivoques et insidieux que l'âme n'est pas essentiellement et par elle-même la forme du corps humain ; mais le quatrième Concile général de Constantinople et celui de Vienne les accablent de leur réprobation [\), Enfin le Protestantisme
(1) Definientes quod quisquis deinceps asserere, defendere» seu tenere pertinaciter prajsumpserit, quod anima rationalis seu intellectiva non sit forma corporis humani per se et esseniialiter, tanquam hasreticus sit censendùs, — Concil. Vienn., 13-11.
Apparet quosdam id temporis in tantum impietatis venisso ut hominem duas animas habere impudenter dogmatizent. Taies igitur impietatis inventores et similia sentientes, cum
apparaît, et que fait-il dès son entrée dans le monde? Les hérésies dogmatiques des premiers temps n'avaient pour la plupart blessé que quelques points de la foi, Celles» du moyen âge avaient élargi le cercle de leurs agressions; mais pourtant elles laissaient encore un grand nombre de vérités debout et respectées. La Réforme, au contraire, ébranle le Symbole entier du faîte à la base, et dans son vaste sein, comme dans un chaos tuaiultueux, presque toutes les hérésies antérieures se sont donné rendez-vous et s'agitent pêlemêle. Pour en réfuter les erreurs, le Concile de Trente est forcé de toucher à toutes les grandes questions de la théologie. Le canon des Ecritures, le péché originel, la prédestination, la justification, le mérite et la nécessité des bonnes œuvres, les sacrements, le purgatoire, le culte des saints et la vénération de leurs reliques, tel est l'immensité du programme dont il suit tour à tour les anneaux; chacun de ces augustes sujets est appîofondi par lui selon les besoins du moment et la mesure de sa propre importance ; et quand on arrive au bout de ses expositions, de ses décrets, de ses définitions et de ses anathèmes, quand on voit avec quelle puissance il a confondu, dans l'œuvre de Luther
velus et novum Testamentum, omnesque Ecclesiae Patres unam animam rationalem habere hominem asseverent, sancta et universalis synodus auathematizat. — Concil. Gonst. iv, can. IX.
et de Calvin, la synthèse de l'erreur par la synthèse de la vérité, quand on contemple la sobriété sublime et fidèle avec laquelle il a condensé dans ses quelques pages l'enseignement de tous les docteurs, de tous les conciles et de tous les siècles, on senl qu'il ne se fit jamais dans J^ monde une plus biillante explosion de liinjière,
§ 11^, — Oaiis l'exposition de sa Toi, TÉgliee en précise les Formules et en développe les conséquences, sans jamais proclamer ce* pendant des dogmes nouveaux.
Il ne faut pas dire que l'Église, dans ses arrêts successifs contre les hérésies, a souvent proclamé des dogmes nouvieaux. C'est le contraire qui est vrai ; les Conciles n'ont condamné les hérésie^ que parce qu'elles introduisent des nouveautés dans la foi. Pour eux ils se sont bornés à porter une clarté plus complète, une exactitude plus rigoureuse dans l'expression dç certains dogmes, dont les siècles précédents n'avaient pas senti le besoin d'arrêter la formule avec la dernière précision, parce que nul téméraire n'était venu les attaquer. Ils n*ont ni inventé ni remanié le
CONCÎLÈS DU PASSÉ 35
fond des vérités qu'ils ont définies; ils eh oiit tout simplement mieujt éclairé la surface ; et encore, poul* accomplir ce travail, ont-ils très-souVent employé le langage des Pères et de l^âlUlquité chrétienne. Savez -vous la seule création que rÉglise se soit ici permis de faire? Ça été, dit Vincent de Lérins, de transmettre aux générationâ futiires, souS là fDi*fflë condensée d*un décret, ce qu'elle avait reÇu dèâ âficêtres par voie de tradition, enfertnant la définition de grandes choses dans un petit nombre de mots et jetant, pour une intelligence plus facile du mystère, les lueurs d'une appellation nouvelle sur Un objet de foi qui n'é^ tait pas nouveâti (1). Certains termes lui semblaiètil nécessaires soit pour exposer la vérité sâtis ombre et sans équivoque, soit, suivant la belle parole de Bossuet, « pour attaquer l'erreur dans sa source par la voie la plus courte et la plus droite (2). » Quand ces termes n'existaient pas dans la langue adoptée pâf ses Conciles, elle les faisait. C*est ainsi que Ce sont formées POmoomionAQ Nlcée, lé Theoiùkos d^Ephèâd
(1) njereticorum novitalibus excitata,Conciliorum Suorurn decretis catliolica pcrfucit Ecclesia, ut quod prias a innjoribus sola traditione susceperat, hoc dcinde posteHs etiam per scripturao chirographum consignaret, magnam rerum sumiTiam paiicis littei'is comprehendendo, et plerumque, propter intelligentiîe lucem, non novum fidei sensum nova) appellationis proprietate signando. — Viuc. Lirin. CommoniL xxiii.
