‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 2 sur 18 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le Concile^ de la VI' à la VlIP Session,

A la mort du Pape Jules II, le Sacré Collège écrivit immédiatement au roi de France, afin que ce prince envoyât au Conclave les Cardinaux de Luxembourg, d'Albret, de Final et de Clermont- Lodève , lesquels furent l'objet d'une invitation spéciale parce qu'ils n'avaient jamais pris part au Conciliabule de Pise. Les Cardinaux surnommés de Pise y se voyant exclus du Conclave et ayant

perdu précédemment le Cardinal Borgia demandèrent alors à se réconcilier avec l'Église.

A peine eut-on procédé aux funérailles du défunt Pape selon la coutume, dans la» Basilique de Saint-Pierre, que 25 Cardinaux-électeurs entrèrent en Conclave, le 4 Mars , après la Messe du Saint Esprit célébrée à Tautel de S. André. Réunis dans la chapelle Sixtine, ils commandèrent que l'on procédât à la clôture du Conclave. Il arriva alors que le Cardinal de Médicis, souffrant d'un abcès, manda du dehors le Docteur Jacques de Brescia qui lui fit l'opération; mais ensuite ce chirurgien ne put plus sortir du Conclave, par ordre du Sacré Collège. Comme l'élection du Pape n'était point encore effectuée au bout de trois jours, les gardiens du Conclave (selon la teneur des lois Pontificales) réduisirent à un seul plat le dîner des Cardinaux. On commença alors à penser plus sérieusement à faire un choix et le 10 Mars le Cardinal d'Albarasin eut 13 voix. Ce résultat suffit pour réveiller l'activité de ses compétiteurs et ceux-ci, dans raprès-midi du même jour, conférèrent ensemble sur les moyens d'en venir le plus tôt possible à une élection qui les satisfît. Les deux Cardinaux qui semblaient avoir le plus de chances d'être élus étaient le Cardinal de Médicis et le Cardinal Riario. Ils s'abouchèrent également ensemble ; ce qui fit courir le bruit, dans le Conclave, que le Cardinal

— Sade Médicis serait certainement élu. En conséquence, le soir et même de nuit, plusieurs Cardinaux vinrent le trouver et lui baisèrent les mains en témoignant qu'ils regardaient son élection comme imminente. En effet, le lendemain matin, Vendredi 11 Mars, Jean de Médicis, Cardinal-Diacre de S" Marie in Dominica fut proclamé Pape à l'unanimité des suffrages et prit le nom de Léon X. Les plus jeunes Cardinaux poussèrent les plus anciens à accomplir cette élection, et non sans motif, car Jean de Médicis était un des leurs, n'ayant alors que 37 ans. Conduit à la Basilique de Saint-Pierre et placé sur le Maître-Autel, il y fut intronisé pendant que l'on chantait le Te Deum, Ensuite, le Samedi, 19 Mars: ante porticum et introitum dictae Basilicae, videlicet supra scalarn marmoream in qua conslructum fuerat quoddam tahernaculum ornalum sive solium eleimtum , il fut couronné par le Cardinal-Diacre Alexandre Farnèse, en présence du Collège des Cardinaux, des Patriarches, des Archevêques et Évêques, ainsi que d'une foule immense de peuple, au milieu des applaudissements et de la joie universelle.

Le 10 Avril de la même année 1513, furent affichées à Rome les lettres Apostoliques décrétant la prorogation du Concile et fixant au 27 du même mois le jour auquel se tiendrait la VP Session. Ce délai avait pour but de laisser le temps de com-

paraître à ceux auxquels s'adressait le monitoire lu dans la Session précédente. Le lendemain 11, ces lettres Apostoliques furent affichées à la grande porte de TÂrchibasilique de S. Jean, où la multitude était accourue pour assister à la solennité de la prise de possession du nouveau Pape. Ce jourlà (qui était un Lundi), après l'office divin, célébré dans la Basilique de Saint-Pierre, Léon X, ayant sur la tête la Tiare Pontificale, accompagné des Cardinaux, des Patriarches, des Archevêques, des Évêques et des Abbés (tous revêtus de la chape et portant la mitre blanche), et suivi d'un cortège de ducs, de barons et de seigneurs tant Italiens qu'étrangers, se rendit en fendant avec peine les flots du peuple en fête, à l'Archibasilique de Latran pour y prendre solennellement possession de son Siège.

Le nouveau Pontife était précisément ce même Jean de Médicis qui, n'étant que Cardinal, avait été fait prisonnier par les Français à la bataille de Ravenne et conduit par eux à Milan. Louis XII ne pouvait par conséquent pas le considérer comme un ami de la France; c'est pourquoi il s'efforça de se le rendre favorable. Il entama à cet effet, et non sans succès, des négociations avec Julien de Médicis qui se trouvait alors à la tête de la République Florentine.

