VOL. I
parlant des hérésies d'Anus, de Neslorius et d'Eulychès ; nous allons le constater une fois de plus à l'occasion du monothélisme. L'hérésie de Nestorius et celle d'Eutychès servirent en effet de points de départ aux Monothélites. Ceux-ci, dont les premiers chefs furent Athanase, Patriarche d'Antioche, Cyrus, Patriarche d'Alexandrie et Sergius, Patriarche de Constantinople, soutenus par l'empereur Héraclius, prétendaient non-seulement effacer les différences qui séparaient les Nestoriens des Eutychiens, mais encore faire accepter aux uns et aux autres les Conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. Et pour en arriver là, ils raisonnaient comme il *suit.
Les Nestoriens veulent qu'il y ait deux Personnes en Jésus-Christ parce qu'il y a en Lui deux natures parfaites, la nature divine et la nature humaine. Les Eutychiens, au contraire, soutiennent qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ parce qu'il n'y a en Lui qu'une seule Personne. Les premiers errent en admettant deux Personnes et les seconds errentaussi en n'admettant qu'une nature. D'ailleurs il faut admettre en Jésus-Christ deux natures dont chacune est parfaite en ellemême et a son action propre, attendu qu'aucune de ces deux natures ne détruit l'autre et ne se confond avec elle. Mais ces deux natures parfaites qui se trouvent réunies en Jésus-Christ dans l'unité de Personne, ne pourraient agir, si elles ne s'unifiaient
point dans la volonté et dans les opérations, puisqu'il n'y a qu'une seule Personne en Jésus-Christ. Ainsi quoique la volonté et l'opération de la nature divine soient distinctes de la volonté et de l'opération de la nature humaine, si l'on considère en elles-mêmes les deux natures, cependant ces deux volontés et ces deux opérations ne constituent en Jésus-Christ qu'une seule volonté et qu'une seule opération, soit parce que la volonté humaine est entièrement absorbée par la volonté divine, soit parce que la volonté humaine est toujours dépendante de la volonté divine et soumise à celle-ci. Mais dans chacune de ces hypothèses il faut toujours conclure qu'il n'y a qu'une volonté unique et qu'une opération unique en Jésus-Christ. Car si la volonté humaine est absorbée par la volonté divine, la seule volonté divine agit en Jésus-Christ; et si la volonté humaine est dépendante de la volonté divine, celle-ci sera encore l'unique volonté opérante que l'on devra admettre en Jésus-Christ. Voilà où aboutissent les Monothélites de toutes les nuances.
La foi catholique, au contraire, enseigne qu'il y a deux volontés et deux opérations réellement distinctes en Jésus-Christ, la volonté divine et la volonté humaine, l'opéra lion de la nature divine et l'opération de la nature humaine. Ces deux volontés et ces deux opérations en Jésus-Christ sont appelées ihéandriques. Cette doctrine catholique s'accorde
avec le principe que la nature de tout être intelligent a une volonté propre et des opérations qui lui sont propres. En effet, l'Eglise enseigne que les trois Personnes Divines, tout en étant réellement distinctes entre elles, n'ont qu'une seule et même volonté, de sorte que la volonté du Père est identique à celle du Fils et à celle du Saint-Esprit. Il en est ainsi parce que la nature de Dieu est une et que cette nature est commune au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
Voici maintenant pourquoi les Monothéliles, au fond, sont Eutychiens. En voulant réconcilier le nestorianisme avec la foi catholique, leur système détruisait non-seulement les deux personnalités que Nestorius admettait en Jésus-Christ, mais encore les deux natures qui existent en Notre-Seigneur ; car nier la volonté et l'opération dans une nature intelligente équivaut à nier cette nature. De plus, en voulant ramener les Eutychiens, ils les confirmaient davantage dans leur erreur. En effet, puisque toute nature individuelle possède une volonté et une opération qui lui sont propres, en admettant en Jésus-Christ une seule volonté et une seule opération, les Monothélites étaient conduits à ne reconnaître qu'une seule nature en Notre-Seigneur. Bien loin donc de concilier les doctrines diverses, ils ne firent que susciter parmi les hérétiques et parmi les théologiens de nouvelles et violentes controverses
dont les conséquences furent extrêmement graves pour deux Papes; car elles conduisirent l'un aux tourments du martyre et elles noircirent la réputation de l'autre par l'accusation d'hérésie. Nous développerons ci-après cette douloureuse histoire car elle mérite d'être méditée. Elle convaincra chacun que tous ceux qui se mettent à enseigner dans l'Edise , sans avoir reçu de Dieu à cet effet une
mission spéciale, en arrivent bientôt à renverser, non-seulement les dogmes de la révélation , mais encore les principes de la saine philosophie.
