‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · Chapitre P- LE V CONCILE GÉNÉRAL DE LÂTRAN · texte numérisé non relu

Chapitre P- LE V CONCILE GÉNÉRAL DE LÂTRAN

Coup d'œil sur les événements antérieurs au Concile.

i ar suite de l'affection immodérée d'Alexandre VI pour les membres de sa famille , d'un côté compromis par les cruautés du duc de Valentinois, et de l'autre devenu le point de mire d'une ambition jalouse et de plus d'une convoitise politique, le gouvernement Pontifical avait beaucoup baissé dans la considération publique, lorsque Jules II monta sur la Chaire de S. Pierre. Il est vrai qu'Alexandre VI (d'une capacité remarquable d'ailleurs ) s'était appliqué à l'unification des domaines du Saint Siège, en détruisant les petits fiefs dont la multiplicité était devenue une source permanente d'actes tyranniques; mais il est également vrai que sous l'autorité du duc de Valentinois, la réalisation de ce projet ne rencontrait point la faveur des popu- ,

lations. Celles-ci, en effet, ne se voyaient débarrassées d'une multitude de petits tyrans , que pour devenir la proie d'un nouveau maître et plus cruel et plus puissant. Ce fut ainsi que l'idée de procurer à l'Italie un avenir meilleur, en lui appliquant le régime de l'unité dans sa plus stricte expression, avorta par suite de la politique de César Borgia. En exterminant les barons, ce duc prétendait détruire la féodalité; mais il ignorait, ou il oubliait, que les grands changements sociaux ne sont jamais le résultat de la violence ni Tœuvre d'un seul jour. L'état politique de Rome Papale sous Alexandre VI ne pouvait pas, on le comprend aisément, ne pas se ressentir des prétentions de la maison royale de France soit à la possession de l'Italie, soit à exercer une influence dangereuse sur le gouvernement même de l'Église. Ces prétentions se manifestaient, vis-à-vis de l'Italie, par des invasions fréquentes, et vis-à-vis de l'Eglise, par une rigoureuse application de la Pragmatique Sanction de Charles VII. Tandis que l'Italie, se trouvait affaiblie par les discordes civiles et par la domination de l'étranger, la France voyait, en effet, se développer de plus en plus (bien loin de diminuer) l'esprit d'indépendance religieuse- et d'insubordination, qui, du Concile de Baie, s'était répandu au loin et avait formulé ses exigences dans la Pragmatique Sanction de Charles VII.

L'histoire du duc de Valentinois est aussi connue que celle d'Alexandre VI et elle ne sera jamais oubliée, surtout des Colonna, des Savelli et des Orsini. En effet, parmi ces derniers seuls, à Rome, le Cardinal Jean Baptiste, ainsi que Raynald, Archevêque de Florence furent victimes de l'ambition de César Borgia, tandis que Paul et François le devenaient, hors de Rome, le 18 Août 1503. La mort d'Alexandre VI (causée par une fièvre pernicieuse et nullement par le poison, comme le prétendent certains auteurs) vint ôter tout à coup au duc son principal soutien. Néanmoins, se confiant en la force de son armée, il entra à Rome, où il espérait se concilier le futur Pape, sans négliger pour cela de resserrer son alliance avec la France et avec l'Espagne. Rome, remplie alors de soldats et de sbires, était soumise par Borgia à un régime de crainte et de suspicion. En outre, des troupes françaises et des troupes espagnoles qui s'étaient fait récemment la guerre dans le royaunie deNaples, venaient après la célèbre affaire de Barletta, de se rapprocher de la Ville Éternelle et cherchaient à faire croire que leur arrivée avait pour but la défense du Conclave, Les Cardinaux, qui ne voyaient pas sans appréhension un si grand déploiement de force armée, se réunirent en Conférence au Couvent de la Minerve et parvinrent à éloigner de Rome les soldats et la personne même du duc de Valentinois. Pendant ce temps, un grand

nombre de barons, de ducs et de seigneurs, qui avaient été chassés ou dépossédés par Borgia recouvrèrent leurs anciens domaines.

Le Cardinal Georges d'Amboise, qui ambitionnait la Tiare, ne tarda pas à arriver à Rome avec les Cardinaux d'Aragon et Ascanio Sforza. Entrés en Conclave au nombre de trente-sept, les Cardinaux procédèrent à l'élection, le 22 Septembre, et leur choix tomba sur le Cardinal François Piccolomini qui prit le nom de Pie IIL II était de la famille des Todeschi , dont Pie II lui avait fait échanger le nom contre le sien propre (Piccolomini), parce que François était fils de Laodamia , sœur du Pontife. Le nouveau Pape ne vécut que vingt-six jours; il mourut le 18 Octobre, à l'âge d'environ 64 ans, d'une plaie à la jambe dont il souffrait depuis longtemps. Rempli de zèle pour l'honneur de Dieu, d'une grande prudence dans le maniement des affaires, connu par son amour pour la justice, il fut vivement regretté. Avec ces éminentes qualités, il aurait, sans aucun doute , introduit d'importantes réformes dans la discipline de l'Église, s'il eût pu célébrer un Concile général, comme il en avait l'intention. Il aurait d'autant plus facilement mené à bonne fin cette noble entreprise, que son grand amour de la paix le rendait tout à fait propre à faire disparaître les divisions qui existaient parmi les princes Chrétiens. Cepen-

dant, pour accomplir entièrement sa tâche, une longue vie lui aurait été nécessaire, car les maux de la société avaient jeté de bien profondes racines.

Les quelques jours du Pontificat de Pie 111 furent signalés par la fin d'une domination exécrée de tous; nous voulons parler de celle du duc de Valentinois. Ce dernier, s'étant rendu de Népi à Rome, pour traiter de ses propres affaires avec le Pape, fut attaqué par une multitude armée, notamment par les Orsini, et ne trouva de refuge qu'au Vatican d'abord et ensuite au château S. Ange, après avoir vu ses soldats dispersés et sa puissance entièrement abattue.

Cependant les Cardinaux, réunis en Conclave afin de donner un Successeur à Pie 111, élurent Pape, Julien de la Rovère, Cardinal de S. Pierre aux Liens et neveu de Sixte IV. Doué de qualités remarquables et porté aux grandes entreprises , il fut choisi par les Cardinaux bien plutôt à cause de leur aversion pour les Borgia qu'à cause de leur sympathie pour sa personne. A peine monté sur le Trône Pontifical, Jules 11 se recueillit et mesura ses forces. D'un caractère ardent et énergique, ce Pape se croyait capable d'échanger au besoin pour le casque la Tiare Pontificale; il reprit l'idée d'Alexandre VI, en l'améliorant, et levant haut la tête il déclara à l'Italie qu'il voulait la délivrer de la servitude dans laquelle elle était tombée. Se tournant ensuite

vers la France, il lui signifia qu'elle devait abolir la Pragmatique Sanction^ comme blessant la dignité et les droits du Siège Apostolique. Cette double tâche était ardue et ne pouvait être conçue et accomplie que par un Pontife d'un grand courage et d'une haute intelligence.

Aussi, à peine eut-il ceint la Tiare, qu'il eut l'habileté d'employer le duc de Valentinois à recouvrer plusieurs forteresses des Romagnes, qui appartenaient alors à Borgia et dont voulaient s'emparer les Vénitiens ; car ceux-ci occupaient déjà une partie notable des États du Saint-Siège. Les phases diverses de cette expédition mirent au jour la finesse politique de Jules II qui finit par faire enfermer César à Rome dans la fameuse tour Borgia^ en le traitant ainsi comme il le méritait. Le cœur magnanime du Pontife ne pouvait rester indifférent à l'occupation de Ravenne et de plusieurs autres villes des États Pontificaux par les Vénitiens. Il les somma, par l'intermédiaire de leur ambassadeur Justiniani, d'évacuer le territoire du Saint Siège. Non content de ce premier pas, il entama des négociations avec l'empereur et avec le roi de France. Il se remit en possession des places fortes qui obéissaient encore au duc de Valentinois à qui il rendit la liberté. Celui-ci se retira alors dans le royaume de Naples, mais y fut fait prisonnier et envoyé en Espagne. Après avoir passé trois ans

enfermé dans la citadelle de Médina, il parvint à s'enfuir et se rendit en Navarre où il périt, dans une embuscade. Vrai monstre de cruauté , il ne pouvait rencontrer un panégyriste plus digne de lui que Nicolas Machiavel.