Le 27 Avril, eut lieu la VP Session du V Con-

cile de Lalran, laquelle fut la I''' tenue sous le Pontificat de Léon X. C'était un Mercredi. Le Pape la présidait personnellement. Il s'y trouva présents vingt-deux Cardinaux , deux Patriarches , douze Archevêques et Évêques assistants au Trône, soixante-quinze autres Archevêques et Évêques, deux Abbés (dont l'un était celui de Saint Sébastien hors les murs) ainsi que les représentants des divers princes. Le Sénateur et les Conservateurs de Rome occupaient des places particulières. La Messe fut célébrée par François de Volterra, Cardinal-Évêque de Sabine et le sermon fut prononcé par Simon Évêque de Modruss. Après les Litanies, Alphonse, Cardinal-Diacre de S. Théodore, chanta l'Évangile: Cum essel die illa una Sahbalorum etc. Alors Léon X entonna le Vent Creator et, prenant ensuite lui-même la parole , il exhorta les Pères à bien réfléchir aux intérêts de la Chrétienté, attendu qu'il se proposait de prolonger le Concile jusqu'à ce que la paix fût entièrement rétablie entre les peuples soumis à l'Église. Salviati, ambassadeur des Florentins, remit au Pape ses lettres de créance qui furent lues , sur l'ordre du Pontife , par Thomas Phédra, du haut de l'ambon. Le Procureur du Concile réitéra les admonitions précédemment adressées aux fauteurs de la Pragmatique Sanclion et qui avaient été affichées publiquement à Milan, à Asti et à Pavie, comme nous Tavons vu plus haut, dès

le mois de Février. On proposa ensuite de déclarer coupables les Prélats absents; ce à quoi le Pape ne répondit rien.

On fit alors sortir de l'enceinte du Concile tous ceux qui n'avaient pas droit d'y siéger, excepté toutefois les ambassadeurs; l'on ferma les portes de l'Archibasilique, et en présence du Pape et des Pères revêtus des ornements Pontificaux et portant la mitre, Robert, Archevêque de Reggio monta sur l'ambon et y lut, par ordre du Souverain Pontife, une Scheda par laquelle Léon X fixait au 23 Mai la VIP Session, afin de faciliter encore davantage la venue des Évêques (surtout de ceux de France) et de travailler ainsi plus efficacement à procurer la paix universelle. Le même Archevêque demanda ensuite aux Pères s'ils approuvaient ces dispositions et tous répondirent: placere contenta inSchedula. En dernier lieu, on donna lecture de plusieurs mandats de procuration.

Le Vendredi, 14 Mai, après-midi, m Basilica Lateranensiy in aula qua itur ad Sancta Sanctorum^ vulgariter nuncupata aula Concilii, se tint une Congrégation composée de quelques Cardinaux , des Prélats et des Généraux d'Ordres. Les Cardinaux étaient Riario , Évêque d'Ostie ; celui de Gran, du titre de S. Martin ai Monti, et Farnèse^ Cardinal-Diacre de S. Eustache. Les Patriarches et Évêques étaient au nombre de 87. Le Cardinal

d'Oslie proposa d'instituer une Congrégation spéciale, composée des Prélats les plus doctes et les plus graves, laquelle serait chargée de traiter préalablement les affaires du Concile et de les examiner avec tout le soin nécessaire, ce qui ne pouvait guère se faire en pleine Assemblée sans une grande perte de temps. Cette proposition fut agréée et les Prélats choisirent eux-mêmes au scrutin secret (en se servant de boules blanches et de boules noires) vingtquatre d'entre eux, qui furent ensuite répartis en trois Sections. Le 20 Mai, l'on annonça que la VIP Session serait prorogée jusqu'au 17 Juin, non-seulement parce que les matières que l'on devait y traiter n'avaient pas encore pu être suffisamment étudiées par les trois Sections de Prélats, mais encore afin d'attendre l'arrivée de Jean , Archevêque de Gnesen, Primat de Pologne et ambassadeur du roi Sigismond.

Ce fut le 3 Juin que le Pape divisa en trois Sections les 24 Prélats désignés plus haut. A la P'' Section fut confié tout ce qui regardait la paix entre les princes Chrétiens et l'extirpation du Schisme; à la li' Section, ce qui concernait la réforme générale de la Cour Romaine et de ses employés. La IIP Section fut chargée de tout ce qui avait rapport à la Pragmatique Sanction et à la Foi. Aux huit Prélats de chaque Section le Pape en adjoignit un certain nombre d'autres avec huit Car-

dinaux par Section. Les trois Sections s'occupaient chacune de leurs matières respectives en trois endroits séparés , dans le palais Apostolique. Après plusieurs heures de discussion, Ton finit par adopter d'un commun accord plusieurs conclusions. En conséquence, le Vendredi, 27 Juin, se tint la VU' Session, sous la présidence de Léon X. La Messe fut célébrée par un Archevêque et le sermon fut prononcé par le secrétaire du Cardinal d'Albarasin, Clerc et Protonotaire Apostolique; ensuite, après les Litanies et autres cérémonies d'usage, le Cardinal Farnèse chanta l'Évangile: Designavit Dominus etc. On présenta alors au Concile les lettres de créance de l'ambassadeur du roi de Pologne ; ce fut Phédra qui en donna lecture du haut de l'ambon. Marino Caracciolo, Protonotaire Apostolique, présenta aussi le mandai de procuration que lui avait envoyé MaximilienSforza, duc de Milan; ce mandat fut également lu par Phédra. On communiqua encore au Concile des lettres de créance, signées du marquis de Mantone et plusieurs autres mandats de procuration. Les Cardinaux Carvajal et de S. Séverin, principaux auteurs du Conciliabule de Pise, remirent alors l'acte par lequel ils demandaient à être réconciliés avec l'Église Romaine et rétractaient tout ce qui avait été fait par eux pendant le Schisme. Phédra donna connaissance aux Pères de cette supplique faite par les deux Cardinaux à l'effet d'obtenir l'absolution.

