XXI
De ïéleclion de Pie IV à la XXV' et dernière Session du Concile de Trente,
A Paul IV succéda le Cardinal de Médicis (surnommé il Medichino) qui prit le nom de Pie IV. Quoiqu'il fût d'origine milanaise et ne descendît point de la famille des Médicis de Florence, ceux-ci revendiquèrent l'honneur de sa parenté. L'élection de Pie IV changea la face des affaires; car dès que l'empereur Ferdinand eut sollicité de lui la reprise du Concile, le nouveau Pape s'empressa de tout préparer dans ce sens. Cependant le fameux procès
intenté sous Paul IV au Cardinal Morone, ayant été repris, aboutit à une sentence qui déclarait innocent cet illustre membre du Sacré Collège. Ce fut le Cardinal Ghisleri (depuis S. Pie V) qui eut la principale part dans ce décret. Les Huguenots se remuaient en France, où l'on menaçait en outre de tenir un Concile national, si le Concile œcuménique ne s'assemblait point. Une grave difficulté était celle de trouver pour ce dernier un lieu de réunion, car le roi de France ne voulait point entendre parler de Trente. A la fin, pourtant, Pie IV se décida à publier la réouverture et continuation du Concile à Trente même, en déclarant qu'il retirait le décret qui avait suspendu ce Synode. En même temps, il envoya en France Niquet, Abbé de S. Gildas, avec la Bulle de convocation. Quelques-uns n'approuvèrent pas que le Pape eût ememployé dans cette Bulle l'expression sublaia suspensione^ en parlant du Concile, parce qu'on craignait qu'elles ne pussent devenir un obstacle à la paix. Pie IV se mit également en relations avec Tempereur. A Naumbourg se trouvait alors réunie une Assemblée à laquelle assista le célèbre Commendon qui traita aussi avec le Marquis de Brandebourg et d'autres Électeurs de l'Empire.
Après s'être ainsi suffisamment entendu avec les différentes Cours , le Pape nomma le Cardinal Hercule de Gonzague son Légat au Concile. En
faisant ce choix, Pie IV avait égard non-seulement aux qualités du Cardinal de Mantoue, mais encore à sa future alliance de famille avec Fempereur. Ce Légat reçut pour Collègues le Cardinal du Puy, canoniste des plus distingués et le Cardinal polonais Stanislas Hosius, homme d'une profonde doctrine, très-habile dans le maniement des affaires et d'une grande sainteté de vie. Plus tard , Simonetta leur fut adjoint, en qualité de quatrième Légat, à cause des infirmités du Cardinal du Puy. Le Cardinal Morone prit aussi part, dans la suite, aux travaux du Concile et se comporta de manière à s'attirer l'estime universelle.
Tandis que tous ces préparatifs avaient lieu, pour la continuation du Concile , Michel Baïus répandait ses erreurs. Les Évoques cependant arrivaient à Trente, où le Cardinal Hosius se trouvait déjà à son poste avec ses Collègues. Lorsque le nombre des Pères présents se fut suffisamment accru, on fixa le jour de la réouverture des Sessions.
Session XVIL
Ce fut le 18 Janvier 1562 qu'eut heu, à Trente, la XVIP Session du Concile (la P" tenue sous le Pontificat de Pie IV). Les Pères se rendirent processionnellement de l'Église de S. Pierre à la Cathédrale. On trouve dans Pallavicini la description
de cette Procession. (Lib. XV. Cap. XVI). La Messe fut célébré pontificalement, pour la première fois, par le premier Légat qui venait d'être consacré Évêque. Le sermon fut prononcé par Gaspard del Fosso, Archevêque de Reggio. Après les cérémonies ordinaires, on lut la Bulle par laquelle Pie IV levait la suspension du Concile et le Bref contenant la nomination des Légats. Ensuite l'Archevêque de Reggio lut les décrets qui avaient été préparés et demanda aux Pères s'ils étaient d'avis que l'on continuât le Concile et que la XVIIP Session de tint le 26 Février suivant. (Tom. XX. Conc. pag. 117}. Le vote se donnait dans les Sessions de vive voix ou par écrit, car les Pères malades étaient admis à envoyer leur opinion par écrit, pourvu qu'ils eussent assisté à l'examen du décret. (Pallavicini. Lib. XV. Cap. XVI.). Ces écrits étaient portés à la connaissance du Concile et lus en séance publique. Il en était de même de tous les votes contraires à chaque décret.