Vers la même époque la garnison française de Gaëte fut contrainte par les Espagnols à capituler. Ferdinand le Catholique demeura ainsi paisible possesseur du royaume de Naples dont quelques points seulement restèrent au pouvoir de la France.

Jules II favorisa alors sa famille dans la personne de son neveu François-Marie de la Rovère, et le fit adopter par Guidobaldo de Montefeltro , duc d'Urbin , qui était sans enfants. Le but du Pontife était de se procurer par là un appui assuré, au centre même des États Pontificaux; car il prévoyait qu'il ne lui serait par facile d'abattre la tyrannie des petits seigneurs et d'obhger les Vénitiens à abandonner entièrement les domaines du Saint Siège, dont il avait déjà recouvré une partie, en vertu d'une convention spéciale faite avec la République. Jules ne pouvait faire alors que peu de chose ; car il n'avait pas encore d'alliés sur lesquels il pût compter, et il voyait d'ailleurs l'Italie épuisée par la famine , ravagée par les tremblements de terre, décimée par la peste. La réunion de tous ces fléaux rendit tristement fameuse l'année 1505, époque à laquelle on compta à Rome,

parmi les victimes de la peste, le Cardinal Ascanio Sforza. Cependant, ayant dès lors conçu la grande idée qui le domina toujours et qui était de rendre l'Italie maîtresse d'elle-même sous la sauvegarde de l'autorité Pontificale, et reconnaissant l'impossibilité de réaliser ce plan, tant que les villes appartenant au Saint-Siège n'auraient pas été débarrassées de ceux qui les tyrannisaient et les rendaient inutiles à la Papauté, Jules II résolut de mettre d'abord de ce côté la main à l'œuvre. On était généralement persuadé que les grands projets de ce Pontife et son ardeur première s'étaient considérablement modifiés dans l'espace de temps qui s'était, écoulé depuis les premiers moments de son règne. Mais Jules cachait soigneusement ses desseins et ne les laissa plus désormais entrevoir que lorsque leur exécution lui sembla devenue facile.

Ce fut l'an 1506 que le Pape, ne voulant se fier à personne , entra lui-même en campagne et sortit de Rome, à la tête de 400 hommes, suivi de ^4 Cardinaux. Il s'empara de Pérouse, où il entra le 11 Septembre; car Jean Paul Baglione crut plus prudent de se soumettre et de s'unir au Pape que de s'exposer à tout perdre par une dangereuse résistance. Jules II grossit alors d'une nouvelle troupe sa petite armée et marcha sur Imola. Là, il reçut des renforts du seigneur de Ferrare, des Florentins et de François , marquis de Manloue, qu'il nomma

général des troupes Pontificales. En outre, appuyé passivement par les Français, alors maîtres de Mi^ lan et qui aimaient mieux favoriser le Pape que de défendre Bentivoglio, il fit le 15 Novembre, son entrée solennelle à Bologne/ Bentivoglio en était sorti, le 2 du même mois, et s'était réfugié dans le camp français, plutôt que de se rendre au Pape. Louis XII, qui avait été jusq'à ce moment en bonne intelligence avec Jules II, ne tarda pas à reconnaître qu'il fallait prendre au sérieux les projets du Souverain Pontife relativement à Tltalie. Bentivoglio, de son côté, s'aperçut bientôt que le Pape n'aimait pas le voir rester dans le Milanais sous la protection de la France. Il s'en aperçut notamment, lorsque Jules irrité de ce que Louis XII voulait réduire les Génois^ fortifia Bologne et afin de se mettre en état de mieux poursuivre ses plans, partit pour Rome où il arriva le 26 Mars 1S07. Cependant, le roi de France, après être passé par Asti, fit, les armes à la main, son entrée à Gênes, où il mit fin au pouvoir éphémère de Paul de Novi, qui, d'abord teinturier en soie, avait ensuite été créé Doge par le peuple. (Cet épisode historique a fourni à un auteur dont nous nous honorons de posséder l'amitié, Antonio Buonfiglio, le sujet d'une tragédie qui ne le cède en rien à celles d'Alfieri). Néanmoins, Louis XII ramena promptement ses forces en Lombardie, afin de n'être point soupçonné par Tempe-

reur Maximilien de vouloir étendre la domination française en Italie. Maximilieu était alors fort irrité contre les Vénitiens qui n'avaient pas voulu laisser passer sur leurs terres les soldats impériaux. Jules II, qui désirait plus que jamais rentrer en possession des points du territoire Pontifical encore occupés par les Vénitiens, mit à profit les aversions et les jalousies politiques du temps. Il favorisa la conclusion de la ligue de Gambray, espérant en retirer plus d'un avantage, en même temps qu'elle servirait à punir la République Vénitienne. Les Vénitiens, qui s'étaient préparés à la guerre, livrèrent bataille aux Français a Agnadel, auprès de Pandino, et furent complètement défaits, le li Mai 1509. Après ce désastre, Venise dut céder aux circonstances, afin d'éviter quelque chose de pire. Dès lors ses possessions de terre ferme tombèrent au pouvoir de l'empereur Maximilien, du roi Catholique et enfin de Jules II dont les deux monarques cherchaient à gagner les bonnes grâces et dont ils redoutaient l'influence. En cette occasion, le Pape recouvra aussi Ravenne.

Après avoir humilié de la sorte les Vénitiens, Jules II essaya de relever leur puissance afin de l'opposer aux souverains étrangers qui se montraient de plus en plus désireux d'étendre leurs conquêtes en Italie. N'ayant plus le Pape contre eux, les Vénitiens reprirent en effet courage et re-

conquirent un certain nombre de places occupées par l'empereur Maximilien. Bien plus, malgré la sévérité des conditions que Jules II leur imposait pour être absous de l'excommunication, convaincus que l'alliance et la protection du Souverain Pontife constitueraient pour la République le secours le plus puissant et le plus sûr, ils acceptèrent les propositions du Pape. Le 24 Février 1510, Jules II reçut leurs ambassadeurs et accorda au peuple vénitien l'absolution des censures encourues. Cette nouvelle attitude de la République et les bonnes dispositions du Saint-Siège à son égard ne pouvaient assurément plaire au roi de France. Louis XII, en effet, voyait la ligue de Gambray s'affaiblir et l'influence française s'amoindrir par l'union des Vénitiens avec le Souverain Pontife. De son côté, Jules II, qui n'était point d'humeur à se laisser dicter des lois par les princes ni à céder aux pressions des peuples, mesurait d'un œil perspicace les dangers qui le menaçaient et les avantages qu'il se promettait. Tranquille par rapport à Venise, il travailla à procurer la paix entre cette ville et l'empereur. En même temps, il chercha à opérer une diversion dans les plans du roi de France, en s'assurant Tintervention de l'Angleterre et en se ménageant des secours sûrs et considérables de la part des Suisses. Ayant ainsi diminué la puissance de Louis XII en Italie, en augmentant les forces des ennemis de ce prince, Jules II domina en-

tièrement la situation et se crut alors en état de met- Ire à exécution ses projets relatifs à Tltalie. Louis d'autre part, ne resta point inactif et s'efforça de détourner l'orage qui se préparait. Il réunit à Orléans une assemblée, composée d'Évêques, de docteurs et de magistrats, et il en reçut le conseil de renforcer son armée d'Italie. Ceci se passait à la fin du mois d'Août 1510. Moyennant une somme convenue , il conclut une alliance avec l'empereur et mit ainsi dans le plus grave embarras les Vénitiens qui se virent bientôt contraints de livrer bataille. Les Allemands, dès leur arrivée à Custoza, commirent des cruautés inouies contre les Vicentins. Jules II, comprenant l'imminence du péril auquel il allait être exposé et voulant en finir une bonne fois avec les armées étrangères prépara à Gênes une diversion et prit à sa solde un corps nombreux de Suisses. Ayant grossi de la sorte les rangs de son armée , afin d'être plus à portée des diriger le opérations de la guerre il entra lui-même à Bologne, le 22 Septembre 1510, à la tête de toutes ses troupes, commandées par son neveu François Marie, duc d'Urbin. Cette humeur guerrière du Pape ne plaisait nullement aux Cardinaux qui l'accompagnaient, d'autant plusque quelques uns étaient favorables à Louis XII. Trois d'entre eux, Carvajal, Borgia et Brîçonnet parvinrent alors à s'enfuir , et grâce à la protection du roi

de France et de Tempereur Maximilien ils devinrent bientôt des instruments de schisme, En effet, ayant inutilement représenté au Pape la nécessité qu'il y avait, selon eux, de convoquer un Concile, et voyant qu'on ne tenait aucun compte de leurs instances, ils finirent par le convoquer tant en leur nom qu'au nom de plusieurs de leurs Collègues qui dissimulèrent ensuite leur consentement, les uns sous le voile du silence, les autres sous celui d'une protestation feinte.