On fit alors sortir de TAssemblée tous ceux qui n'y siégeaient pas de droit, on ferma les portes de TArchibasilique, les Prélats se couvrirent de la mitre et l'Évêque de Rieti, Pompeo Colonna, monta sur l'ambon et y lut, au nom du Pape, une Scheda par laquelle , après avoir parlé des graves nécessités de l'Église, le Pontife, vu les chaleurs excessives de la saison, prorogeait le Concile et fixait la VHP Session au 16 Novembre de cette même année 1513. On demanda ensuite aux Pères leur assentiment qu'ils donnèrent tous, à l'exception de l'Archevêque de Trani, qui déclara ne point approuver un délai aussi considérable apporté au rétablissement de la paix, à une réforme devenue si urgente et à la révocation de la Pragmatique Sanction,

Peu de jours après cette VIP Session, les Cardinaux Carvajal et de S. Sévérin se rendirent au Vatican pour y émettre, en Consistoire public, l'abjuration du Schisme. Ils se présentèrent au Palais Apostolique, vêtus comme de simples Clercs, mais en violet et avec une barrette de même couleur. Là, ils abjurèrent solennellement, devant Léon X, le schisme de Pise. Ensuite, le Souverain Pontife leur fit échanger l'habit et la barrette violets contre l'habit et la barrette rouges. On leur rendit en même temps le chapeau de Cardinal, et ils furent admis de la sorte avec leurs anciens droits et privilèges à faire de nouveau partie du Sacré Collège.

Cependant les trois Sections s'occupaient activement des graves affaires confiées par le Pape à leur sollicitude, tandis que des négociations se poursuivaient avec les gouvernements pour mettre fin aux différends politiques et parvenir ainsi plus facilement à aplanir les difficultés religieuses. Louis XIT, de son côté, ne demeurait pas oisif, et s' efforçait de reprendre dans le Milanais tout ce qu'il y avait perdu. Léon X se servait des Suisses pour le repousser. Alors eurent lieu plusieurs combats auxquels on vit prendre part les troupes Vénitiennes, Anglaises, Espagnoles, Écossaises et Pontificales. Les Écossais et les Vénitiens s'étaient alliés aux Français qui furent néanmoins défaits par les Espagnols et les Anglais. Toutefois la question de la Pragmatique Sanction était celle qui préoccupait le plus les esprits sérieux. Aussi la prudence du Pape lui avait-elle fait proroger la VHP Session jusqu'au 16 Novembre; car il espérait, dans l'intervalle, venir à un accommodement avec le roi de France et obtenir que les admonitions du Concile aux fauteurs de la Pragmatique produisissent leur effet par l'emploi de la persuasion et de la douceur, sans qu'on eût besoin de recourir à la sévérité et aux censures de l'Église. Les membres du Conciliabule se trouvaient à cette époque réunis à Lyon. Enfin, au mois d'Août de la même année, Louis XII se décida à envoyer à Rome, en qualité

— co —

d'ambassadeur, Claude de Seyssel, Évêque de Marseille. Ce dernier n'était point chargé de demander r absolution au nom du monarque et devait même empêcher qu'on lui demandât satisfaction. Sa mission se restreignait à déclarer, au nom du roi, que ce prince cessait de soutenir le Conciliabule de Pise et qu'il adhérait au Concile deLatran. Une pareille démarche était assurément insuffisante et ne pouvait satisfaire les légitimes désirs de Léon X qui espérait, à l'aide du Concile, obtenir des résultats plus déterminés et plus décisifs. Le roi, prévoyant les difficultés que rencontrerait son envoyé, lui avait adjoint plusieurs autres personnages, entre autres le Cardinal Frédéric de S. Séverin, réconcilié depuis peu avec le Pape. Cependant Léon X ne consentit point à recevoir cette légation; il se borna à nommer quatre Cardinaux pour examiner les propositions de r Évêque de Marseille. Après plusieurs Conférences, on arrêta les articles et un traité fut signé , le 6 Octobre de cette même année , par les ambassadeurs français. Dans ce traité, pour excuser Louis XII , on attribuait tous les maux précédents aux ennemis du roi de France qui l'avaient, disait-on, poussé à la guerre. C'est pourquoi, trouvant le nouveau Pape Léon X disposé à faire la paix avec la France , les ambassadeurs désavouaient le Conciliabule de Pise, au nom de leur Souverain, et reconnaissaient en même temps le

Concile de Latran. On ajoutait que les Prélats français se proposaient d' adhérer aux décisions de cette dernière Assemblée par le moyen de députés. Louis XII ratifia tous ces articles, excepté le dernier sur lequel il fit ses réserves, en ordonnant à ses ambassadeurs de réclamer un délai, tant pour laisser le temps aux Français de se rendre au Concile que pour continuer les négociations relatives à la Pragmatique Sanction^ comme on peut le voir dans les Actes de la Vlll.' Session.

Celle-ci ne put se célébrer le jour fixé, c'està-dire le 16 Novembre, principalement à cause du retard occasionné par la ratification du traité. Léon X aurait alors désiré qu'elle se célébrât un mois plus tard; mais comme les conclusions proposées par les trois Sections (et dont il a été question plus haut) ne se trouvaient point encore rédigées, il fixa cette Session au Lundi 19 Décembre et ordonna d'afficher cette décision (datée des Ides du même mois) aux endroits ordinaires.

Le 17 Décembre, les trois Sections formant une seule Congrégation se réunirent dans la chapelle du Palais Apostolique, où furent lues trois Schedae relatives au Schisme, à la paix et à la Réforme. Ces Schedae contenaient le résultat des nombreuses Congrégations tenues précédemment.