Dans cette XVIP Session, à la lecture du premier décret, tous les Pères répondirent P/ace/, à l'exception de quatre Évêques Espagnols. L'un d'eux, l'Archevêque de Grenade répondit par écrit (ainsi que les trois autres): que l'expression proponentibus Legatis ac PRAESiDENTiBUS/îe lui plaisail point ^parce qu'elle était neuve et qu'elle n'était îii nécessaire ni opportune y surtout à cette époque. En conséquence ,
il requérait le Notaire du Concile d'enregistrer son vote dans les Actes en même temps que le décret et de lui donner du tout une copie authentique. (Pallavicini, Lib. XV, Cap, XVI.),
Outre les Cardinaux, étaient présents à cette Session cent-six Évêques , quatre Abbés mitres , quatre Généraux d'Ordres Religieux et le Duc de Mantoue. Les ambassadeurs n'étaient point encore arrivés.
Ensuite, dans les Congrégations, les Légats soumirent à l'examen des Pères plusieurs mesures relatives à l'interdiction des mauvais livres et proposèrent d'accorder aux hérétiques un sauf-conduit et même un entier pardon s'ils s'en montraient dignes. Diverses opinions furent émises par les membres du Concile sur chacun de ces différents points. Toutefois, au milieu de si graves débats, l'on voyait aussi de temps à autre surgir des questions d'étiquette et de préséance entre les ambassadeurs»
Session XVIIL
Après que l'on fut tombé d'accord sur les décrets à publier, la XVIIP Session eut lieu, le 26 Février de cette même année 1562. La Messe fut célébrée pontificalement par Mgr. Antonio Eliode Capo d'Istria, Patriarche de Jérusalem, et l'Archevêque
de Patras, Mgr. Cauco, Vénitien et Évêque élu, de Gorfou fit le sermon. Une question de préséance fut soulevée dans cette Session, à propos de la lecture des mandats des Souverains. On lut ensuite les Brefs Pontificaux sur l'Index , sur les Indulgences des Stations pouvant se gagner à Trente et sur le rang que devaient occuper les Évêques. Ensuite, on donna lecture du premier décret: De lihrorum delectu. (Tom,XX. Concpag. 1^7)^ qui fut approuvé de tous et dont le titre fut critiqué par TArchevêque de Grenade seul.
Le second décret fixait la Session suivante au 14 Mai. Il fut approuvé par tous les Pères excepté douze dont la plupart auraient désiré un délai plus long , tandis que les autres l'auraient voulu plus court.
Le Goncile ne perdait point de vue les moyens propres à ramener les hérétiques à la vérité, c'està-dire les offres de sauf-conduit et de pardon.
Gependant les ambassadeurs des princes continuaient à arriver à Trente et les Pères poursuivaient la préparation des matières que devait traiter le Concile, à commencer par l'obligation de la résidence pour les Évêques.
Session XIX.
Le 14 Mai, fut tenue la Session XIX*. La Messe fut célébrée par le Patriarche de Venise et Beroaldo, Évêque de S. Agatha, fit le sermon. On lut plusieurs mandats, entre autres ceux des ambassadeurs d'Espagne et de Florence.
La publication des décrets qui devaient être promulgués dans cette Session fut prorogée au 4 Juin. Une correspondance non interrompue s'échangeait entre le Pape et les Légats, afin que tout procédât entre eux avec un parfait accord. Néanmoins, quelques doutes s'élevèrent dans l'esprit du Pontife au sujet de Simonetta et de Séripando, comme on peut le voir dans Pallavicini. De là certaines mésintelligences qu'il est inutile de rapporter ici; d'autant plus qu'elles étaient, comme chacun sait, causées surtout par les ambassadeurs des princes.