Sur ces entrefaites, Louis XII, afin de se créer un appui contre Topinion publique en France et dans la Chrétienté tout entière, transféra le Parlement d'Orléans à Tours. Se voyant en quelque sorte contraint à la guerre, attendu que le Pape ne voyait de bon œil ni l'alliance conclue par le monarque avec le ducdeFerrare, ni la présence des Français en Italie, Louis avait résolu de faire résoudre plusieurs questions par ce Parlement où siégeaient des Évêques, des représentants des Chapitres et des Universités ainsi qu'un grand nombre deDocteurs. Aux questions proposées le Parlement répondit: 1' Que le Pape ne peut ni ne doit faire la guerre pour défendre des domaines qui ne lui appartiennent pas. 2^ Qu'un prince peut légitimement se défendre contre le Pape, empêcher par la force le tort que ce dernier veut lui faire et occuper les terres de l'Église, pourvu qu'il n'ait pas l'intention de s'en

emparer, mais simplement de priver de ressources la partie ennemie. 3' Qu'il est licite à un prince de se soustraire à l'autorité Papale, lorsqu'il se voit haï du Pontife et provoqué par lui à une guerre injuste, pourvu toutefois qu'il s'agisse uniquement de défendre des droits temporels. 4"* Qu'un prince en guerre avec le Pape doit, dans le cas où il aurait besoin de s'adresser à la Cour de Rome , s'en tenir aux anciens droits et se conformer aux décrets du Concile de Baie. 5° Qu'il est permis à un prince de secourir un allié injustement attaqué par le Pontife Romain. 6' Que si un Pape fait la guerre pour soutenir ce qu'il croit être les droits du Siège Apostolique et qu'un prince , ne reconnaissant pas ces prétendus droits, soit disposé à s'en remettre à la décision d'un tribunal, ce prince peut se défendre et être secouru par d'autres. 7' Que si le Pape rend une sentence contre un prince qui n'a point encore pu faire apprécier ses raisons en Cour Romaine , ce prince n'est point obligé à se soumettre. 8" Que si un Pape fulmine des censures contre un prince ou contre les sujets de celui-ci, sans observer les formalités requises, ces cçnsures doivent être réputées de nulle valeur.

Cependant, après ces décisions, Louis XII ne se sentait point encore tranquille. Deux choses le préoccupaient vivement. La première était l'énor-

mité des dépenses qu'une guerre contre le Pape allait l'obliger à faire. La seconde était la crainte des dangers de toute sorte qu'il allait encourir de la part des nations Catholiques; car celles-ci, à la fin, ne pouvaient manquer d'embrasser le parti du Souverain Pontife. Cette réflexion fut également faite par le Parlement de Tours, lequel conseilla à Louis XII d'envoyer des ambassadeurs à Jules II. Néanmoins, le roi, emporté par son ressentiment, interdit à ses sujets toute espèce de communication avec le Pape. Alors les deux camps se formèrent. Avec le roi de France étaient le duc de Ferrare et l'empereur Maximilien. Les Vénitiens, alliés du Pape, comptaient parmi leurs auxiliaires un corps de Turcs. Les Suisses combattaient aussi contre les Français. Les chances de la guerre furent favorables tantôt à une armée, tantôt à l'autre. Les Vénitiens perdirent et reprirent tour à tour plusieurs villes. Marc- Antoine Colonna, envoyé àGênes par Jules II, échoua dans son entreprise. Le Pape, malade à Bologne, finit par se trouver, en Octobre, exposé aux plus grands périls, en face des troupes françaises. Si son habileté n'avait pas su trouver moyen de se procurer des renforts, par l'entremise du célèbre Pic de la Mirandole , les Français se seraient certainement emparés de Bologne et auraient fait prisonniers le Souverain Pontife et les Cardinaux. Ceux-ci trouvaient dans la personne de Jules II

— âO —

un Pape condescendant en apparence , mais inflexible en réalité lorsqu'il s'agissait d'exécuter ce qu'il avait une fois résolu. Il avait cherché à gagner du temps avec les Français , parce qu'il attendait du secours de la part du roi Catholique. Dès que ce secours fut arrivé , Jules mit le siège devant la Mirandole et remplit alors lui-même les fonctions de commandant en chef, car il avait conçu des doutes sur les intentions do son neveu François-Marie. La rigueur de l'hiver, les neiges, les glaces, les infirmités même ne purent arrêter l'intrépide Pontife. Accompagné des Cardinaux qui le suivaient tristes et la tête basse, il courait risque de tomber sous les balles ennemies ou d'être fait prisonnier. Néanmoins, méprisant ce double danger, il pressa de plus en plus les opérations du siège et, de sa litière, ordonna qu'on élargit la brèche. Impatient d'entrer dans la place et sans attendre qu'on en ouvrit les portes , il y pénétra par la brèche au moyen d'une échelle, malgré Tâpreté du froid et la glace même qui semblait s'opposer à sa marche. Cet exploit guerrier de Jules II rendit mémorable la date du 21 Janvier 1511.

Après s'être reposé dix jours à la Mirandole, le Pape partit pour Ravenne et de là pour Bologne; mais à cause du peu de sûreté de cette dernière ville, le 14 Mai de cette même année 1511,

il en sortit pour retourner à Ravenne. Alors eut lieu un combat entre les Pontificaux d'une part et les partisans de Bentivoglio et les Français de l'autre. Bologne fut prise et la statue de Jules II , œuvre admirable de Michel-Ange fut traînée ignominieusement à travers les rues de la ville et brisée en morceaux par une troupe de forcenés. Ce ne fut point le regret des 5000 ducats d'or , prix de cette statue, mais bien la manière barbare dont on traitait l'œuvre d'un si grand maître, qui affecta douloureusement, en cette circonstance, l'âme du Souverain Pontife. Mais la perte de Bologne même fut bien autrement sensible à Jules II, retiré alors à Ravenne. Alidosio, Cardinal de Pavie, que le Pape avait laissé à Bologne, vint après la prise de cette ville le rejoindre à Ravenne et attribua au duc d'Urbin le revers qu'on venait d'essuyer. Pour cette raison, François-Marie qui s'était lui aussi réfugié à Ravenne après la défaite, ne put obtenir une audience de son oncle, vivement irrité contre lui. Alors le duc, égaré par la colère, tua de sa propre main le Cardinal qu'il vint à rencontrer sur son passage. Il serait difficile d'exprimer la douleur de Jules II, à la nouvelle d'un pareil attentat. Aussi sa justice ne le laissa-t-elle point impuni^ et ce ne fut qu'après bien des sollicitations et seulement après plusieurs mois qu'il consentit à rendre ses bonnes grâces à son neveu. Voyant donc l'horizon politique

s'obscurcir^ comme nous venons de le dire, le Pape partit pour Rome.