Le Lundi 19 Décembre 1513, se tint la VHP. Session dans Y Archibasilique de Latran. Léon X

la présida. La Messe basse fut célébrée par Gabriel Évêque de Durazzo, et Jean Baptiste Gange, Chevalier de S. Jean de Jérusalem^ fit le sermon. Après les prières et cérémonies d' usage le Cardinal-Diacre Marc de Corneliis chanta l'Évangile : Simile factiim est regnum coelorum homini patrifamilias qui exit seminare etc. V Évèque de Marseille et Louis de Forbin, seigneur de SoUier, envoyés de Louis XII, présentèrent leurs lettres de créance et, au nom de ce monarque, adhérèrent au Concile de Latran, en se séparant (comme il a été dit plus haut) du Conciliabule de Pise et en demandant un délai pour ce qui concernait V affaire de la Pragmatique Sanction, V écrit que présentèrent les ambassadeurs de France fut lu par Phédra, sur Tordre du Pape , du haut de Y ambon. Dans les lettres de créance, Louis XII continuait à se donner le titre de duc de Milan. Cette circonstance fut cause que Marino Caracciolo, Protonotaire Apostolique et ambassadeur du duc de Milan, protesta et demanda au Pape d' empêcher le roi de France d'usurper ce titre. L'Évêque de Marseille fit observer alors que ce n'était pas le moment de soulever une pareille question et Léon X déclara: quod omnia dicta transirent sine praejudicio, Phédra* lut ensuite diverses lettres de créance et mandats de procuration. Le procureur du Concile fit alors connaître qu'en Provence le Parlement faisait opposition aux Bulles

Papales et demanda qu' on fulminât des censures contre les coupables. Le Concile, après en avoir délibéré, se décida, non pour 1' emploi des censures, mais pour des admonitions et fixa aux accusés un terme de trois mois avant Texpiration duquel ils devaient comparaître. Après la lecture de ce document, on fit sortir du Concile ceux qui n'avaient pas le droit d'y siéger. Les Pères étaient tous en habits Pontificaux avec la mitre. Alors Jean, Archevêque de Gnesen et ambassadeur du roi de Pologne, monta sur Tambon et y lut la Bulle ApostoUci regmims. Après y avoir déploré les erreurs pernicieuses qui se répandaient à cette époque {de natura praeserlim animae rahonalis, quod videlicel mortalis su aui unica in cunctis hominibus ; et nonnulli iemere philosophantes^ secundum saltem philosophiam verum id esse asseverent)^ le Pape voulant opposer une digue à de si monstrueuses erreurs, s'exprimait en ces termes: Damnamus et reprohamus omnes asser entes animam intellectivam mortalem esse^ aut unicam in cunctis hominibus ^ et haec in dubium ver tentes: cum illa non solum vere^ per se et essentialiter humani corporis forma existât^ sicut in Canone felicis recordationis démentis Papae V continetur , verum et immortalis et pro corporum quibus infunditur multitudine^ singulariter multiplicabilis et multiplicata et muUiplicanda sit (Tom, XIX. ConciL pag, 842 ). La Bulle continue et cite des textes de l'Écriture

relatifs aux récompenses et aux peines de l'autre vie. Ensuite le Pape ordonne aux professeurs d'enseigner cette vérité et de combattre les erreurs opposées et il termine en donnant certains éclaircissements sur la méthode que doivent suivre les Clercs dans leurs études. On demanda aux Pères leur sentiment sur cette Bulle et tous répondirent: Placel, à l'exception de Nicolas, Évêque de Bergame. Ce Prélat déclara que : non placehal sibi quod theologi imponerent philosophis disputantibus de verilale intelleclus^ tanquam de maleria posita de mente Aristolelis^ quant sibi imponit Averroïs , licet secundum veriiaiem talis opinio est falsa, ( Ibid, pag, 8^3 J, Le Général des Dominicains, répondit également : Non placet secunda pars Bullae praecipiens philosophis ut publiée persuadendo doceant veritalem fi~ dei. Ensuite l'Archevêque de Sienne lut du haut de l'ambon la Bulle Ad omnipotentis etc. dans laquelle le Pape, Sacro approbante Concilio, exhortait les princes Chrétiens à faire la paix et à s'unir entre eux afin de combattre avec succès les Turcs. Les Pères interrogés au sujet de cette seconde Bulle répondirent unanimement: Placet. L'Évêque de Turin lut alors, du haut de l'ambon, une troisième Bulle: In Apostolici culminis^ relative à la Réforme, après quoi l'on demanda aux Pères leur avis. Tous répondirent Placet, excepté les suivants: Jérémie Archevêque de Trani dit : quod non placebat sibi modus Schedulae;

Jacques Évêque de Potenza: Placet Bulla sed vuU qiiod videaniur reformaliones ; Bernard Archevêque de Spalatro : Placet Bulla mandati , non (amen reformaliones ^ donec audiantur et publicentur ; Alexis, Évêque de Melfi, et Paris, Évêque de Pesaro, dirent : Placer e ; dummodo fiât reformatio generalis. Enfin, le Procureur du Concile demanda qu'on prononçât condamnation contre les retardataires, et l'on annonça que la IX' Session aurait lieu Pridie Mus Aprilis de Tannée suivante 1514, c'est-à-dire le Mercredi d'après le Dimanche de la Passion. On chanta le Te Deum et ainsi se termina la VHP Session.

De la définition du V' Concile général de Latran sur rame humaine.

Les philosophes sérieux, c'est-à-dire ceux qui méritent vraiment le nom de philosophes, ne peuvent manquer d'attacher la plus grande importance au décret du V Concile de Latran sur l'âme humaine. Mais afin de mieux faire apprécier ce décret par quiconque désire sincèrement connaître la vérité, qu'on nous permette d'ajouter ici quelque chose à ce que nous avons déjà exposé touchant l'âme humaine au IIP volume de cet ouvrage (Chap. P% § VI.).

