‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 18 sur 18 · XXII · texte numérisé non relu

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Conclusion,

Un grand problème se présentait à résoudre au XVr siècle. Il s'agissait de^ découvrir cormnent on pourrait concilier . avec les xélLtéa dognia tiques du Catholicisme la civilisation de l'époque, le progrès dês^in^ncê^ët dès arts^ l'étude de la philologie, les nouvelles découvertes physiques^ en un mot tout ce qui appartenait au développement de l'esprit humain. Un autre problème existait encore , mais seulement pour les ignorants ou les esprits systématiquement malicieux: c'était d'accorder les enseignements de la Religion Catholique avec les désordres et les excès de quelques uns de ses mistres, ou, en d'autres termes, avec le relâchement de la discipline régulière. La solution de ces deux problèmes semblait à peu près impossible. En effet, jj. appliquer l'examen rationnel aux dogmes c'était en quelque sorte faire disparaître aux yeux des savants la Révélation. D'autre part, imposer à ceux-ci le dogme révélé, sans laisser à l'homme de quoi rendre à Dieu ce rationabile obsequium dont parle S. Paul, équivalait à fermer Feutrée du Catholicisme à toutes les personnes intelligentes. Chacun de ces deux systèmes conduisait d'ailleurs à un résultat funeste;

puisque le premier détruisait la Révélation et que le second la faisait paraître intolérable. Au milieu d'un pareil conflit d'idées et d'opinions, et en présence d'une aussi grande variété de tendances se manifestant dans les esprits, il devenait absolument indispensable de formuler d'une telle manière et de revêtir d'une telle autorité les dogmes révélés, que tout homme sincère se sentît forcé de respecter et d'admettre cette nouvelle expression de la Foi Catholique. Ceci était encore rendu nécessaire par la nouvelle manière d'interpréter l'Écriture Sainte, en employant exclusivement la philologie sans recourir aux traditions si vénérables et non interrompues des anciens temps.

Deux éléments devaient concourir, on le voit, à la composition de l'exposé, ou formulaire de foi, dont nous venons de parler. L'un était un examen approfondi des doctrines des SS. Pères et de toute la Tradition Catholique, Tautre était l'autorité suprême de l'Église. Le premier satisfaisait à toutes les exigences de la raison, le second conservait intact le dépôt de la Révélation divine. Celui-là réduisait au silence les hérétiques; celui-ci confirmait dans la foi les Catholiques. Tels furent en effet les deux grandes données^ à l'aide desquelles on trouva la solution du premier problème, et les décrets du Concile de Trente ne sont autre chose que l'expression même de cette solution.

Dans cette Sainte et mémorable Assemblée, chacun eut pleine et entière liberté de discuter, d'examiner et de scruter les traditions de seize siècles. On n'omit rien pour assurer la liberté qui resplendit d'une manière si éclatante dans les discussions. Les hommes les plus distingués de l'époque siégèrent au Concile et y traitèrent les matières qui leur furent soumises avec une sagesse et une profondeur de doctrine telles que leur œuvre est demeurée un impérissable monument de la science Catholique. Les discussions avaient lieu dans des Congrégations préparatoires et c'étaient alors des hommes qui discutaient. Les décrets Conciliaires étaient publiés dans les Sessions. Alors, chez les les Pères l'assistance du Saint-Esprit venait s'ajouter à l'élément humain, de sorte qu'unis au Chef de l'Éghse et constitués, de droit divin, juges des choses de la Foi et de la Morale Chrétienne, ils cessaient d'être de simples hommes pour devenir des Anges, infaillibles dans leurs décisions. C'est ainsi que le Concile de Trente par ses décrets (qui font tant honneur aussi à la science humaine) répondit admirablement aux exigences de son siècle. L'Église Catholique, représentée par cette Vénérable Assemblée, se montra dans toute sa splendeur, et le zèle, la doctrine, la sainteté de vie des Pères, leur vif et sincère désir de remédier aux maux de la société et par dessus tout leur autorifé firent une fois de plus re-

connaître au monde entier qu'Elle seule possède le privilège de conserver fidèlement et sans altération le dépôt des vérités révélées. Après le Concile de Trente, les dissidents furent obligés d'arborer ouvertement Fétendard de la révolte. Quiconque adhérait au Concile ne pouvait plus demeurer confondu avec eux, et quiconque le rejetait cessait d'appartenir aux rangs des Catholiques. Les Pères tracèrent ainsi une ligne de démarcation qui sépara nettement et visiblement les deux camps.