Dans la Congrégation du 26 Mai furent reçus les ambassadeurs de France. Leurs instructions , reflétées dans le discours de Tun d'entre eux, reproduisaient les doctrines de Baie et mécontentèrent vivement les Légats.
L'Évêque de Vintimiglia venait d'arriver à Trente et était chargé par le Pape de faire disparaître
— sosies désaccords qui existaient entre les Cardinaux Séripando, de Mantoue, Hosius et Simonetta.
Session XX.
Enfin, le 4 Juin 1562, se tint la XX' Session La Messe fut chantée par l'Évêque de Salamanque et le sermon prononcé par Mgr. Jérôme Ragazzoni, Évêque de Nazianze et Évôque-élu de Famagouste. On reçut les mandats des ambassadeurs Suisses et Français, ainsi que des Procureurs de l'Archevêque de Saltzbourg ; puis on lut un décret qui prorogeait la Session au 16 Juillet suivant. Trente-six Évêques (tous Espagnols et Italiens, si Ton en excepte F Évêque de Paris) émirent un vote contraire.
Une partie des théologiens s'occupèrent ensuite, en Congrégation, d'examiner ce qui touchait la foi relativement à l'usage de la coupe chez les laïques, tandis que d'autres docteurs préparaient des décrets sur la Réforme. Il est à remarquer que , dans les Congrégations qui précédèrent la XX' Session, les matières dogmatiques furent l'objet de discussions extrêmement vives de la part des Pères.
Session XXI
Le 16 Juillet de la même année, à la suite de plusieurs Congrégations préparatoires, se tint la XXP Session, Mgr. Cornaro, Archevêque de Spalatro y célébra la Messe et Mgr. André Dudizio Sbardellato, Évêque de Tinay, prêcha en latin. Ce dernier aurait désiré que l'on accordât aux laïques la Communion sous les deux espèces; mais la majorité des Pères refusa d'admettre l'adjonction proposée sur cette matière et le Secrétaire du Concile, en donnant connaissance de ce résultat, déclara à l'Assemblée que les décrets dogmatiques seraient publiés sans cette addition.
Ensuite, on admit le mandat de l'ambassadeur de Bavière; puis l'Archevêque de Spalatro donna lecture des décrets préparés, et dont les uns étaient relatifs au dogme , les autres à la Réforme. Les Cardinaux-Légats accordèrent leur Placet aux premiers, excepté Hosius qui déclara subordonner son approbation à celle du Pape. Le Patriarche de Jérusalem suivit l'exemple d'Hosius. L'Évêque de Capo d'Istria fit certaines réserves, ainsi que deux autres Évêques. Les décrets relatifs à la Réforme rencontrèrent aussi plusieurs votes restrictifs et réclamant le changement de quelques expressions. Les matiè-
res concernant l'Eucharistie étaient alors le principal objet des travaux des Pères.
Après cette Session, Ton s'occupa de ce qui avait rapport au Très-Saint-Sacrifice de la Messe.
Session XXII.
Les décrets préparés sur cette matière ainsi que sur celle de la Réforme furent publiés dans la XXir Session , tenue le 17 Septembre 1562. La Messe fut célébrée par l'Archevêque d'Otrante et le sermon prêché par l'Évêque de Vintimiglia On notifia en même temps aux Pères qu'Abdisu, Moine Antonien, venait d'être préconisé par le Pape, en Consistoire , Patriarche de l'Assyrie Orientale (située auprès du Tigre), mais que ce Prélat, après avoir séjourné plusieurs mois à Rome et avoir déclaré suivre en tout la doctrine du Siège Apostolique, se voyait obligé, à cause des besoins de son peuple, de s'en retourner dans son pays. Cette communication provoqua une protestation de la part de l'ambassadeur de Portugal, qui voulait que l'on réservât les droits de TArchevêque de Goa, Primat des Indes.