Chez les auteurs appartenant à l'ancienne philosophie, nous trouvons mentionnées l'âme végétative, l'âme sensitive et l'âme intellective. Les idées (i concetti) correspondant à ces expressions étaient fort confuses autrefois, et c'est aux doctrines Catholiques seules que nous sommes redevables de la précision du sens qu'elles ont maintenant. En effet, une fois la distinction bien établie entre l'esprit et la matière, au IV' Concile de Latran, et une fois la nature de l'âme bien définie et sa substance reconnue diverse de celle du corps (ce qui résulte de la définition même du Concile de Vienne, comme nous l'avons fait voir dans le § indiqué), on peut facilement reconnaître que l'idée (il concello) contenue dans l'expression anima vegelativa^ prise isolément, se rapporte au principe constitutif d'un corps dont la vie est uniquement végétative, comme sont les plantes, les arbres etc. De même, l'idée A'âme sensitive^ en prenant isolément cette expression, doit servir exclusivement à désigner le principe constitutif des êtres qui sont simplement sensitifs, comme les animaux sans raison. Enfin, ridée d'ame rationnelle ou intellective^ si on la considère aussi isolément, doit correspondre au principe substantiel en vertu duquel un être pense, comprend, réfléchit et juge. Ceci admis, puisque l'homme vivant est composé d'une âme et d'un corps, c'est-à-dire d'une substance spirituelle et d'une substance matérielle, et puisque d'ailleurs

le corps humain se développe progressivement, à la manière des plantes, qu'il est de plus doué de sentiment et enfin qu'il a pour forme (selon la définition du Concile de Vienne) l'âme humaine qui est intellective, il ne faut point s'étonner de ce que certains philosophes aient voulu reconnaître dans l'homme vivant l'âme végétative, l'âme sensitive et l'âme intellective. L'âme végétative, selon eux, serait celle par qui est déterminée la nature d'une plante ou d'un arbre, dont par conséquent elle serait la forme; l'âme sensitive est celle qui , déterminant la nature d'un corps animal en est également la forme; tandis que l'âme intellective serait celle qui, déterminant non plus une plante ou un corps animé quelconque, mais le corps humain de manière à constituer Thomme, est vraiment la forme de ce corps. Or, chacun l'admettra, nous reconnaissons tous intérieurement que le principe pensant qui est en nous (c'est-à-dire notre âme) , par lequel nous sentons les impressions de la matière , est une seule et même chose avec le principe par lequel nous raisonnons et nous jugeons. Nous ne saurions donc distinguer réellement en nous une âme végétative, une âme sensitive et une âme rationnelle. Notre âme est un principe unique, une substance simple, spirituelle et indivisible, et Thomme n'a en réalité qu'une seule âme, capable tout à la fois de sentir et de raisonner.

Celte observation fait disparaître, ce nous semble, l'obscurité ou Téquivoque qui pourrait encore s'attacher à ces expressions de végétative ou de sensitive unies à celle à'mtellective en parlant de l'âme humaine. Cette obscurité ou cet équivoque venait uniquement de ce qu'on transportait à un être l'idée fil concelto) d'un autre être. En somme, ces trois expressions désignent dans Thomme une seule substance spirituelle et non trois substances de nature différente. En effet, un principe intellectif ne peut jamais être produit par la matière (vu qu'il est de toute impossibilité que la matière pense) ni par un être simple qui ne soit pas spirituel. Les anciens ne surent généralement point distinguer clairement les limites de l'esprit et de la matière, et lors qu'ils cherchèrent à expliquer l'origine de l'homme et particulièrement comment se formait le corps humain, ils furent amenés à se demander comment commençait l'âme. Nous avons vu précédemment que S. Augustin fut interrogé sur cette matière par Paul Orose. Ce grand Docteur, cinq ans après avoir interrogé lui-même sur ce point S. Jérôme n'en avait pas encore reçu de réponse et n'en reçut, ce semble, jamais. La solution de cette question fut, pour cette raison, laissée en suspens par l'Évêque d'Hippone, quoiqu'il fit entrevoir personnellement une certaine propension à adopter l'explication que nous avons rapportée à l'endroit déjà indiqué. Au IX' siècle

la question de rorigine de Tâme humaine n'était pas plus avancée, comme Prudence nous l'apprend. En effet, cet auteur, dans son livre de la Prédestination, contre Jean Érigène, se demande si l'âme tire son origine d'une autre âme et s'exprime comme il suit: Magna quaestio est^ et a Patribus diu muUumque discussa, sed absque certa definitione relicta. Au XV Siècle, parmi les philosophes qui émirent divers systèmes sur Tâme humaine, il y en eut qui la prétendirent matérielle. Us confondaient la génération du corps humain avec l'origine de l'âme, et par suite transportaient Tidée de la matière à la nature même de Fâme. On comprend alors aisément qu'ils en soient arrivés à regarder cette dernière comme matérielle. C'est pour cette raison que le Y Concile de Latran rendit cette célèbre définition, laquelle nous offre l'occasion de nous arrêter quelques instants sur ce sujet.

Le profond penseur Mastrofini, déjà cité par nous, disait avec beaucoup de justesse qu'avant d'expliquer ce qu'est l'âme humaine, il faut commencer par expliquer ce qu'elle n'est pas, afin de mieux voir ensuite ce qu'elle est: Che dovendo parlare di cio che è ranima umana^ è anzi iutto necessario dire cio che non è, per poi vedere cio che è. (IJ anima umana e suoi statij.