Faits antérieurs au VIe Concile Général.
Théodose le Jeune et Justinien donnèrent un exemple pernicieux aux autres empereurs byzantins en s'immiscant dans les affaires de l'Edise et en usurpant l'autorité des Papes, au grand détriment de la foi. L'Orient ne manquait malheureusement jamais d'Evêques intrigants et ambitieux, flatteurs du prince et promoteurs de discordes. L'empereur Héraclius, adulé de la sorte par plusieurs Evêques, voulut faire le Pape. Ce prince avait reçu, en 629, du Jacobite Athanase, du Sévérien Paul et de plusieurs autres Evêques Arméniens, quelques notions de théologie sur le mode d'Incarnation du Verbe.
Cédant alors aux suggestions de Sergius, Syrien de nation mais né de parents Jacobites, qui avait succédé à Thomas Evêque de Conslantinople, il devint en quelque sorte l'auteur du monothélisme. La nouvelle erreur avait commencé à poindre dans une lettre de Cyrus d'Alexandrie adressée à Sergius Evêque de Constantinople et ce fut ce dernier qui poussa ensuite l'empereur Héraclius à favoriser les Monothélites. Sergius n'eut d'ailleurs aucune peine à décider l'empereur dont il possédait à tel point l'amitié et la confiance, que celui-ci lui confia la garde de ses enfants, au moment de partir pour la guerre contre les Perses. Héraclius publia alors son Ecthèse, dans laquelle il défendait de parler d'une ou de deux opérations eu Jésus-Christ, comme nous le verrons plus bas. L'édit d'Héraclius fut reçu par un grand nombre d'Evêques Orientaux, parmi lesquels outre Sergius, qui en fut le véritable auteur, comme le déclara le Pape S. Martin au Concile de Latran, il faut nommer Cyrus d'Alexandrie. Ce dernier avait d'abord hésité; puis rassuré par Sergius, il accepta solennellement l'édit. Il tint même, en 633, un Synode à Alexandrie dans le but de ramener les Acéphales ou Monophysites ; et dans ce Synode il fit décréter neuf articles dont le septième enseigne clairement qu'il ne faut admettre en Jésus-Christ qu'une seule opération, et selon la coutume astucieuse des hérétiques on y invoqua l'autorité de
S. Denys d'Alexandrie, en la falsifiant. En vain S. Sophrone, alors Evêque de Damas, s'opposa-t-il, en plein Synode, à cette doctrine; en vain se mit-il à genoux devant Cyrus pour le dissuader de publier une pareille hérésie. Cyrus s'obstina et envoya les Actes du Synode à Sergius qui lui adressa en retour une lettre de félicitations. Sophrone, devenu Patriarche de Jérusalem, écrivit à Cyrus et à Sergius pour les ramener dans le droit chemin. Voyant tous ses efforts inutiles, après avoir célébré, en 634, un Synode dans lequel il excommunia les Monothélites, il en écrivit au Pape Honorius. Mais Sergius, prévoyant l'orage qu'allait attirer sur lui S. Sophrone, avait pris les devants et adressé au Pape, pour lui exposer l'affaire, une lettre dans laquelle il soutenait qu'il ne fallait point employer l'expression d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ, puisque c'est toujours un seul et même Christ qui opère. Ainsi le Pape Honorius fut informé bien plus par les rapports de Sergius que par ceux de S. Sophrone de la question qui venait de se soulever en Orient. Eloigné de l'Orient, et sachant combien les querelles théologiques des temps précédents avaient été fécondes en maux des plus graves, il crut que ce serait agir fort prudemment que de couper court, dès le principe, à tout dissentiment; d'autant plus que la question qu'on lui soumettait présentait une certaine
obscurité, nous dirons même une certaine ambiguïté de sens, permettant à l'erreur de se défendre facilement par des sophismes. Et comme d'ailleurs l'expression d'opération unique ou double en Jésus- Christ n'avait été introduite que depuis fort peu de temps dans le langage théologique le Pape répondit à Sergius les paroles suivantes : Hortantes vos ut unius vel geminae novae vocis inductum operationis vocabulum aufugientes unum nobiscum Dominum Jesum Chrislum, Filium Dei vivi, Deum verissimum, in duabus naluris operatum divinilus atque humanitus, fide orthodoxa et catholica praedicetis.