Dans les Congrégations qui suivirent, on s'occupa du Sacrement de l'Ordre, Cette matière, comme on pouvait le prévoir, donna heu à plus d'une difficulté. Après que l'on eut préparé les Canons
dogmatiques, on prorogea au 25 Juillet 15631a Session suivante, précédemment fixée au 12 Novembre. Ce délai était motivé tant par l'importance même des travaux du Concile que par le désir d'attendre la venue des Français.
Enfin le Cardinal de Lorraine arriva à Trente, mais dans des dispositions assez peu favorables à Simonetta. Le Cardinal français, avec son caractère impétueux, ne tarda point à prendre vivement part aux débats Conciliaires, surtout dans la question des Évêques. Nous avons déjà donné sur ce point certains détails dans le dernier § du ir volume de cet ouvrage.
Le Concile de Trente était alors devenu fort nombreux, par suite de l'arrivée de nouveaux Évoques et de nouveaux ambassadeurs.
Session XXIIL
L'importance des questions relatives au Mariage retarda la célébration de la XXIII' Session qui fut tenue le 15 Juillet 1563. L'Évêque de Paris célébra la Messe et celui d'Âlife fit le sermon. Le Secrétaire Massarelli était malade et fut remplacé par l'Evêque de Castellaneta. Plus de deux-cents Évêques ainsi que beaucoup d'ambassadeurs assistèrent à cette Séance, dans laquelle on publia les décrets qui avaient rapport au Sacrement
de rOrdre et plusieurs autres concernant la Réforme. Le Cardinal de Lorraine avait surtout à cœur cette dernière, et il aurait voulu qu'elle commençât par les membres du Sacré Collège. D'importantes discussions eurent ensuite lieu sur cette matière, aussi bien que sur celle du Sacrement de Mariage.
Session XXIV.
Enfin, après certains conflits d'opinions, qui se manifestèrent surtout dans les Congrégations des 9 et 10 Novembre 1563, la XXIV*^ Session fut célébrée, le 11 du même mois. L'Évêque de ïrévise célébra la Messe du Saint-Esprit et l'Évèque d'Arras prêcha en latin sur l'Evangile Nuptiae factae sunt in Cana Galileae etc. On publia des décrets relatifs au dogme, c'est-à-dire au Sacrement de Mariage, et à la Réforme.
Il ne restait plus qu'à s'occuper de la doctrine du Purgatoire, des Saintes Images, du Culte des Reliques et de l'invocation des Saints. Ces divers points furent traités dans plusieurs Congrégations.
Session XXV. .
La XXV* et dernière Session du Concile de Trente, commencée le 3 Décembre 1563, se termina le jour suivant. Ce fut Mgr Zambeccaro Évêque de Sulmona qui célébra la Messe et l'éloquent
Mgr Ragazzoni, Évêque de Nazianze, qui prononça le sermon latin. Après les cérémonies habituelles, le Célébrant lui-même, lut du haut de la Chaire les décrets touchant le Purgatoire, l'invocation des Saints, le Culte des Reliques et des Saintes Images. On publia aussi d'autres décrets relatifs à la Réforme des Ordres Rehgieux , tant en particulier qu'en général.
Ainsi se termina l'immortel Concile de Trente. Pie IV, alors convalescent, en publia les résultats, dans le Consistoire du 12 Décembre de la même année et ordonna que, le 15, l'on en rendrait publiquement des actions de grâces à Dieu. En conséquence, une Procession solennelle eut lieu ce jour-là du Vatican à S^' Marie— sur-Minerve. Les deux Légats Morone et Simonetta ne tardèrent point à rentrer à Rome; quant à Navagero et Hosius, ils avaient obtenu la permission de s'en retourner, le premier dans son Diocèse de Vérone et le second en Pologne. D'ailleurs avant de quitter Trente, les représentants Pontificaux y avaient accordé, de la part du Pape, aux Évêques et aux ambassadeurs d'amples faveurs et privilèges. Pie IV confirma ensuite le Concile de Trente par une Bulle.