IX
Le IVe et le Ve Concile œcuméniques.
Il nous reste maintenant à traiter brièvement d'une autre difficulté que mettent en avant les adversaires de l'infaillibilité de l'Eglise envisagée surtout par rapport aux faits dogmatiques. Ils prétendent que les Actes du V* Concile général sont en contradiction avec ceux du IV8. Ils raisonnent de la manière suivante.
Le IV Concile général s'occupa lui aussi de la question des Trois Chapitres , car il examina, outre les écrits déjà connus de Théodore de Mopsueste, ceux de Théodoret contre les a na thèmes de S. Cyrille, ainsi que la lettre à Maris le persan, attribuée à Ibas. Cependant les Pères se contentèrent de faire anathématiser à Théodoret et à Ibas, Nestorius et sa doctrine, sans condamner les Trois Chapitres. Bien plus ils admirent dans leur assemblée Théodoret et Ibas. Or ces faits sont complètement en contradiction avec les décrets du V'Concile général, qui condamnent les Trois Chapitres. On a donc d'une part un Concile général qui ne condamne
pas les Trois Chapitres, bien que manifestement entachés de nestorianisme, et d'autre part un Concile général qui les condamne. De ces deux faits en opposition l'un à l'autre il faut nécessairement conclure : ou que le IVe Concile général s'est trompé, en ne condamnant point les Trois Chapitres, ou que c'est le Ve Concile général qui s'est trompé en les condamnant. Ce dilemne semble irréfutable aux hommes à courte vue; il n'est que ridicule pour quiconque sait un peu raisonner. Allons au fond des choses.
Le but du IV0 Concile général était de condamner l'hérésie d'Eutychès, celui du Y' Concile général était de condamner les Trois Chapitres. Les Pères de Chalcédoine ne s'étaient donc pas proposé de procéder à un examen juridique des écrits de Théodore de Mopsueste, de Théodoret et d'Ibas. Ils regardaient, et avec raison, les doctrines contenues dans ces écrits comme ayant été déjà condamnées par le Concile d'Ephèse, et en conséquence ils se contentèrent d'exiger que les deux Evêques incriminés abjurassent le nestorianisme, dont les erreurs avaient été précédemment condamnées. Car quoique le but du Concile ne fût point d'examiner de nouveau les doctrines déjà condamnées à Eplièse, il importait cependant beaucoup aux Pères de ne laisser siéger parmi eux des Evoques suspects de nestorianisme qu'après que ceux-ci auraient été reconnus
orthodoxes. Et la preuve qu'il en fut réellement ainsi, c'est que lorsqu'on mit en discussion l'origine de la lettre attribuée à Ibas, dès que ce dernier eut déclaré qu'elle n'était pas de lui, les Pères de Chalcédoine, coupant court à toute investigation ultérieure, exigèrent simplement d'Ibas qu'il anathématisât Nestorius et ses doctrines. On le voit donc manifestement, le but que s'étaient proposé les Pères n'était point d'examiner les doctrines contenues dans les Trois Chapitres mais bien de s'assurer de l'orthodoxie de certains Evèques, et de n'admettre ceux-ci au Concile qu'après qu'ils se seraient purgés de tout soupçon d'hérésie. Quel jugement faut-il donc maintenant porter au sujet des Pères du IVe Concile général ? Dirons-nous qu'ils ont approuvé les doctrines contenues dans les Trois Chapitres*! Cela n'est point admissible, puisqu'au contraire, ce fut précisément parce qu'ils considéraient ces doctrines comme hérétiques, quils obligèrent Théodoret et Ibas à anathématiser Nestorius. Le Concile regardait donc comme infectés de l'hérésie nestorienne les écrits en question. A coup sûr il ne les approuva point; bien qu'à propos de l'incident de Théodoret et d'Ibas, on ait dû faire mention de ces mêmes écrits dans les Actes du Concile. Car de ce que des ouvrages ont été mentionnés dans un Concile, sans y être toutefois condamnés, on n'est nullement en droit de conclure qu'ils ont été approuvés par
ce Concile. Les Pères d'un Concile, en effet, auraient une tâche beaucoup trop pénible à remplir, si chaque incident qui survient, chaque document que Ton cite, chaque parole que l'on prononce devait être de leur part l'objet d'un jugement. Il serait par conséquent absurde d'admettre que les Pères de Chalcédoine aient eu l'intention d'approuver tout fait, toute proposition, tout document cités dans le Concile et simplement relatés clans les Actes. Donc, en résumé, les Pères de Chalcédoine, non-seulement n'ont point approuvé les Trois Chapitres, mais encore ont reconnu pour hérétiques les doctrines qui y étaient renfermées. Ils ne prononcèrent aucun jugement sur les Trois Chapitres parce que ce n'était pas là le but du Concile, mais ils reconnurent que la doctrine contenue dans ces écrits avait déjà été condamnée par les Pères d'Ephèse, lorsque ceux-ci anathématisèrent Nestorius et son hérésie. Plus tard, lorsque les temps furent changés et que les circonstances parurent réclamer une condamnation explicite des Trois Chapitres, le V* Concile général les condamna. Cette condamnation n'était nullement en opposition avec le IV Concile général, et l'on doit la considérer comme le dernier acte judiciaire, mettant fin à une cause, en quelque sorte commencée dans le Concile de Chalcédoine. C'est ce qui est encore confirmé par ce fait que les Pères du Ve Concile général
eux-mêmes prirent soin de déclarer, dans la IIIe Conférence comme dans leurs souscriptions aux Actes du Concile , qu'ils acceptaient les quatre Conciles œcuméniques tenus jusqu'alors. Quiconque voudrait soutenir que le Ve Concile général est en opposition, voire même en contradiction, avec le IVe, dans l'affaire des Trois Chapitres, doit démontrer avant tout que le Concile de Chalcédoine a jugé orthodoxes les doctrines des Trois Chapitres, ou bien que ce même Concile avait l'obligation de les condamner. Or c'est ce que ne pourront jamais faire nos adversaires, faute de documents d'abord, et ensuite parce que les documents qui existent, ou bien en supposent d'autres contraires à la thèse qu'on nous oppose, ou bien prouvent et corroborent nos conclusions. Ainsi, dire qu'il y a opposition et contradiction entre le IV et le Ve Concile œcuméniques, c'est faire preuve d'ignorance en matière d'histoire, c'est manquer de logique et méconnaître la vérité.