Sur ces entrefaites, le Schisme s'ourdissait à Milan. Le 16 Mai 1511, le plénipotentiaire du roi de France et celui de l'empereur Maximilien se réunirent chez le Cardinal Briçonnet et au nom de leurs Souverains, proposèrent à Briçonnet et, à ses deux Collègues Carvajal et Borgia la convocation d'un Concile. Celte mesure paraissait nécessaire , selon eux, tant dans l'intérêt de la guerre contre les Infidèles que pour travailler à l'extirpation des hérésies et à la réforme de la dissciphne Ecclésiastique. D'autre part, le Souverain Pontife, disaient-ils, semblait se préoccuper fort peu des besoins de la Chrétienté, puisqu'il ne convoquait pas de Concile général, comme l'avaient ordonné les Pères de Constance. Ces ambassadeurs s'arrogeaient ainsi le droit de juger ce qui était utile et même nécessaire à l'Église de Jésus-Christ, comme si le gouvernement de celle-ci. n'eut point été confié par Notre-Seigneur à Pierre.

Les trois Cardinaux donnèrent leur assentiment au projet de réunir un Concile qu'ils devaient convoquer eux mêmes, mais à condition que ses membres jouiraient de certaines garanties personnelles, ainsi que d'une entière liberté d'action et qu'on ne pourrait ni le dissoudre ni le transférer sans le consentement de la majorité des Pères. Après que ces conditions et

plusieurs autres encore eurent été acceptées par les deux plénipotentiaires, les trois Cardinaux eurent l'audace de convoquer un Concile à Pise pour le 1" Septembre de la même année. En même temps, ils prirent soin de protester contre les censures que Jules II aurait pu fulminer conlre eux dans la suite. De plus ils déclarèrent n'être point seuls partisans de la tenue du nouveau Concile, mais avoir avec eiix six autres C iriliniux, doiil trois déclinèrent (Tabonl toute solidarité avec Carvnjal et ses deux Collègues, quoiq.ie plus lard ils finirent par adhérer à la ligue schismalique.

Le roi de France, au fond, n'accordait aucune estime à ce Conciliabule et il ne s'était décidé (assurait-il) à le favoriser que pour contraindre Jules II à faire la paix. Lorsque les Cardinaux et quelques Prélats se trouvèrent assemblés à Pise, Louis XII, s'adressant à Tambassadeur espagnol, Jérôme Cabamillas, parlait de ce Pseudo-Concile comme d'une véritable comédie.

Bien qu'on eut fixé au 1'' Septembre, l'ouverture du Conciliabule, ce fut seulement au mois d'Octobre que trois Cardinaux se réunirent personnellement à Pise avec Carvajal, tandis que trois autres membres du Sacré Collège s'y faisaient représenter par leurs procureurs. On y comptait en outre deux Archevêques, quatorze Évêques et quelques Ahhés*V Orateur du roi de France était présent et ce-

lui de l'empereur absent. Après avoir tenu trois Sessions à Pise, les Schismatiques, ne se trouvant plus en sûreté dans cette ville se retirèrent à Milan, où ils tinrent cinq autres Sessions, du 4 Janvier au 21 Avril 1512. Ensuite, ils se rendirent à Asti et de là à Lyon , en exprimant le désir que le Pape célébrât un Concile général, mais dans une ville agréée d'eux. Ces prétentions furent accueillies par leSouverainPontife comme elles méritaient de Têtre et bien loin d'y accéder, il convoqua un Concile général au Latran. Alors les Schismatiques condamnèrent Tacte par lequel Jules II réunissait ce Concile et, marchant sur les traces du Conciliabule de Baie, ils osèrent déclarer le Pontife Romain coupable de rébellion.

Mais laissons de côté les efforts inutiles tentés par les fauteurs du Schisme, et occupons nous du Concile convoqué par Jules II. La Bulle de convocation, en date du 18 Juillet 1511, contenait les signatures de 21 Cardinaux et fixait au 19 Avril de l'année suivante 1512 le jour de l'ouverture du Synode. Afin d'aplanir aux Schismatiques la voie du repentir , le Pape les invita à se soumettre; mais loin d'accepter la paix que leur proposait le Pontife, ils s'obstinèrent à lui résister, en alléguant l'exemple de S. Paul qui résista in faciem Cephœ. Ils ne prenaient point garde que ce Céphas était peut-être simplement un disciple

de S. Pierre, et qu'en tout cas, la résistance de TApôlre ne pouvait leur servir de modèle, attendu la diversité delà question et des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient. Jules II, voyant leur entêtement, déclara, dans le Consistoire du 24 Octobre 1511, les Cardinaux rebelles privés de la pourpre, ce qui indisposa vivement contre eux les Pisans, peu enclins d'ailleurs à favoriser des intrigues qui nuisaient grandement à leurs intérêts matériels. Ce fut là une des principales causes de la translation du Conciliabule à Milan, où, du reste, les Schismatiques ne trouvèrent pas non plus bon accueil, au point que roffîce divin était suspendu dès qu'ils mettaient le pied dans une Église.

Nous croyons devoir faire observer ici ce qui se passa à Milan après la célèbre bataille de Ravenne. Cette victoire avait coûté cher aux Français qui y perdirent, entre autres, leur général en chef Gaston de Foix, âgé seulement de 24 ans. Ils s'étaient cependant emparés de la ville, où eut lieu un horrible carnage et où Ton ne respecta même point la pudeur des Vierges consacrées à Dieu. Fait prisonnier par les Français en cette circonstance et gardé comme otage, le Cardinal Jean de Médicis, représentant de Jules II, fut ensuite conduit h Milan. Dans cette ville, plusieurs officiers français demandèrent à ce Cardinal (qui fut plus tard Léon X) l'absolution de l'excommunication qu'ils avaient en-

— secourue pour avoir combattu contre le Pape. Ainsi les Français faisaient la guerre à Jules II, tout en reconnaissant que son représentant au milieu d'eux était seul capable de rendre la paix à leur conscience: et cela au moment même de la célébration du Conciliabule soutenu et favorisé par le roi de France.

La victoire sign dé^* qui* l 'S Iroiipes di' Louis XII venaient de rpmporl<'r sur les PoiUificuix répandit l'épouvante en Ualie et Ton commf^nça à douter sérieusement que le Concile i^énéral pût se tenir à Rome. Cependant Touverlure en fut simplement relardée de quelques jours et , le 3 Mai 1512, le Pape, les Cardinaux et les Prélats se trouvèrent réunis dans la Basilique de Latran.

Le Concile, de la P" Session à la V\

Plein d'énergie, quoique presque toujours malade, Jules II résolut d'ouvrir en personne le Concile général qu'il avait convoqué pour le 19 Avril 1512, mais qu'il s'était vu obligé de proroger jusqu'au 3 Mai de la même année, à la suite de la sanglante victoire de Ravenne remportée, comme nous venons de le dire par les Français sur Tarmée

Pontificale renforcée des Espagnols. Le 2 Mai 1512, accompagné des Cardinaux, des Évêques, de toute la Cour Romaine et des Chevaliers de Rhodes, le Pape se fit transporter en litière (à cause de ses infirmités) du Vatican au palais de Latran, où il passa la nuit, afin de se trouver prêt le lendemain matin à ouvrir le Concile. Paris Grassi, préfet des cérémonies pontificales rapporte que, le Lundi matin, 3 Mai, les Cardinaux, Patriarches, Archevêques, Évêques et Abbés se trouvaient déjà dans FArchibasilique de Latran, lorsqu'il alla prévenir Jules II qu'il trouva reposant encore, et qu'il dut par conséquent réveiller. Ce n'était point le courage qui manquait au Pontife; mais les forces naturelles lui faisaient souvent défaut, parce que son énergie morale ne tenait jamais compte de la faiblesse de son corps épuisé par les fatigues, notamment par celles de la guerre. Étant descendu dans l'Église et revêtu des habits Pontificaux, Jules II prit place sur son trône, au milieu des Pères qui, au nombre de 15 Cardinaux et de 83 Patriarches , Archevêques, Évêques et Abbés, s'étaient rendus à son invitation. Les Italiens étaient les plus nombreux. Les Français, par des motifs faciles à comprendre, n'étaient point venus prendre part au Concile.