Mais un second problème, avons-nous dit, était également à résoudre, et il intéressait beaucoup plus le Concile que les Protestants. Ceux-ci, en effet, ne réclamaient la Réforme de la discipline que pour en venir plus facilement à porter la main sur le dogme. Les Pères, au contraire, se proposèrent de faire disparaître du milieu de la grande famille Chrétienne certains abus devenus intolérables. Le but des hérétiques était d'avilir l'autorité de l'Église, en faisant ressortir des défauts inhérents aux personnes; celui des Pères de Trente fut au contraire de rendre cette même autorité de plus en plus respectable par la vie sainte et irréprochable des Ministres du Sanctuaire. Des deux côtés on voulait la même chose , mais avec des intentions et des moyens bien opposés. Les uns travaillaient à renverser le Catholicisme et les autres à le défendre. Aussi avec une sagesse et une prudence exquises, le Conci-

le de Trente sut-il prendre, par rapport à la discipline, des mesures qui mirent à la fois un terme aux anciens abus, et pourvurent efficacement à l'avenir. L'expérience de trois siècles montre suffisamment la valeur de ces décrets de Réforme et l'on n'a d'ailleurs, pour s'en rendre compte qu'à comparer le Clergé du XIX' siècle avec celui du XVP.

Néanmoins, les meilleures lois, tout en réussissant à empêcher certains désordres, sont impuissantes à les réprimer tous et à maintenir constamment, soit dans la société civile, soit dans la société religieuse, cet ordre que chacun désire voir régner, sans cependant toujours y contribuer, et cette régularité que l'on voudrait trouver chez les autres, sans la posséder peut-être soi-même. Ij'homme, quelque verteux qu'il soit, est toujours environné de faiblesse; les penchants qu'il ressent en lui et qui l'entraînent dans une direction contraire à celle de la loi sont là pour rendre témoignage de notre infirmité. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que, pendant les trois siècles écoulés depuis la célébration du Concile de Trente, se soient accumulés certains désordres auxquels remédiera infailliblement le prochain Concile œcuménique du Vatican.

Nous ne voulons ni ne devons énumérer ici ces désordres. Quiconque est doué de sens les apercevra facilement. La dernière expression ou formule de l'erreur et de l'hérésie s'est suffisamment manifes-

lée dans notre siècle. Il en est résulté une nouvelle lutte fomentée par les divers principes et doctrines sur lesquels s'appuie la Constitution actuelle de la Société. On en est presque arrivé au divorce (qu'on nous passe ce terme) de la société civile et de la Religion. On a dépeint, en effet, le Catholicisme comme Y adversaire irréconciliable de tout progrès, de sorte que la société civile demeure convaincue (de bonne foi ou par excès de malice) que la Religion Catholique est son ennemie. Aussi voit-on celle-ci de plus en plus écartée de l'action sociale, au point qu'une école politique ose demander hautement la séparation de TÉglise d'avec l'État.

Or, dans les circonstances où nous nous trouverons, l'on voit se reproduire exactement ce que l'on observait avant la célébration du Concile de Trente , c'est-à-dire la confusion des principes et des doctrines Catholiques avec les personnalités. Cette étrange et injuste manière d'agir est, ce nous semble, l'une des causes principales de la guerre faite actuellement par un grand nombre d'esprits au Catholicisme. Aussi , sommes-nous persuadés que le futur Concile œcuménique, inspiré par l'Esprit-Saint, fera rendre justice à la vérité et alors tous les peuples finiront par reconnaître que la société humaine ne pourra jamais reposer d'une manière stable que sur les grandes vérités du Catholicisme.

Fin du lY*" et dernier volume.

Au Très Révérend Père JOSEPH ANTONIN DOUSSOT

LECTEUR EN S. THÉOLOGIE DE l'oRDRE DES FRERES PRÊCHEURS MEMBRE DE l'aCADÉMIE ROMAINE DE LA RELIGION CATHOLIQUE

Mon Très Révérend Père

En publiant ce IV. *^ volume des Conciles Généraux, il est juste que je vous offre tout d'abord mes vifs et sincères remerciments, car si mon ouvrage originalement écrit en italien a pu voir le jour, il le doit à voire traduction française. Je vous remercie non seulement des fatigues et des veilles que ce travail vous a coulées, mais aussi et surtout de la fidélité avec laquelle vous avez su rendre ma pensée , fidélité si parfaite que je considère votre traduction comme mon vrai texte original. A vous donc le mérite, à moi la responsabilité de Toeuvre. Quant à ma gratitude, je me sens impuissant à vous l'exprimer toute entière; veuillez agréer néanmoiTis ce témoignage public des plus intimes sentiments de mon cœur , et recevez l'assurance de la haute et affectueuse estime avec laquelle j'ai l'honneur de me dire

Mon Très Révérend Père

Votre très dévoué et très reconnaissant Serviteur

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