Nous suivrons ce conseil qui nous semble extrêmement utile, sinon nécessaire, pour remon-

1er à l'origine de Fâme et pour apprécier toute l'importance de la définition du Y Concile de Latran. *

L'expression âme humaine est un terme qui, ou bien ne présente l'idée d'aucune substance, ou bien signifie une substance matérielle, ou enfin dénomme une substance spirituelle. Dans la première hypothèse, les philosophes de tous les temps auraient disputé sur un pur néant; on aurait d'ailleurs peine à s'imaginer qu'un principe pensant, tel qu'est assurément l'âme humaine, ne soit qu'un pur néant. Quiconque veut penser ainsi, le peut assurément; mais il faut qu'il commence par nier la philosophie de toutes les époques et nier également sa propre existence, attendu que celui dont le principe pensant est un néant , doit être lui-même un néant. Le seconde hypothèse n'est pas davantage admissible; car la matière ne peut penser: or Tâme humaine pense. Les matérialistes, il est vrai, font de la pensée un attribut de la matière ; mais ils se sont jusqu'à présent dispensés d'expliquer comment la matière, qui est étendue et par conséquent divisible, peut comparer deux objets avec un troisième et tirer de cette comparaison une conséquence. Us n'ont point encore expliqué non plus comment cette même matière peut subir, en même temps et dans le même lieu, deux modifications du même genre, comme seraient par exemple deux couleurs.

Que les matérialistes d'ailleurs ravalent autant qu'il leur plaira la nature humaine en l'assimilant aux animaux sans raison, nous nous bornerons à les plaindre sans même rire de leurs folies.

L'âme humaine n'est donc pour nous ni un néant, ni une substance matérielle. Quelques uns ont prétendu qu'elle est une étincelle ou une parcelle de la nature divine; mais cela répugne à la simplicité de la substance divine, qui, simple par excellence , ne saurait avoir de parties. Or elle aurait des parties si les âmes des hommes en étaient des parcelles. Ces parties, en outre, appartiendraient actuellement à la substance divine, ou bien elles en seraient séparées. Dans le premier cas, aucun homme ne posséderait une âme diverse de l'âme d'un autre homme; dans le second cas, il faudrait nier la simplicité de la substance divine.

Enfin l'âme humaine pourrait-elle être considérée comme une partie de ce que certains philosophes appelaient l'âme du monde? C'était ce qu'après quelques anciens auteurs, pensait aussi Jean Huss. Mais s'il en était ainsi, on aurait un principe pensant, capable d'être divisé en parties réelles, et Ton tomberait dans les mêmes absurdités que précédemment, si l'âme du monde était supposée spirituelle. Si cette prétendue âme du monde au contraire était supposée matérielle, ou bien si elle n'était autre que \e fluide subtil qui, selon quelques uns, enve-

loppe Tunivers et lui donne la vie, nous en reviendrions à faire aux matérialistes la même objection que tout-à-l'heure et à leur demander comment la matière pourrait comparer deux objets à un troisième et porter ensuite un jugement, ou comment elle pourrait éprouver simultanément et en un même point deux modifications d'un même genre. Ajoutons à tout ce qui vient d'être dit que chacun de nous a la conscience de n'être pas tous les autres, ni singulièrement, ni collectivement et qu'il est au contraire convaincu d'avoir une âme distincte de celles des autres hommes, attendu qu'il la sent unique en lui-même, comme elle est également unique en chacun d'eux.

Nous conclurons dont de tout ceci qu'en chaque homme vivant se trouve une âme et que cette âme est spirituelle. Mais quelle est maintenant l'origine de cette âme? C'est ce que nous allons examiner.

Ici le lecteur doit considérer comme accordé: 1" que l'âme humaine est spirituelle 2' qu'elle est créée par Dieu. Ces deux vérités résultent de démonstrations qu'il ne nous incombe pas de faire (vu que cet ouvrage n'est point un traité de métaphysique ou de physiologie) et nous les supposons déjà faites.

Ceci posé, deux hypothèses se présentent par rapport à l'origine de l'âme. Ou bien il faut dire que Dieu créa les âmes de tous les hommes lorsqu'il

créa celle d'Adam, ou bien que Dieu crée Târne de chaque homme au moment où le corps est engendré. (Laissons provisoirement de côté, dans ce second cas, la question de savoir à quel instant précis Tâme informerait le corps). Remarquons que dans la première hypothèse , on se demande naturellement où se trouveraient les âmes avant la génération de leurs corps respectifs; mais c'est un point sur lequel nous reviendrons plus lard.

Observons maintenant que Tâme humaine, étant une substance simple, et spirituelle ne peut jamais être considérée comme dérivant d'une autre âme, ni comme produite par un être composé. Il suit de là (comme nous Tavons observé plus haut) qu'elle ne peut faire partie d'une autre âme et ne peut pas non plus être le produit de la matière. Or en présence de prhicipes si évidents, il est impossible de soutenir que l'âme humaine soit produite par l'acte de la génération. En effet, s'il en était ainsi, l'âme ^emi produite ou bien par l'âme de celui qui engendre, ou bien par son corps. Mais chacune de ces deux hypothèses implique contradiction, puisque, nous l'avons vu, l'âme humaine ne saurait dériver d'une autre âme et qu'un être composé ne peut produire un être simple et spirituel. En vain certains auteurs modernes attribuent-ils à Tacte de la génération Torigine de notre âme, nous nous contenterons de les mettre en face des principes

qui viennent d'être exposés pour leur faire voir la contradiction logique et métaphysique de leurs assertions.