(2) Bossuet, Hist. des Variations, préface n" 1.
36 LES CONCILES GÉlNÉRÂUX
et le fameux Transuhstantiatio répété par le Concile de Trente, mais inauguré par le quatrième Concile de Latran (1). Quelques hérétiques et les hauts protecteurs qui les appuyaient ont protesté contre ces expressions nouvelles, sous prétexte quelles n'étaient pas dans l'Écriture. Mais saint Hilaire leur répliquait avec vigueur : « Je ne veux pas, dites-vous, de ces mots qui ne sont pas écrits. Et dites donc plutôt : Je ne veux pas qu'on oppose de nouveaux remèdes à de nouveaux poisons ; point de nouvelles armes contre de nouveaux ennemis; contre de nouveaux pièges point de nouvelle tactique pour les déjouer. SI les Ariens repoussentaujourd'hui l'Omoousion parce qu'ils l'ont nié une première fois ; n'est-il pas évident que vous le répudiez à votre tour pour qu'ils le rejettent encore ? Sans doute l'Apôtre ordonne de fuir les nouveautés de paroles, mais ce sont les nouveautés profanes. Et pourquoi venez-vous exclure celles qui sont opportunes et saintes, quand surtout il est écrit que toute écriture divinement inspirée est utile? Innascible en un mot qui n'est écrit nulle part ; sulTit-il qu'il soit nouveau poui" que vous le prescriviez ? Dire que le Fils est semblable au Père vous paraît légitime ; les Evangiles pourtant ne tiennent pas ce langage ; et
(1) Transxibslantiatis pane in corpus et vino in siinguinem, potestate divino. — Goncii. Later* iv, Décret, i.
pourquoi ne pas vous l'interdire à vous-mênie? Ainsi pour une chose la nouveauté vous plaît, pour l'autre elle vous révolte; vous l'aclmettez sans scrupule quand elle alTirme une impiété ; mais vous l'excluez impitoyablement quand elle est la grande et unique sauvegarde de la vraie religion (1). » iMalgré ces inconséquentes réclamations de l'hérésie, TEglise maintient les expressions qui les suscitent, parce que, si la lettre en est nouvelle, les choses qu'elles traduisent ne le sont pas. Ces quelques syllabes résument en elles les traditions et la sève de l'aniiquilé chrétienne sur le dogme qu'elles définissent; et si l'erreur les repousse avec tant de violence, si elle, qui craint si peu d'innover et de varier sur le fond de la doctrine, se scan-
(1) « Nolo, inquit, verba quse non scripta sunt dici » ... Die prius, si rectc dici putas : Nolo adversum nova vencna novas medicamentoruni comparationes; nolo adversum novos liostes, novabella; nolo adversum novas insidias, consilia recentia. Si enim Ariani liseretici idcirco Homaousion hodie évitant quia prius negaverunt; nonne tu liodic idcirco refugis, ut hi nunc quoque denegent? Novitates vocum sed prophanas devitarc jubet Apostolus : tu cur pias excludis? Cujn prîeserlim ab eo dictum sit : Omnis Scriptura divinitus inspirata utilis est. Innascibilem scriptum nusquam legis : numquid ex hoc nogandum erit, quia novum est? Decernis similem Falri Filiam. Evangelia non priedicant : qui'Ï! est quod non refugis liane vocem? In uno novitas cligitur; in nlio submovetur. Lbi impietatis occasio patet, novitas admiltitur: ubi autem religionis maxima et sola cautela est excluditur. — S. Ililarius Piclav. Lib. cont. Const., 16.
dalise de cette nouveauté qui s'arrête à la foraie sans atteindre l'essence des choses, c'est qu'elle voit bien que ces ternies l'écrasent sous le poids et l'autorité de tous les Docteurs et de tous les siècles.
Voilà le premier et le plus important bienfait des conciles généraux : les définitions dogmatiques. Définitions courtes, précises, lumineuses pour être populaires; définitions qui, en assurant l'immutabilité du dogme, rappellent aux peuples que la vérité, la parole divine et l'histoire ne changent pas avec les siècles; définitions dont l'invariabilité ne laisse pas d'être judicieuseuient progressive et de développer le rayonnement de la foi dans la proportion même où l'hérésie travaille à l'obscurcir ; définitions, enfin, dont l'autorité, respectueusement acceptée par les enfants de l'Église, contribue à les conduire par l'unité religieuse à l'union sociale.
BIENFAITS DES CONCILES