Dans une autre lettre adressée au même Sergius, Honorius parle encore plus clairement de la nouveauté de la même expression et de la nécessité de ne point l'employer. Unius, dit-il, vel geminae operationis vocabulum noviter introducium ex praedi-
catione fidei eximalur Unius autem operationis vel
duarum esse vel fuisse Mediatorem Dei et hominum Dominum Jesum Chrislum sentir e el pr orner e salis ineptum est. (Labbe T. VII. Conc. p. 1002). Les lettres du Pape Honorius produisirent en Orient un effet tout contraire à celui qu'il attendait. Les uns les regardèrent comme exposant la doctrine, vraie à leurs yeux, enseignée précédemment par Sergius et proclamée dans l'édit d'Héraclius. D'autres, ennemis acharnés du monothélisme, et à leur tête S. Sophrone, voulaient absolument que l'on professât
sans tergiversation aucune, deux opérations en Jésus-Christ, et trouvaient qu'Honorius se montrait trop condescendant (pour ne pas dire plus) envers les partisans du monothélisrne. Les esprits s'échauffèrent de part et d'autre, d'autant plus que S. Sophrone avait rendu publique la lettre Synodique par laquelle il avait condamné le monothélisrne. Au milieu de cette effervescence générale et de l'ardeur des partis, Sergius, qui disposait à son gré de la volonté de l'empereur, en profita comme nous l'avons dit plus haut, pour faire publier, en G39, par Héraclius une exposition de foi, que lui-même Sergius avait composée. Dans cette exposition, connue sous le nom d' Ec thèse, on défend de discuter la question de savoir s'il y a une ou deux opérations en Jésus-Christ, mais en même temps on y proclame une seule volonté dans le Christ, la volonté du Verbe. A peine YEdhèse fut-elle publiée que beaucoup d'Evêques Orientaux l'acceptèrent, d'autres s'y montrèrent contraires. Sergius fut le premier à l'accepter et à sa mort le moine Pyrrhus, qui le remplaça sur le siège de Constanlinople aussi bien que dans l'erreur monothélite, suivit son exemple. Ambitieux et courtisan habile, le nouvel Evêque tint à Constantinople un Concile tumultueux, dans lequel il fit accepter YEclhèse. Sur ces entrefaites, Séverin, successeur d'Honorius, ne tenant nul compte de l'obligation qu'avait prétendu lui
imposer Héraclius d'accepter YEdhèse avant de s'asseoir sur la Chaire de S. Pierre, non-seulement prit possession de son Siège sans attendre le consentement de l'empereur, mais encore voulut condamner YEdhèse elle-même par un Acte Pontifical. Le Pape Jean IV tint une conduite à peu près semblable, l'an 640, lorsqu'après avoir réuni un Concile à Rome, il y condamna les Monothélites. A ce sujet il faut observer comment ce Pontife, qui devait connaître mieux que personne l'opinion d'Honorius, explique ce qu'entendait dire ce dernier dans sa réponse à Sergius. Or Jean IV, écrivant à l'empereur Constantin fils d'Héraclius, purge Honorius de l'accusation de monothêlisme, comme nous le ferons voir explicitement dans un autre §. Cette autorité a une double valeur; 1° parce qu'elle émane d'un Pape qui avait connu particulièrement Honorius ; 2° parce que les expressions employées par Jean IV sont dues à la plume de son secrétaire, l'Abbé Jean, qui avait été également secrétaire d'Honorius.
Pyrrhus qui s'était fait l'un des fauteurs du monothêlisme par servilité envers le trône impérial, ne tarda pas à recevoir le prix de son délit ; il expérimenta bien vite, à ses dépens, combien les intrigues de cour sont décevantes et dangereuses pour un Evèque. Car, après la mort d'Héraclius, il se forma h la cour plusieurs partis entretenus
— 3H — par les fraudes, les embûches et peut-êlre même le poison, au point qu'on accusa le Patriarche d'avoir procuré la mort du fils d'Iïéraclius. Pour sauver sa vie Pyrrhus fut obligé de s'enfuir, d'abord à Chalcédoine et ensuite en Afrique. On mit alors sur le Siège de Constantinople Paul qui eut l'adresse d'envoyer au Pape Théodore une profession de foi évasive. Mais pressé par le Souverain Pontife et obligé, à la fin, de préciser ses sentiments au sujet du monothélisme qui dominait alors en Orient, il se déclara en faveur d'une seule volonté afin d'exclure, disait-il, l'opposition de deux volontés en Jésus-Christ.