Après la Messe, que célébra Raphaël Riario Cardinal-Doyen , Évêque d'Ostie et Camerlingue , un sermon fut prononcé par Fr. Egidius de Vi-

lerbe, Général des Augustins, lequel avait la réputation d'être un des meilleurs orateurs de l'époque. Il dépeignit avec les plus vives couleurs les besoins de la Chrétienté et décrivit avec une liberté toute évangélique les vices qui dominaient à cette époque. Sadolet, en publiant ce discours, le dédia au Cardinal Bembo , ce qui montre assez combien était grande la réputation de l'auteur. (^£a6he, Tom. XIX, pag. 667).

Suivant Tusage traditionnel , les Pères, revêtus de la chape, de la chasuble ou de la dalmatique, selon Tordre auquel ils appartenaient, firent une procession. Après les Litanies, on invoqua TEsprit-Saint et les Chantres de la Chapelle Pontificale chantèrent le Psaume: Salvum me fac Deus^ quoniam miravermil aquae usque ad animam meam. Alors les Cardinaux et les Prélats rendirent Tobédience au Pape, puis Louis d'Aragon, Cardinal- Diacre de S^' Marie in Cosmedin, chanta l'Évangile: Designavit Dominus el alios sepluaginta duos. Ensuite, Alexandre Farnèse, Cardinal-Diacre de S. Eustache, vint se placer à côté de Jules II et donna lecture d'un bref mais substantiel discours que le Souverain Pontife aurait prononcé lui-même, si l'état de sa santé le lui eût permis. Dans ce discours le Pape exposait les motifs qui l'avaient décidé à célébrer le Concile : à savoir l'extirpation des hérésies et du schisme, le rétablissement de la paix

entre les princes Chrétiens, la réforme des mœurs et de la discipline Ecclésiastique, enfin la guerre contre les Turcs. Jules II exhortait les Pères à n'avoir que Dieu en vue, afin de trouver les moyens de subvenir efficacement aux besoins du peuple Chrétien. Immédiatement après la lecture de cet écrit, le Pape, Sacro approbanle Concilio^ déclara le Concile ouvert et fixa au Lundi, 10 du même mois, la I'"' Session.

En conséquence le 10 Mai, se tint la 1^" Session du Concile général, au miheu de la grande nef de TArchibasilique de Latran. Le Pape présidait lui-même l'Assemblée. On y comptait quatre Cardinaux-Evêques: huit Cardinaux-Prêtres ; trois Cardinaux-Diacres, et 77 Prélats revêtus du caractère Épiscopal, parmi lesquels on remarquait César, Patriarche d'Alexandrie, Alphonse, Patriarche d'Anlioche et plusieurs autres Évêques in parlibus. Venaient ensuite deux Abbés et quatre Généraux d'Ordres Religieux. On y voyait, en outrC;, le Sénateur de Rome, les Orateurs d'Espagne, de Venise et de Florence , les quatre Conservateurs et plusieurs autres personnages de distinction ainsi que beaucoup de Docteurs et de Maîtres en théologie.

La Messe fut célébré par le Cardinal-Évêque d'Ostie, Dominique Grimano , appelé le Cardinal de S. Marc et le sermon fut prononcé par Ber-

nardin , Archevêque de Spalatro. Après le chanl des Litanies et les prières d'usage, le Pape, ayant reçu Tobédience des Cardinaux et des Prélats , bénit le Concile. Le Cardinal d'Aragon chanta ensuite TÉvangile: Ego sum Pastor bonus. Jules II adressa alors aux Pères une allocution touchante, dans laquelle il les exhortait à rechercher les moyens les plus efficaces pour rétablir la paix entre les princes Chrétiens , extirper les hérésies , réformer les mœurs et la discipline ecclésiastique et combattre les Turcs. Après quoi, il entonna luimême le Veni Creator, Le Cardinal Farnèse, debout à côté du Pape , lut ensuite un écrit dans lequel le Souverain Pontife rappelait la convocation du Concile général par la bulle Sacrosancta Romana Ecclesia, datée XV Kalend.Aug, /5//, et munie non seulement de la signature de Jules II mais encore de celle de 21 Cardinaux. Il rappelait également la première prorogation du Concile par la Bulle Inscrutahilis^ datée XV Kalend. Mail. /5/^, et enfin la seconde prorogation du 26 Avril de cette même année, en vertu de la Bulle Romanus Pontifex. Les trois Bulles furent lues intégralement par le secrétaire du Concile et après cette lecture le Cardinal Farnése reprit son écrit et continua à exhorter, au nom du Pape, les Pères à prier et ut cogiiare dilig enter velint^ deinde proponere ea per quae possit eliam Congregatio Catholicorum ad de-

bitam reformalionem ei tranqmllilatem oplalam^ Deo adjuvante , perduci. Il termina en proclamant les noms des officiers du Concile, désignés par le Pape, puis s'adressant aux Pères, il leur demanda s'ils approuvaient contenta in Schedula, Tous, sans exception, répondirent Placet. Alors les officiers du Concile nommés par le Pape, s'approchèrent du Trône, s'agenouillèrent, baisèrent en se prosternant les pieds du Saint Père et prêtèrent serment sur les Saintes Écritures de remplir fidèlement leurs fonctions. Enfin le Cardinal Farnèse, toujours au nom du Pontife , intima la \V Session pour le Lundi suivant, 17 Mai, en annonçant que l'on s y occuperait du Conciliabule de Pise.

Il était nécessaire, en effet, de faire connaître à la Chrétienté le caractère schismatique de ce Conciliabule, qui imitant celui de Baie, prétendait s'ériger en tribunal suprême et juger le Pape etTÉglise. Nous croyons pouvoir nous dispenser de montrer combien ce Pseudo-Concile était en opposition avec tous les principes du droit canonique et avec la conslilulion hiérarchique de TÉglise Catholique, car la chose est trop évidente d'elle-même. Toutefois, les Pères de Latran jugèrent à propos de le condamner solennellement par une Bulle Conciliaire dans leur II* Session, tenue le 17 Mai, sous la présidence du Pape. Ce jour là, la Messe fut célébré par Thomas Cardinal-Prêtre de S. Martin ai

Monti et le sermon fut prononcé par le Général des Dominicains, le célèbre Thomas de Vio, plus connu sous le nom de Cardinal Gajélan, (Lahhe Tom. XIX pag, 119). Le roi Henri d'Angleterre, que Jules II était parvenu à gagner à son parti, en le détachant du roi de France , avait envoyé au Concile des lettres annonçant l'alliance qu'il venait de conclure avec le Souverain Pontife. Ces lettres furent lues dans cette Session par Balthasar Tuerdo, secrétaire du Pape. Le roi d'Aragon avait adressé à Jules II des lettres semblables qui furent lues, de Tambon, par Thomas Phédra, bibliothécaire du Pape et secrétaire du Concile. Dans ces lettres le monarque nommait Jérôme de Vich pour le représenter. On récita ensuite les prières accoutumées et les Pères rendirent l'obédience au Pape; Jules II bénit le Concile et après l'Évangile Attendue a falsis prophetis^ que chanta le Cardinal d'Aragon, il entonna le Vent Creator, Ensuite l'Archevêque de Spalatro monta sur l'ambon et lut la Bulle qui condamnait le Conciliabule de Pise, en donnant un temps déterminé aux Schismatiques pour se soumettre. A la demande faite aux Pères, s'ils approuvaient le contenu de cette Bulle? tous répondirent: Placet. Vincent Carafa, Archevêque de Naples, lut alors plusieurs mandats de procuration et ainsi se termina cette Session.

Mais alors survinrent dans la Péninsule de

graves événements qui ralentirent la marche du Concile. Le Cardinal de Sion , ayant recruté aux frais du Pape une armée de 24,000 Suisses, entra en Italie avec l'intention d'en chasser les Français. Son arrivée releva le courage des Italiens et plusieurs villes, suivant l'exemple de Gênes, secouèrent le joug de l'étranger. Alors Maximilien Sforza, fils de Louis , réussit à entrer dans Milan et obligea les Français à se retirer dans la citadelle. Les membres du Conciliabule de Pise, réfugiés à Milan, s'enfuirent en cette circonstance et allèrent chercher un asile d'abord à Asti, puis à Lyon, comme nous l'avons vu plus haut. Jules II, encouragé lui aussi, par l'heureux succès de ses armes, tint, le 13 Août, un Consistoire dans lequel il excommunia Louis XII et jeta l'interdit sur toute la France, excepté sur la Bretagne qui s'était toujours montrée fidèle au Pontife. Cet acte de bienveillance particulière envers les Bretons était encore motivé par la conduite (bien connue du Pape) de la reine, Anne de Bretagne, qui avait constamment exhorté le roi son époux à se réconcilier avec Rome.