Tout ceci est d'autant plus manifeste queTâme humaine a conscience de sa propre indivisibihté, comme peut le constater quiconque n'a point perdu le sens commun. Or ce sentiment intime de l'indivisibilité de l'âme , en même temps qu'il détruit l'hypothèse qui fait dériver de l'âme de l'individu engendrant l'âme de l'individu engendré, démontre que la matière du corps de l'être engendrant ne peut pas non plus produire une âme humaine , puisque celle-ci ne renferme aucun assemblage de parties. Aussi cette héroïque femme, la mère des Machabées, avait-elle raison de s'écrier en s'adressant à ses fils : Nescio qualiter in utero meo apparuislis, Neque emm ego spiritum et animam donavi vobis et vilam et singulorum membra non ego ipsa compegi (IL Mach, VIL '^SJ.

Mais quelle est donc l'origine de notre âme, si elle n' est produite ni par l'âme ni par le corps de l'individu qui engendre ?

Nous avons considéré jusqu'ici ce qui concerne la nature substantielle de l'âme humaine, afin de pouvoir plus facilement en venir à une conclusion satisfaisante au sujet de son origine. L'âme humaine, nous l'avons vu, est une substance simple, et spirituelle qui ne provient point d'une autre âme

et n'est pas non plus un produit de la matière. Elle est cependant un être fini, et par conséquent elle ne peut tirer son origine d'elle-même. Qu elle soit un être fini, c'est ce que ne niera quiconque voudra un instant examiner ce qu'il est lui-même. Puis donc que Tâme est un être fini, elle ne peut exister par elle-même et doit nécessairement son origine à un autre être. En outre, notre âme non-seulement sent qu'elle est indivisible (comme nous Tavons dit plus haut), mais encore elle a conscience de son existence. Bien plus, elle sait qu'elle est finie et par suite qu'elle ne peut se regarder ellemême comme la cause de son indivisibilité et de son existence; elle sait aussi, par une conséquence légitime, qu' elle ne s'est point créée elle-même, autrement elle saurait quand elle s'est créée. Ainsi l'âme est un être fini et, comme les êtres finis n'ont pas toujours existé, notre âme doit avoir eu une origine. Ne s'étant point d'ailleurs créée elle-mêmC;, ne pouvant, à cause de son indivisibilité, être partie actuelle d'une autre âme, et n'ayant été ni causée ni produite soit par voie de génération , soit en vertu d'une production de la matière , elle doit évidemment son existence à un acte immédiat du Créateur, vu qu'il est impossible d'imaginer aucune autre hypothèse.

Les partisans de cette doctrine (qui me semble la seule vraie) ont été de tout temps appelés Créa-

liani, tandis que ceux qui prétendaient que l'âme était produite par l'acte de la génération reçurent le nom de Traduciani (du. mot TraduXjjei de vigne ou sarment propagateur) Cette dernière opinion, soutenue parTertullien, ne manqua pas de trouver des défenseurs, surtout parmi les Orientaux. Aussi ne doit-on point s'étonner de voir incliner vers elle S. Augustin , quoique ce grand Docteur n'ait pas voulu se déterminer positivement en faveur de l'une ou de l'autre.

Maintenant que nous avons mis en évidence la vérité de la doctrine des Crealianij il est temps de rechercher à quel moment les âmes sont créées ou ont été créées. Différentes opinions se manifestèrent aussi à ce sujet dès l'antiquité la plus reculée. Platon et plusieurs autres philosophes crurent que les âmes humaines avaient existé, à une certaine époque, dans les étoiles et que plus tard, en punition de fautes commises, elles avaient été renfermées dans des corps. Cette idée fut uniquement suggérée par le besoin d'expliquer pourquoi les hommes se trouvent exposés à tant de maux sur celte terre. La notion du péché originel transmis par Adam à sa postérité s'était effacée, et la philosophie essayait d'expliquer comme elle pouvait la dégradation du genre humain. Divers autres systèmes se produisirent encore, y compris la métempsycose des Égyptiens et des Pythagoriciens.

Origène admettait la préexistence des âmes par rapport au corps humain, ce qui donna lieu aux débats si passionnés qui se prolongèrent en Orient pendant les IV% V et VP siècles de l'Église.

Réfuter l'opinion des Platoniciens serait une véritable perte de temps, attendu que cette opinion ne se fonde ni sur le témoignage interne de notre âme qui nous dirait cependant (si c'était vrai) qu'elle a existé en d'autres temps , ni sur la justice de Dieu qui aurait infligé aux âmes un châtiment sans leur avoir premièrement manifesté sa loi et qui, même dans ce cas, aurait dû les condamner seules et ne point faire subir au corps les conséquences d'une faute commise par l'âme avant son union avec lui. Toutes les fois qu'on s'écarte des Livres Saints, on est sûr de tomber dans l'erreur; si, au contraire, on les prend pour guide, on est certain de se maintenir en possession de la vérité que la vraie science confirme et ne détruit jamais. Aussi, dans la question qui nous occupe, trouverons nous le moment de la création des âmes humaines ou de leur origine indiqué au livre de la Genèse. Nous y Hsons, en effet, que Dieu créa d'abord le corps de l'homme, et puis lui inspira : Spiraculum vitœ, c'est-à-dire lui donna une âme. Ceci confirme ce que beaucoup d'auteurs, s'appuyant sur la raison et l'expérience , ont enseigné : à savoir que l'âme se manifeste dans le corps humain aussitôt que celui-ci est formé.