Pendant qu'avait lieu cette correspondance, Pyrrhus répandait la nouvelle hérésie en Afrique, l'an 645. Il trouva bientôt, ce à quoi il était loin de s'attendre, un intrépide défenseur de la foi et un adversaire redoutable du monothélisme dans la personne de Maxime, Abbé du monastère de Chrysopolis. Après avoir mesuré ses forces, et s'être assuré qu'il n'était pas en état de résister aux solides argumentations du Saint Abbé, il feignit de se laisser convaincre par lui, dans le but d'obtenir ensuite, par le crédit de Maxime même, l'appui du Pape Théodore pour remonter sur le siège de Constantinople. 11 réussit en effet à se faire accompagner à Rome par S. Maxime et à obtenir, par l'entremise de celui-ci, son pardon du Pontife, après avoir toutefois
abjuré l'hérésie. La fourberie de Pyrrhus ne tarda pas à se montrer au grand jour, car il se mit à défendre publiquement le monothélisme, sans rien craindre ni du côté de Rome, ni du côté de Constantinople où il comptait de nombreux adhérents, qui le firent remonter plus tard sur le siège Patriarcal après la mort de Paul. Mais le Pape Théodore, ayant rassemblé un Concile à Rome, excommunia Pyrrhus d'une manière tout à fait solennelle et inusitée jusqu'alors. Entouré des Evêques présents au Concile, l'intrépide Pontife souscrivit sur la tombe des SS. Apôtres la sentence d'excommunication après avoir trempé sa plume dans le sang même du Sauveur. On ne saurait décrire l'impression profonde que produisit partout ce mode inouï d'excommunication employé contre les nouveaux hérétiques. Paul de son côté ne demeura point inactif et prit également ses mesures. Aussi rusé que Pyrrhus, il chercha à s'affermir sur le trône Patriarcal de Constantinople, moyennant la faveur de l'empereur Constant ; et afin de mieux attacher ce dernier à ses intérêts il lui fit croire qu'une loi nouvelle était nécessaire pour apaiser les esprits dans la question du monothélisme. En conséquence, cet empereur, ceignant lui aussi la tiare Pontificale, publia en 648 un formulaire appelé Type, par lequel il supprimait YEclhèse. De plus il défendait (cette prohibition était surtout dirigée contre les
catholiques) de parler de deux volontés en Jésus- Christ et imposait silence sur ce point aux deux partis.
Le Type de Constant, au lieu d'apaiser les esprits fut l'occasion de plus graves dissensions, attendu que S. Martin I successeur de Théodore, ayant réuni plus de cent Evêques en Concile dans l'Eglise de Latran, condamna YEcthèse, le Type, le monothélisme et tous leurs défenseurs et adhérents. Toutefois, dans cette condamnation, le nom de l'empereur ne fut point prononcé. Dans la Y6 Session (Secretarium) de ce Concile, fut exposée de la manière la plus claire la doctrine catholique sur les opérations Théandriques ou Deiviriles de Jésus- Christ : Si quis, (ainsi parle le Synode) secundum scelerosos haerelicos, Deivirilem (Theandricam opérationem quod Graeci dicunl) unam operationem insipienter, non autem duplicem esse confilelur secundum Sanclos Patres, hoc est divinam et kumanam, aul ipsam Deivirilis quae posila est novam vocabuli diclionem, unius esse designalivam, sed non ulriusque mmficae et gloriosae unitionis démons tralivam condemnalus sit. Constant, irrité de cette condamnation et pour s'en venger, envoya comme exarque en Italie Calliopas, homme astucieux et cruel, avec ordre de s'emparer du Pape et de le conduire en exil. Le 10 Juin 649, l'exarque-geôlier arriva h Rome, mais il n'envahit pas immédiatement le palais de Latran,
par crainte des Romains dont le Pape était fort aime, d'autant plus qu'on le savait malade depuis le mois d'Octobre précédent. Ce ne fut qu'après avoir doublé les gardes et augmenté suffisamment le nombre de ses satellites que l'exécuteur des ordres impériaux fit son coup d'état sacrilège. Il pénétra de force dans le palais de Latran, à la recherche du Pontife qu'il trouva gisant sur son lit devant l'autel de l'Archibasilique. Quoique affaibli, exténué même, par une longue et douloureuse maladie, S. Martin fut enlevé de sa couche, avec une indigne violence, par son barbare persécuteur, embarqué sur le Tibre et conduit jusqu'à Porto où on le transporta sur un vaisseau pour être déposé ensuite, sous bonne garde, dans l'île de Naxos. De là il fut emmené dans la Ghersonèse Taurique (maintenant la Crimée) où il mourut en 655, martyr de la foi, accablé d'outrages et de mauvais traitements, en proie aux douleurs et aux privations de tout genre. Sa mort imprima au front de Constant l'ineffaçable stigmate de persécuteur.