Tandis que les Français étaient contraints d'évacuer Milan, Jules II se voyait soutenu par l'Espagne , l'Angleterre et la Suisse. L'empereur Maximilien lui-même cessa de se montrer hostile au Saint-Siège et voulut se faire représenter au Concile. Le Pape aurait désiré tenir le plus tôt pos-

sible la IIP Session; mais réfléchissant qu'il valait mieux, sous tous les rapports, attendre l'arrivée du représentant impérial, il fit publier (le 31 Octobre) le décret qui ajournait cette Session jusqu'au 2 Décembre. Matthieu Lang, Évêque élu de Gurk, était l'ambassadeur que Maximilien envoyait au Concile.

Le Vendredi, 3 Décembre 1512, la IIP Session s'ouvrit sous la présidence de Jules II; Matthieu Lang y fut reçu avec toute sorte de marques de distinction et y remit les lettres de créance par lesquelles l'empereur Maximilien l'autorisait à assister;, en qualité de son représentant, au Concile. Après la Messe, que célébra Marc, Cardinal de Sinigaglia et Évêque de Palestrine, Alexis, Évêque de Melphi, prononça le sermon; ensuite eurent lieu les prières d'usage et le Cardinal d'Aragon lut l'Évangile: Ego sum Paslor bonus. Le secrétaire du Concile, ThomasPhédra, lut alors, du haut de l'ambon, les lettres de créance de l'envoyé impérial, datées de Cologne, le 1'' Septembre de cette même année 1512. (Labhe, Tom. XIX, pag, 701), Alors, l'Évêque-ambassadeur révoqua devant les Pères, au nom de l'empereur MaximilieU;, tout ordre ou arrêté émané de ce dernier en faveur du Conciliabule de Pise, après quoi il baisa humblement les pieds du Souverain Pontife.

Dans cette même Session fut lue la Bulle Con-

ciliaire dans laquelle, après avoir fail mention de l'adhésion de Tempereur Maxirnilien au Concile , on condamnait tous les Actes du Conciliabule , ceux de Pise aussi bien que ceux de Milan et de Lyon. On y désignait par leurs noms les Cardinaux Schismatiques et l'on y renouvelait l'interdit prononcé, le 13 Août, par Jules II contre le royaume de France ; on y défendait de tenir des foires à Lyon et l'on déclarait celles-ci transférées à Genève. La IV Session fut annoncée pour le 10 Décembre. On demanda ensuite au Concile sur tous ces actes solennels le P/acd d'usage, qui fut unaniment accordé par les Pères. La IIP Session se termina par le chant du Te Deum et le Pape, accompagné des Cardinaux et des Évêques, s'en retourna au Vatican.

Une fois la rupture consommée entre Jules II et Louis XII, nul ne pouvait s'étonner que le Pape songeât à profiter de l'occasion pour abolir entièrement la Pragmatique Sanction. Nous avons vu plus haut comnientCharlesVII avait su tirer parti du Concile de Baie et avait promulgué dans son royaume une loi à laquelle on donna le nom de Pragmatique Sanction, Cette dénomination, empruntée, comme chacun sait, au Code des lois Romaines, servait autrefois à désigner les rescrits impériaux, qui concernaient le gouvernement des provinces et s'appelaient formules pragmatiques on pragmatiques sanctions. On trouve ces expressions employées fréquemment en

France pour désigner certains décrets d'une importance spéciale (et publiées ordinairement par les Parlements) tant dans l'ordre ecclésiastique dans Tordre civil. Les deux Pragmatiques Sanctions les plus célèbres en France sont celles de S. Louis et de Charles VIL

Celle de S. Louis est composée de six articles. Toutefois de graves historiens doutent que S. Louis ait réellement publié cette loi qui porte la date de 1268. En effet, lorsque Boniface VIII revendiqua les droits du Siège Apostolique (particulièrement en ce qui regardait les Bénéfices) contre Phi- Hppe le Bel, il n'aurait assurément pas manqué de mentionner (ne fut-ce que pour la déclare^ abolie) la prétendue Pragmatique Sanction de S. Louis. Charles VII, lui-même, en promulguant la sienne^ au lieu de s'appuyer uniquement sur les décrets de Baie, aurait certainement rappelé l'existence de la Pragmatique Sanction du Saint Roi, soit pour la remettre en vigueur, soit pour corroborer la nouvelle. Ajoutons qu'après l'abolition de la Pragmatique Sanction de Charles VII par le V Concile de Latran , si la Pragmatique attribuée à S. Louis avait été regardée comme authentique , les Pères auraient dû l'abroger pareillement comme offensant les droits et la dignité du Siège Apostolique.

Pressé par les instances des Pères de Bâle , irrités de ce qu'Eugène IV venait de transférer le

Concile à Ferrare, Charles Vil, accompagné des grands de son royaume, se rendit, en 1438, à Bourges. Là se tint, en Mai et en Juin, une Assemblée extrêmement nombreuse à laquelle assistèrent des Évêques , des Docteurs et des représentants des Chapitres. On y composa les décrets connus sous le nom de Pragmatique Sanction de Charles F//, et ils furent publiés (comme nous l'avons observé précédemment) le 7 Juillet 1438. En substance, ces décrets n'étaient autre chose que les règlements disciplinaires rédigés par les Pères de Baie, à part quelques modifications réclamées par les coutumes françaises. Ces décrets forment vingt-trois articles. Il suffit de les lire pour s'apercevoir que Charles VII et l'Assemblée de Bourges s'étaient arrogés des droits qui n'appartiennent qu'au Pape seul ou au Concile général, légitimement convoqué et légitimement célébré, en union avec le Pontife Romaini Nous ne dirons rien ici de plusieurs articles de la Pragmatique qui font toucher du doigt aux moins clairvoyants le ridicule de cette loi. En effet, lorsqu'un prince (fut-il même soutenu par une Assemblée nombreuse et renfermant un certain nombre d'Évêques) trace des règles pour bien réciter l'office divin au chœur , et détermine les heures auxquelles on devra s'y rendre , il nous semble qu'une telle prétention est plus propre à exciter le rire que la pitié. En 1461 , Louis XI avait

aboli la Pragmatique^ en avouant au Pape qu'elle avait été faite en temps de schisme. Malheureusement, elle avait déjà pris racine en France et le même roi eut à vaincre à ce sujet de si fortes oppositions, qu'à la fin de son règne la Pragmatique Sanction fut remise en vigueur et que Louis XII, en montant sur le trône, la confirma par plusieurs arrêts du Parlement, déclarant qu'elle avait force de loi.