Quant à la détermination du temps précis auquel l'âme informe le corps, nous rencontrons de nouveau diverses opinions. Selon la doctrine des Leibnitziens et des disciples de Wolf, les âmes auraient été créées au moment de la formation même de nos premiers parents, et dans le sein de la première femme se trouvaient déjà (bien que sous une forme imperceptible) les embryons microscopiques ou germes de tous les corps qui devaient plus tard être produits avec les âmes. Ces embryons ou germes (qui devaient ensuite se transmettre aux autres femmes descendantes d'Eve) auraient renfermé les âmes, non point confusément, mais chacune en harmonie et en rapport parfait avec le corps qui lui était destiné. D'après ce système , toutes les âmes auraient donc été créées en même temps. Ceci posé, puisque pour les Leibnitziens eux mêmes, l'acte de penser est la preuve la plus évidente de l'existence de l'âme, et que d'ailleurs cet acte peut se manifester par des signes extérieurs, il s'ensuit que les vagissements des enfants et leurs mouvement dans le sein maternel pourraient indiquer le moment où l'âme commence à animer le corps. On ne peut d'ailleurs imaginer aucun autre moyen qui, dès les premiers moments de la formation du corps humain, permette de manifester Texistence de l'âme qui informe celui-ci, quoique l'acte de penser dont il est ici question et qui est indiqué par le mou-

vement ou le vagissement, soit (bien entendu) proportionné à rétat dans lequel se trouve alors le fœtus humain. Nous savons du reste, et cela confirme ce qui vient d'être dit , que dans l'homme (( // sentire è inviscerato al pensare^ anzi gli simmedesima: non potendosi distinguer e alito , per cosï dire^ di pensierOj ove il sentir non scintilli » (Mastrofini, Lanima iimana, 1. 1 p. 2), Avant l'apparition du fœtus dans le sein maternel, l'on ne rencontre pas de signes de l'existence de l'âme humaine, ou, en d'autres termes, avant la formation du corps l'on ne trouve aucun indice de l'existence de l'âme, à moins toutefois que l'on ne prétende et que l'on ne prouve qu'elle existait auparavant. Nous disons à moins que l'on ne prétende et que Von ne prouve^ attendu que des assertions ne sont pas des preuves. Au reste, nous allons voir que cette supposition n'est pas admissible.

On serait, en effet, bien embarrassé de nous expliquer ce que ces âmes silencieuses feraient, avant la formation du corps, dans ces embryons ou germes invisibles renfermés dans le sein de la femme. Nous nous verrions, dans ce cas, obligés de nous livrer à une foule de recherches dont le résultat serait nul ou injurieux envers la Divinité. En effet, en supposant qu'elles ne produisent jamais d'actes de vie extérieure, que deviendraient elles? Quelle serait leur occupation, durant tant

— sodé siècles, dans leur obscure prison? Comment expliquer, pour elles, Tétat futur de l'homme après la mort? Ce seraient des créatures sans but, sans fin et sans raison d'être. C'est pourquoi nous sommes forcés de nier que les âmes humaines aient été créées en même temps que nos premiers parents et nous sommes amenés au contraire à reconnaître qu'elles sont créées successivement à mesure que les corps se forment et se développent dans le sein maternel, et (pour nous servir des expressions du docte Mastrofmi duquel nous nous sommes beaucoup aidé dans nos recherches) seconda che neg H archelipi o disegni originali di tutti gli esseri espressi in Dio^ per sua naturale condizione^ vedevasi questa 0 quella anima ejfigiata e congiunta o da congiungersi nelïesterno spettacolo degli esseri con questo o quel corpo, (L'anima umana e suoi stati Tom.Lpag. 88), Maintenant il nous est facile d'apprécier le décret du V Concile de Latran, touchant l'âme humaine, publié dans la VIIF Session. Désirant opposer une digue au torrent des funestes doctrines que l'on cherchait alors à répandre et à l'aide desquelles on enseignait que notre âme est mortelle et unique chez tous les hommes, les Pères définirent non-seulement que l'âme humaine est per se et essentialiter la forme du corps humain^, comme l'avait déjà défini le Concile de Vienne, mais encore qu'elle est immortelle et pro corporum quitus

infunditur muUiludine singulariler multiplicahilis et mulliplicata et mulliplicanda sit.

Par cette définition , non-seulement le Concile excluait l'idée d'une âme unique pour tous les hommes et proclamait que chacun de nous possède une âme propre , mais encore il enseignait la création successive de nos âmes et l'animation du fœtus dès que celui-ci peut recevoir le nom de corps. C'est ce qu'expriment les paroles: pro corporum quitus infunditur mullitudine. Ainsi les Pères de Latran^ bien longtemps avant que les physiologistes eussent déterminé le moment précis de l'animation du fœtus, enseignèrent, ce nous semble, que l'âme humaine s'unit au corps au moment où celui-ci commence à être suffisamment formé.

La définition de Latran renverse l'hypothèse de Leibnitz ainsi que l'opinion de ceux qui prétendent qu'il existe une âme unique pour tout le genre humain. Nous nous arrêterons ici, en remarquant toutefois combien cette définition fait resplendir la sagesse des Pères. Ceux-ci, en effet, à une époque où les philosophes disputaient, sans pouvoir rien conclure, sur la nature de l'âme humaine et sur son origine, définirent ces deux points avec toute la précision philosophique et théologique que réclamait l'importance du sujet et que l'on chercherait en vain parmi les adulateurs de notre prétendu siècle des lumières.

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