Pierre, successeur de Pyrrhus sur le Siège de Constantinople, envoya à S. Eugène, successeur immédiat de S. Martin, une profession de foi tellement nébuleuse qu'elle mérita d'être rejetée par le Pape.
Le monothélisme était alors à son apogée et l'empereur le prolégait ouvertement. En effet
Constant , Monothélite lui-même , procéda à de sanglantes persécutions, dont S. Maxime, duquel nous avons parlé plus haut, fut une des principales victimes. La science de ce Saint Evèque et son courage à défendre la doctrine catholique le rendaient plus redoutable que beaucoup d'autres aux Monothélites. Aussi l'empereur hérétique le voyant combattre l'erreur par ses discours et par ses écrits lui fit couper les mains et la langue et après ce traitement barbare l'exila dans la Chersonèse, où il mourut de ses souffrances, martyr de la foi.
A une cruauté aussi atroce Constant unissait l'hérésie. 11 voulut néammoins se faire passer pour catholique et non pour monothélite aux yeux du Pape Vitalien à qui il envoya en présent, l'an 606, un livre des Evangiles relié en or massif et orné de pierres précieuses. Mais il se dédommagea de cette dépense avec usure lorsqu'il vint à Rome en 663, sous le Pontificat du même Pape, en volant tous les métaux précieux des Eglises.
A cette époque l'Eglise de Constantinople semblait condamnée, en châtiment de son ambition séculaire, à avoir une série de Patriarches tous infectés d'hérésie. Le nouveau Patriarche Théodore était encore un Monothélite. Il ne voulut pas même écrire au Pape, comme tous ses prédécesseurs l'avaient fait, et résista aux exhortations que lui adressa sur ce point l'empereur Constantin Pogonat.
Ce dernier ne pouvait s'expliquer la cause d'une si forte aversion à l'égard de Rome de la part de l'Evêque de Gonstantinople, imité en cela par plusieurs autres Evoques et notamment par Macaire d'Antioche. C'est pourquoi il demanda des explications à Théodore et à Macaire, sur la controverse qui occasionnait tant d'agitation dans les esprits des Orientaux. Mais il n'obtint d'eux que des réponses telles qu'on pouvait les attendre des soutiens d'une mauvaise cause. Rejetant tout le blâme sur leurs adversaires, ils assurèrent l'empereur que c'étaient les Occidentaux seuls qui avaient fomenté toutes ces dissensions religieuses entre l'Orient et l'Occident, en introduisant, soit témérairement, soit par ignorance, dans des matières de foi certaines expressions tout à fait nouvelles. Pour cette raison, disaient-ils, il n'y a point de réconciliation à espérer entre l'Orient et l'Occident.
Constantin Pogonat se trouvait alors en paix, après avoir défait les Sarrasins. Ses préoccupations se tournèrent vers l'Eglise d'Orient et il conçut le dessein fort sage de faire célébrer un Concile général ta Constantinople, où l'on trancherait définitivement la question du monothélisme et où l'on ferait disparaître l'ambiguïté de certains termes employés jusqu'alors. A cet effet, il écrivit au Pape Donus , et un légat impérial Epiphane , vint à Rome, au nom de l'empereur, inviter le Pontife
à envoyer à Constantinople ses représentants ainsi que ceux de tous les Evêques d'Occident, le priant en même temps de faire parvenir au Concile les passages des SS. Pères qui confirmaient la doctrine contraire au monothélisme. Donus, surpris par la mort, laissa la gloire de faire célébrer un Concile général à son successeur S. Agathon. Celui-ci envoya à Constantinople Théodore et Georges, Prêtres, et Jean, Diacre, de l'Eglise Romaine, en qualité de représentants du Pontife Romain avec Jean Evèque de Porto, Jean Evèque de Reggio, et Abundantius Evêque de Paterne en qualité de représentants du Concile d'Occident ; car ces trois Evêques avaient été choisis par les Evêques d'Occident réunis en Concile. Dès que les légats du Pape furent arrivés à Constantinople, où tous les Evêques d'Orient avaient été convoqués, le VI" Concile général s'ouvrit sous la protection de l'empereur Constantin Pogonat.