Jules II ne pouvait voir d'un œil indifférent de pareilles usurpations sur les droits de l'Église. Telle fut la raison pour laquelle il voulut que cette grave question fut examinée par les Pères dans la IV' Session. En conséquence, le Vendredi, 10 Octobre, le Souverain Pontife présida lui-même cette Session dans l'Ârchibasilique de Latran et ce fut la dernière fois qu'il parut au Concile. Le Cardinal Nicolas Fieschi célébra la Messe du Saint Esprit et le Vénitien Christophe Marcel, Docteur et Notaire Apostolique, fit le sermon. Après les cérémonies et les prières d'usage, Marc de Corneliis, Cardinal-Diacre de S" Marie in Porticu^ chanta l'Évangile: Eœiit qui seminat etc. et le secrétaire du Concile, Thomas Phédra, lut une commission en vertu de laquelle la République de Venise accréditait auprès du Concile un ambassadeur spécial, qui, à ce moment là^ se trouvait malade. C'était le Chevalier François Foscari. Comme on devait, dans cette IV* Session,

traiter de la Pragmatique Sanction^ Jules II fit donner lecture par Phédra des lettres de Louis XI à Pie II, relatives à l'abolition de cette loi. (Labbe Conc. Tom, XIX, pag. 749), Ensuite, on donna connaissance du moniloire publié contre les fauteurs de cette même Pragmatique, Une Bulle avait été préparée d'avance; elle fut lue, après qu'on eut fait sortir de l'enceinte du Concile tous ceux qui n'avaient pas droit d'y siéger. On ferma ensuite les portes de l'Archibasilique et Alexandre , Évêque d'Alexandrie , lut solennellement aux Pères (qui étaient revêtus des ornements Pontificaux et portaient tous la mitre) la Bulle Pontificale 5acro approbanie Concilio^ datée de cette même Session IV'. Cette Bulle roule toute entière sur la nécessité de condamner la Pragmatique Sanction dont les fauteurs sont sommés de se présenter devant le Concile pour exposer les motifs qui les portaient à s'opposer à cette condamnation. Louis XII, lui-même, fut cité à comparaître dans un délai de soixante jours. On institua une Congrégation, composée de Cardinaux et d'Évêques, qui devait se réunir dans la grande salle du Palais Apostolique, pour examiner tout ce qui avait rapport à cette affaire. Ensuite, on annonça que la V Session aurait lieu le 16 Février. L'Évêque d'Alexandrie, le même qui avait donné lecture de la Bulle, demanda alors aux Pères s'ils Tapprouvaient et les Scrutateurs, les Protonotaires

— dO —

Apostoliques et les Notaires allèrent recueillir le vote de chacun. Jules II donna le premier son PlaceL Après lui tous les Pères sans exception répondirent également Placet, (Et omnes post Sanctissimum Dominum Noslrurriy qui respondit per verbum Placet , responderunt placere eis contenta in Schedula). (Tom. XIX. Conc. pag. 7S4), Les Cursores allèrent ensuite à la porte de rArchibasilique faire les citations d'usage à ceux qui ne s'étaient pas rendus au Concile. Lorsqu'ils furent de retour, on demanda la condamnation par contumace de ces mêmes absents dans la Session suivante ; mais le Pape ne répondit rien. On lut enfin des mandats de procuration , dans lesquels plusieurs Évêques s'excusaient de ne pouvoir assister personnellement au Concile. La Session se termina par le chant du Te Deum et le Pape Jules, à cheval et accompagné des Cardinaux et des Évêques, s'en revint au Vatican.

La Pragmatique Sanction avait toujours été repoussée à Rome, mais Louis XII et son Parlement la défendaient avec opiniâtreté, attendu que le roi voulait s'en faire une arme pour combattre Jules II dont il se voyait continuellement menacé en Italie. Non-seulement l'acte Conciliaire qui citait ce prince à comparaître fut ensuite affiché a Rome aux endroits accoutumés, mais il fut encore rendu public à Milan, à Asti et à Pavie. Ailleurs

la chose était impossible, à cause de la domination exercée en Lombardie par Louis XII. A peine le monitoire fut-il connu en France, qu'il s'y produisit une grande effervescence dans les esprits. La crainte qu'inspirait le caractère de Jules II fut cause que le Cardinal Philippe de Luxembourg, le duc de Valois et la reine Anne se hâtèrent d'écrire au Pape pour excuser le roi qu'ils représentèrent comme poussé à la résistance par ses ministres et non par ses dispositions personnelles.

Jules II en était ainsi arrivé à dominer entièrement la position, et avait isolé le roi de France, en le réduisant à se tenir sur la défensive. Il était sur le point de recueillir le fruit de tant de travaux entrepris dans l'intérêt de TÉglise et de Tltalie, lorsque sa frêle santé reçut une nouvelle secousse. Une fièvre lente le saisit et l'empêcha de présider la Y Session. Il chargea alors le Cardinal-Évêque d'Ostie de le remplacer et la Session ne s'en tînt pas moins au jour fixé, c'est-à-dire le 16 Février 1513.

Le Cardinal Raphaël Riario, Doyen du Sacré Collège et remplissant de plus la charge de Camerlingue, présida donc la séance, au nom du Pape. Alphonse, Patriarche d'Antioche, célébra la Sainte Messe sur un autel placé en face des Pères , vu Fabsence du Souverain Pontife. Le sermon fut prononcé par Jean-Marie, Évêque de Siponte. Après les

prières, le Cardinal d'Ostie entonna, de l'autel, le Veni Creator et Antoine dePiperno, Diacre de la Chapelle Pontificale, chanta l'Évangile: Amen dico vobis: qui non intral per oslium etc. Lecture fut ensuite donnée par Phédra des lettres de créance qui autorisaient le représentant de Lucques à se présenter au Concile. On intima ensuite YExlra omnes^ et ceux-là seuls qui avaient droit de siéger restèrent dans TÉglise. Jules II prévoyait que la fièvre lente dont il était atteint le conduirait prochainement au tombeau. En conséquence, il voulait prendre les mesures nécessaires pour l'élection de son Successeur , au moyen d'une Bulle, préparée déjà depuis longtemps et datée de Saint Pierre, Fan 1505, laquelle contenait plusieurs décrets dirigés contre tout acte simoniaque qui aurait pu se produire lors de la création du futur Pape. Il avait donc ordonné de lire cette Bulle en Concile. La lecture en fut faite, du haut de l'ambon, par Mgr. Scaramuzza , Évêque de Cumes. Quoique cette Bulle de 1505 eût été précédemment confirmée et déclarée authentique par Jules II, à Bologne, Fan VII de son Pontificat, il voulut néanmoins la faire sanctionner par le Concile de Latran afin de lui donner une solennité plus grande. C'est pourquoi cette Constitution fut définitivement rédigée sous la date même de la Session V°. On interrogea alors tous les Pères, afin de savoir s'ils approuvaient la publica-

— talion de la Bulle. Cinq Évêques seulement firent quelques observations ; tous les autres répondirent PlaceL Jean Dominique , Évêque de Tortone , se déclara insuffisamment éclairé et par suite ne voulut point voter. Le contenu de la Bulle, sed non formaj fut approuvé de Benoît, Évêque de Chio. L'Évêque de Castro dit: poenas contentas in supradicta Schedula esse modificandas, L'Évêque de Gumes, Scaramuzza approuva les dispositions de la Bulle: de manifesta simonia; de occulta non, nisi declaratione prius facta per Générale Concilium, L'Évêque d'Alexandrie donna son assentiment à ces mêmes dispositions avec la restriction suivante : quatenus simonia sit notoria facti permanentis vel procederet declaratio Generalis Concilii; vel ah omnibus vel duabus partibus Cardinalium opponeretur de simonia, (Tom. XIX. Conc, pag. 772),

Ensuite Mgr Scaramuzza lut une Scheda de Jules II, datée du jour même de cette Session et par laquelle le Pape, rappelant le monitoire publié au sujet de la Pragmatique Sanction^ manifestait l'intention de terminer lui-même en Concile celte affaire, si Dieu lui rendait la santé. On y fixait en outre le jour de la Vi' Session (III . Id, ApriLJ . Scaramuzza demanda alors aux Pères leur P/at?^/ que tous donnèrent, nemine pemtits discrepante. Le Procureur fiscal du Concile ayant demandé au Cardinal-Évêque d'Ostie, qui présidait, la permission de faire aux

absents une citation, à la porte de TArchibasilique, obtint celte faculté et, après avoir procédé aux sommations d'usage, requit l'application des peines et des censures encourues par les retardataires; il fit en outre une instance pour être autorisé à rédiger de tous ces actes un instrument officiel. On lut ensuite plusieurs mandats de procuration, entre autres celui du Patriarche de Venise, en faveur du Cardinal Grimano, Évêque de Porto. Ainsi se termina la V Session.

Quatre jours après, Jules II dont la maladie s'était considérablement aggravée, voulut recevoir les derniers Sacrements; puis, ayant fait venir les Cardinaux, il leur déclara que l'élection du futur Pape devait être faite par eux seuls, à l'exclusion du Concile et aussi des Cardinaux schismatiques. Il ajouta qu'il pardonnait de grand cœur à ces derniers, en tant que Julien, mais non en tant que Jules. Il témoigna, à ce moment suprême, regretter les guerres passées et rendit enfin le dernier soupir au Vatican. Le nom de Jules II brillera toujours dans rhistoire d'Italie, dans celle des beaux-arts, et dans les fastes de l'Église Catholique, comme celui d'un Pontife qui voulut employer la Papauté à sauver l'Italie du joug de l'étranger, en même temps qu'il encourageait l'étude des lettres et des arts et soutenait intrépidement les droits du Siège Apostolique.

Jules IL

Il est un temple, le plus vaste du monde, surmonté de la coupole la plus hardie que l'on puisse imaginer. Ce temple conserve la plus vive empreinte du génie artistique de l'Italie, personnifié dans Bramante et dans Michel Ange; car le premier en traça le plan primitif et le second en poursuivit l'exécution, en y apportant certaines modifications, et laissa le modèle de la double et gigantesque coupole. Ce temple si célèbre renferme, entre autres, les restes du grand Pontife dont l'esprit créateur conçut le dessein de remplacer la vieille Basilique par un édifice immense qui surpassât en grandiose et en magnificence toute œuvre du même genre des temps passés et futurs. Cependant , en vain y cherche-t-on un monument qui indique à la postérité le lieu de la sépulture du Pape à qui la Chrétienté doit Saint Pierre. A Florence, chacun peut admirer dans l'Église de S^' Croix le sépulcre du prodigieux Michel Ange, véritable architecte de la nouvelle Basilique Vaticane; tandis que dans celleci, c'est à grand peine que, dans un coin de la chapelle du S. Sacrement, on trouve écrit le nom de Jules II, gravé sur le marbre par les soins d'un

ancien Sacristain de TÉglise, Pierre de Trois. Cette inscription nous apprend que les ossements de ce Pontife furent placés, avec ceux des Cardinaux Gai eotto délia Rovere etFazio Santorio, sous le monument qui recouvre les restes de Sixte IV. Peut-être en est-il ainsi parce que la Basilique Vaticane ellemême sert de monument à Jules 11^ aux yeux de la postérité, ou bien parce qu'à la mort de Michel- Ange aucun artiste ne se sentit capable d'achever le tombeau majestueux qui devait s'élever à la mémoire de ce grand Pape, sous la voûte même de la coupole , et dont la quatrième partie seulement s'offre dans la Basilique Eudoxienne (S. Pierre aux Liens) aux regards de quiconque y contemple le fameux Moïse de l'inimitable sculpteur. Ainsi, les ossements de Jules II reposent auprès de ceux de son oncle paternel. Sixte IV, mais sans posséder l'honneur d'une sépulture spéciale et digne du glorieux Pontife dont nous allons retracer ici brièvement les principales actions. Exemple bien frappant de la caducité des grandeurs de ce monde et en particulier de la misère de l'homme. Ce n'est donc point à l'un de ces mausolées destinés à perpétuer la mémoire de morts vulgaires que nous irons demander les qualités de Jules II; car ces monuments le plus souvent élevés par l'adulation ou par un luxe déplacé, le sont rarement par la reconnaissance des vivants et pour rendre aux

défunts un honneur mérité. Jules II s'est érigé lui-même un monument impérissable en consignant entre les mains de l'histoire, tant profane qu'ecclésiastique, ses glorieuses actions. Il serait trop long de les rapporter ici toutes et le plan de cet ouvrage ne nous le permettrait pas; nous en rappellerons néanmoins quelques unes d'une importance particulière, car nous voudrions pouvoir tracer dans toute sa majesté le portrait historique de ce grand Pape dont le visage a été si admirablement reproduit par le pinceau de Raphaël.

Il arrive souvent que les hommes de génie ont une humble origine. C'est ce qui se vérifia pour Jules II, quoiqu'aient pu dire à cet égard certains auteurs. Si la grossière tunique des Franciscains n'avait pas fait parvenir aux honneurs et enfin à la Papauté François de la Rovère, fils d'un simple pêcheur, son neveu Julien (né à Albizola, le 15 Décembre 1443 de Raphaël de la Rovère et de Théodora Manerola), malgré ses grandes qualités, serait peut-être demeuré inconnu au monde. Mais la Providence veillait sur lui. Entretenu par son oncle an couvent desFranciscains, il apprit, dès ses plus jeunes années, à connaître le monde, grâce à la sage direction de l'éminent Religieux. Celui-ci, versé dans les sciences sacrées, et d'une aptitude remarquable pour les travaux philosophiques, put en effet diriger lui-même Téducation de

son neveu, qui fut ensuite confiée à Nicolas Pandolfini^ depuis Cardinal. Julien se trouvait dans le couvent des Frères Mineurs de Pérouse, pour raison d'études, lorsque son oncle, devenu Pape sous le nom de Sixte IV, l'éleva sur le Siège Épiscopal de Carpentras, et le revêtit, presque aussitôt après, de la Pourpre Romaine. Le Cardinal Julien de la Rovère se vit alors lancé dans monde et obligé d'accepter les plus hautes dignités, comme pouvait d'ailleurs le faire prévoir sa qualité de neveu d'un Pape au XV' siècle. Aussi, occupa-t-il successivement divers Sièges Épiscopaux en France et en Italie, et en dernier lieu ceux de Bologne , d'Albano , de Sabine , d'Ostie et Vellétri. 11 remplit par trois fois la charge de Légat à lalere auprès du changeant et astucieux Louis XI, dont la maxime était que celui qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner. Envoyé comme Légal dans presque toutes les provinces de l'État Pontifical, le Cardinal Julien eut mille occasions d'apprendre à connaître les hommes et la société. Sous le Pontificat d'Alexandre VI, il se tint éloigné de Rome, par crainte du poison, sachant combien alors on avait recours à ce moyen honteux de satisfaire les vengeances publiques et privées. La France lui donna, en cette occasion, une hospitalité honorable, et Charles VIII, ainsi que Louis XII purent reconnaître en lui une énergie de caractère que ce dernier devait plus tard

mieux constater encore. Ce fut pendant ce séjour du Cardinal en France que sa future élévation à la Papauté lui fut prophétisée, dit-on, par S. François de Paule.

Julien de la Rovère, Cardinal-Prêtre du titre de S. Pierre aux Liens, monté sur la chaire de S. Pierre , put enfin s'occuper de réaliser deux grands projets conçus par lui depuis longtemps: celui d'éloigner de l'Italie le fléau des armées étrangères et celui de relever en France l'autorité Pontificale en condamnant solennellement la Pragmatique Sanction. A la vérité, pendant son Pontificat, il se trouva souvent en face des plus sérieuses difficultés ; son courage toutefois ne faiUit jamais. Quelques Cardinaux , dévoués à Louis XII , fomentèrent un schisme, dans le Conciliabule de Pise, mais Jules II sut opposer fort à propos à cette Assemblée le Concile général de Latran qui en réduisit l'influence à néant. D'une grande noblesse de sentiments, d'un courage indomptable et bien supérieur à ses forces physiques;, il finit par succomber à une maladie lente , sans cependant que son moral se laissât abattre aux derniers moments de sa vie. En efifet , ne pouvant plus , à cause des progrès de son mal, continuer à diriger personnellemente les Sessions du Concile, il chargea quelqu'un de capable de le présider à sa place; et comme les Cardinaux schismatiques n'étaient pas venus

— so —

à résipiscence, il les déclara exclus du Conclave; enfin dans le but de prévenir toute intrigue simoniaque de leur part, lors de l'élection de son Successeur, il renouvela des Bulles publiées antérieurement par lui et auxquelles, pour plus de solennité, il fit accéder le Concile. L'âme de ce grand Pontife quitta enfin cette terre et alla se réunir à Dieu dans lâchante, en laissant aux hommes un lumineux exemple de ce que peut une forte inteUigence, disposant de l'autorité suprême de l'Église sur les peuples, sur les nations, sur les rois, et même sur les beaux-arts que le génie de Rome Chrétienne a tant contribué à ennoblir. Une partie notable de la gloire acquise par Jules II pendant son immortel Pontificat fut recueillie par son Successeur, Léon X.

Page 1